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L'ombre


Auteur : MARANDA Kim

Style : Fantastique




Les bras couchés sur la table vernie, mon regard s’étendait dans le vide, perdu entre le réel et l’irréel.
Je flottais dans un monde à part, toutefois consciente de la tête que je devais avoir. J’aimais ce calme, la douceur de ce silence. Cela m’apaisait.

La nuit finit par montrer le bout du nez, noyant le ciel d’une obscurité presque angoissante qui en plus, en découlait de la pluie. Je soupirai autant de fatigue que d’un certain malaise. Je n’aimais pas ces nuits glaciales qui inspiraient la crainte. Seule la lune n’avait pas disparu sous tous ces épais nuages âcres.
Une ombre passa par dessus mon épaule et je me retournai. Je n’y vis rien. J’étais pourtant certaine d’avoir ressenti une présence, quelque chose traverser les murs à une vitesse alarmante. Je fermai les yeux. Je me rappelais cette petite fille aux cheveux blonds bouclés et aux joues colorées de roses, toujours avec cette douce exagération, qui apportait de la joie dans le cœur des gens du village. Oui, je me rappelais. Elle se nommait Roselyne, mais on la surnommait Rosy. Tout le monde l’adorait, tout le monde la trouvait si charmante.
Rosy était la fraîcheur de l’été, le soleil de l’hiver. Elle vivait dans un petit village appelé Sainte-Denise. Cela l’avait toujours fait rire. Denise, comme le nom de sa mère. Pendant ces vacances d’été qu’elle passait chez sa grand-mère, la petite fille cueillait toujours des mûres et les offrait avec une grande générosité aux voisins qui, avec une fausse, mais heureuse surprise, la remerciait en lui offrant à leur tour une pomme toute ronde, rouge et juteuse, comme elle les aimait tant.

Je sursautai, me levant d’un bond, certaine cette fois-ci de la véracité de l’ombre courant sur la tapisserie. Mais je n’étais pas assez rapide pour la suivre des yeux. Je la ressentais. Cette présence. Une angoisse sourde jaillissant de nulle part, mais de partout en même temps. Je marquai un silence, arrêtant systématiquement le tintement des cennes noires que je tripotais anxieusement dans ma poche de jeans. La maison était sombre d’avance. Je me rassurai en veillant à allumer toutes les lumières, geste qui me fit sentir ridicule. Je fus surprise de constater que celle du salon, situé à l’angle de la cuisine ne fonctionnait pas, alors que tout à l’heure, elle éclatait en une chaude lumière dorée.

L’image de la douce fillette me remonta en tête, comme une tempête de souvenirs. Puis, avec horreur, je m’étranglai avec ma langue. Je me trompais sur toute la ligne. Je faisais erreur avec cette enfant. Elle n’était pas du tout celle que je me rappelais.Un éclair éclata dans le ciel obscur du village de Sainte-Denise. Je poussai un petit cri lorsque l’électricité coupa entièrement. Plus de lumière. Panique. Larmes de terreur déferlant sur ma peau sèche et blême. Une angoisse au creux de mon crâne, comme une lame sur ma gorge. Panique… Je panique ! Lumière… Vite. Vite ! Mes doigts couraient sur la table, se heurtant à des mégots de cigarettes, ou encore à de vieilles paperasses. Je devais garder mon calme. Je le devais !

Les images défilaient sans enchaînement dans mon esprit, le privant d’une conscience tranquille. Non ! Non ! Rapidement, je me retournai vers le salon fixant le sofa dans le coin le plus sombre de la pièce. Ma vie me semblait ressurgir du néant, de cet égout haineuse qui avait tu mes secrets pendant si longtemps. Il me semblait, et j’en étais profondément certaine, que l’ombre qui m’étouffait tout à l’heure était entassée, là, au fond de la pièce.
Colère… larmes… du sang… partout… poing… blessée… encore du sang… pleurs… et puis un cri. Mais ce cri ne remontait pas à mes souvenirs les plus anciens. Il venait d’être extorqué de ma gorge nouée. C’en était trop ! Trop…

Je me sentais chavirer, basculer sous la terre. Ma tête me tournait et un haut le cœur me coupa le souffle violemment. Je me pris la tête entre les mains et criai de me laisser tranquille, que je ne voulais plus revivre ce cauchemar. Peu à peu, avec une lenteur presque consolante, je vis l’ombre tant redoutée sortir de sa cachette et je remarquai les contours se former, au gré qu’elle avançait. J’aurais voulu me sauver, me sauver de moi-même, mais je ne pouvais pas, ne pouvais plus continuer à fuir. Je me devais d’y faire face. Faire face à mon passé. À ma propre détresse.

L’obscurité était moins dense, elle dessinait maintenant la forme qui marchait vers moi. Je vis. Je me vis. Et je sais que je le reverrai durant le reste de mes jours.
Cela ne m’empêcha pas néanmoins de fermer les yeux. Je me promis de les garder clos à jamais, ne plus voir ce à quoi mes yeux s’aveuglaient par la peur, la haine. Une peur qui se nourrit de mes entrailles depuis toujours. Une peine qui se gorge de haine depuis des années. Lorsque je sentis ses mains glacées m’enlacer avec une grande douceur, je fus contrainte d’ouvrir mes yeux pleins de larmes.

Une petite fille aux cheveux blonds et bouclés tâchés de sang et aux joues roses, fraîchement maquillées, me serrait si fort, si fort dans ses minuscules bras pansés. J’éclatai en sanglots, et tombai sur les genoux, la tenant à mon tour si fort, si fort…

La tête de Roselyne était posée au creux de mon cou, son petit corps tout contre moi… Nous ne formions qu’un. Nous n’étions qu’une et même seule personne. Les lumières se rallumèrent soudainement et Rosy se fana dans la lumière, sa tristesse laissée dans mon âme blessé. Je ne voulais pas, ne voulais plus la laisser partir… Je voulais faire la paix avec moi-même, avec cette enfant que j’étais alors.

Avec une tentative impossible, désespérée, je tentai de la retenir, mais lorsque je filtrai de nouveau la lumière, seul un vieux coussin était calé contre mon cœur.





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