Une nuit au château (30 mars 919)



Nouvelle écrite par Kim MARANDA dans le style Epouvante



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La nuit était tombée il y avait plus de quatres heures. Les derniers rayons du jour s’étaient volatilisés au moment où la pluie avait déferlé sur une région campagnarde de la France. Un orage faisait rage dans le ciel noirci. De temps en temps, une vive lumière jaunâtre venait éclairer toutes les pièces du château. Une de celle-ci était très vaste, presque vide, plongée dans une épaisse obscurité. Deux lits à baldaquin drapés de blanc et couverts d'un léger tissu satiné où quatre barreaux de bois modelés en de fins détails royals se dressaient vers la lune, décorait la pièce, ainsi qu'une commode d’un brun foncé qui se situait près de la porte qui menait au couloir. Les murs étaient faits de terre séchée, rêche.

Une forme se mut dans le lit. Une plainte s’éleva dans les airs. Elle venait de la chambre, sans aucun doute. Les draps furent repoussés, et une ombre plana quelques secondes sur le lit.

Une fillette se frotta les yeux de ses poings, tout endormie. Elle repoussa complètement les nombreux draps qui l’étouffaient et ses pieds trouvèrent réconfort sur le sol. Il faisait si chaud dans ce château… Un château! Elle n’avait pas l’habitude de dormir dans un vrai château. À vrai dire, c’était la toute première fois. Elle était si énervée lorsqu’elle avait su que toute sa famille y avait été invitée ! Son père, qui travaillait dans la cavalerie, avait reçu une invitation du roi lui-même qui l’avait proclamé le meilleur chevalier de tous ! Il était si fier. Ils avaient tous mis leurs plus beaux vêtements. Comme ses amis allaient être jaloux ! Cette pensée lui donna le sourire. Mais l'excitation qui l’habitait se changea rapidement en crainte. Une silhouette se dessina dans l'entrebâillement de la porte. Légère, silencieuse, telle une ombre errant sans but dans les couloirs vides. Effrayée, la fillette tendit le bras vers le lit, frôlant le mince tissu qui le recouvrait presque totalement. Elle frémit et passa la main entre les deux filets pour saisir Mirina. Celle-ci était sa poupée fétiche. Elle la transportait partout où elle allait. La fillette regarda de l'autre côté de la chambre, esperant que son grand-frère ne dormait pas. Une petite bute inerte se traçait sous plusieurs couches de dras. Elle apella son frère, consciente qu'il lui ferait regretter de l'avoir réveillé, mais plus que tout, elle voulait avoir une présence éveillée près d'elle. Silence. Tant pis. La jeune fille allait se prouver qu'elle n'était pas une enfant peureuse. Pas à pas, peu à peu, l’enfant traîna les pieds et traversa sans bruit. Un long, très long couloir lui faisait face. Il faisait sombre, et seules quelques petites lanternes d'or pur, suspendues au large plafond, offraient assez de lumière. L’éclat doré des flammes dansantes sur les parois des murs de pierres massifs pouvait apaiser même le plus sinistre des esprits rôdeurs.

La petite fille marchait maladroitement, les membres encore engourdis par le sommeil.

Au fond du couloir, elle passa par une pièce noyée d'ombres menaçantes, qu’elle put reconnaître comme la salle à diner du Roi, puisque de grandes planches de bois étaient posées sur des tréteaux, entourées d’au moins une vingtaine de chaises. Dans l'âtre, de petites flammes mourrantes venaient lécher les parois cramoisies. La seule source de lumière, à part celle du couloir qui s'infiltrait légèrement. La petite fille sentait son coeur battre très fort sur sa poitrine. La pièce menait à un autre couloir, aussi peu éclairé que le précédent. Du bout des doigts, elle caressa le mur épais. La jeune fille déglutit et récita la comptine que sa mère lui chantait, lorsqu’elle la bordait. Ses yeux lui piquaient, et elle ne put retenir un bâillement. Alors que ses lèvres remuaient toujours, un bruit sourd la fit sursauter de deux pas en arrière. L’enfant pivota sur elle-même, saisie d’une profonde panique. La peur se lisait sur ses traits couverts de taches de rousseurs. Une mèche rousse lui effleura la joue lorsqu’elle se pencha pour ramasser Mirina qui lui avait glissé des doigts. La petite rouquine se pressa au mur froid et ferma les yeux quelques instants. Elle était sur le point de craquer, de se recroqueviller en boule dans un coin et de hurler jusqu’à ce que quelqu’un vienne la chercher et la console. Mais elle savait que les monstres risquaient de la manger avant qu’on ne la trouve. Chaque fois qu'elle s’était risquée à parler de monstres avec sa mère ou son père, ou bien même avec son grand frère, ils lui disaient tous qu’elle avait une trop grande imagination, mais que ça passerait avec l’âge. Mais s’ils avaient tous tort ? Si un monstre horrible était à ses trousses ? Après tout, la fillette ne connaissait pas ce château, ni rien de tout ce qui pouvait se tapir dans les recoins les plus sombres. Alors, de ses petites mains tremblantes, elle serra fortement sa vieille poupée contre son cœur.

«N’aie pas peur Mirina, je suis avec toi. Je ne te laisserai pas, je te le promets.» Murmura la voix angélique de la fillette. «Je sais que tu as peur, moi aussi j’ai peur, tu vois… Mais ensemble, rien ne peut nous...»

Elle manqua de s’étrangler. Une profonde panique s’attaqua à tous ses membres. Même ses os semblaient se ramollir sous sa peau. La peur se consumait en elle, lui coupant le souffle. Comme elle avait peur… Un hurlement se fit entendre. Et pas un simple cri. Non. Un véritable cri d’effroi. La rouquine se mit à courir, haletante. Ses talons claquaient sur le sol marbré, qui résonnait, donnant la lugubre impression que quelqu’un, ou plutôt quelque chose, courait derrière elle. Ses longs cheveux roux virevoltaient, entraînés par le vent. Quelquefois, une mèche venait se frotter sur sa joue. Les cris se poursuivaient avec intensité, puis, peu à peu, s'évanouissèrent. La fillette s’arrêta brusquement devant une large porte dont les poignées étaient presque aussi hautes qu’elle. Elle retint sa respiration, ses poumons gonflés à bloc. Bientôt, sa tête réclama de l'air. Son cœur battait toujours fort, mais cette fois-ci à en avoir des hauts le coeur. C’en était presque assourdissant. Par chance que personne d’autre qu’elle ne pouvait les sentir, ou pire encore, les entendre.

Les cris provenaient de cette chambre. La chambre de ses parents. Une angoisse sourde lui nouait la gorge. Avalant sa salive, retenant une seconde fois son souffle, elle poussa légèrement sur une des poignées. La grande porte de bois s'ouvrit de moitié, dans un silence absolu. Aucun grincement qui aurait pu la trahir.

Ce qu’elle vit lui glaça le sang. La chair de poule lui retroussa les poils. La scène se trouvait juste là, sous son nez. Elle n’avait eu aucunement besoin de passer la tête dans l’entrebâillement pour voir les trois hommes penchés sur sa mère. Celle-ci, bien que l’enfant ne la vît guère, semblait épuisée et laissait échapper de temps en temps de faibles gémissements. Ses cris s’étaient évanouis. Ils la maintenaient sur un fauteuil fait de peaux d’ours, des lanières de cuir lui attachant les pieds et les mains ensemble. Ses bras avaient été placés derrière le fauteuil. Elle ne pouvait donc aucunement se défendre. Ses longs cheveux blonds autrefois bouclés et rayonnants de beauté étaient maintenant en piteux état. Plusieurs mèches imbibées de son propre sang étaient plaquées contre son visage terreux. Par moment, ses yeux roulaient dans le vide, mais aussitôt, un des trois hommes lui claquait le visage de sa grosse main, la ramenant à la cruelle réalité. Pourtant, le plus étonnant, c’est qu’elle n'affichait aucune blessure apparente. Seulement tout ce sang qui lui tachait les cheveux, la peau et sa longue robe de chambre blanche, qui ne l’était plus désormais. De grands cercles rouges vifs étaient encrés sur ses vêtements. Mais alors, d’où venait tout ce sang ? Et pourquoi était-elle si faible, désormais ? Mais plus que tout, où se trouvait donc son père ?

La fillette battit des paupières avec horreur, droite comme une statue. Il lui semblait que si elle bougeait, ne serait-ce que le petit doigt, ils s’en rendraient compte, et la tuerait. De grosses larmes roulèrent sur ses joues. Ses yeux étaient embués par la peur et la profonde souffrance de voir sa mère ainsi. Elle ne savait même pas qu’on pouvait faire preuve d’autant de méchanceté en ce monde. Bien sûr, elle avait déjà vu des gens se battre, et même mourir sous ses yeux. Mais elle avait toujours su que cela faisait partie de la triste réalité. Mais de voir ce spectacle, c’était au-delà de ce qu’elle aurait pu un jour imaginer.

Les trois hommes étaient très costauds, la stature d’homme intouchable. L'enfant ne les voyait que de côté, dont un de dos, mais c’était tout juste assez pour voir à quel genre d’hommes sa mère avait affaire. Ils portaient tous une cape grise qui leur arrivait aux hanches. Leurs pantalons étaient bruns, sans doute du cuir. Un d’entre eux était beaucoup plus grand, dépassant les autres de pratiquement une tête. Il était blond. Un blond cendreux. Les deux autres avaient les cheveux bruns. Tous trois les gardaient mi-longs, qui leur arrivaient au lobe d’oreille. Ils devaient être sans doute dans le début de la trentaine.

«Vaneng, crois-tu que l’on devrait attendre un peu avant de l’achever? Son sang n’aura pas aussi meilleur goût que si elle est complètement éveillée. Il sera plus… pétillant !» s’enchanta-t-il joyeusement.
C’est le moins costaud qui avait pris la parole.
Vaneng, le plus grand, sans doute le chef, le fit taire d’un geste de la main tandis que le premier rouvrait la bouche pour parler.
«Non, le temps presse… jeune fidèle.»
Vaneng, lentement, se pencha au dessus de la pauvre femme et lui murmura à l’oreille, avant de la lui lécher du bout de la langue :
«Très chère demoiselle, je vous promets que ce ne sera plus long… Cette fois-ci, ne nous nous limiterons pas seulement à vous goûter…»
Puis, sans même que celle-ci ne fasse quoi ce soit pour l’en empêcher, il écarta l’épaisse chevelure blonde de ses frêles épaules et planta ses crocs dans la courbe de son cou.

Les yeux agrandis par la peur, la gamine recula d’un pas.
Comme animée d’une force surnaturelle, sa mère se tordit de douleur sous les trois hommes.
Celui qui avait prononcé le premier mot se détourna de sa mère, et pénétra de son regard noir la fillette. Il l’avait vue ! Il l’avait vue !
Il lui sourit, un large filet de sang frais sous le menton, pas du tout étonné de la présence de cette jeune enfant. À vrai dire, il l’avait entendu arriver.
Poussant un cri d’impuissance, la jeune rouquine se mit à courir, consciente de ses très maigres chances de réussite. Mais elle devait essayer de fuir. Tout pour que quelqu’un vienne la sauver, elle cria à l’aide à s’en époumoner.

Ce n’est que plus tard que la gamine comprit avec un soulagement énorme qu’elle n’était plus pourchassée.
Épuisée au-delà du possible, l'enfant de huit ans se laissa tomber sur le sol, le dos appuyé au mur.
Elle essayait de trouver une explication plausible de ce qu’elle avait vu. Mais rien ne lui venait en tête. Sa dernière pensée fut qu’il s’agissait de monstres. Sans doute s’étaient-ils vengés puisque eux, ses parents, n’y croyaient pas.
Mais alors… Ça voulait dire que... Son grand frère ! Et son père ! Ils étaient sans doute en danger…
«Papa, grand frère, croyez aux monstres sous vos lits, je vous en prie! Croyez-y qu’ils existent bel et bien…»
L’enfant chercha réconfort auprès de Mirina, mais comprit qu’elle l’avait abandonnée aux monstres.

La jeune rouquine referma solidement ses bras autour de ses genoux remontés à son menton et y plongea la tête, se laissant envahir par l’obscurité la plus noire qu’il ne lui était jamais arrivé de connaître jusqu’à ce jour.

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