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Matitya, la chienne sauvage


Auteur : OUAKNINE Joseph

Style : Aventure




Matitya, la chienne sauvage, n’avait jamais goûté de sa vie du chocolat. Ah oui, des os bien durs et craquants, elle en avait mangé, tout comme des bonnes croquettes de première qualité, et même des mollets bien dodus d’ailleurs ! Mais, du bon chocolat tout décoré de partout, avec un joli ruban rouge autour dans un beau papier de satin brillant, jamais elle n’en avait mangé, ni même tenu entre ses pattes ou dans sa gueule.

Pourtant, elle connaissait bien l’existence du chocolat. Elle savait qu’il pouvait être noir ou blanc, et qu’il était bon, mais bon !… Le soir, au coin des fermes et des chaumières, elle entendait les petits enfants en parler en chuchotant, toujours les mêmes conversations :
— Ah ! disait l’un, ma grand-mère m’a envoyé du chocolat de Suisse, le meilleur du monde entier !
— Oh ! répondait l’autre, la mienne vit en Belgique et il paraît que là-bas, les fabriques de chocolat sont grosses comme des continents et hauts comme des montagnes.

Matitya n’en pouvait plus. La salive lui montait aussitôt à la gueule et lui dégoulinait sur le cou, sa petite langue rose pendait et elle se mettait à souffler comme si elle n’avait pas bu depuis des lustres.
— Du bon chocolat ! se lamentait-elle, où vais-je trouver du bon chocolat ?

Malheureusement, Matitya la chienne sauvage habitait dans la forêt d’un territoire si lointain qu’elle aurait dû courir pendant mille ans sans s’arrêter pour atteindre ces pays dont parlaient les enfants avec tant de tendresse. Or, elle était bien trop petite !

Une fois, elle avait essayé de s’introduire dans la maison pendant que les enfants étaient à l’école, malheureusement, quand elle avait enfin réussi à ouvrir le placard à grand renfort de crocs et de coups de griffes, elle avait trouvé la boîte vide ! Il faut dire que le chocolat était si rare et si dur à obtenir dans ce pays lointain, que les enfants le finissaient dès que le facteur avec posé le colis sur la table.

Un jour, Matitya surprit une conversation entre deux fermiers :
— Je pars pour l’Europe demain matin, expliqua l’un, ma cousine se marie.
— Bigre ! répliqua l’autre, comment vas-tu faire un aussi long voyage ?
— Un taxi viendra me chercher à l’aube pour m’emmener à la gare où je dois prendre le train pour Paris. Plus d’une semaine de route, mais cela fait si longtemps que je n’ai point vu ma cousine !

Cachée dernière un arbre, Matitya avait tout entendu. Déjà, dans sa petite tête, un plan prenait forme…

Cette nuit-là, la chienne sauvage ne dormit point et resta postée à l’intérieur d’un buisson devant la maison du fermier. Comme prévu, à quatre heures du matin, un taxi fit son apparition. Les phares balayèrent un moment les arbres et la clôture de la maison avant de s’immobiliser devant la grande porte. Un discret petit coup de klaxon suffit à faire sortir le fermier qui s’engouffra dans le véhicule tandis que le chauffeur plaçait sa grosse valise dans le coffre.
Le chauffeur du taxi avait à peine refermé sa portière que d’un saut décisif, Matitya s’était accrochée au pare-chocs arrière, en s’aidant de ses griffes et de ses crocs pour ne pas glisser.

Heureusement, la gare n’était pas loin. Dès que Matitya l’eut aperçue, elle sauta sur le quai, se cacha derrière un chariot et eut vite fait de localiser le train dans lequel le fermier montait. Repérant une petite échelle, elle se rua dans la nuit encore présente, grimpa sur le toit du train et s’installa sur la locomotive.

Le voyage fut pour elle le plus horrible des voyages. Une semaine entière sans s’arrêter, dans le froid, dans le vent, sans boire et sans manger ! Une semaine entière accrochée à une cheminée bouillante et fumante qui crachait des escarbilles et sifflait toutes les cinq minutes. Une semaine sans dormir par peur de tomber ! L’horreur absolue !

Quand Matitya, la petite chienne sauvage, arriva à Paris, elle était frigorifiée, mais c’était Pâques et des millions d’œufs et des cloches en chocolat tombaient du ciel à grand renfort de petites paillettes et de rubans multicolores. Sur le quai, des centaines d’enfants couraient pour attraper les chocolats et se régalaient en criant de joie. Ils avaient plein de confettis dans les che-veux !
— Que c’est beau ! souffla Matitya en essayant vainement de se redresser.

Un peu plus tard, quand le mécanicien monta sur la locomotive pour la nettoyer, il trouva la petite chienne engourdie et fatiguée. Elle avait entre ses crocs un petit œuf en chocolat qu’elle n’avait pas croqué, et ses yeux grands ouverts brillaient comme si elle était en train de déguster tout le bonheur du monde.





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