Ô désespoir



Nouvelle écrite par Martin BEZIAT dans le style Drame



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Depuis ce qu'il appelle la calamité, une épidémie ravageuse, un peuple s'est réfugié dans une gigantesque caverne, tout près d'une mine de soufre. Un des leurs nous raconte ce qu'il voit et ce qu'il vit...


I

Une odeur de soufre avait envahi la pièce, creusée dans le roc. J'étais debout depuis près d'une heure. Une heure où s'entremêlent le manque de courage et le désespoir absolu, une heure qui se répète sans cesse depuis le jour de la calamité. Cette grave peste qui nous avait poussés dans les profondeurs. La chaleur de cette étroite chambre commençait à m'étouffer et je sortis bientôt voir ce qu'il se passait aux alentours. Tout n'était que détresse et dénuement. Certains se disputaient un vieux grabat, comme si ce tas de plume ferait leur plus grand bonheur et comme si ce malheureux lit les délivrerait de la maladie. Des mineurs travaillaient la pierre dans l'espoir de trouver fortune, certains mouraient pour la survie du peuple ; un peuple qui sombre petit à petit dans la faim et la soif d'espoir ; un espoir qui pour moi, était perdu depuis le début.
Comment organisions-nous l'approvisionnement en nourriture ? Des anciens soldats de l'armée partaient en mission quelque fois. Ce qu'ils nous rapportaient – s’ils rapportaient quelque chose – ne faisait que nourrir quelques vieillards ou quelques grandes personnes.
Les grandes personnes, elles, anciennement riches, exigeaient des anciens miséreux la priorité de la nourriture. Mais c'est un scandale ! Un enfant dépourvu de toute sorte d'aides, agonisait de faim, au pied du trône, dressé par l'ancien maire de la ville : M. D'hespére.
Une malheureux cul-de-jatte tentait désespérément d'avancer grâce à de frêles béquilles.
Il était horriblement maigre, la peau sur les os ! Pourquoi le laisserais-je ainsi ? Je courus à son secours.
Depuis la calamité, il n'y avait plus de règles, de lois, du moins, personne ne se révélait apte à les adopter. Dans une crevasse miraculeusement creusée dans une paroi, trois voyous se disputaient le fruit de leurs trouvailles ; personne, pourtant, ne vint leur reprocher quelque chose. Tout le monde savait à quel point il fallait lutter pour subsister, aucun des hommes présent ne faisait jamais allusion à un quelconque autre mode de vie envisageable, car tous savaient que cela n'en valait pas la peine.
Malgré la situation de tous, certains avaient adopté une toute autre démarche de survie.
Ils se réunissaient en petits groupes, et chacun travaille pour le bien du groupe, il n'y a pas de chef ou quoi que ce soit du genre. Cela marche très bien, et d'ailleurs, je fais partie de l'un d'entre eux. Dans mon groupe, il y a Jean, Albert, Louis et anciennement Philippe.
Philippe est mort dans les mines de charbon et d'or, où chaque années, une centaine de gens meurent, sous l'épuisement ou sous une avalanche de pierre rasante.
Jean rapportait une taupe, à moitié déjà consommée. Nous l'entamâmes avec l'enthousiasme de deux félins, ayant enfin ramené leur proie. Pour certains groupes, le malheur des autres n'importait pas, mais le nôtre s'était fixé une devise : « Les autres seront rassasiés, pendant que nous, nous attendrons notre part avec patience. »


II

Deux années passèrent, vite, toujours dans la souffrance et toujours dans l'oubli d'un moindre espoir. Jean était mort. Il sombra dans la maladie, après une expédition à l'extérieur. Albert, lui aussi, mourut, dans la mine d'or. Louis était malade, rien ne m'assurait qu'il survivrait.
J'étais seul. Seul, comme un brin d'herbe, au milieu des flammes. Seul, recroquevillé au fond de mon antre, un miséreux bouge, au milieu de cent autres, dans un trou dont le toit ne protégeait maintenant qu'une douzaine de personne, à moitié morte. Non loin de là, dans les profondeurs, un gisement de soufre avait, de son odeur, ronger l'intérieur de toutes les habitations, toutes autant qu'elles étaient. Bientôt, il ne restera plus personne, pensais-je. Mon manque de confiance me poussait à penser de malheurs, et que de malheurs. Mes rêves ne reflétaient que ce qu'il se passait réellement dans cette grotte malodorante. La fin était proche.
Le maire – qui serait sans doute le dernier survivant – commandait sur trois personnes. Il se procurait, grâce à eux, le maximum de nourriture pour pouvoir subsister jusqu'à la fin.
Un autre jour, les trois autres personnes moururent et le maire décida de ne plus s'interposer plus qu'il ne l'avait déjà fait. Il se mit à essayer de vivre comme nous mais n'y arrivait pas. Il souffrait dès la première nuit. Sa vie, paisible jusqu'à ce jour, se révélerait être un supplice pour lui.
Personne ne parlait à personne, tout le monde vivait dans un seul et même groupe, tout le monde œuvrait pour l'enrichissement des réserves communes.
Au fil du temps, je commençais à voir en rêve des sortes d'esprits malveillants, rôdant autour des survivants, les obligeant à ne rien faire pour leur survie. De toutes manières, depuis la calamité, l'esprit des gens s'était transformé de telle sorte qu'ils ne se doutaient même plus de savoir si dehors, il faisait jour ou nuit. Moi, depuis toujours, je me doutais de ces choses-là, je comptais chaque jour, dans l'espoir qu'un jour peut-être, on pourrait remonter à la surface et savoir quel jour on est. Cet espoir, autrefois tant signifiant pour moi, ne se réduisait maintenant qu'à une vulgaire feuille morte, qu'on écraserait sans la voir, parmi tant d'autres, toutes aussi insignifiantes.
Ma vie ne se réduisait plus qu'à penser, penser à quelle serait ma fin, penser à quoi faire pendant la journée qui suivrait – si bien sûr, il y en aurait une. Je sombrais dans des pensées aussi troublantes que dignes de prendre sa plume et de les écrire. Vivre une vie sans espoir pousserait sans doute au suicide, au fait de s'arracher à la vie et de quitter les souffrances inutiles qu'elle nous procure. Une telle situation me maintenait courbé dans un coin fermé, somnolant. Aucune des forces qu'il nous restait ne nous permettaient de nous lever. En moi subsister cependant une peur, une angoisse irrépressible : allais-je donc devoir mourir de faim ou de soif ? Allais-je donc devoir subir cet interminable calvaire ?
Mourir parce que le destin a décidé que vous ne trouverez rien pour vous nourrir, pour survivre ?


III

Trois mois plus tard, il ne restait plus que moi. Je savais qu'il ne pouvait plus rien se passer à présent. Je ne pouvais plus marcher, je pesais à présent une tonne. La plante de mes pieds, en marchant, balayait le sol poussiéreux. Des cadavres gisaient, certains déjà décomposés. Vers où marchais-je ? Je marchais vers le ciel, ce ciel, que je n'avais point vu depuis la calamité. Ce ciel, qui autrefois, faisait ma routine, et qui maintenant, faisait ma libération.
Ça y est, j'avais ouvert le couvercle de mon trou ! L'air, dehors, était frais. Un souffle de pureté pénétra mes nasaux. Mes yeux se fermèrent. Le vent, invisible sous le manteau de neige, gelait mes tympans. Je me tenais sur mes deux bras et mes deux genoux, ceux-ci cédèrent sous mon poids. Je m'écroulais de tout mon long sur le tapis blanc du sol.
Un enfant était là, dehors, il me vit, et cria au secours. Une foule accourut, ahurie. La ville était actuellement très animée. Les fêtes de Noël venaient à peine de commencer...

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