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Les amours clandestines


Auteur : HESSE Rémi

Style : Scènes de vie




Vingt et une heures, il pousse la petite porte en chêne, elle grince, elle a toujours grincé. Ça fait douze ans, que deux ou trois fois par semaine, lorsqu'il entre ou qu'il sort, il se dit :"il faudrait graisser ces charnières".
- Ça va mon Pierrot ? Crie une voix du fond de la cuisine.
Il se déchausse, prend ses chaussons, sous le petit buffet en noyer. Dans la cuisine Solange s'essuie frénétiquement les mains avec son torchon à carreaux. Elle le prend dans ses bras, l'embrasse. De sa main gauche, il caresse ses cheveux bruns et frisés, dans la droite il tient un bouquet de fleurs.
- Ça sent bien bon, qu'est-ce que tu nous mitonnes ?
- C'est un secret ! Tes roses sont magnifiques.
Il remonte son pantalon. Tandis qu'elle arrange avec amour les fleurs dans un grand vase en faïence blanche à fins motifs bleus. Elle plisse légèrement les yeux en souriant, ce qui accentue les pattes-d'oie qui filent vers ses tempes.
- Je vais mettre les fleurs dans le salon, viens.
Il la suit docilement. Elle tisonne un peu les deux bûches qui se consument dans la cheminée. De grandes gerbes d'étincelles montent vers le conduit. Elle avance un fauteuil en cuir.
- Installe-toi, je t'amène un petit Pineau, dans dix minutes ce sera prêt.
Fatigué, il se laisse dorloter, savoure son apéritif en regardant distraitement l'âtre. Il apprécie la légère odeur de feu de bois qui flotte dans la grande pièce. Les flammes projettent des reflets rouges sur son crâne largement dégarni.
Le repas, succulent, Solange s'est surpassée, se déroule bien. La vieille suspension à moulinet, en porcelaine blanche, dispense une lumière chiche. Sur la table un bougeoir en cuivre supporte une bougie à la flamme vacillante.
Ils parlent de tout de rien, du temps, de l'actualité, évitant soigneusement le sujet qui les inquiète. En fond sonore, Solange a mis la symphonie numéro 9 de Beethoven par le Cleveland Orchestra. Elle dépose devant Pierre un tiramisu joufflu. Il salive, le mascarpone mousseux s'échappe, le parfum d'Amaretto lui arrive aux narines.
- Tu es vraiment une femme adorable, toujours aux petits soins. Toujours à l'écoute, à la recherche de ce qui va me faire plaisir...
Elle sourit, lui caresse la main.
- Allez, mange ton gâteau gourmand.
Il déguste, savourant chaque cuillerée. Solange prend sa respiration, adopte un air dégagé.
- Pour demain, comment fais-tu ? A quelle heure faut-il que tu y sois ?
- Sept heures et demie. Ils commencent tôt ! J'ai mes affaires dans la voiture, j'irai directement.
- Tu veux que je t'emmène ?
- Non non !
- Au bout de douze ans, tu n'en pas assez des amours clandestines ?
- Par moment ça me pèse un peu, oui c'est vrai. J'aimerais me promener avec toi main dans la main. J'aimerais garer ma voiture devant ta porte, non pas sur la place et passer pas la sente pour venir ici. Tu sais bien... Depuis le début on le sait tous les deux et on l'a accepté.
- Mais tout de même pour entrer à l'hôpital... Où vas-tu mettre ta voiture ?
- Sur le parking du personnel à l'intérieur, près des cuisines. C'est arrangé, j'ai vu avec quelqu'un que je connais. Le gardien est au courant, il m'a appelé cet après-midi pour me le confirmer.
Elle n'insista pas, débarrassa la table et ils se couchèrent.

Le lendemain matin, elle l'accompagna jusqu'à la porte.
- Prends soin de toi, je vais être inquiète.
- Ce n'est rien, je te l'ai dit, c'est une opération de routine maintenant. Le chirurgien me l'a confirmé, jeudi, ou au plus tard vendredi, je sors. Aussitôt je prends un taxi et je viens me faire dorloter entre tes bras pendant dix jours. J'ai prévenu autour de moi que j'irai me reposer en famille.
Ils échangèrent un dernier baiser.

Jeudi, elle attend en vain. Vendredi matin, elle fonce chez la boulangère, puis prend le journal au kiosque de la place du marché. Elle ne peut s'empêcher de pousser un cri en découvrant le titre de une de "l'Echo":

Le Père Pierre Mangin décédé !
C'est au cours d'une opération banale que le Père Mangin, vicaire de notre paroisse depuis quatorze ans, a trouvé la mort des suites d'un arrêt cardiaque.
Aimé de tous ...





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