Pourquoi j'ai tué mon mari (plateau 1)



Nouvelle écrite par Clopine TROUILLEFOU dans le style Noires



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J’ai tué mon mari, cela est certain. Mais pourquoi, oui, pourquoi. Ca ! Je ne sais pas si je vais pouvoir l’expliquer. Je sais qu’il le faut, puisque je suis ici. Mais c’est tellement douloureux. Et difficile à dire. Oui, un verre d’eau, je veux bien. On ne peut vraiment rien faire, pour la chaleur ? Bien, je continue, merci pour le verre d’eau.

Par exemple, si je vous dis qu’il avait une manière de sortir de la douche, sans faire attention s’il y avait du monde,ou non, dans la salle de bain, et qu’il commençait à se sécher en se donnant des claques sonores sur le corps, comme ça, vlan sur le corps, vous allez trouver qu’il n’y a pas là de quoi fouetter un chat. n’est-ce pas ? Alors, d’autant plus, tuer un mari qui vous entretient, vous donne une maison et vous aime. Mais pourquoi, alors, était-ce toujours quand j’étais dans la salle de bain qu’il sortait, * nu, de sous la douche ? Tellement nu… Et même, je vais tout vous dire : parfois il procédait aux fonctions naturelles, vous comprenez. Oui, oui, devant moi. On ne peut pas dire qu’il s’attardait, mais c’était tous ces bruits, épouvantables. C’était ça pour tout. Il s’occupait de son corps, comment dire ? Comme il se serait occupé d’un animal, quoi. Il le soignait, certes, mais il en était détaché. Et puis il était si … robuste. Jamais fatigué. Avec beaucoup d’appétit. A table ! Oh, à la fin, je ne pouvais plus le regarder : ses dents si blanches, ses lèvres si rouges, une manière de déchiqueter la viande… Pas difficile, non, je ne pouvais pas dire. C’est simple, il avalait tout ce qu’on lui servait, sans rechigner. Mais quel appétit épouvantable !

Et ailleurs, enfin, pour le reste, vous comprenez bien ce que je veux dire, le même appétit… Jamais malade, je vous dis ; toujours prêt, comme les scouts. Enfin, si je peux m’exprimer ainsi. Il m’épuisait. J’en arrivais à ne plus pouvoir enfiler… même un peignoir, veux-je dire. Si j’avais pu dormir toute habillée. Mais comment le lui dire ?

Il devait le sentir, parce qu’il m’apportait un doigt de xérès, ou bien un martini, le soir, avant de … comment dire ? de grimper dans le lit. Oui, c’était épouvantable. Il lançait une jambe, puis une autre, il faisait un espèce de saut carpé et ça y était, il était dans le lit, près de moi. Tout près. Avec son épouvantable… santé.

Regardez-moi. Oui, vous, là, allez-y, n’ayez pas peur. Un gros plan, pourquoi pas. Oui, je sais que je peux passer pour attirante, malgré mes cernes (vous avez vu mes cernes ? Tout bleus, n’est-ce pas ; bon, on me dit que cela fait ressortir mes yeux verts, soit. Mais si vous croyez que c’est facile, d’avoir ces cernes-là.) C’est à cause de mes cheveux blonds, et puis je suis si mince. Merci, de me dire que je suis superbe. Mais c’est que j’ai comme une sorte de diabète, vous savez. C’est pour cela que je ne mange pas beaucoup. Et puis les allergies, évidemment ; si vous saviez ce que m’a dit le professeur Césari. Vous connaissez le professeur Césari ? Le spécialiste ? Il m’a dit textuellement « Madame, si j’avais une nature aussi allergique que le vôtre, je sortirais sous une cloche de plexiglas » ; textuellement. Du plexiglas, parfaitement. Une sorte de champ stérile, quoi. C’est pour cela. Quelqu’un de fragile, comme moi. Avec quelqu’un comme mon mari. Vous saviez qu’il pesait quatre-vingt douze kilos ? Quatre-vingt douze kilos, parfaitement. Ah. J’ai vraiment vécu l’enfer. Et rien à lui dire, n’est-ce pas. Irréprochable. Oui, oui, question argent, cela allait, et l’avocat m’a même dit qu’avec l’assurance, enfin, si cela marche pour moi ici, j’allais être à l’abri du besoin. Il y a de quoi. Ce ne serait que justice, parce que les besoins de mon mari, n’est-ce pas, c’est bibi qui les a assumés. C’est pour ça qu’à la fin, j’étais à bout.

Non, non, je ne pouvais pas divorcer. Je suis catholique, moi, Monsieur. J’ai des convictions religieuses. Merci. Je savais qu’ici, au moins, on les respecterait. Pas comme dans un tribunal, un vrai…. Pardon ? Oui, c’est ce que je dis. On n’est pas dans un tribunal, et si je passe ce soir, si le public tape deux, je n’ai plus rien à craindre, non ? D’accord, oui oui, je suis au courant, j’ai signé le contrat. Mais qu’il fait chaud ici; Oui, je veux bien un autre verre d’eau. Merci de me dire que je suis parfaite. Oui je crois que je vais gagner ce soir. L’acquittement, et la liberté. Je me souviens : leur dire de taper deux.

C’est pour tout cela, mais je crois qu’il n’y a que les femmes pour me comprendre, pour comprendre ce que j’ai enduré, pour comprendre que je n’ai pris aucun plaisir à ce… geste… définitif… C’était si horrible. J’avais peur qu’il y ait du sang, ou qu’il se mette à vomir, avec tous ces comprimés dissous dans le verre. Ca ne m’aurait pas étonné de lui, et après, il aurait fallu nettoyer. Mais non, il a tout avalé, et puis il s’est endormi. Comme une masse. Il n’a même pas souffert ! Et c’est comme ça que je me retrouve dans votre émission. Ou alors j’appelais les flics, mais bon. Vous me voyez dans un commissariat ?. J’ai préféré venir ici, à «A VOUS DE JUGER», avec l’extraterritorialité et les accords du gouvernement. J’ai confiance dans l’audimat de mon pays ! Je sais que les femmes comprendront mon sentiment ; Il fait si chaud ici, je crois que je vais déboutonner encore un peu mon corsage, non ? Vous croyez que cela peut influencer défavorablement le public ? D’accord, je vous crois. C’est vous la téléréalité, c’est pas moi. Oui, oui, j’ai bien compris. Regarder la caméra n° 3, parler quand la lumière rouge s’allume, et accepter votre mouchoir quand il faudra que je m’essuie les yeux.

Comment ? Ca va être à nous, en direct du plateau de «A VOUS DE JUGER » ? Il faudrait d’abord, s’il vous plaît, oh, ne me forcez pas à vous le dire tout haut, il faudrait …. Les toilettes…Décidément, comme c’est difficile, avec le corps, n’est-ce pas. J’ai tellement horreur des corps, sauf du mien, parce qu’il est si mince. Oui, oui, j’arrive, j’ai tout compris. Je suis sûre que je vais gagner. C’est qui, l’autre, ce soir ? Une infanticide ? Elle n’a aucune chance… J’en suis sûre. Je suis sûre de moi. Tout le monde aurait fait comme moi, voyons.

Attendez, je fais une retouche ici, puis là….

D’accord, j’arrive, oui oui... Oui, oui, le plateau 1 , c’est par là. Passez devant, je vous suis. Ah bon ? D’accord. Je passe devant, vous me suivez. Vous me garantissez le résultat, hein ? Parce que le corps doit être encore chaud, là. Non, non, ça je ne le dirai pas, j’ai bien compris. Oui, par là. Plateau 1.

Épilogue

PPDA entra dans sa loge, fatigué, son ordinateur ouvert sur la page du synopsis de l’émission du lendemain. Marie-Madeline, la responsable du casting, lui proposait deux jeunes, des garçons pour changer. Le premier, un maghrébin sans aucun doute, mais avec des yeux très clairs, était une sorte d’ illuminé, « djeune » de banlieue aux propos religieux, un intégriste peut-être, pas forcément un terroriste pourtant. Il était néanmoins accusé d’avoir brûlé des bagnoles, d’avoir saccagé un centre commercial et d’avoir organisé des émeutes : ça plombait toutes ses chances, surtout les bagnoles brûlées n’est-ce pas, même face à l’autre, une sorte de grande brute épaisse, dans le genre bas de gamme, qui tapait sur sa femme et ses gosses, piquait à droite à gauche et s’enivrait nuit et jour. PPDA soupira. Dire qu’il allait devoir passer trois heures avec tout ça, leur serrer les mains : pouah . Encore heureux que ce n’était pas lui qui devait choisir ! C’était le public le responsable, qui allait devoir taper 1 pour le jeune type de Nazaret, ou taper 2 pour Barrabas la Brute ; lui, PPDA, le Ponce Pilate de l’Audimat, s’en lavait les mains.

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