Le rendez-vous de Cannes



Nouvelle écrite par Faustina ROSELLINI dans le style Vécu



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La vitesse du TGV l’avait engourdie, elle se réveillait maintenant alors qu’on approchait des Arcs. Cannes n’était plus loin.

Elle se réjouissait de ce court séjour décidé sur un coup de tête. Pourquoi partir et pourquoi Cannes ? Elle n’en savait trop rien. Durant la période des Fêtes sa solitude lui pesait un peu plus et les souvenirs tristes affluaient. Et puis elle avait envie de soleil ! Consulter les annonces dans sa revue pour « seniors » comme on dit maintenant, choisir, téléphoner et décider de la date avaient été l’affaire de quelques heures. La réponse reçue de Cannes avait été la plus intéressante. Et fin janvier serait une période agréable, il y faisait doux, il y avait peu de touristes.

Maintenant, elle se préparait à rencontrer ses hôtes qui habitaient non loin de la Croisette et lui offraient un studio vaste et confortable, pourvu d’une terrasse avec vue sur la mer ; elle allait donc pouvoir peindre.

Elle savait d’eux qu’ils étaient assez âgés, probablement d’origine arménienne à lire leur nom. Eux savaient qu’elle était retraitée depuis quelques années et qu’elle viendrait, seule, de Paris.

Ils l’attendaient à la gare de Cannes : un couple souriant aux cheveux blancs, elle petite, très ronde, lui grand, bien charpenté, les traits accusés et la peau mate, tous les deux, des yeux noirs, ardents. Ils se mirent à rire quand ils virent l’attirail de peintre.

Ainsi leur locataire peignait !

Mais eux aussi ! et l’homme avait présenté ses œuvres dans plusieurs Expositions : « ils ne pourraient que s’entendre » Leur invitée était en outre une belle femme rousse, aux traits réguliers, à la fraîche incarnation. Cette rencontre était placée sous d’heureux auspices !

Elisabeth se reposa, peignit, se promena le long de la mer et partagea quelques repas avec ses logeurs qui devenaient des amis au fil des jours. Elle leur apprit qu’elle était d’origine grecque, ce que son nom d’épouse ne permettait pas de deviner, qu’elle avait été élevée près de la Porte de Montreuil à Paris, là où tant d’immigrés s’étaient retrouvés avant-guerre. Ils lui dirent que, eux aussi, avaient vécu dans ce quartier, après que leurs parents se fussent enfuis de Turquie où la plupart de leurs proches avaient été exterminés.

Ainsi leur commune jeunesse s’était écoulée dans les mêmes lieux.

De confidence en confidence, elle leur raconta son mariage de raison, ses deux enfants qu’elle adorait et le divorce au bout de quelques années. Elle leur dit aussi sa nostalgie d’un amour de jeunesse, la grande passion chaste et rêveuse de ses seize ans pour un jeune homme, Arménien justement, dont ses parents n’avaient pas voulu. Pour la première fois depuis longtemps, parce que l’ambiance l’y invitait, parce qu’elle se sentait proche de ces deux êtres, elle parla de lui, de sa douceur, de son regard, du combat timide qu’elle avait mené en vain, de sa soumission. Elle avait su, il y avait une dizaine d’années, par une amie du temps passé, rencontrée dans Paris, qu’il s’était marié quelques années après elle. Puis plus rien. Et maintenant qu’elle vieillissait elle pensait de plus en plus souvent à lui.

Ses hôtes l’écoutaient, fascinés, et le mari lui demanda d’une voix émue le nom de ce jeune homme. Elle le lui dit…

-« Ainsi c’était vous ! »

Riant et pleurant, il lui apprit qu’il s’agissait de son cousin ; qu’il connaissait toute l’histoire de cet amour impossible, et le grand chagrin du garçon, marié ensuite sans amour et qui était mort, jeune encore.


Quand elle revint à Paris, elle put rencontrer la sœur de son amour de jeunesse et aller aussi sur sa tombe.

C’est une femme apaisée, sereine qui m’a narré cet incroyable rendez-vous avec son passé. Et sa peinture n’a jamais été aussi belle.

C’est une histoire vraie. Me l’ a racontée une dame à qui j’avais prêté mon parking. Comme je lui suggérais de l’écrire, elle m’a avoué en être incapable, ne maîtrisant pas assez bien le français. Je me suis proposée. Pour me remercier, elle peignit, d’après une carte postale, une aquarelle représentant notre maison de Toscane qui pourrait être le sujet d’une autre histoire belle et triste.

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