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La révolte des vents en Olympie


Auteur : FOURNIER Danièle

Style : Historique




« Quoi ? Que se passe-t-il ? Quel boucan ! Je ne m’entends plus souffler ». Et une espèce de grosse boule, énorme, sortit en trombe de son bureau sans s’arrêter de souffler de plus en plus fort comme à chaque fois qu’il était en colère. Ses colères étaient connues et faisaient trembler tout l’Olympie. Malgré son apparente lourdeur, il avançait à grands pas et avec beaucoup d’aisance suivi de la gentille Brise qui essayait de le tempérer : « voyons Eole, calme-toi, tu vas avoir une attaque ! »

Il ne l’écoutait même pas, tendant l’oreille au fur et à mesure qu’il se rapprochait de l’endroit d’où lui parvenaient ces soufflements qui faisaient vibrer les vitres et les tableaux pendus aux murs. La petite Brise le suivait aussi vite qu’elle pouvait, craignant le pire. Enfin, après avoir traversé d’interminables couloirs, ils arrivèrent devant une pièce d’où des soufflements terrifiants firent stopper le Dieu des vents lui-même, se demandant s’il était arrivé quelque malheur dont on aurait oublié de l’en avertir. Il se décida à ouvrir brutalement la porte en poussant le plus fort soufflement qu’il avait en sa possession. La petite Brise se garda bien d’entrer ; elle aurait été emportée comme un fétu de paille. Le calme ne revint pas pour autant. Une table immense d’une longueur, une longueur, je ne saurais le dire ; il m’aurait fallu des mètres et des mètres pour la mesurer. Autour de la table cent-vingt vents continuaient à souffler tous en même temps. Comment arrivaient-ils à communiquer et à se comprendre ? Eole coupa sa respiration et souffla d’un seul coup. Instantanément, le silence se fit et seulement les vents se rendirent compte de la présence de leur Dieu…
- Une réunion ? Sans moi ? Elle n’était pas à l’ordre du jour que je sache ! Qui peut m’expliquer cette agitation ? Zeus, depuis ses appartements doit être furibond… Je suis son ami, mais il ne faut pas dépasser les bornes. Êtes-vous subitement devenus tous fous ? Alors à présent personne ne parle. J’exige sur le champ de connaître la raison de…de…je ne trouve même pas les mots pour qualifier votre attitude.
Une voix, tout au fond de la salle, s’éleva : « nous avons des revendications à vous soumettre »
- Qui a parlé ? Tu pourrais te nommer, mais j’ai reconnu ta voix. Des revendications ? Voilà qui est nouveau… C’est une sorte de grève que vous m’offrez là ? Allez Barber, tu sembles pour l’instant le plus courageux, continue, je t’écoute ».
Le vent violent du Canada ne souffla mot….
- Ah, je vois dit Eole, courageux, mais pas téméraire. Et de qui vous tenez le mot « revendications » ? De ces humains, qui ne sont jamais contents de leur sort ? »
Enfin, Eole se laissa tomber sur son trône, de plus en plus furieux. Pendant cette accalmie, la gentille petite brise fit son entrée et toucha légèrement l’épaule de son maître. Elle était la seule capable à le calmer un peu. Cette fois, il ne se rendit même pas compte de sa présence.
- Allez, je n’ai pas que cela à faire. Qui se décide à parler » ?
Borée, le vent du nord qui personnifie un des quatre vents directionnels, leva timidement le doigt.
- Vas-y, je t’écoute ; sois bref et concis.
- Nous voulons un jour de congé par semaine ».
Eole partit d’un grand éclat de rire qui fit trembler la pièce entière : vous voulez ? Vous voulez quoi ? Un jour de congé par semaine ? En voilà une idée qu’elle est bonne !
Et reprenant son sérieux, il se tourna vers Cers, vent du nord sec et froid qui souffle en hiver sur le Massif Central, et qui est son homme à tout faire, son secrétaire, son confident : alors, toi aussi tu complotes contre moi. Explique, ensuite nous règlerons nos comptes toi et moi.
- Nous sommes fatigués de toujours souffler, jour et nuit. Nous voulons avoir le droit à un peu de repos. Il n’y a rien contre toi, mon cher maître, mais comprends-nous…
- Que je vous comprenne ! Vous oubliez que vous êtes mes sujets, mes enfants, je dirais plus, mes esclaves (des désapprobations tonitruantes se firent entendre), oui, à partir d’aujourd’hui, vous serez mes esclaves ! Je vous ai trop cajolés et vous osez vous retourner contre moi… Est-ce que je me repose, moi ? Je vous ai mis au monde, vous ai éduqués, formés, appris votre métier, celui de souffler aux quatre coins de la planète ; et voilà comment vous me récompensez. Je ne veux plus rien entendre, rien, comprenez-vous ? Plus un mot. Retournez vite fait à vos occupations. Je vous donne un quart d’heure pour vider les lieux ».
Et Eole, dignement sorti de la pièce suivi de la gentille Brise qui était bien malheureuse pour ses amis les autres vents. Elle avait une préférence pour Chamsin, le vent de sable en Egypte ; Kaikias, vent dans la mythologie grecque ; Loo, vent indien ; Ponant, vent d’ouest dans le midi ; Revolin, ce vent qui tourne lorsqu’il rencontre un obstacle ; Zéphir, vent doux et agréable… Ô, il y en avait encore plusieurs mais elle ne prit pas le temps de réfléchir plus longtemps. Les vents avaient déjà entamé leur quart d’heure.

Vent der Midi, vent soufflant à Lyon, se leva et s’adressa à ses frères : « voilà ce que nous allons faire. Nous lui donnons une semaine pour que notre proposition fasse son chemin dans sa tête. Nous allons être de bons et gentils vents travailleurs, obéissants. Si au bout d’une semaine, nous n’avons pas satisfaction, nous prendrons les mesures qui s’imposent. Es-tu d’accord Typhon, (cyclone tropical très violent) ? Il faisait partie de ces vents méchants et dévastateurs qui terrorisaient les autres vents. Il fit un signe d’assentiment en demandant toutefois d’un signe de la main son avis à Baguio, typhon des Philippines. Celui-ci acquiesça et tous les autres furent d’accord à l’unanimité…
Les sept jours suivants se passèrent dans un calme dont Eole n’avait pas souvenance. Les vents allaient et venaient, souriants, respectueux en croisant leur maître… Ils se saluaient, soufflaient dans leurs endroits respectifs, revenaient rendre des comptes ; mais dans leur tête, chacun comptait les jours qui restaient avant la date convenu… Eole, lui était aux anges : « je les ai matés, se disait-il. Ils n’ont jamais été aussi doux ! Que croyait-il, que l’allais céder à leur revendication ? Revendication ! Jamais nous n’avons entendu en Olympie un tel mot. Je me suis gardé d’en souffler mot à Zeus. Je n’ose imaginer sa réaction ». Ainsi se parlait le Dieu des vents, heureux d’avoir étouffé dans l’œuf ce qu’il considérait comme terminé…

Au bout de la semaine, Eole ayant complètement oublié la demande de ses vents, Vent der Midi convoqua en secret Boot, vent soufflant en Inde et lui dit : « nous avions dit une semaine ; celle-ci est arrivée à son terme. Je te charge avec la plus grande discrétion de passer le mot à nos frères, d’être de retour chacun de leur mission demain à minuit et nous nous réunirons dans la chambre escamotée et…
- Dans la chambre escamotée, l’interrompit Boot terrifié, mais c’est interdit ! Personne n’a le droit d’y pénétrer, sauf Eole, et encore lorsque de graves évènements se préparent… Tu ne crois pas que tu exagères ?
- Tu n’es qu’un poltron ! Si tu refuses, je te promets que Typhon et Baguio, à eux deux, sauront t’envoyer au diable ; et je trouverai bien un autre émissaire… Alors décide-toi sur le champ, nous avons beaucoup de choses à mettre en route »
Boot tremblait de la tête aux pieds ; il n’arrivait même plus à souffler : Affronter typhon et Baguio ! La sueur lui sortait par tous les pores. Mieux valait écouter ce que Vent der Midi avait à lui confier. Il ne serait pas seul dans cette chambre.
- Bon, j’accepte la mission. Mais comment ferons-nous pour pénétrer dans la chambre escamotée. Que faut-il dire à nos frères ?
- Nous nous retrouverons d’abord à vingt-trois heures quarante-cinq, derrière le chêne muet, nous serons sûrs ainsi qu’il ne soufflera mot de notre conversation, et là, je vous donnerai mes instructions… J’ai mon idée. Pars sans tarder et à demain soir.
- Encore un mot si tu permets… Tu ne crains pas que Cers se dégonfle au dernier moment et aille vendre la mèche à Eole ? Tu sais combien il est fidèle à son maître.
- Lui aussi aspire à un peu de repos. Et puis si l’envie lui prenait de nous trahir, il sait très bien à quoi il s’exposerait… Alors plus de questions ? File ».
Le lendemain, à l’heure précise, tous les vents étaient rassemblés derrière le chêne muet, bien à l’abri des regards tant la circonférence de son tronc était immense. Vent der midi les attendait déjà :
- Nous sommes tous là ? Autan noir (vent pluvieux venu d’Espagne), tu comptes très vite ; vérifie qu’il ne manque personne.
- Seulement la petite Brise, mais nous n’avons rien à craindre d’elle. Elle est solidaire et n’est pas du genre à trahir.
« Bon, alors commençons, nous n’avons pas trop de temps avant d’entrer dans la chambre escamotée.
Un frisson général parcourut l’assistance et les branches du chêne muet se mirent à trembler : « voilà, je sais comment nous allons pénétrer dans cette pièce mystérieuse. Chacun de vous, les plus anciens, doivent se souvenir que nous avons le pouvoir d’être invisibles, comme nous le sommes pour les humains »
Il parcourut du regard pour voir la réaction de chacun : les plus âgés se regardaient en pensant que Vent der Midi était devenu fou ; et les plus jeunes paraissaient excités en apprenant ce qu’on leur avait toujours caché.
Blizzard, vent glacial, réagit le premier : « et qui se rappelle la formule ? J’avoue que moi, je ne m’en souviens absolument pas. D’ailleurs, je ne l’ai jamais utilisée. Brickfielder, (vent d’été d’Australie), Dzhari, (vent soufflant dans le Sahara et en Lybie), Eurus, (vent d’été de la mythologie Grecque), Halny Wiatr (vent soufflant en Pologne) et…
- Tu ne vas pas les citer tous, j’espère, bien que les anciens s’ils sont comme toi, ne doivent pas se souvenir de la formule ! Moi qui suis plus jeune que vous je la connais par cœur et je l’ai même expérimentée. Je peux vous assurer que ça marche !
- Tu es sûr que nous pourrons la retenir ? S’exclama Kona (vent provenant du sud-ouest à Hawaii) ; il nous reste à peine dix minutes.
- Justement ne perdons plus de temps ».
Un silence se fit. Vent der Midi se concentrait et son souffle devenait à peine perceptible. Personne n’osait bouger…
Voilà la formule, il faudra la dire vite car la porte se referme après le passage de chacun de nous, et surtout la retenir pour en ressortir « riri rira le rat n’est pas là ». Ils avaient de la chance, la lune était voilée et la nuit était d’encre…

Arrivés devant la porte escamotée, Vent der Midi pénétra rapidement et tous les autres vents se faufilèrent sans difficultés à leur tour… Une fois à l’intérieur, une faible ampoule s’alluma laissant apparaître un autel de marbre sur lequel Eole était représenté imposant, majestueux, le visage sévère… Tous s’arrêtèrent, le fixant d’un œil inquiet comme si soudain il allait descendre de son trône et les anéantir. Tout autour de la pièce, des bancs recouverts de coussins damassés leur tendaient les bras. Chaque vent alla s’assoir, en souhaitant que cette réunion se termine rapidement. On sentait une tension et aucun souffle ne se faisait entendre ; c’était comme si chacun retenait sa respiration.
- Détendez-vous, nous sommes dans la place et nous ne craignons plus rien jusqu’à cinq heures du matin »
Un grattement se fit entendre à l’extérieur… Tous les regards se portèrent vers la porte. Même Vent der Midi se leva brusquement, les yeux rivés vers l’entrée. Un second grattement et…
Gentille petite Brise apparut, la porte se refermant derrière elle. Tous la regardèrent, stupéfaits. Badisad obistroz (vent soufflant en Afghanistan), qui ne parlait presque jamais s’exclama : « mais comment tu as fait pour entrer » ?
- Simplement avec la formule magique. Ce n’est pas parce que je suis la plus légère, la plus douce, que je ne suis pas votre aînée. La formule je la connais depuis longtemps.
- Et pourquoi viens-tu à présent ? demanda Vent der Midi
- Parce qu’Eole a eu un malaise
- Un malaise ? S’écrièrent tous les vents en même temps
- Oui, mais ça n’est pas grave. Il s’est mis tout à coup à trembler et à se tenir la tête…
- A trembler ?
- Vous n’allez pas répéter après moi chaque phrase que je vais dire, non ? Vous n’êtes pas devenus un écho, que je sache… Rassurez-vous, il n’a pas de fièvre et n’avait mal nulle part. Il ne faisait que murmurer : que faire ? Que faire ?
- Voilà, dit Hégoa (vent du sud, chaud et sec, suivi de pluie dans le pays basque), il a deviné notre machination. Pauvre de nous ! Il ne va pas tarder à arriver »
Tous les vents se mirent à souffler de frayeur.
- Vous allez vous calmer, oui ou non, cria la jolie Brise… Ses tremblements ne pouvaient provenir que d’une colère ou d’une grande émotion. Comme je ne savais exactement, je lui ai préparé une infusion qui agit sur les deux, il a bu et s’est endormi comme un plomb. Il ne se réveillera pas avant dix heures demain matin. Alors Vent der Midi qu’as-tu à nous proposer ?
- Nous allons convoquer Eole pour demain soir à minuit sous le chêne muet et nous lui dirons que nous nous mettons en grève pendant une semaine » !
D’une seule voix, sauf la petite Brise, les vents répétèrent : en grève !!
-Je ne suis pas tout à fait d’accord avec toi, dit la gentille Brise. Le mot convoquer », va le hérisser et il ne viendra pas. J’en suis persuadée. D’abord à qui vas-tu confier cette démarche ?
- Et bien à Cers, ça me paraît logique ; c’est son homme de confiance et…
- Ah non, s’écria celui-ci. Je veux bien être parmi vous, mais Eole est mon ami et je n’oserai jamais l’affronter pour de telles raisons.
- Moi, je veux bien dit la Brise ; je sais comment m’y prendre avec lui, mais je ne dirai pas que nous le convoquons, mais que nous l’invitons à une réunion ».
Une voix s’éleva, haute et forte : « une grève ! Tu as pensé à toute la sécheresse que ta grève peut engendrer sur terre ?
-Tu as mieux à proposer Chocolatero ? (vent chaud chargé de sable dans le golfe du Mexique). Une semaine ce n’est rien et ça fera réfléchir Eole, répondit Vent der Midi. Allez, nous t’écoutons. Tu ne dis rien ? Alors tu te tais et nous poursuivons. Le temps passe et nous risquons de ne plus sortir d’ici. Nous allons voter à main levée ».
La moitié des vents levèrent la main ; les autres avaient la tête baissée…
-Qu’est-ce que ça veut dire ? Nous étions tous d’accord. Je vous donne une seconde chance : Dépêchons-nous ».
Les trois quarts levèrent la main. Alors la gentille petite Brise prit la parole : « le quart qui reste va vite, très vite se décider ! J’ai un don très précis, celui de vous chasser définitivement d’Olympie.
- Nous chasser ? Toi, la douce, la gentille, la souriante…
-Oui, moi. Je suis gentille avec les humains qui sont malmenés par chacun de vous à votre manière. Mais cette discussion s’éternise. Il est déjà quatre heures quinze et à cinq heures le dernier de nous devra être dehors. Pour la troisième fois, nous votons ».
Toutes les mains se levèrent et Vent der Midi souffla de soulagement…
Il reprit la parole : « tout le monde se souvient bien de la formule ? Donc, rendez-vous demain à minuit sous le chêne muet. Qui sort le premier ?
- Toi, répondit petite Brise puisque tu as tout organisé ; et moi, je sortirai la dernière »…

Tout se passa calmement mais rapidement et chacun regagna son appartement. La petite Brise se dirigea chez son maître qui dormait toujours profondément. Elle lui caressa le front tendrement, honteuse de se mettre aussi contre lui ! Mais ses amis avaient raison : ils avaient bien besoin d’un jour de congé… Il s’entêtait à dire non par orgueil. Elle se coucha sur le tapis près de lui et s’endormit à son tour…
Le lendemain, Eole se réveilla frais et dispos et aperçut le petite Brise qui le regardait en souriant : « ton petit déjeuner est prêt. Fais ta toilette, régale-toi et ensuite, mon maître bien-aimé, j’ai quelque chose à te dire.
- Hum, je n’aime pas ça du tout… Que manigances-tu ?
- Tu as été fatigué hier soir, il te faut reprendre des forces.
- Oui, tu as raison, d’autant plus que Zeus m’attend pour m’entretenir d’une fête qu’il désire organiser dans l’Olympe. Tous les Dieux et même les demi-dieux y sont conviés avec leurs gens. Il veut mon avis sur l’organisation de la fête qui doit avoir lieu dans un mois ».
Ouf, souffla la gentille Brise, d’ici-là, pensa-t-elle, tout sera rentré dans l’ordre.

Après s’être préparé pour son entrevue avec Zeus, Eole se tourna vers celle qui était sa préférée : « alors qu’as-tu à me dire de si important ? Je suis pressé. »
D’un ton ferme mais avec une mine câline, elle se lança : « nous voulons t’inviter demain soir à minuit sous le chêne muet pour te communiquer des choses très importantes. J’espère que tu acceptes… Je vois que tu es très demandé ces temps-ci. Alors, mon cher maître dis oui, je te prie… Il y va du bonheur de tout l’Olympie… »
Eole resta un moment songeur, flairant un mauvais coup ! Mais comme il était curieux, il se dit qu’il valait mieux accepter. Mais malin comme un renard, il répondit : « je te donnerai ma réponse à mon retour de chez Zeus, suivant mon humeur ».
La petite Brise le regarda partir, sachant lire dans ses pensées et murmura : « Il viendra, mais la partie n’est pas gagnée »…
Lorsqu’Eole revint de chez Zeus, il était tout guilleret ; c’est sûr, Zeus avaient dû lui faire boire une des potions magiques au goût si agréable et dont Eole raffolait. « Ma chère petite, il va y avoir une grande fête en Olympe comme il y a longtemps qu’on en a vue !! Ça va être grandiose… Il a besoin de toutes les bonnes volontés et bien entendu, j’ai dit qu’il pouvait compter sur moi. Je vais avoir besoin de toi pendant tout ce mois de préparatifs.
- De moi ? (Voilà que moi aussi, je fais l’écho pensa notre brave Brise)
- Oui, les terriens pourront bien se passer de toi pendant ce laps de temps. Qu’importe qu’il n’y ait aucune brise, un autre vent un peu plus fort prendra ta place. Quoi ? Pourquoi fais-tu cette tête ? Tu n’es pas heureuse et flattée d’être à mes côtés pour une aussi belle occasion ?
- Heu, oui, mais je pensais peut-être à la jalousie de mes amis…
- Suffit ! Alors profitons de ma joie, je réponds oui à ta proposition de tout à l’heure. Je serai à minuit tapant sous le chêne muet. Mais je t’avertis, tu peux le transmettre aux autres, je n’accepterai aucun retard ; vous savez tous que j’aime me coucher de bonne heure »…
Et il sortit dignement de la pièce. La gentille Brise était bien ennuyée. « Avec cette fête au milieu, les complications ne vont pas manquer. Ah, il a eu une bonne idée Vent der Midi ! » Pensa-t-elle.
A l’heure dite, tous étaient présents, soufflant chacun à sa façon, craignant la réaction du dieu des vents. Il arriva, la mine souriante et prit le premier la parole :
- Alors vous m’invitez à une petite fête ? Vous devez savoir qu’une grande et somptueuse réception doit avoir lieu chez Zeus. Il m’a honoré de faire partie de ceux qui vont aider à ce que tout soit réussi. La petite Brise a dû vous en parler… Bon, ne perdons pas plus de temps ! Le sommeil commence à me gagner et j’aime avoir les idées claires. De quoi s’agit-il ? »
Chacun se regardait, attendant que Vent der Midi parle. Celui-ci semblait paralysé et ne trouvait aucun mot pour commencer son discoursLes secondes s’écoulaient et Eole changeait de physionomie. Tout de go, Vent der Midi lança : « nous sommes vendredi ; à partir de lundi, nous nous mettons en grève pour une semaine »…

La respiration d’Eole s’arrêta net. S’il n’était pas immortel, on l’aurait cru prêt à rendre l’âme. Puis un souffle puissant de colère, de rage, d’indignation, souleva tous les vents à plus de trois mètres avant de les faire redescendre, tandis que toutes les branches du chêne muet furent secouées avec une telle force qu’elles imaginèrent Eole décidé à les envoyer hors de l’Olympie…
- Une grève ? Moi j’appelle ça une révolte ! Une révolte chez moi ! Et vous êtes tous d’accord ?
- Calme-toi, je t’en prie mon maître dit d’une voix douce la petite Brise. Une semaine c’est vite passé. Nous n’avons rien contre toi ; mais depuis des siècles que nous soufflons de tous côtés, nous commençons à être fatigués.
« AH ! Parce que toi aussi, tu en es… Tu te révoltes contre moi. Vous osez me tenir tête… Et dire que dans un mois une magnifique fête nous attend… Dès demain, je vais en référer à Zeus ».
Un souffle de murmures parcourut les vents. Parler de leurs affaires à Zeus ! Pourquoi le mêler à leurs problèmes. Certains semblaient vouloir abandonner l’idée de cette grève. Lips (vent mentionné dans la mythologie Grecque) s’en aperçut et prit la parole : « Zeus n’a rien à voir avec nous. Tu es notre dieu, notre maître et tu dois être capable de gérer la situation. Nous ne te demandons qu’un jour de repos ; tu refuses, nous sommes donc obligés de réagir… Tant pis pour les humains ! Pendant une semaine plus aucun vent ne soufflera sur terre et ils ne s’en prendront qu’à toi. Et pendant cette semaine, tu auras eu le temps de comprendre que ce jour de repos sera profitable à tous, toi y compris ». Vent der Midi n’en revenait pas de l’audace de Lips, sachant pourtant qu’il était protégé par Zeus, car faisant partie de la Grande Maison…
Eole les regarda d’un air hautain et méprisant : « nous avons deux jours avant que votre révolte ne débute. Que ça vous plaise ou pas, demain je me rends chez Zeus. Il tranchera. Je vais aller dormir et oublier vos folies jusqu’à demain ».
La petite Brise était en larmes, partagée entre son attachement pour Eole et son affection envers ses amis. Quand elle réussit à parler : « allons nous aussi nous coucher. Zeus est de bon conseil. De toutes façons quand Eole décide quelque chose, rien ne le fait changer d’avis ».

Lorsqu’Eole se réveilla le lendemain matin, il était d’une humeur épouvantable. Sa nuit avait été exécrable ; il avait passé son temps à tourner et se retourner, à souffler, à faire trembler son lit et des cauchemars le tourmentèrent pendant le peu de temps où il dormit vraiment…
Quand petite Brise lui apporta son déjeuner, il ne la regarda même pas et ne la remercia pas non plus. Elle sortit, triste, avec un sentiment de culpabilité. Eole se mit à manger avec appétit ; il avait toujours faim comme d’ailleurs tous les autres vents… Depuis des siècles qu’ils soufflaient, ils en avaient pris l’habitude. C’est à croire que les poumons se vidant, leur estomac criait famine ! Plus ils soufflaient et plus ils avaient besoin de nourriture. Tout en avalant son copieux premier repas, Eole était tourmenté parce qu’il se rappelait avoir juré à ses sujets d’aller voir Zeus. Mais bien qu’il soit son ami, on ne pouvait voir le Dieu de l’Olympe que sur rendez-vous. Il ne savait comment procéder, car il ne voulait absolument pas manquer à sa promesse. Il tenta le tout pour le tout. Il s’assit à son bureau et écrivit :
« Mon vénérable et ami Zeus, je me permets de déroger aux convenances pour te demander de bien vouloir me recevoir aujourd’hui à l’heure qui te conviendra. J’ai de graves problèmes à régler et sans ton aide éclairée et judicieuse, je suis perdu. Le mot n’est pas fort et je ne sais que faire. Je t’envoie mon pigeon le plus diligent et attend avec impatience mais respectueusement ta réponse…
Ton dévoué et fidèle Eole »

Après avoir envoyé son message, il se sentit un peu plus calme. Il fit toilette, mit ses plus beaux vêtements et patienta en écoutant de la musique… Un quart d’heure » plus tard, son pigeon était de retour avec une phrase très brève : « Je t’attends sur le champ ».
Arrivé chez Zeus, Eole fut introduit immédiatement dans le bureau du Dieu de l’Olympe. Celui-ci le salua, lui fit signe de s’assoir : « alors, que se passe-t-il ? Ton message m’a fortement inquiété car ce n’est pas dans tes habitudes de perdre ton sang froid. Je t’écoute »
Ainsi Eole raconta ce qui se passait avec ses vents et aux mots de grève et révolte, Zeus partit d’un énorme éclat de rire qui fut entendu dans tout l’Olympe et fit trembler la terre. Eole le regardait, assez intrigué de sa réaction et se demandait si c’était la colère qui le faisait réagir de la sorte, ou bien quoi ? Il n’osa pas interrompre cette hilarité et resta droit dans son fauteuil… Lorsque Zeus se calma, il ferma les yeux et caressa sa longue barbe rousse qui lui tombait jusqu’au milieu de la poitrine. Eole ne souffla mot. Quand Zeus avait cette attitude, cela voulait dire qu’il réfléchissait profondément et il ne fallait surtout pas interrompre sa méditation. Au bout d’un moment qui parut interminable au dieu des vents, il ouvrit enfin les yeux et fixa Eole un sourire malicieux aux lèvres…
- Voilà, lui dit-il, j’ai ta solution ; écoute bien et va rapporter à tes « révoltés » tout ce que je vais te dire ».
Et Zeus se pencha tout près de son ami et lui parla à mi-voix pendant de longues minutes ; puis ils se séparèrent… Eole, jubilait ! « Je pensais bien, que Lui me sortirait de cette impasse. Dépêchons-nous »
Arrivé dans ses appartements, il appela petite Brise et lui dit tout joyeux : comment vas-tu ? J’ai une mission pour toi auprès de tes amis qui seront heureux d’accepter de diner avec moi ce soir à vingt et une heures tapantes. Va leur transmettre mon invitation et je vous attends tous ce soir ».
La jolie petite Brise ne comprenait plus rien ! Ce n’était plus le maître qui était parti sans la regarder tout à l’heure… Vraiment, il était complètement transformé. Zeus avait réussi une fois de plus un de ses miracles… Elle était impatiente d’être à ce soir, car les miracles de Zeus n’étaient pas toujours de bon goût. Qu’avait-il pu encore sortir de son imagination ?
A l’heure dite, tous les vents au grand complet, personne n’aurait osé refuser une invitation à diner d’Eole, frappaient à la porte en or massif de leur Dieu. Chacun avait mis son plus beau costume, et bien qu’intrigués, ils arboraient un sourire semi triomphal. Une fois introduits dans l’immense pièce, ils prirent place autour de la table somptueusement parée sur laquelle une multitude de mets attendait déjà les invités… Les couleurs se mêlaient aux parfums délicieux qui se dégageaient de tous ces plats abondants. Les vents en avaient l’eau à la bouche et ne pouvaient s’empêcher de saliver. Enfin, le maître fit son entrée, majestueux ; son regard fit un tour de table et il inclina la tête devant chacun de ses sujets.
- Nous allons partager un excellent repas comme vous le voyez et ensuite, je vais vous dire ce que Zeus m’a suggéré. Je suis certain que ma surprise va vous être agréable. A présent bon appétit ».
Les vents ne se firent pas dire deux fois de faire honneur au festin. La boisson coulait à flots et on entendait les mâchoires qui mastiquaient et les « glou, glou » des nectars qui glissaient dans leur gorge. Arrivés aux desserts, aussi nombreux que les plats, les langues commencèrent à se délier et de gros rires soufflaient d’un bout à l’autre de la table. Seul, Eole restait muet les regardant du coin de l’œil. Soudain, toute la table se trouva miraculeusement débarrassée et Eole se leva. Le silence se fit immédiatement. « Aïe, pensa la petite Brise, voilà le moment fatidique ». Elle avait mangé et bu avec modération pour garder les idées claires, mais elle devinait déjà qu’Eole avait gagné la partie…
-Ecoutez-moi bien, tous. Vous êtes mes enfants (ah, nous ne sommes plus ses esclaves se dit la gentille Brise ; voilà qui n’annonce rien de bon) et j’ai décidé avec l’accord de Zeus de vous accorder votre semaine de grève ».
Un énorme soufflement joyeux et triomphant s’échappa de toutes les poitrines. Puis des applaudissements fusèrent de tous côtés, déclenchant sur la terre un début de séisme, qu’Eole se dépêcha de faire cesser. Seule la petite Brise était restée silencieuse, connaissant par cœur les ruses de son maître.
- Ecoutez-moi jusqu’au bout sans m’interrompre. Ensuite vous me donnerez votre assentiment. Cette grève va se dérouler sous forme de jeu. Je sais que vous êtes plus d’un à être des petits malins et ce jeu va vous ravir. Pendant toute cette semaine, je vous donne carte blanche pour faire ce que vous voulez. Vous pourrez souffler aux endroits qui vous plairont. Plus de contraintes, plus d’obligations. Chacun va échanger ces lieux de travail sur terre, ce qui va donner une bonne leçon aux humains et vous accorder l’occasion de vous démener comme des petits fous. Si vous êtes trop fatigués, mais je connais votre résistance, vous aurez le loisir de vous reposer un moment pour reprendre avec plus de force ce nouveau jeu. J’attends votre réponse et Zeus aussi ».
« Il est encore plus malin que ce que je croyais, pensa la jolie Brise. Ils vont tous tomber dans le panneau ; après ce qu’ils ont mangé et bu, je suis sûre que pas un seul ne va refuser ».
Freemantle Doctor (vent soufflant de la mer vers Perth, capitale de l’ouest de l’Australie. Ce vent contribue à faire de Perth la capitale avec le vent le plus constant au mode. Il prend la forme d’une brise de mer qui vient refroidir la plage entre douze heures et quinze heures pratiquement tous les jours de l’année) prit la parole : « pour moi, c’est OK ! Mais il faut que nous soyons tous d’accord. Nous allons semer la panique pendant une semaine sur la terre et ce sera follement amusant. Qu’en dites-vous mes frères ? » Un soufflement tonitruant sortit de chaque poitrine, mais c’était tellement fort qu’on aurait pu croire n’entendre qu’une seule et unique réponse.
Eole se tourna ironiquement vers notre jolie Brise, déconfite et muette,- tu ne dis rien, tu n’es pas d’accord avec tes amis ?
- Mais mon vénéré maître vous m’avez déléguée pour être à vos côtés pour la préparation de la fête. Mais si vous n’avez plus besoin de mes services, j’espère bien m’amuser également.
- J’avais oublié ce détail important. Alors c’est dit ! Vous avez deux jours, pour préparer vos changements entre vous et mettre un peu d’animation sur terre ». Et il ajouta avec ironie « C’est vrai qu’ils n’ont pas besoin de nous pour jouer sans arrêt à la « guéguerre ».
Tous se quittèrent de bonne humeur, sauf Cers qui connaissait lui aussi trop bien Eole. Ce sont encore ces pauvres mortels qui vont pâtir des folies de l’Olympe… Ce jeu stupide ne pouvait venir que de la tête tortueuse de Zeus… Cers attendait lundi avec appréhension.

Dès lundi, aux quatre coins de la planète, les humains se réveillèrent ou se couchèrent suivant les points cardinaux, se demandant si le ciel était en train de tomber sur leur tête. Ils ne croyaient pas si bien dire ! Pendant toute la semaine une panique indescriptible secoua la terre. Les communications entre les chefs de tous les pays ne cessaient pas. Lorsque le téléphone ne fonctionnait plus, Internet était encombré et les Etats Major avaient dû appeler du personnel en renfort. Partout, ce n’était que désolation, arbres arrachés, toitures envolées, incendies dont les pompiers ne pouvaient venir à bout, sécheresse qui rendait les sols durs et crevassés… On ne comptait plus les blessés et les disparus…
La Provence s’était réveillée avec un vent chaud qui avait amené avec lui du sable du golfe du Mexique. Cholatero jouait comme un petit fou et riait de voir les premiers travailleurs tenter de rejoindre leurs lieux de travail. Ils ne pouvaient avancer, une pluie de sable entrait dans leur bouche, leurs narines, et leurs yeux piquaient tellement, qu’ils ne pouvaient les laisser ouverts. Tout était sombre. Les gens durent rejoindre leurs habitations et se calfeutrer chez eux. Dans les Vosges, c’est Leste, le vent chaud soufflant de l’Est de la région de Madère qui se mit à souffler au grand étonnement, voire, désarroi des habitants. Habitués au froid, même à cette époque du printemps, ils étouffaient de cette chaleur qui leur tombait du ciel… Cela leur aurait plu d’avoir une température plus clémente, mais là, c’était vraiment infernal. Tout brûlait sur place, ils regrettaient leur climat et se désolaient.
A Paris et en Ile de France, Piterak, vent du Groenland et de l’Islande soufflait avec toute la force dont il était capable, apportant froid et glace. Les gens n’osaient plus sortir de chez eux et comme dans le reste du monde la vie s’était figée.
Tahiti, réputée pour trop de chaleur grelottait à cause de Knik, vent soufflant d’ordinaire en Alaska. Les plantes et les fleurs se cassaient et ce n’était que dévastation ; les branches des arbres ne résistaient pas et Knik s’amusait lui aussi comme jamais il n’avait eu l’occasion de le faire… Vraiment ce jeu lui plaisait bien !
En Alaska, ce n’était pas mieux puisque le Zéphyr avait pris la place de Knik… Justement, une expédition se trouvait sur place depuis plusieurs semaines et ce changement de temps surprenait et inquiétait les hommes et femmes qui la composaient. Ce vent doux et agréable ailleurs, faisait fondre les glaces et transformait les étendues en mers chaudes… Les terriens n’avaient plus aucune protection, et tentaient de ne pas se noyer. Sept jours c’est long, tellement long, lorsque personne ne sait ce qui se passe, ni ce qui convient de faire. De temps en temps, Knik et Zéphyr se croisaient en racontant leurs farces et repartaient chacun de leur côté. Aucun des vents ne songeait aux pauvres humains ; ils n’en avaient que faire… Ils jouaient comme des gosses surtout lorsqu’il leur prenait l’envie d’apparaitre à la vue d’un enfant ou d’un vieillard, sous une forme bizarroïde en faisant des grimaces. L’enfant ou le vieillard poussait des cris en montrant un endroit précis où la forme se trouvait. Personne d’autres qu’eux ne la voyait et on pensait qu’ils avaient perdu la tête à cause de tout ce qui survenait sur terre. La forme disparaissait aussi vite qu’elle était venue et c’était des parties de rigolades entre eux !

La Russsie n’était pas mieux lotie parce que Xlokk l’avait recouverte de poussière rouge venant du Sahara. Les bâtiments, les personnes, les plantes, les animaux, tout était rouge et aucune eau ne venait à bout de cette couleur qui s’incrustait.
Chaque continent réclamait la pluie et chacun s’était mis à prier, persuadé que c’était la fin du monde qui arrivait. Il n’y avait qu’en Afrique que l’eau ne cessait de tomber, car la mousson avait quitté l’Asie méridionale pour envahir ce coin de la planète. Il pleuvait tellement qu’on ne voyait pas à un mètre devant soi… Tout était noyé, les récoltes perdues ; les gens étaient emportés comme des fétus de paille…
Twano, le souffle de montagne sur les lacs italiens, avait pris pour cible les Etats-Unis et le Canada, les enveloppant d’un froid glacial. Les chefs d’Etat n’arrêtaient pas de communiquer comme ils pouvaient, essayant de trouver des solutions, de sauver ce qui pouvait l’être. Les réunions se multipliaient sans aboutir à rien de satisfaisant. Eole du haut de l’Olympie regardait évoluer ses vents sans aucun remords de ce qui se passait sur terre. Il n’y avait que la gentille petite Brise qui se morfondait et pleurait en cachette. Elle aurait voulu que tout s’arrête avant la fin de la semaine ; mais elle n’avait aucun pouvoir pour aller contre la décision de son maître. Elle en voulait à ses frères de se réjouir de tout le mal qu’ils faisaient…
En Asie ce n’était pas mieux : Santa Ana, vent très violent, fléau printanier pour les arbres fruitiers avait élu domicile au Japon et avait saccagé toute leur récolte. Pas un seul fruit n’avait résisté…
En Inde, la Tramontane et le Mistral s’étaient associés et les vents n’arrêtaient pas de souffler, faisant abattre les arbres, renverser les voitures, tomber les gens. Une dame s’envola à trois mètres du sol et n’eut son salut qu’en s’accrochant à un poteau jusqu’à ce que les pompiers viennent la secourir.
Williwaw, vent qui souffle à plus de cent dix nœuds à l’heure avec un déplacement d’air froid, accompagné des ses frères Matanuska, Pruga, Stikine, Takn soufflèrent en rafales sur Israël. De véritables ouragans se déchaînèrent sur cette partie du monde. Les récoltes furent emportées. Les gens ne durent leur vie sauve qu’en se réfugiant dans les diverses synagogues pour prier sans cesse, sans manger, juste boire quelques gorgées d’eau et invoquer le Saint béni Soit-Il pour que cesse ce carnage…
Enfin, les sept jours se terminèrent et les vents réintégrèrent l’Olympie, fiers, heureux de leur séjour sur terre, insouciants et indifférents au mal qu’ils avaient fait subir aux humains… Eole les accueillit chaleureusement, les félicitant d’avoir mené ce jeu de mains de maître. La petite Brise ne regardait pas ses frères, les méprisant par son silence :
- Tu ne félicites pas ces héros ? Lui dit Eole
- Les féliciter ? Après ce que les humains ont subi ? Non ! Non et non.
- C’est une nouvelle rébellion, lui dit son maître, avec ironie, mais cette fois tu es seule…
Sans répondre, la petite Brise sortie, la tête haute, mais en murmurant avec douceur : « Peut-être cela va-t-il être une leçon pour les mortels et leur faire comprendre qu’ils ont intérêt à s’unir au lieu de passer leur temps à se détruire ».

La fête en Olympe eut lieu avec une somptuosité digne des dieux. Rien ne manqua : festins, boissons, musique, danses, orgies. Les femmes avaient revêtues leurs plus belles parures, mis leurs plus beaux bijoux. Les boissons des dieux coulaient à flots et plus d’un étaient ivres morts. Zeus avait encore assez d’idées claires pour être satisfait de la réussite de cette fête dont il s’était privé depuis fort longtemps… Eole était sur un petit nuage et la jolie petite Brise se tenait à ses côtés, se disant que c’était le moment de l’aborder. Elle avait son idée. Elle n’était pas fière de ce qu’elle allait faire ; elle savait qu’elle trahissait celui qui avait toute sa confiance, mais se souvenant de cette horrible semaine sur terre, elle fit taire ses remords. Elle se rapprocha un peu plus du dieu des vents et lui murmura en lui tendant une feuille et une plume d’oie : « Mon vénéré maître quelle belle fête, n’est-ce pas ? Le mérite en revient en partie à vous ; vous avez si bien secondé Zeus. Je vous félicite et ne vous aime que plus. Je profite de ce moment très spécial, pour vous demander une faveur… Vos sujets, vos enfants obéissants, mes frères les vents ont fait du bon travail sur terre et je sais que le spectacle vous a réjouit. Alors, soyez-en reconnaissant et accordez-nous ce jour de congé dont nous avons tous tellement besoin. J’ai préparé pour vous un document dans lequel vous nous donnez définitivement votre accord. Voulez-vous le dater et signer ?
- Tout ce que tu veux, ma douce ».
Et Eole prit la plume et signa, un sourire béat aux lèvres.
Le lendemain, après une longue nuit, la petite Brise mit ses frères au courant de son subterfuge et tous se rendirent dans les appartements d’Eole pour le remercier… Celui-ci venait de terminer un petit déjeuner plus que copieux. Il fut étonné de voir tout son monde mais plus encore lorsque la petite Brise lui présenta le document signé de sa main… Il commença à souffler très fort, à les regarder chacun à tour de rôle puis il éclata d’un rire qui fit trembler l’Olympe tout entier et la terre du même coup…
- Tu as trop de cœur ma jolie. Mais je vois que tu es allée
- aussi à bonne école, car tu es maligne comme moi. J’ai passé une semaine inoubliable et la fête d’hier m’a mis de bonne humeur. Je confirme donc ma signature. Qui a une plume » ?
Cent vingt plumes surgirent alors comme par magie, des mains des « révoltés » de l’Olympie…





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