nouvelles persos
nouvelles persos


Partagez cette nouvelle sur Facebook


Drame de la différence


Auteur : HESSE Rémi

Style : Scènes de vie




Il apparut là tout seul, comme ça. Peut-être pas par l’opération du saint-esprit, mais par la grâce d’un oiseau, ou d’une saute de vente complice. Un jour je remarquai dans un coin du jardin une petite tige de quelques centimètres de haut, agrémentée de quelques feuilles. Interloqué, j’hésitais à arracher ce petit végétal. Mais il ne semblait pas agressif comme l’aurait été une ronce ou un chardon, il ne gênait pas dans le petit coin où il avait élu domicile. Je lui accordais un sursit. « Attendons de voir à quoi il ressemble pensais-je ».

Bien m’en prit, en février de l’année suivante, il annonça la couleur en se couvrant de jolies fleurs jaunes. Il avait grandi et frisait les cinquante centimètres, s’était doté de quatre rameaux. Pas une feuille ne l’habillait, mais il était déjà fleuri. Mis à part quelques crocus téméraires et de timides violettes, tapies derrière les noisetiers, le jardin affichait encore sa léthargie hivernale. Lui, le petit forsythia venu de nulle part, arborait fièrement son habit de lumière. Ravi, je binais le sol à son pied et le gratifiais d’un petit arrosoir d’eau de pluie récupérée dans un tonneau à l’attention des fleurs délicates. Il parut touché de mon attention car, dès la semaine suivante, il se dota de bourgeons verts annonçant les feuilles. Pendant six semaines, il maintint sa couleur dans le jardin, attendant qu’un autre arbuste prenne la relève. Il se couvrit alors de feuilles et se développa fort vite, dardant fièrement ses rameaux vers le ciel.
Deux ans plus tard, il flirtait avec le mètre cinquante et égailla la fin de l’hiver d’un oasis d’or dans le coin du jardin, diffusant alentour un doux parfum, qui nous faisait rêver d’été. Je le sentais heureux, il attirait les oiseaux qui nous enchantaient de leurs chants. Ses rameaux faisaient chanter le vent qui les traversait. Un soir d’été, au crépuscule, alors qu’un doux zéphyr soufflait, je crus reconnaître, entre ses branches, Bellaciao, sur tempo très lent. J’étais très fier de sa présence et ne manquais jamais une occasion d’en parler autour de moi, de proposer de venir l’admirer. Secrètement j’étais même touché qu’il ait choisi mon jardin, mon voisinage pour s’installer. Chaque année, il annonçait le printemps, devançant dans cette tâche les hirondelles. Par la suite les aronias, seringas, boules de neige, mahonias, hibiscus, et autres lilas, fleurissaient à tour de rôle. Mais mon cher forsythia était toujours le premier. Je n’épargnais pas les soins à ce beau végétal devenu au fil du temps presque un ami.
Jaloux, les autres arbustes, moins hâtifs, prirent ombrage des qualités du forsythia. Prendre ombrage, n’est-ce pas un comble pour un arbre, dont la mission première est de prodiguer de l’ombre ? La nature est ainsi faite et les différentes plantes du jardin se liguèrent contre le petit arbre jaune. Ils lui reprochèrent sa floraison précoce. Le pauvre n’y pouvait rien, il était ainsi fait. Ils le mirent en quarantaine, le snobèrent. Ils allèrent jusqu’à le traiter de jaune.
Au début il résista dignement, redoublant de vivacité et de beauté. Puis avec le temps sa résistance s’émoussa, son moral fut atteint. Progressivement ses branches fléchirent et au lieu de se dresser noblement vers le soleil, elles retombèrent vers le sol.
Le diagnostic d’un maître jardinier appelé en consultation fut sans appel : Dépression consécutive à un harcèlement.

Moi, je l’accepte comme il est et tente de le réconforter.
Si un jour vous parvenez à franchir les murs de mon jardin imaginaire, vous découvrirez une espèce rare : Un forsythia pleureur.





nouvelles persos lecture aleatoire
lecture aléatoire




Multipanda - B'Resto Buro - Infoquizz - Refina - Solution Piscines - Solutions Banque - Yaca-Sudoku -