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Des bruits derrière le mur


Auteur : GERE Arno

Style : Scènes de vie




La question n’était pas de savoir qui avait fait ce mur, à quelle occasion, et pourquoi. Il était là maintenant et il fallait bien faire avec.

De ce côté ci, il n’y avait pas trop à se plaindre, tout se passait normalement. En réalité, il ne se passait pas grand-chose puisque c’était un lieu de séjour, et il y avait peu d’allées et venues.
De la terrasse où les pensionnaires se tenaient le plus souvent, la vue allait très loin devant, avec la mer pour horizon, et tout un flanc de montagne qui lui faisait face. Ici et là, des bouquets d’arbre cassaient un peu la perspective et donnaient à l’ensemble un aspect moins linéaire.

Le mur était placé latéralement et il cachait toute possibilité de vue au delà. Au lieu de découvrir le paysage sur 180°, le champ de vision ne dépassait donc pas les 120°. De là à dire que ce mur constituait un obstacle…
Il n’y aurait pas eu de raison valable de fixer autre chose que l’horizon et le mouvement du soleil. La vue était bien dégagée et imprenable. C’est d’ailleurs ce qu’avaient dit les promoteurs immobiliers, qui étaient passés alors que personne ne leur avait demandé leur avis. Pourquoi alors cette tendance à incliner la tête vers la gauche et buter du regard sur ce morceau de béton gris et neutre qui ne touchait pas le ciel, mais presque ?

Mis à part les bruits de la nature, les seuls bruits qu’on entendait, venaient de derrière le mur. Certains s’identifiaient facilement, comme les aboiements. C’étaient des bruits de chien assurément, mais il n’y avait pas de chien visible, enfin pas de ce côté ci. Les autres bruits, pourtant rarement anodins ou retenus, ne permettaient pas toujours d’en fixer l’origine. Même les bruits que faisaient les hommes prêtaient à confusion.
Lorsque quelqu’un parlait sur la terrasse, cela concernait le plus souvent ce qu’on entendait de derrière le mur. Les conversations portent plus facilement sur les choses du monde qui vous échappent et vous sont étrangères.

Après une longue période de mauvais temps, quand le soleil s’installait de nouveau, il n’était pas rare d’entendre des airs d’accordéon. Les répétitions hésitantes garantissaient à coup sûr qu’ils n’émanaient pas d’une chaîne stéréo. Si on écoutait autre chose à ce moment là, il valait mieux couper le son car il était submergé par le bruit de l’instrument.

Une voix de femme criait souvent sur ses enfants, voix éraillée et aigüe, à l’accent énervant. L’éducation en forme d’aboiement permanent… Une fois, la tête de la femme était apparue au dessus du mur pour se plaindre d’une infiltration d’eau venant d’ici. Le visage quoique ordinaire et dur, était plus gracieux et plus jeune que la voix.
Un peu plus loin dans l’espace, les litanies d’une plus vieille femme, peut être alitée, qui répétait toujours les mêmes phrases de reproche ou qui chantonnait sur 2 ou 3 tons des refrains de chansons du vieux temps. Cela pouvait durer des heures. On aurait dit une recluse. On pouvait penser qu’elle ne sortait jamais de sa chambre.
Un vieil homme, (l’accordéoniste ?) vivait là également. De grands éclats de rire sortaient de sa gorge quand, épisodiquement, il y avait du monde qui passait le voir.

Tous les bruits s’arrêtaient, sitôt que la nuit tombait, comme un couvre-feu qui s’installe, mais c’était, pour nous aussi, l’heure de rentrer. Déjà difficile avant, il n’était désormais plus possible d’imaginer ce qui se passait alors derrière le mur.
A ce moment là, pour éviter les insomnies, il y avait heureusement internet et la possibilité de communiquer avec l’extérieur et même de se constituer un réseau d’amis.





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