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Le lapin à la coriandre


Auteur : CASTILLON Pascal

Style : Action




Juliette rinça la lame du couteau, le referma et le rangea avec précaution dans son étui. Relevant une longue mèche de cheveux roux, elle s’approcha de la fenêtre et devina la silhouette de Gonzague qui s’enfuyait dans l’allée…Qu’est-ce que le benêt était encore venu bricoler par ici ?
Au village, on disait parfois que, tout petit, Gonzague était tombé de son berceau et que c’était pour ça qu’il était berlod…Mais on répétait surtout que son père avait tant et tant éclusé de vin blanc d’Apremont et d’ailleurs, que l’avatar né de ses copulations avec la Jeanne Semnoz, de toutes les façons, n’aurait jamais pu naître normal !
D’ailleurs, il n’avait pas fallu longtemps pour que, un soir où il avait encore plus chargé que d’ordinaire, le père du Gonzague fut abandonné par le dieu des pochetrons !
A l’époque il travaillait à la construction du barrage. Dès l’embauche avec l’équipe du soir, il était saoul… Saoul mais digne ; aussi, dans le noir, ses camarades n’avaient pas fait plus attention que d’habitude lorsqu’il s’était avancé sur son chantier. Personne ne l’avait donc vu choir dans le béton qu’on coulait en continu pour retenir l’eau des glaciers afin d ‘éclairer la région.
Au matin on l’avait cherché tranquillement, plaisantant en l’imaginant cuvant dans un coin. Jusqu’à ce que, quelques témoignages permettant de retracer ses derniers instants, on comprenne qu’il resterait à jamais dans le barrage ! Gonzague avait douze ans à l’époque. Et Juliette n’allait pas tarder à être placée par ses parents chez le comte.

Juliette vit donc Gonzague courir vers le portail du parc, comme poursuivi par mille diables. Elle haussa les épaules et l’oublia aussitôt. Elle n’était pas en avance ! Elle remit en place une fois de plus la longue mèche rousse qui revenait sans cesse lui barrer le front. Elle évoqua fugitivement l’image du comte jouant rêveusement au lit avec cette mèche… Ce matin, cela l’avait mise en retard.
Elle rangea le couteau dans le tiroir de la grande table. A midi, le comte recevait elle ne savait pas qui : Il lui avait demandé de préparer son fameux lapin à la coriandre et, hier soir, il avait remonté de la cave deux bouteilles de vin blanc.
Juliette déposa dans la cocotte un gros bout de beurre qui blondit en embaumant la cuisine. Puis elle remua les morceaux de viande dans la jatte de terre où ils avaient passé la nuit avec l’huile d’olive, la coriandre en poudre, le miel et le jus du citron confit. En tournant doucement avec la cuillère de bois, elle regardait distraitement par la fenêtre. La journée serait belle. Ensuite elle mit les bouts de lapin à dorer dans la cocotte.
C’est alors qu’elle aperçut soudain Gonzague qui revenait. Il progressait de platane en platane, comme se cachant. Juliette posa ses ustensiles et observa le garçon. Il s’était arrêté et il resta un long moment appuyé au dernier arbre de l’allée ; comme hésitant à s’aventurer vers le château sur le terrain découvert de l’esplanade!
Elle faillit ouvrir la fenêtre pour interpeller le benêt puis se ravisa, intriguée. Elle préféra essayer de comprendre la cause de sa curieuse attitude.
Finalement, Gonzague s’élança et courut vers l’aile droite. Juliette se dit qu’il allait faire le tour et apparaître de l’autre coté, sur la terrasse qui surplombait le vallon. Elle traversa la cuisine vers la porte-fenêtre qui, sur l’arrière, faisait office d’entrée de service. Mais elle attendit un moment sans le voir déboucher…Avait-il donc pris l’allée qui, partant sur le coté de la bâtisse, descendait par un large cercle vers le torrent en contrebas ?
Et elle le vit enfin ! Il s’avançait en rasant le mur, progressant à petits pas sur la terrasse de derrière. Juliette releva sa mèche rebelle. Elle imagina qu’il avait du guetter avant de tourner le coin…Elle se recula à l’abri du rideau de cretonne pour qu’il ne la vit pas.
Gonzague passa ainsi devant la grande cuisine en jetant à peine un coup d’œil à l’intérieur. Juliette entendit sonner la demie à la pendule du bureau. Puis à celle du salon. Le lapin serait quand même prêt à l’heure.
Elle passa dans l’office qui sentait le bois humide et ouvrit la porte qui donnait sur le hall où il n’y avait pas d’ouverture vers la terrasse. Elle contourna le grand escalier et entra dans la salle à manger qu’éclairaient trois hautes croisées donnant sur la vallée. Elle se dissimula dans l’embrasure de la première.
Elle voyait Gonzague de profil. Il était stoppé comme un mâtin à l’arrêt un jour de chasse. Les sourcils froncés et la bouche déformée, il regardait avec effroi quelque chose au devant de lui que Juliette ne pouvait apercevoir. Et si elle bougeait maintenant, lui, de l’autre coté de la vitre irrégulière, la verrait immanquablement !
Elle attendit donc. Un instant, elle mesura le ridicule de la situation. Bloquée bêtement derrière un rideau pour que l’idiot du village ne la vit pas l’espionner ! Alors que c’était lui qui n’avait rien à faire ici et qui rodait en se dissimulant!
Certes le comte le laissait venir autant qu’il voulait. Il lui prêtait quelquefois des livres illustrés. D’ailleurs Juliette avait toujours été étonnée que l’innocent n’en ait jamais abîmé un seul. Ce n’était pas faute d'être maladroit avec ses gros doigts gourds. Il ne savait ni lire ni écrire et il tournait les pages avec une lenteur et une délicatesse insoupçonnées…

Le comte vivait seul. C’était un homme qui parlait aux bêtes et aux gens avec la même aimable civilité. Il recevait, non pas souvent, mais régulièrement des gens qu’elle imaginait venir de la ville. A leurs mises et à leurs autos, ce n’était pas des paysans, même aisés, et pas non plus des bourgeois étriqués des bourgs alentours. Ceux là venaient de plus loin. Peut-être de Suisse ? Ou de Paris ?
Ces visiteurs ne regardaient pas Juliette et remarquaient encore moins Gonzague qui, parfois, s’était trouvé là lors de l’arrivée de quelques-uns. En revanche, ils semblaient respecter grandement le comte auquel ils s’adressaient avec considération.
Juliette songea que le comte pouvait la surprendre. Mais elle réalisa que, à cette heure, il devait être en train de refaire un petit somme. Comme à chaque fois, après qu’elle lui eut posé le plateau sur le guéridon et ouvert les persiennes de la chambre et qu’il lui tendait la main…Alors, elle la saisissait avec le même émoi que vingt ans plus tôt, après qu’elle fut arrivée à son service.
Et aujourd’hui encore, elle frissonnait pareillement lorsque, sur l’oreiller, il enroulait la mèche rousse avec ce geste de deux doigts qui l’émouvait toujours… Cela la mettait invariablement en retard et cela la rendait heureuse.
Après, parfois tardivement, elle redescendait tandis qu’il se rendormait. Insomniaque, le comte travaillait longtemps la nuit dans son cabinet dont les murs couverts de livres exhalaient des senteurs de cuir. Il prenait son petit déjeuner tôt mais redormait toujours ensuite. Un peu plus toutefois, les jours où Juliette et lui s’étaient aimés.
Soudain elle repensa à son lapin qui était en train de rissoler !
Mais si elle bougeait, Gonzague allait la voir…
Le pauvret avança de deux pas. Juliette en profita ; un glissement vers l’arrière, jusqu’à ce que ses reins touchent le flanc du piano et elle fit demi-tour vers sa cuisine ! Elle y arriva à temps ; la fumée qui s’élevait de la cocotte grésillante était encore blanche et odorante. Juliette tira vivement la gamelle sur le coté d’un geste vif pour ne pas se brûler. Avec adresse elle attrapa les morceaux de viande un à un pour les déposer dans la jatte à demi pleine de la sauce rougeâtre. Elle remua l’ensemble et remis un morceau de beurre dans la cocotte de fonte.
Tandis qu’il fondait doucement, elle repensa à l’attitude et au visage effrayé de Gonzague…
Juliette transvasa la viande et la sauce dans le beurre chaud. Elle tourna l’ensemble, mit le lourd couvercle qu’elle couvrit d’eau et baissa le feu.
S’essuyant les mains à son tablier, elle retourna vers la salle à manger sans plus se cacher. Il fallait qu’elle sache ce que Gonzague faisait et ce qu’il avait vu de si effrayant.
Comme elle passait au pied de l’escalier, un mouvement attira son attention. Elle tourna la tête : le comte descendait, souriant. Elle s’arrêta et répondit à son sourire en s’étonnant qu’il vînt si tôt.
- Cela sent bon chez vous madame, dit-il.
Il arrivait qu’il lui fit ce genre de compliment : « c’est bien propre chez vous » ou bien « vous fleurissez fort joliment votre maison ». Elle appréciait chaque fois l’espèce d’association qu’il lui offrait ainsi sur la maison. Ou, tout du moins, sur sa gestion…
Il était vêtu de sa veste d’intérieur avec laquelle il ne quittait l’étage que rarement. Juliette faillit lui en demander la cause mais ce fut lui qui demanda :
- Qu’est-ce qui se passe ?
- Gonzague tourne autour du château…
Pour Juliette, ce matin il ne s’était rien passé d’autre.
- Si tôt ?
- Il n’a pas d’heure le pauvre ! Je l’ai vu passer sur la terrasse, on aurait dit qu’il avait vu le diable.
Le comte avait le front plissé. Il passa dans la salle à manger et marcha sur le parquet sonore vers la première fenêtre. Comme il ne vit rien, même en se penchant, il l’ouvrit et sortit au dehors.
Elle attendit un moment. Il ne revenait pas et elle n’entendait rien alors elle s’avança. La froideur descendant des montagnes entrait dans la salle. Alors qu’elle allait passer le seuil, elle manqua le percuter tandis qu’il rentrait.
- Il n’y a rien dit-il. Ni personne !
Elle avait reculé. Il referma le battant en frissonnant.
- Le printemps arrive mais, le matin, on sent que l’hiver se bagarre encore !
- Et Gonzague ? demanda-t-elle.
- Je ne l’ai pas vu…C’est ton lapin qui sent si bon ?
Le lapin ! Elle l’avait encore oublié ! Elle fit demi-tour et regagna la cuisine. Au bruit dans la gamelle, cela devait bouillir un peu fort ! Elle changea la cocotte de feu en la mettant sur le plus petit et au débit minimum tout en glissant un diffuseur en dessous.
Au moment de servir, la viande serait confite presque ; se détachant des os et rendant inutile l’usage du couteau.

Juliette vaqua un moment : préparant le couvert, les carafes pour le vin, la corbeille pour le pain, le linge de table…Elle fit ensuite un gâteau.
Le facteur arriva alors qu’elle l’enfournait. Onze heures sonnaient. L’homme toqua à la vitre et poussa la porte. Elle versa du vin blanc dans un petit verre.
- Bien le bonjour Juliette ! Fait pas chaud encore, hein ? s’exclama-t-il.
La réflexion rappela à Juliette celle du comte en rentrant tout-à l’heure. Il ne l’avait pas suivie dans la cuisine; il avait du monter se préparer. Elle songea qu’il n’allait pas tarder à venir mettre lui même, comme toujours, le vin en carafe pour ses invités.
Le facteur s’assit devant le verre plein. Il posa dans le même mouvement le courrier sur la grande table.
- Je ne sais pas ce qui se passe ce matin, il y a des gendarmes à tous les carrefours.
Juliette finissait d’arranger un petit bouquet qui décorerait la table. Elle s’étonna que la remarque lui fit penser à Gonzague. Comme s’il pouvait y avoir un rapport…
- Ils cherchent quelqu’un ? demanda-t-elle.
Le postier haussa les épaules en reposant le verre à demi plein encore.
- Aucune idée. Aucun de ceux que j’ai rencontré n’est de par ici. Mais ça doit être sérieux parce qu’ils sont armés comme pour la guerre !
Juliette ne put s’empêcher d’évoquer pour elle-même le visage tendu de Gonzague ce matin…
- Ca sent bigrement bon chez toi ! s’exclama le facteur en faisant tourner ostensiblement le verre vide maintenant. Qu’est-ce que tu mijotes ?
- Un lapin à la coriandre. Le comte reçoit du monde.
- A l’odeur, j’aimerais être de ce monde-là !
- Mais tu n’en es pas ! fit-elle en riant. Passe demain ; s’ils en ont laissé, je te ferai goûter.
- Demain c’est dimanche.
- Ah dame ! Il faut savoir ce que tu veux ! Aller à la pêche ou goûter mon lapin !
Elle lui remplit son verre pour qu’il ne reparte pas sur une seule jambe mais elle rangea la bouteille pour bien signifier qu’il n’y aurait pas de troisième !
A ce moment, un bruit d’enfer, arrivé sans prémices, fit trembler les vitres et la vaisselle dans le grand placard encastré. Juliette sursauta. Le facteur s’écria en se précipitant vers la porte fenêtre :
- C’est pas Dieu possible ! C’est un hélico qui se casse la gueule !
Le vacarme de la turbine toute proche obligeait à crier. Il avait ouvert et s’était arrêté sur le seuil, Juliette dans son dos. La grosse libellule vitrée stationnait à vingt mètres au dessus de la terrasse en soulevant toute la poussière. Ils distinguaient le type en treillis qui, assis les jambes pendantes sur le rebord, les regardait dans des jumelles. Appuyé à ses épaules, un autre épaulait un fusil à lunette.
- Ben merde alors ! lâcha le fonctionnaire des Postes qui cramponnait sa casquette. Ils vont quand même pas nous tirer dessus !
Juliette était effrayée. En même temps, tout en essayant de se raisonner, elle se demandait pourquoi. Elle n’avait rien à se reprocher et si les gendarmes cherchaient quelqu’un dans la région -un évadé, des holdupeurs, des kidnappeurs ; va savoir !- cela ne la concernait pas. Et il était normal qu’ils regardent partout…Mais elle repensa à Gonzague et à l’attitude de fuyard qu’il avait eue…C’était cette idée la qui la poursuivait depuis le matin et qui la gênait…
Et puis d’un coup, l’hélicoptère rugissant s’enleva vers le ciel et fila vers la grille au dessus de laquelle il vira pour s’éloigner en suivant la route. Juliette se dit que les hommes assis au bord du vide avaient du bien se tenir pour ne pas tomber tant la manœuvre lui avait parue brutale…

- Je ne sais pas ce qu’ils cherchent, mais ils y mettent le paquet ! dit le facteur en revenant vers son verre.
Juliette ne répondit pas. Une inquiétude sourde se développait un peu plus en elle. Elle faillit demander au préposé s’il n’avait pas aperçu Gonzague ce matin. Pour savoir où, et comment il l’aurait trouvé. Pour savoir si le garçon aurait eu l’air aussi hagard qu’il lui avait paru à elle…
Mais elle ne dit rien car il lui aurait fallu expliquer et elle n’en avait pas envie. Le facteur se leva d’un coup, ôtant sa casquette :
- Bien le bonjour monsieur le comte.
Juliette se retourna. Elégamment sanglé dans son costume, le comte était entré sans qu’elle l’entendit.
- Bonjour Joseph, répondit-il. Tu vas bien ?
Le facteur ne se rassit pas, il vida son verre et dit :
- Bon ! C’est pas tout ça ! Faut que je finisse ! A bientôt Juliette. Mes respects monsieur le comte.
Et il ajouta quand même, comme pour justifier sa présence et désignant les lettres sur la toile cirée :
- J’ai apporté le courrier.
Le comte sourit gentiment :
- Dame ! Tu es le facteur !

Adossé à l’évier, Juliette regarda le comte ouvrir les bouteilles avec délicatesse.
- Si ton lapin est aussi bon en bouche que ce qu’il offre au nez, tu t’es surpassée Juliette, murmura-t-il en versant tout doucement le vin dans la carafe.
Elle avait envie de lui parler de Gonzague et de ses yeux hallucinés, de l’hélicoptère dont il ne parlait pas et de tous ces gendarmes que le facteur avait vus partout alentour. Pour qu’il la rassure. Se serrer contre lui…Elle remonta la mèche rebelle. La demie de onze heures sonna. Il reposa la bouteille vide et entreprit de transvaser la seconde dans l’autre carafe.
- Donne des verres s’il te plait. Nous allons y goûter tous les deux, dit-il.
De nouveau le bruit de l’hélico résonna. Il devait être plus haut cette fois car le vacarme était bien moins fort. Le comte ne broncha pas. Elle apporta deux verres qu’elle posa sur la paillasse devant lui. Elle alla jeter un coup d’œil à la cocotte pour vérifier qu’il y avait toujours de l’eau au creux du couvercle de fonte. Dans le four, le gâteau dorait doucement.

Cependant il avait partagé entre leurs deux verres ce qu’il avait gardé dans la bouteille. Il les prit et lui en tendit un :
- A ta santé Juliette, dit-il en lui souriant. Leurs regards se soutinrent un instant, se cajolant, déjà prêts à une suite…
- A ta santé, répondit-elle en remettant la mèche rousse derrière son oreille.
Il tendit la main et lui caressa doucement la joue.
- Juliette…dit-il seulement.
Elle savait ce qu’il n’ajoutait pas. Qu’il aurait aimé qu’elle s’habillât autrement, qu’elle se fit belle. Que, tout à l’heure, ce fut elle qui vint placer les invités, qu’elle déjeunât avec eux, qu’elle fut la maîtresse de maison…Qu’elle fut sa femme aux yeux de tous !
Elle lui rendit son sourire. Tout ça n’était pas possible ; il avait une épouse qui, de l’autre côté des pics, après Evian toute proche et le lac, en Suisse, vivait séparée et qui ne venait plus ici que pour de très rares, mais officielles occasions. Personne n’était dupe dans les environs certes, mais les apparences restaient sauves…Et les affaires !
Et elle s’en fichait ! Car c’était elle qui vivait avec lui ! Tout le reste n’était que des conventions de façade qui ne faisaient pas le poids en face du quotidien et de leurs nuits ! Elle, elle considérait qu’elle avait le meilleur.
Leurs mains se touchèrent, se prirent, s’étreignirent un instant…Un instant seulement car elles se repoussèrent lorsque dans un crissement du gravier et le rugissement de son moteur, l’estafette bleue pila sur la terrasse ! Le gyrophare lançait ses éclats. Des gendarmes giclèrent dans les claquements des portières ! Un autre véhicule stoppa derrière le premier ; un gradé en descendit qui vint toquer à la porte. Il n’attendit pas pour entrer.
Juliette pensa à Gonzague. Toute cette agitation d’hommes en armes lui rappelait douloureusement la guerre…Vingt ans plus tôt.
L’officier salua :
- Monsieur le comte, nous devons prendre position…
Il paraissait gêné. Derrière lui, se pressaient une demi-douzaine d’hommes qui semblaient n’attendre que son feu vert pour investir le château.
- Faites votre travail capitaine.
L’autre s’effaça et ses hommes entrèrent enfin. Incrédule, Juliette les entendit gravir l’escalier au pas de course. L’hélicoptère revenait. Il sembla rester tout près.
- Je suis au salon, lui dit le comte. J’irai ouvrir quand mes hôtes seront là. A treize heures nous passerons à table. Il n’y a pas d’apéritif et il faut que nous ayons fini en moins d’une heure ; mon invité d’aujourd’hui n’aime pas les repas qui traînent ! conclut-il en riant.
Juliette le regarda sortir après un petit signe de la main, emportant les carafes.
Elle se retourna vers son fourneau et sursauta : un jeune gendarme casqué, la mitraillette sur le ventre, était devant la porte fenêtre et la regardait en souriant d’un air gêné. Et il y en avait un autre de l’autre coté de la porte qui tournait le dos, faisant face à la terrasse !
Elle s’ébroua, revenant à sa tâche pour préparer les plats de service.
Le bruit de l’hélicoptère était constant.
Le capitaine entra. Juliette se demanda si elle devait lui offrir quelque chose : service, pas service ? Et puis que venaient-ils vraiment faire ici, lui et ses sbires ? Dans le doute, elle s’abstint donc !
D’ailleurs, sans mot dire, il ressortit.

Juliette vérifia que tout était prêt pour le moment où il lui faudrait servir.
Elle ôta le grand tablier à carreaux bleus et gris qu’elle utilisait en cuisine. Pour servir, elle nouait autour de sa taille un petit tablier blanc comme celui que portent les serveuses des grands restaurants.
La présence du gendarme casqué dans sa cuisine la gêna au début. Mais comme il avait l’air bien plus gêné qu’elle, elle prit le dessus !
La porte fenêtre étant occupée par le factionnaire muet, elle vint se mettre face à la fenêtre qui s’ouvrait à coté. Quelques nuages se formaient au dessus des sommets où, février à peine passé, la neige avait quand même commencé, à grands regrets, de reculer. Bientôt le printemps…
Juliette se surprit à scruter la lisière des bois alentours…Elle aurait aimé entrevoir la silhouette de Gonzague, même s’enfuyant, mais pourvu qu’elle le vit vivant ! Où était-il maintenant ? Qu’avait-il vu ce matin de ces yeux effarés ?

Juliette sursauta : une DS noire se rangeait devant la fenêtre. Trois motards s’alignèrent à coté.
En même temps, elle entendit un discret remue-ménage de l’autre coté : l’hôte du comte sans doute était là ; que le chauffeur venait de déposer devant le perron.
D’un coup d’œil, elle vérifia que tout était en place.

Quand elle revint, après avoir servi le hors-d’œuvre, son cœur battait la chamade. Elle regarda le CRS dans sa cuisine ; comme si, lui, le pauvre, avait pu confirmer ou infirmer ce que ses yeux, à elle, avaient vu…
Et si le Général n’aimait pas le lapin ?
Ou la coriandre ?
Ou le citron confit ?





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