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Le petit lutin


Auteur : CASTILLON Pascal

Style : Romantique




Je n’avais pas imaginé que corridas et toros puissent un jour occuper une part si importante de ma vie. Familialement ou culturellement, rien ne m’y prédisposait. Mais qui peut prédire à vingt-six ans, ce qui saura inscrire une empreinte indélébile sur son existence ?
Ce soir là, je me rendais chez ma sœur qui organisait une fête. J’étais fraîchement auréolée d’un diplôme qui, durant les années précédentes, avait occupé mes jours, bouffé mes nuits et la totalité de mes loisirs! Aussi, arrivant chez ma jumelle adorée, je jouissais avec délectation de ne plus avoir ni contraintes ni stress à cause d’un examen partiel, d’un mémoire à rendre ou d’un oral à soutenir le lendemain ! J’euphorisais donc, détendue et heureuse. Libre de vivre et d’être là !
En plus, ce soir là, on me le présenta ! Je connaissais la douzaine de personnes présentes mais pas lui. Ma sœur filait alors un amour qu’elle souhaitait parfait. Elle avait besoin que j’en vive aussi un en même temps. Aussi, désirant que nous fussions en harmonie, elle avait donc fait en sorte que je ne reste plus seule !
La trentaine. Effilé comme une lame, le ventre plat et les épaules en arrière, il avait l’apparence désuète mais charmante d’un danseur de tango argentin : Les cheveux gominés coiffés vers l’arrière, les bouclettes luisantes sur la nuque. Une prestance certaine… Lorsqu’il me dévisagea, je ressentis avec violence une langueur douce irradier dans mon ventre. Certes, ces dernières années, j’avais été une moniale des polycopiés et des bibliothèques universitaires. J’avais pu oublier le regard d’un garçon sur moi. Le sien fut ravageur ! Pourtant je ne cédai pas le premier jour : on a sa fierté dans la famille ! Mais je passai la soirée à boire ses rares paroles et à guetter ses regards.
A un moment, ma sœur l’amena à parler de sa passion pour la corrida. J’aime mon chat, qui me le rend bien et, enfant, je pouvais pleurer devant un oiseau sans plumes tombé du nid. J’ai toujours une pensée émue à la vue d’un chien écrasé sur la route. Cependant je ne nourris aucun pathos particulier pour les oies grasses, les poulets de batterie, les coqs et les taureaux de combat ! En revanche, j’ai de la compassion pour les gosses qu’on enrôle et qu’on arme ou pour les êtres humains qui sommeillent sur les bouches de métro.
D’une voix basse ; comme s’il ne voulait pas se faire remarquer du reste des invités, comme s’il ne racontait qu’à moi, il expliqua ce qui fait qu’un taureau, lorsqu’il charge, cherche simplement à couper la route de sa proie :
- Il suffit de lui faire croire que l’on va par là, dit-il en montrant le couloir.
Il avait eu un geste gracieux des deux mains écartées en même temps qu’une ondulation du corps pour mimer le mouvement donné à une cape.
- Le toro croit que je m’enfuis par là…Pour me couper la route, il dévie sa charge… Il suffit de tirer la toile sous son mufle pour le faire passer de côté !
Et, joignant les pieds en se haussant sur les pointes, le buste cambré, le menton sur la poitrine et les lèvres en avant, lentement, il ramena avec élégance une main à sa hanche, comme si elle tenait le drap rose et jaune. Il conclut en souriant :
- J’ai dis qu’il suffit… mais c’est bien plus facile à dire qu’à faire !
Il ne parla plus de tauromachie. J’aurais pourtant aimé cela. Je le surpris plusieurs fois le regard dans le vide mais il me sourit à chaque fois que nos yeux se croisèrent. Lorsque nous fûmes quelques instants seuls, dans la cuisine où j’étais allé rincer un verre, il me demanda ce que je faisais dans la vie. En répondant j’attendais le moment où je pourrais l’interroger sur sa passion. Je ne sais si c’était elle qui m’attirait déjà ou le désir de lui plaire en m’y intéressant. Les deux. Plus tard, il me raccompagna au parking où était mon auto et j’aimai immensément qu’il me murmure en me regardant en face :
- Je voudrais vous revoir.
Et aussi qu’il précise :
- Si vous le souhaitez, bien sur…
Troublée comme une adolescente, j’appuyais bêtement sur la télécommande de ma voiture qui clignotait comme une folle : Ouverte. Fermée… Il me tendit un papier : Son numéro de téléphone…avec lequel je m’endormis ce soir là !

Le week-end suivant, alors que depuis deux jours j’avais rendu les armes sans livrer bataille, lui abandonnant tout avec jubilation, nous étions chez moi au seuil d’une soirée qui serait aussi douce que les précédentes. Nous bavardions, allant doucement vers l’instant où l’un des deux viendrait s’asseoir près de l’autre…Je parlai de corrida, interrogative et curieuse. Au début il répondit juste à mes questions. Puis il comprit que cela m’intéressait et fut plus volubile ; Et il y eut l’instant magique où il se leva en disant :
- Je vais te faire voir…
Pensif, il cherchait les mots qui illustreraient au mieux ce qu’il voulait me faire comprendre. J’étais étonnée d’être autant captivée. Il murmura :
- Si mon pied est la pointe d’un compas, et si ma main ; qui entreprend de dessiner un arc de cercle avec la muleta ; en est la mine en traçant dans l’espace la ligne que l’on veut faire suivre au toro… A cet instant là, si la peur prend le dessus et brise la courbe, tu ne feras plus ce métier très longtemps !
Je n’avais pas bien compris. Il précisa gravement :
- La peur est toujours là!… Devant, autour, en soi et il faut refuser de bouger. Surtout pour reculer ! Il faut rester le maître de la peur. C’est tout ce que l’on doit faire !
Au milieu du salon, se replaçant, il se planta de profil, trois mètres devant le fauteuil Voltaire que j’avais acheté en rognant sur mes repas du midi. Ce régime avait contribué à affiner mes hanches et mes fesses… Il en toisait farouchement le sommet, comme si cela avait été le frontal poilu d’un toro brave ! Je ne savais pas encore qu’il était capable d’imaginer, de chaque coté du meuble tapissé, des cornes comme une fourche géante pointée vers le ciel… avant de lui viser les couilles ! Je frissonnai… Fixant le fauteuil, il roula deux ou trois fois les épaules ; haussant le col comme pour ajuster un vêtement trop étroit. Devant mon Voltaire, la main gauche sur la hanche, le bras droit relâché le long du corps, il tendait les lèvres comme pour un baiser, le regard toujours rivé au haut du dossier. Lentement, la main droite s’avança, la paume aux doigts joints face au meuble. Il eut par deux fois un petit glissement des pieds vers l’avant ; pour être un peu plus dans l’axe du siège. La tête inclinée, le menton sur la poitrine, il fixait intensément le meuble comme une cible…Rien ne bougea plus et j’étais hypnotisée…
Au bout du bras tendu, la main eut soudain un spasme brusque. En même temps, il éructa :
- Eeeyyh !
Je sursautai, surprise par l’appel guttural qui résonna de façon surréaliste et incongrue dans mon salon douillet. Alors, tout bougea avec lenteur dans un enchaînement dont l’harmonie m’étonna : Le buste pivota dans le sillage de la main droite qui décrivit ce fameux arc de cercle destiné à montrer le chemin au toro… Son corps cambré s’appuya sur la jambe droite avancée tandis que, resté en arrière et piqué sur la pointe, le pied gauche était planté sur la moquette grège comme dans le sable d’une arène ! La main aux doigts tendus, tirant la passe, emmenait l’imaginaire demi-tonne de muscles vers mon buffet. Et je regrettai presque de n’avoir pas vu passer un vrai toro !
Je fus surtout étonnée d’avoir compris comment la peur, au plus près du toro, pouvait stopper le mouvement et rompre l’harmonie de la courbe pour armer la corne et mettre l’homme en péril. Je vis la bête, en suivant le tissu qui s’enfuit, s’enrouler autour du ventre! Et le flanc massif essuyer son sang au sexe de l’homme en tâchant le costume étincelant. Je captai la fraction de seconde où le fauve et le torero ne font qu’un. Unis dans le geste que l’homme dirige et veut ralentir tant et tant, pour dominer la charge qui le traque... Ce sont ces instants parfaits, lorsque le toro mange le tissu, le mufle au sol, se laissant embarquer à la remorque de la flanelle gonflée comme une voile, qui font se lever les arènes…Le monstre, conduit, dominé, ne sait pas qu’il est aussi près de ce que son instinct lui commande d’empaler. Il ne songe plus à encorner ; il danse avec l’homme…
Comme au sortir d’un rêve il s’ébroua. Emue comme je ne l’aurais pas soupçonné, et profondément remuée qu’il ait fait pour moi un exercice aussi intime, je me souvins que, petite fille, je chantais dans ma chambre face à la glace de l’armoire. Je serrais une bougie que mes phantasmes transformaient en micro. La lampe de chevet, renversée sur la table de nuit, était un projecteur qui m’éblouissait… J’imaginai des fans exigeants tandis que je faisais mon show…Mais je ne l’aurais jamais fait devant quiconque ! Je ne croyais pas assez à mon rêve alors…
Tandis qu’il venait s’asseoir auprès de moi, une boule me serrait la gorge. Une émotion me donnait une étonnante envie de pleurer et de le serrer contre moi… C’est à ce moment qu’il parla du petit lutin qui vivait en lui. Image de sa passion : un lutin qui ramenait sans cesse ses pensées vers l’envie des toros et le besoin de faire les gestes qui sont ceux qu’il faut avoir lorsque l’on se met devant…

Quelques temps plus tard, dans le brouillard d’une aube de printemps, il m’emmena au fin fond des Landes. Au bout d’un chemin sablonneux qui allait entre des chênes verts et des ajoncs jaunes, s’élevait, dans une clairière, une maison forestière près d’une petite arène blanche. Des gens discutaient autour d’un jeune homme de petite taille aux yeux rieurs, prénommé Gilles, qui servait un café fumant. Mon compagnon était déjà venu et le connaissait. Ils échangèrent d’ailleurs une accolade chaleureuse et des tapes sonores sur les omoplates. Dans ce bout du monde les écureuils se faisaient des courses à l’échalote au milieu des pins qui déchiraient la brume. Le soleil chauffait.
Les échanges de paroles étaient chuintés et les mouvements lents et appliqués. Ceux qui étaient là avaient tous envie d’apprendre les gestes qui paraissent si simples quand on les voit depuis les tendidos ! Comme ceux du tennis ou du rugby à la télé : toujours plus faciles dans la lucarne qu’à faire soi-même ! Chez Gilles, ils étaient venus parce que c’était un besoin qu’il leur fallait solutionner. Aucun ne prétendait être, ni même ne voulait devenir un matador de toros et chacun gardait sa place. Ils étaient là pour savoir s’ils oseraient se mettre devant! Pour apprendre et comprendre…Et parce que, en prenant le lendemain le vent de la minuscule charge d’un taurillon, ils goûteraient une infinitésimale part des Dieux… Je me dis que eux aussi devaient abriter le petit lutin qui suscite les envies irrépressibles de faire les gestes du toréo. Je les regardai donc apprendre. Le B.A-BA. Assurance-vie aussi. Et apprendre à faire bien. Parce que faire seulement ne peut suffire face au bétail qui charge sans se poser les mêmes questions que les hommes. La bête sait faire de naissance ! Et sur le sable, quand on songe à la position des pieds, il y a le bras qui n’est pas assez tendu. Et si on a pensé à le tendre, c’est le tissu qui ne lèche plus le sol, découvrant dangereusement les pieds. Ou les épaules pas assez tombées; ou le buste trop penché devant… Ou en arrière! Bref ! Il y a toujours un truc ou deux qui passent au travers. Même quand ils croyaient bien faire, appliqués et attentifs, mais que, déconcentrés et se regardant toréer ; trop admiratifs d’eux-mêmes et orgueilleux, croyant, enfin, être au top… Pan ! Le maestro remettait, d’un simple mot et gentiment, les idées en place de ceux qui perdaient l’humilité.
- Tu es trop dans ton truc, là ! Imagine que c’est comme si tu voulais dire bonjour à un mec. Tu lui tends la main et, lui, il ne veut pas te saluer. Tu fais quoi ?…Il faut que tu te mettes à sa place pour qu’il accepte de te tendre aussi la main…Pense comme le toro. C’est pour ça que vous devez faire le toro ; pour comprendre ce qu’il pense. Tu dois d’abord être un toro !
Je les regardais s’appliquer : maladroits comme des peintres dans l’atelier d’un maître ; à ne réussir que des pâtés idiots durant que le maestro enchaîne les chefs-d’œuvre ! Alors je pensai à Hemingway qui écrivit, en matière de tauromachie, « Certes, je ne dis pas aujourd’hui que j’en sais suffisamment. (…) je vois qu’il y a toujours plus à apprendre ».
J’allai aussi passer un moment avec la maman de Gilles qui préparait le repas. Elle me montra des photos où il était vêtu d’or et de lumière. A quelques allusions, je compris qu’une mère, même fière de son torero de fils, ne peut pas parvenir à accepter qu’il se mette devant.
Le dimanche midi, au soleil de la terrasse où fleurissait une glycine dont les effluves agaçaient de grosses abeilles saoules, les stagiaires ne touchèrent guère au délicieux régime lando-gersois ! Ils ignorèrent même le joli blanc sec qu’ils avaient pourtant honoré la veille ! Car l’anxiété montait au fur et à mesure qu’ils se rapprochaient de la rencontre tant attendue et préparée. Après le café, ils se dispersèrent pour s’alléger fébrilement la vessie avant de rallier l’arène à pas lents. J’imaginai qu’ils se retenaient pour ne pas fuir… Moi, c’est ce que j’aurais fait, me disais-je. Mais chacun avait son lutin qui le poussait à rester… C’était aussi l’heure où amis et familles, qui les avaient accompagné ou rejoint après le déjeuner, vinrent s’accouder à l’enceinte. De derrière le mur chaulé, nous les regardions attendre la sortie du premier becerro dans la trouille, la peur de mal faire et le précipice de l’inconnu. Ils étreignaient les lourdes capes. Le matador les posta par deux derrière les burladeros. Des bruits de portes, des coups, des raclements résonnèrent…S’ouvrit alors le battant de fer et une petite fusée noire gicla. J’imaginai les petits lutins, se nourrissant dans les têtes des hommes anxieux !

Et puis vint cet autre jour où il m’emmena découvrir une corrida. C’était une novillada ; combat réservé aux jeunes matadors qui n’ont pas encore pris l’alternative. J’étais pleine d’étonnement en découvrant avec quelle envie j’attendais de revoir les gestes et les attitudes découverts dans la forêt landaise. Sentir de nouveau les odeurs de bouvine, entendre encore les appels des hommes à la bête…Nous étions au premier rang, surplombant le callejon. La musique cuivrée, les éclats de lumières qui avivaient les perles et les ors des costumes, les poses des toreros, les rudes courses des fauves, les jaillissements brusques du gravier haché par les sabots, le travail des chevaux, la houle des lourdes toiles lumineuses brandies par ces gosses en bas roses…Et la foule bruissante et attentive, les odeurs de bêtes sauvages et de poussière ; je goûtais tout avec un plaisir gourmand.
Près de moi, il me donnait des indications à mi voix, m’expliquant ce qui se passait. Mais au dernier toro, il changea soudain ! J’avais bien vu que l’animal était différent des cinq autres qui avaient combattu jusqu’ici. Celui-là fonçait brutalement et freinait d’un coup, tournant sur place et poussant chaque fois le tout jeune matador à reculer. Il crochait la cape, la happait…réussissant plusieurs fois à l’arracher des mains du garçon débordé. Les piques et les banderilles se déroulèrent dans un climat de déroute : la cavalerie bascula à terre, les péones furent poursuivis sans réussir à mettre les bâtons dans l’encolure. A chacun de leurs essais, la bête les reconduisit au galop jusqu’à la barrière qu’ils sautaient en voltige pour échapper aux pointes qui leur frôlaient les fesses.
Je sentais mon voisin de plus en plus agacé. Il maugréait en s’agitant et avait lâché ma main. Penché en avant, les coudes sur les genoux et les doigts entremêlés, il soupirait. Je demandai à voix basse :
- Ce n’est pas bien ?
Il eut une moue. Je savais ma question idiote, voyant bien que rien ne collait ! Il répondit pourtant:
- Cela pourrait l’être ! Ce toro peut donner beaucoup mais c’est lui qui commande. Quel gâchis !
Le matador venait de prendre l’épée et la muleta. Il s’avançait à petits pas le long de la barrière et je voyais qu’il crevait de peur. Le toro devait le sentir… Quelques sifflets injustes retentirent. A la première charge le garçon vola en l’air ! La corne gauche l’évita de peu quand il retomba. La foule cria. Le jeune roula au sol tandis que les péones détournaient le novillo. Mais tous battirent vite en retraite, éparpillés par le toro qui s’était emparé du terrain ! Mon compagnon rouspétait. Pour moi, le pauvre torero avait un adversaire intoréable et je me demandais comment il allait parvenir à glisser l’épée entre les deux antennes de télé qui coiffaient le furieux agité ! Mon voisin eut un gros soupir en secouant la tête. Je lui jetai un coup d’œil de coté sans plus oser l’interroger. Il s’énervait, donnant tout haut des conseils…
Je ne compris pas tout d’abord. Je sentis bien le mouvement à mon coté et lorsque je réalisai qu’il était debout, les mains sur le rebord, je n’eus pas le temps de crier : D’un bond il s’enleva, de la même manière que les hommes, en bas, s’arrachaient à la piste pour échapper au toro en passant la barrière. Lui venait de sauter dans le callejon ! Il se faufila sur la piste en enlevant sa veste. Le fauve était à cinq mètres et avait tourné la tête vers lui. Arrimé dans le sable gris, dans la même pose que devant mon Voltaire, il provoqua :
- Hey ! Toro !
La charge fut immédiate. J’eus un sursaut. Lui ne bougea pas mais du poignet, il imprima juste un soubresaut à sa veste en l’avançant au devant du monstre… Et il embarqua la masse, la tirant jusque derrière lui avant, vite, mais avec élégance, de se retourner pour détourner la charge suivante. Quatre fois le toro s’enroula et frôla la chemise blanche que j’avais repassée le matin même. La foule ponctua les passes de olés sonores. Dans le callejon on s’agitait ; ce qu’il avait osé est interdit ! Mais le jeune matador, dans un noble geste que le public acclama, calma d’un coup les fâcheux jaloux : Il vint proposer sa muleta et son épée à l’amateur qui savait toréer.
Après une seule série qui fit se lever le public, le civil ramena les instruments à leur propriétaire qui avait les larmes aux yeux et tripotait fébrilement le postiche accroché à l’arrière de sa tête. Je compris qu’il essayait de l’ôter. A cette minute, l’insigne de sa qualité de matador devait lui peser douloureusement. Mon espontaneo prit doucement le poignet du garçon, stoppant le geste de démission et lui dit quelques mots en lui rendant sa muleta et son épée. Le novillero eut une hésitation avant de reprendre la toile pliée. Mon compagnon le lâcha et ils se donnèrent une accolade. J’étais debout, comme tout le monde, l’émotion dans la gorge et de l’eau dans les yeux. J’applaudissais à m’en fendre les paumes, tout en sifflant comme un garçon des rues les deux policiers qui encadraient mon homme vers la sortie. Il fit un dernier signe de tête au jeune qui, dix minutes plus tard, coupa les deux oreilles sous l’ovation. A moi, dans un grand et beau sourire, il jeta un regard heureux où je crus apercevoir son petit lutin qui fit un clin d’œil au mien… Car désormais, je fus sûre d’en héberger un aussi !
Et depuis, ils projètent ensembles des toros sur nos nuits et des arènes dans nos têtes.





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