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Etat de choc


Auteur : VERCORS

Style : Drame




Triste fin de journée, où un déluge de pluie incessant martèle les rues fatiguées de la ville. La sirène beuglante d’une voiture du SAMU, pétille à proximité de l’hôpital.
Aux urgences, tout le personnel disponible s’active autour de cette jeune fille victime d’un vol à l’arraché d’une violence inouïe. Les premières constatations du médecin urgentiste sont affligeantes. Patrick le brancardier des urgences conduit la malheureuse en réanimation, durant le trajet il s’attarde sur son visage et s’interroge.

Cette bouille même abîmée, lui rappelle Léa sa première passion. Alors qu’elle est placée dans une chambre, puis sur son lit, il s’invite à délibérer. Bientôt, les médecins, encerclent l’adolescente. Non loin de lui il aperçoit les effets personnels de la jeunette. Les soupçons qui le harcèlent depuis un instant, le convient à enquêter sur ses affaires… La carte d’identité de la pauvrette en mains, l’hésitation n’est plus permise. Elle se prénomme Emma, aura vingt ans dans deux jours, mais ce qui l’intrigue c’est son nom, pareil à celui de Léa. Attéré il laisse le doute s’installer en lui. Léa serait-elle sa mère ? Et lui son... Cela fait dix-neuf ans qu’ils se sont quittés… Abasourdi, Patrick tente de reprendre ses esprits dans ce tumulte démentiel. Soudain un courant d’air le saisit, la porte du service de la réanimation s’ouvre, une femme affolée à la démarche saccadée se précipite vers l’accueil. Patrick ressurgit de son isolement et tente de distinguer cette carogne. Il se lève, ébranle quelques mouvements de tête, s’immobilise et demeure hagard. Non loin de lui se dessine la silhouette de celle qui est la mère de la pauvre violentée. Brusquement son cœur d’amour palpite, il y a des années qu’il n’avait pas connu autant d’ivresse, depuis Léna… Maintenant qu’ils sont tous deux face à face, l’incertitude frise l’impertinence. C’est bien elle, Léa… Sclérosé par son apparition presque divine, il savoure cet avènement. Au son de la voix de son ingénue, sa chimère se pâme aussitôt.

Aux années qui les éloignent, le manifeste de leur désir soudain, sursoit leur condamnation. A nouveau il effleure cette peau si douce, qui autrefois l’enfiévrait. Saisie, Léa le fixe puis lui dit : « Patrick, c’est bien toi ? « Pantois, il lui répond : « C’est bien moi Léa !...Avec vingt années de plus « .Puis ils s’assoient, laissent place à un grand vide, oubliant même ce pourquoi ils s’étaient subitement retrouvés ce soir-là. Ils se ressassent leur difficile rupture, ces terribles jours qui s’en suivirent et les motifs futiles qui firent voler en éclat leur si belle union. Quel gâchis !Jusque-là le temps avait détalé,la notion des mois et des années avait altéré l’appétence de ces deux-là.Patrick saisit sa main et rive son regard dans l’immensité de ses grands yeux noirs.Impatient il lui implore cette vérité qui depuis de longues minutes le perturbe : « Léa !... Emma… C’est… Est-elle notre fille ? « .Promptement elle dégage ses mains des siennes,une vilaine cicatrice se rouvre,et ranime de cruelles réminiscences.Il insiste,elle se révolte : « Non !...La réponse est non !...Léa est ma fille,elle n’est pas la tienne ! « .A ces mots il se lève,se dresse devant elle et soutient : « Tu mens mal ma Léa !...Je sais qu’Emma est ma fille,sa date de naissance coïncide avec la période de notre rupture, en plus elle me ressemble étrangement… ». A son tour elle se lève et s’irrite : « Tu dis n’importe quoi mon pauvre ! Tu délires, et puis même si c’était ta fille, maintenant il est bien trop tard ! ».Dans la chambre d’Emma il y règne toujours l’agitation, dehors de gros orages éclatent exhalant une colère proche de celle de Patrick. Il se rapproche de la chambre d’Emma, essaie de la deviner au travers des tenues blanches qui se pressent autour d’elle. Des quelques regards qu’il propulse en direction de Léa, il tente désespérément de déraciner en elle ce secret qu’elle s’entête à ne pas lui révéler. A son tour elle s’approche de cette chambre qui encellule sa seule raison d’exister.

De nouveau les voilà tous deux côte à côte. Il la regarde et s’égare sur le plissement de cette ride dissimulée maladroitement par sa crème de jour. Sa vie, sa jeunesse elle les a dilapidées tantôt dans la soumission qu’une mère se doit à son enfant, tantôt au devoir d’une femme tout simplement. Elle lui divulgue qu’aussitôt après leur rupture, elle s’en était allé vivre à Paris, qu’elle avait rencontré un type formidable, le père d’Emma. Qu’il n’y a que quelques jours qu’elle est revenue sur la Côte, à la demande de sa fille qui désirait fêter ses vingt ans à Nice. A son tour il lui concède que malgré tout il l’aime toujours autant, et ne l’a jamais chassée de son cœur. Ce drame affreux qui est à l’origine de leur retrouvaille, l’a revigoré. A nouveau il saisit ses mains, et lui témoigne très sincèrement : « Léa !...Aime moi à nouveau, dès qu’Emma se réveillera promets-moi de nous réunir… Je t’en supplie aime moi à nouveau, sors moi de ma léthargie mon amour… ».Léa s’émeut et laisse perler d’ardentes larmes le long de ses joues. Pour la première fois après vingt longues années d’inconstance elle se perd de plaisir tout contre lui. Ils se rasseyent et se consolent. Elle trifouille dans son sac, en sort un mouchoir et se séché les yeux, puis, attrape son portefeuille. Elle lui montre quelques photos d’elle en compagnie d’Emma. Il ne peut s’empêcher de la regarder entre deux photos. En un instant ils se voient projeté dans ce temps où la passion était leur douce amie, où tous leurs jours étaient d’été. Profitant de l’alanguissement qui la nippe, il tente une ultime fois d’obtenir la vérité sur Emma. Mais son repli manifeste, semble lui témoigner un réel embarras. Il pose délicatement sa main sur la sienne, la supplie d’avorter cette confidence pour leur quiétude. Lentement elle lève ses yeux endoloris, se candit et le contemple. Ses lèvres s’entrouvrent et hâtivement il s’apprête enfin à être honoré, à recevoir l’extrême-onction… Et même si les années l’ont quelque peu flétrie, Léna est restée néanmoins inaltérable, face au bellicisme des saisons qui se sont succédées avec pugnacité sur tout son être. Il n’a plus qu’un seul désir, la presser tout contre lui, l’embrasser avec fougue comme autrefois, l’aimer tout simplement. Mais il regarde en direction de la chambre de la malheureuse Emma, et s’afflige un blâme. Comment peut-il penser de la sorte à cette ivresse, alors que cette âme pure lutte entre la vie et la mort ? En un instant, la féérie chancèle.

D’une silhouette indésirable qui se dresse face à eux, la félicité se prosterne. Marc le frère jumeau de Patrick s’impose avec une certaine rectitude… Marc, la copie de Patrick ; Le sosie saillant serait-on amené à soutenir, tellement la ressemblance est parfaite. Entre les deux frangins la dissension est devenue une servitude, au fil des années. Ce tribut c’est cette blessure affligée vingt ans plus tôt, de cette querelle fomentée par cette jalousie que Patrick avait allaitée consciencieusement. Ce trop d’amour qu’il témoigna exagérément, jusqu’à travestir son propre frère de godelureau. Dans la chambre d’Emma une accalmie rend les médecins moins alarmistes. Soulagée, Léa se sent prête à révéler la vérité sur sa fille : « Patrick, le père d’Emma c’est… C’est Marc !...Il y a très longtemps j’ai succombé à ses avances « .Quinaude, elle se réfugie dans la chambre de sa fille à la recherche d’une retraite. Malgré cet aveu, cette trahison, il continue à l’aimer car c’est à cet instant qu’elle a le plus besoin de réconfort. Bientôt dans la chambre d’Emma tout n’est que lutte et insurrection. Léa murmure à Patrick qu’elle vit avec Marc depuis leur rupture. Il tente de polir l’atmosphère mais Marc rétorque :
« Ouais c’est vrai !...Ta vie je te l’ai volée, tout comme ta Léa ! J’en avais marre de te voir réussir dans la vie, tu avais tout, un métier, une belle femme, de l’argent, et moi rien du tout !...Alors j’ai baisé ta Léa juste pour me sentir moins médiocre. Bon si tu veux une consolation, je ne suis pas le père d’Emma, c’est toi son paternel !… ça ne peut pas être moi, car je suis stérile… « .

Pétrifiée, Léa apprend le terrible aveu et entraîne Patrick dans son frisson. Au même instant il baisse la tête, il accuse le temps et cette contrition, qui de joie s’abat sur lui. Il joute admirablement avec la haine, et préfère s’inviter à se repaître de l’instant d’après. Et dans tout ce tumulte assourdissant l’agonie d’Emma se fait de plus en plus pressante. L’effervescence qui bouillonne à nouveau autour du lit de la malheureuse, déconcertent les parents. Ils assistent impuissants à l’abîme de leur progéniture. Main dans la main ils transfusent leur foi. Cette autre main qui se pose sur son épaule, ce regard qui appauvrit son dernier espoir, voilà Léa condamnée à sertir en sa mémoire le deuil de sa fille. La chambre de la pauvrette vient de retrouver toute sa sérénité. Elle semble paisible et détendue, Emma n’est plus…

Patrick s’approche d’elle, enfin on lui accorde le droit de la toucher, de l’embrasser, de l’aimer. Délicatement, il se penche vers elle, effleure ses joues et y dépose de frêles baisers. Puis, il enlace une dernière fois Léa, l’étreint longuement car il ne veut surtout pas oublier ce moment magique. Puis il se détache de son parfum, de tout son être si agréable et se recueille à nouveau sur sa fille. Avant de quitter l’hôpital il lance un ultime regard vers Léa, l’envoûtement qui l’ensorcelait depuis des années, à cet instant, périt…Une fois hors de l’hôpital, il est accueilli par une pluie fine, le jour se lève à peine, allégé d’une existence celle d’Emma, mais la vie continue malgré tout. Et après tout cela il va lui falloir continuer à survivre, à faire semblant d’exister, puis surtout, oublier. Déjà, il appréhende ce jour prochain où il retrouverait Emma, et renaître à la vie…





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