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Sordissimo


Auteur : GRENET Ghislain

Style : Drame




1946.


Dans un petit village au fin fond du Berry, vit une famille avec 3 enfants. Le dernier a un an et demi ; fruit de la copulation d’une mère large d’esprit qui profita de la captivité de son mari pour s’amouracher d’un soldat Allemand. Les deux autres enfants s’en foutaient vu qu’ils étaient entrés dans la milice. Cette femme prénommée Fernande fût tondue à la libération quand au fils et à la fille, ils préférèrent s’exiler un temps. Le père ; Roger Manjain, alcoolique, bat régulièrement sa femme. Les deux gosses sont revenus ; ce qui attise la colère des habitants du village tout proche que tente d’endiguer Léon Reniau, garde chasse et qui en est le maire. La sœur, couchant régulièrement avec son frère, se retrouve enceinte. Roger, fou de rage et saoul comme un cochon, viole Paulette sa fille. Les scènes de ménage vont bon train. Parfois des coups de fusil se mêlent aux disputes. Un jour que Roger braconne avec René son fils, Léon arrive :
« Ah ! Je vous y prends à poser des collets.
-Vas te faire foutre Léon. Si on fait ça, c’est pour bouffer.
-Il existe d’autres méthodes comme travailler par exemple, ton gamin est costaud, il pourrait aller travailler chez Frantoni.
-Chez le rital ? Jamais !
-N’empêche que je vais dresser procès verbal.
-Tu sais où tu peux te le foutre ton procès verbal ?
-Ne recommence pas à être grossier avec moi sinon je t’en colle un autre pour injure sur personne assermentée. »
Sortant son carnet à souche et un crayon de papier dont il suce la mine, il note, ne voyant pas que Roger braque son fusil vers lui :
« T’es fou ! Tu ne vas tout de même pas tirer ?
-Je vais pas me laisser emmerder par un con comme toi.
-Attends, je l’arrache, tiens, je l’arrache.
-Crève ! Fumier. »

Un coup puis un deuxième et l’homme s’écroule :
« Fous-le à poil dit- t-'il à René, on le balancera dans le fossé ; les sangliers le boufferont. »
Personne n’ose s’aventurer dans les bois pour cueillir des champignons où aller à la chasse aux escargots. Cet été, un touriste en a fait les frais car, non content d’avoir crevé les pneus de sa voiture et cassé le pare brise, c’est nu qu’il revint à l’hôtel du village sous les quolibets de la populace. Le pauvre type n’osa pas porter plainte vu les menaces que leur avaient prodigué les deux fous furieux.

Situons dès à présent l’environnement de cette famille bizarre.
La maison date du début du XIXe siècle. Pas d’eau ni d’électricité ; juste des bougies que lui donne Mauricette, l’épicière du village contre du gibier. L’eau est tirée d’un puits juste à côté d’un tas de fumier. Ils mangent toujours dans des mêmes assiettes sales, du poulet et des légumes du jardin. Ils vivent en haillons et nus- pieds ; se lavant la semaine des quatre jeudis. Il est impossible au moindre microbe de les contaminer.
L’extérieur est tout aussi chaleureux. Des tas de détritus remplissent la grange. Le porc en liberté mange régulièrement une poule car l’eau grasse de la pseudo vaisselle n’est pas suffisante pour le rassasier. Voyant cela, Robert sort en furie :
« Fumier de cochon, tu m’as encore bouffé une poule. T’as de la chance de ne pas être assez gras sinon je t’aurais bousillé la gueule ! »
Regardant Paulette avec son gros ventre :
«Et toi traînée, vas faire tes saloperies avec ton frangin et fous moi la paix ! »
La fille part en sanglot se réfugier dans les bras de son frère. Fernande arrive :
« T’es pas un peu cinglé de gueuler comme ça, t’amuses tout le quartier !
-Moi ! Je les emmerde « le quartier » ; qu’ils aillent se faire enc… ! »
Se retournant vers sa femme :
« Et toi la débaucheuse de troufion, vas changer le cul de ton bâtard !
-Papa, dit Paulette, c’est du passé, tire un trait là dessus maintenant.
-Et c’que t’as dans la panse, c’est du passé p't- être ?v -C’est surtout l’avenir.
-Ah oui ! Parlons-en de l’avenir ! Quand il saura que sont père est son oncle et que l’autre mioche saura que son père est un boche, ça promet des discutions grandioses.
-Arrêtes papa, arrêtes » dit René en larme.
Le grand jour est arrivé. La fille accouche sur la table de la cuisine. Un beau garçon naît :
« Gamin, sors une chopine ; on va arroser ça.
-Y’a quelqu’un ?
-C’est qui encore qui gueule comme ça ?
-C’est moi Germaine ; vous me remettez ?
-Ouais ! T’es la femme à Léon.
-Ben voilà ! Mon homme est parti dans les bois depuis une bonne semaine et il est pas rev’nu ; même les gendarmes ne le trouvent pas.
-Bon ! Et alors ?
-Ben voilà ! Vous qui allez dans les bois, vous l’auriez pas vu des fois ?
-J’en sais rien moi, je l’ai vu, je l’ai pas vu ; j’en sais rien moi.
-Et vot’e gamin ?
-Quoi mon gamin ?
-Ben ! Il l’a p’t’ête vu ?
-Ecoute Germaine, tu commences à m’emmerder avec tes questions à la con. Tu vas te tirer car j’ai pas qu’ça à faire!
-C’est pas la peine de me causer comme ça.
-Je cause comme je veux. Maintenant fous le camp ; on t’a assez vu !
-Grossier personnage !
-Ouais c’est ça. Et vas te faire foutre, toi et tous les branleurs de la mairie !
-Ca va pas se passer comme ça, y va y avoir des suites à c’que vous m’avez dit !
-A ouais ! Tu vas envoyer l’armée ?
-Goujat !
-Connasse ! »
Ca sent le roussi. Tout ce déballage d’injures exaspère la population car guère de gens n’en ont pas pris pour leur grade.

Le lendemain, une Traction arrive dans la cour :
« Gendarmerie nationale ! Nous faisons une enquête sur la disparition de Léon Reniau et nous venons vous poser des questions à ce sujet.
-Mouais ! Allez-y pour voir ?
-Le jour de la disparition, étiez-vous dans les bois ?
-Ben j’en sais rien moi, j’ai pas de calendrier alors…
-Votre fils était avec vous ?
-Quand j’y vais, il vient toujours avec moi ; des fois qu’il y’a un accident.
-Pourquoi parlez-vous d’accident ?
-Oh ! Pour rin.
-Et l’affaire des touristes ?
-Qu’è touristes ?
-Ceux qui ont été malmenés l’été dernier.
-Pas au courant.
-Bon d’accord ! Revenons à nos moutons. Que pouvez-vous nous dire sur cette affaire ?
-Rin !
-Vous êtes sûr ?
-Oh ! Ecoutez, faut nous laisser maintenant!
-Bon, je n’insiste pas, mais si vous apprenez quoi que ce soit, prévenez nous. »
La voiture à peine partie :
« J’les ai bien baisé, ils sont pas prêt de le r’trouver l’Léon. »
Intriguée par de tels propos, Fernande dit :
« T’as quèqu’ chose à voir là d’dans ?
-T’occupes, et sers moi plutôt un canon. »
Fouillant sous l’évier en pierre :
« Y’a pu ren l’père ! Faut qu’t’ailles chez la Mauricette.
-Allez viens gamin ; on y va. »
Prenant leurs vieux vélos récupérés à la décharge, ils partent en direction de l’épicerie :
« Salut Mauricette, mets nous du pinard.
-Tu payes avec quels sous ?
-Comme d’habitude ; avec ça! »
Il sort un lapin d’un vieux sac troué :
« Tiens, voilà. »
Elle pose deux chopines de vin sur le comptoir :
-Que deux litrons ? Putain, t’es dur en affaire.
-Faut bien que tout le monde vive. »

Le lendemain après midi, quelqu’un frappe à la porte :
« Gendarmerie !
-Encore !
-On vient de retrouver le corps de monsieur Reniau.
-Tant mieux pour vous.
-Il a été assassiné.
-Ah bon ! Et pourquoi vous venez me dire ça ?
-On a retrouvé les restes non loin de chez vous.
-Ah bon, et alors ?
-Vous n’avez toujours rien à me dire ?
-Mais quoi que vous voulez que j’vous dise ? »
Les gendarmes repartent très soupçonneux.

Les mois passent. Arrive noël :
« On va faire une virée au pat’lin dit le père, tu viens gamin ? »
Ils arrivent défoncés et avec le fusil :
« On vient s’éclater bande de nazes. Gare à vos miches » hurle Roger dans les rues vides.
Le type tire à tout va sur les murs des maisons. La gendarmerie arrive à toute vitesse :
« Vous êtes malade de tirer partout comme ça. Donnez-moi votre arme !
-Moi j’t’emmerde, dit le père pendant que René rit bêtement.
-Pour la dernière fois, donnez-moi votre arme !
-Tu rigoles, c’est mon flingue ; vas te faire foutre ! »
Les deux zigotos sont emmenés sans ménagement au poste :
« Vous êtes accusés de dégradations sur la voie publique avec arme. Vous risquez une peine de prison pour cela.
-On avait un coup dans l’pif ; faut excuser.
-On reparlera de tout cela demain quand vous serez dégrisés.
-Quand on s’ra quoi ?
-Dessaoulés ! »

La nuit se passe dans le calme. Le lendemain :
« Alors, ça va mieux ?
-Ben ouais ça va!
-Bon ! Comme aucune plainte n’a été déposée, je vous relâche ; naturellement je confisque l’arme. Mais à la prochaine fausse note, c’est la prison. »
De retour chez lui :
« Tu parles d’une bande de fumiers, y zont gardé mon flingot. »
Soudain un bruit de moteur dans la cour :
« Vas voir c’que c’est la mère, si c’est un de ces pourris, dit leur que j’suis pas là.
-Robert ! Dit Fernande, mais qu’est ce qui t’amène ?
-C’est qui ? Demande Roger.
-C’est ton frangin.
-Ben ! Fais le rentrer.
-Salut Robert, quoi que c’est y qui t’amène ?
-Figure-toi que je passais par là et je me suis dis : Tiens ! Si j’allais voir Roger. »
A ce moment là, une femme apparaît sur le perron :
« Qui c’est ?
-Je te présente Olga ; ma femme.
-Salut Olga, comment que c’est y que ça va ?
-Bien, merci.
-Tiens la mère, sers un canon! »
A la vue des verres sales et de l’environnement, la femme ne se sent pas bien :
« Excusez-moi dit-elle, J’aimerais sortir un instant.
-Ben ! Allez-y, Fernande va vous montrer mon domaine. »
Olga sort hâtivement :
« Alors, qu’est ce tu d’viens Robert ?
-Je travaille dans l’administration.
-Et c’est quoi qu’tu hoches ?
-Je suis flic.
-Merde ! Et ben dis donc, t’en a fait du ch’min.
-Et oui.
-Et t’enquêtes en c’moment ?
-Sur l’affaire Reniau.
Ben merde ! Y t’ont fait v’nir de la capitale pour ça ?
-Oui, je suis venu leur donner un coup de main.
-Tu dois être une tête alors ?
- Disons que... j’ai une certaine expérience.
-Tu vas t’installer dans l’coin alors ?
-Oui, j’ai pris une chambre à l’hôtel du village. »
Fernande revient mais seule car pour un prétexte futile, Olga a préféré rester dehors :
« Eh ! La mère. Tu sais c’qui fait l’frangin ?
-Ben non !
-Il est flic ! Et tu sais sur qui il enquête ?
-Ben non voyons.
-Sur le Léon.
-Et qu’est ce que ça donne ?
-Pour l’instant j’ai pas mal d’indices. Je pense que pour la fin de la semaine tout sera terminé » dit-il en regardant Roger dans les yeux.
Se sentant visé l’homme dit :
« Faut que j’te laisse Robert ; j’ai les poules à soigner.
-Ecoute, il faut que je parte car j’ai pas mal de travail aussi. »
A peine a -t-’il démarré que la femme lui dit dans la voiture :
« Mon dieu, qu’est ce que ça pue là dedans. »
Le flic se contente de soupirer.

Le soir, alors que tout le monde est couché, Roger prend une scie à métaux, monte sur son vélo et part en direction de l’hôtel. Arrivé devant la voiture de son frère, il se couche dessous et sabote les roues. Le lendemain après midi, des gendarmes arrivent :
« Monsieur Manjain ?
-Ouais !
-Votre frère a eu un terrible accident de voiture.
-Ah ! Et comment va-t’y ?
-Malheureusement il est mort.
-Merde ! Tu parles d’un coup dur.
-Toutes mes condoléances.
-Heu, ah oui, merci. »
Lorsqu’il est parti, Fernande arrive :
« Quoi ! Robert est mort ?
-Ouais ! Mais qu’est ce que tu veux, c’est les risques du métier. »
Les mois passent sans qu’on entende plus parler de cette affaire :
« D’main on tue l’cochon ; prépare les gamelles la mère. »
Le lendemain, René arrive en courant :
« L’cochon est pu là!
-Quoi ! »
Ils accourent dehors :
« Putain ! Mais c’est vrai que l’bestiau est pu là. Si j’ chope l’salopard qu’a fait ça, je l’pulvérise. »
Ils partent patrouiller dans tout le village. Au bout d’une heure, René rejoint son père :
« Ca y est ! J’l’ai r’trouvé ; il est chez l’Albert. »
D’un bon pas ils arrivent chez le prétendu voleur. Le voyant dans la cour il lui dit :
«Ah ! Te v’la voleur de bestiau ! Rends-moi mon cochon.
-Ca va pas bien, j’ai pas ton bestiau.
-Et en plu d’ça t’es un menteur ! »
Le type rentre chez lui et en ressort avec un fusil :
« Vous avez intérêt de foutre le camp, sinon ça va mal finir pour vos abatis.
-T’entends gamin, v’la qu’il veut nous impressionner. »
René attrape le fusil par le canon mais le coup part ; le tuant net :
« Ordure, t’as tué mon gosse ; j’vas te démonter la gueule. »
Les flics arrivent alertés par des voisins :
« Embarquez-moi ces deux là et faites venir une ambulance. »

Le lendemain, le père est libéré et rentre chez lui trouvant toute la famille en pleur. Il dit :
« Bande de pourris, si y croivent que l’Roger va laisser tomber, ils s’foutent le doigt dans l’œil ! »
Il va dans le grenier, ouvre une vieille malle poussiéreuse et en sort deux grenades récupérées pendant la guerre, les met dans sa poche et part sans rien dire. Arrivé devant la gendarmerie, il s’assoit sur un banc et attend. Quelques instants plus tard, le meurtrier sort menotté et est installé dans un fourgon cellulaire. Au moment de démarrer, Roger se lève et se dirige rapidement vers le véhicule. Il s’approche de la vitre du conducteur et lui fait signe de la descendre :
« Qu’est ce que tu veux toi ?
-Tiens, un cadeau de la part de mon gamin ! »
Il jette une grenade dans la cabine et court. Les types n’ont pas le temps de réagir que tout l’avant explose. Il revient sur ses pas et ouvre la porte arrière pour y balancer l’autre engin meurtrier.
Le grenadier fut condamné à mort et guillotiné. La femme et la fille devinrent folles et furent internées. Les gosses finirent à l’orphelinat.

Un mois plus tard, la maison brûla. Les policiers qui l’avaient arrêté eurent un accident de voiture et moururent. Le nouveau garde- chasse fut retrouvé mort, tué par un sanglier. Les cochons durent être abattus dans tout le village car ils dévastaient les poulaillers. Un soir, Mauricette a retrouvé son magasin saccagé par un camion qui était rentré dedans. Les chiens hurlaient au loup toutes les nuits ; exaspérant la population. La gendarmerie était débordée…

Le village serait-il maudit ?





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