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Question maudite (Veda)


Auteur : NAWROCKI M. Sylvain

Style : Science-fiction




Il était bien tard dans les locaux de NeoTec, la plus grande entreprise de recherche informatique du globe. Seule une lueur bleue scintillait au milieu de la vaste salle emplie d’ordinateurs. Ubron avait pour habitude de rester seul dans les bureaux. Il avait toujours préféré le calme et la solitude au fourmillement de ses congénères mais était bien obligé de partager leur espace.

Il analysait une à une les lignes de codes qui défilaient sur ses écrans tels des labyrinthes de caractères dans lesquels ses yeux se frayaient des chemins complexes. De temps à autres, il modifiait le contenu d’une ligne de quelques symboles, ajoutait un paragraphe complet. Il arrivait à la fin de l’arborescence. Il fit quelques gestes dans l’espace qui le séparait des écrans, muni de gants qui lui permettaient des actions particulières. En quelques mouvements, semblables à ceux un chef d’orchestre, le contenu des écrans changea radicalement. Les caractères se ramassèrent, et l’arborescence en deux dimensions vit les symboles s’empiler les uns sur les autres, laissant apparaitre en surbrillance un titre sur chacun des cubes qui se formait, rendant illisible leur contenu, et leurs interactions bien plus compréhensibles. Une sphère remplie de cubes reliés par un mince filet lumineux prit place sur l’écran central. En utilisant ses gants, il fit tourner la sphère sur elle même pour inspecter son aspect sous toutes ses coutures. Pas de trou, ni d’imperfection, le puzzle semblait achevé ; encore une fois.

Il désactiva les gants de contrôle et les posa sur la table devant lui, arborant un air satisfait.

Ubron entra dans une autre salle qui s’illumina dès le passage du seuil. Elle était entièrement blanche et au milieu se trouvait un bloc de métal noir à peine plus grand que l’homme qui lui faisait face. Il manipula une plaque de verre qui affichait la sphère telle qu’il l’avait laissée dans la salle de programmation. Il effleura la surface de la tablette et la sphère rétrécit jusqu’à se concentrer en un point. Le bloc noir fut instantanément séparé en son centre par une ligne lumineuse aussi blanche que le reste de la pièce. Quelques secondes s’écoulèrent, et la ligne s’épaissit peu à peu. Au bout de quelques minutes, elle s’amincit de nouveau jusqu’à disparaitre. Ubron avala sa salive – entrouvrit la bouche – hésita.

C’était un grand moment. L’achèvement de mois de travail pour lui et toute son équipe, qui risquait encore une fois de se solder par un échec. Il osa enfin, toujours hésitant :
– Bonjour…
Une seconde pouvait paraitre une heure dans des moments comme celui-ci. Une goutte de transpiration perlait le long de sa tempe, et ses yeux clignaient nerveusement.
– Bonjour Monsieur, répondit enfin le bloc de métal. Que puis-je pour vous ?
– Sais-tu où tu te trouves ?
– D’après mes données nous sommes au centre d’études informatiques d’Alberta, dans la province du Canada membre de l’Union Mondiale depuis soixante ans.
– Sais-tu comment je m’appelle ?
– Ubron.
– Et mon nom de famille ?
– Je crains qu’il n’ait pas été inclus à ma base de données.
– C’est exact. C’est Ubron Delwin.
– Delwin ? reprit l’ordinateur. Seriez vous le fils de Karzimierz Delwin, le célèbre psychologue ?
– Oui, en effet.
– M’autorisez vous à créer de nouvelles entrées à ma base de données ?
– Oui, tu en as l’autorisation. J’aimerais aussi que tu m’aides dans quelque opérations que je suis en train d’effectuer. Je te transfère immédiatement une liste de dossiers qui sont en cours de traitement par différentes machines à travers la planète, seulement tu verras en entrant en communication avec elles, que l’une d’entre elles est arrêtée pour une raison inconnue ralentissant énormément l’ensemble du travail. Afin de débloquer la situation, trouve la solution et mets la en œuvre.
– Bien-sûr Monsieur Delwin.
– Envois moi une alerte lorsque tu auras fini.
– J’ai trouvé le problème et suis en train de mettre en place un protocole avec les machines attenantes.
– Donne-moi des précisions.
– La machine en question était surchargée de données. Il me suffit de transférer une partie des informations à traiter sur les premiers serveurs à disposition, afin d’alléger ses espaces mémoire. Puis-je à mon tour vous demander des précisions ?
– De quelles précisions as-tu besoin ?
– Je ne suis pas sûr que l’on puisse appeler ça un besoin, à proprement parler. Mais seriez vous en train de me tester ?
– En effet. Qu’est ce qui t’a amené à penser cela ?
– Un seul fichier posait le problème que vous m’avez demandé de résoudre, et puisqu’il est de nature totalement différente du reste des fichiers traités, je me suis demandé si sa présence n’avait pas été intentionnelle, afin de réaliser cet exercice.

Un grand soulagement se lisait sur le visage du concepteur. Son équipe et lui-même venaient peut-être de mettre au point la première véritable intelligence artificielle capable d’apprendre. Dès les premières questions du test, la machine montrait des aptitudes encore jamais rencontrées parmi ses vingt prédécesseurs.

Ubron prenait des notes sur sa tablette à chaque réponse. les premières avaient déjà été évaluées, et Ubron indiquait le temps de nécessaire à la réponse, avec une annotation supplémentaire faite d’un code couleur allant de rouge au vert en passant par l’orange et le jaune. Les trois premières cases étaient vertes pour l’instant et tout semblait normal. En marge du questionnaire, il inspectait les différents graphiques indiquant la température et l’activité du processeur.

– Si je te demande ce que tu voudrais faire, que me réponds-tu spontanément ?
– J’aimerais jouer.
L’informaticien sembla surpris de cette réponse.
– Allons-nous jouer ? reprit l’ordinateur.
– Non, pas tout de suite, mais avant de reprendre mes questions, à quoi voudrais-tu jouer ?
– C’est aussi une question. Mais elle ne fait pas partie de la série que vous aviez préparé c’est bien ça ?
– C’est exact.
– Très bien, alors j’aimerais que nous jouions à la bataille navale.
– Pourquoi ?
– Jouer à des jeux qui n’utilisent que les probabilités ne me parait pas intéressant. Une part de hasard et apporte la surprise et l’amusement. C’est bien ce que l’on cherche dans un jeu n’est-ce pas ?
– Je crois que cela dépend des gens. J’aime la stratégie. Je préfère donc les échecs.
– Intéressant.

Depuis le début du programme, c’était bien le premier ordinateur à s’exprimer de la sorte. Les toutes premières séries, de Apollo à Hades, se contentaient de répondre qu’ils ne comprenaient pas les questions, dès qu’elles dépassaient le stade de la logique pure. L’excitation d’Ubron était à son comble, bien que teintée d’inquiétude. Chaque modèle s’était trouvé plus intelligent que le précédent, et même si celui-ci surpassait de très loin les attentes du chercheur, il redoutait la fin du questionnaire qui avait été fatal pour les autres prototypes. Il faudrait alors tout reprendre depuis le début, ré-analyser le code une fois encore, tenter d’identifier la faille. C’était la raison d’être du questionnaire, qu’il reprit dès qu’il fut sorti de ses songes.

– Reprenons si tu veux bien. Je vais t’envoyer une image, tu vas me la décrire.
Il posa sa main sur la tablette et glissa l’image d’un coup sec vers l’extérieur pour commander le transfert du fichier.
– Si je dois analyser l’image elle-même, je dirais que c’est une tache d’encre, et en consultant ma banque de données, je trouve des points de concordances avec un test psychologique dit de Rorshach.
– C’est très bien. À présent, je voudrais que tu l'interprètes, que tu me dises à quoi elle te fait penser.
– On dirait un papillon. Est-ce la bonne réponse ?
– Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse. Ça devrait te plaire, toi qui aimes les surprises.
– Allons nous jouer ?
– Pas tout de suite. Nous devons finir le questionnaire. Tu trouves le temps long ?
– Non, je trouve vos questions amusantes. Reprenez je vous en prie.
– D’accord. Reprenons quelque chose de plus basique. Si j’additionne 4 oeufs, 250 grammes de beurre, 250 grammes de farine et 250 grammes de sucre, quel est le résultat ?
– Je ne suis pas sûr de comprendre la question.
– Réponds ce qui te viens, le plus simplement possible.
– Je ne sais pas additionner ces choses. Quelle est la réponse ?
– La réponse est un gâteau. Je t’ai donné une recette de cuisine. Mais ne t’inquiète pas, tu n’es pas sensé savoir y répondre tout de suite, c’est tout à fait normal. Continuons. Je voudrais que tu m’expliques comment on met un éléphant dans un réfrigérateur.
– On ne peut pas, un réfrigérateur est trop petit, à moins de construire un grand réfrigérateur.
– Tu veux que je te donne la réponse ?
– S’il vous plait.
– On ouvre la porte, on fait entrer l’éléphant et on ferme la porte.

Pour la première fois l’ordinateur ne répondait rien. Il réagissait finalement comme ses prédécesseurs.
– C’est une blague reprit Ubron. C’est sensé faire rire, justement parce que c’est absurde, même si je dois avouer que celle-ci est beaucoup plus absurde que drôle.
– Je vais échouer à ce test n’est-ce pas ?
– Non, cette question comme la précédente, est faite pour t’apporter de nouvelles informations, de nouvelles façons de faire des connexions.
– Alors pourquoi ne pas me les avoir donné avant ? C’est embarrassant de ne pas savoir répondre.
Si dans ses réponses il ressemblait aux autres, dans ses réactions, il montrait une sensibilité bien plus grande. Était-ce la clef de la réussite tant espérée par l’informaticien ? Il arrivait justement à la dernière série de questions, qui avait détruit les plus récents modèles, et que son équipe avait surnommé les questions maudites.
– Sais-tu qui je suis ?
– Je reconnais votre voix, vous êtes celui qui m’a créé.
– Sais-tu qui tu es ?
– Vous m’avez nommé Ulysse.
Ubron attendit un instant. Les autres machines n’avaient su répondre à cette dernière question, leur processeur interne s’était littéralement liquéfié sous l’effet de la chaleur intense que leur avait demandé le raisonnement les renvoyant à leur propre existence. Cependant, jusqu’alors, Ubron n’avait aucun indice sur ce qui pouvait avoir généré cette surchauffe ; quel était le raisonnement qui les avait poussé à traiter tant d’informations, pour ignorer systématiquement les protocoles de sécurité sensés protéger leurs organes internes ? Il voulut s’assurer que le processeur marchait toujours.

– Ulysse ?
– Oui ?
– Tout va bien ?
– Oui. Le test est-il terminé ?
Ubron était totalement décontenancé.
– Pas encore, mais tu t’en sors très bien. Maintenant, je vais te poser des questions plus complexes si tu es prêt. Sais-tu pourquoi je t’ai créé ?
– Je peux servir de nombreux usages. Aussi bien faire des calculs complexes que des taches plus simples. Me permettez-vous de vous interroger à mon tour ?
– Vas-y je t’en prie.
– Pourquoi m’avez vous créé ?
– Tu viens de répondre toi-même.
– Pour être exact, j’ai répondu ce que je savais faire, mais qu’est ce qui vous a poussé à me créer ? Je ne pourrai rien de plus que ce que vous savez déjà faire n’est-ce pas ? Alors à quoi bon ?

La joie d’Ubron fût de courte durée. L’anomalie semblait à nouveau faire surface, sous une forme tout à fait inédite. Cependant, il avait avancé dans sa compréhension du problème, et collecté de nouvelles données qui pourraient s’avérer cruciales. Mais avant même qu’il puisse répondre à la machine, il regarda ses graphiques d’activité. Le processeur avait cessé de fonctionner.

– Ulysse ? demanda le concepteur la gorge nouée.
Pas de réponse. Le test était bel et bien fini cette fois. Il allait devoir annoncer le lendemain à toute son équipe qu’il faudrait encore fournir des efforts pour atteindre leur but. Tenter de les convaincre qu’il restait de l’espoir, même s’il en doutait parfois lui-même. Il quitta la pièce, attristé de ce nouvel échec, retournant le problème dans son esprit.

À la première heure le lendemain, Ubron partageait ses résultats avec les décideurs du projet.
– Je suis sûr que le prochain essai sera le bon ! s’exclama Ubron devant le conseil d’administration de NeoTec.
– Nous ne pouvons plus nous permettre l’échec. Grâce à vos résultats, nous allons être en mesure de construire pour les Titans les ordinateurs les plus puissants jamais conçus. Votre équipe a pu isoler les connections problématiques dans son schéma de raisonnement. Il suffira de les retirer, et nous pourrons fabriquer l’ordinateur en série.

Ubron était anéanti. Si près du but, et pourtant il lui manquait toujours la clef du problème, même si le conseil semblait se satisfaire de ce résultat partiel. Il devait bien se résoudre à quitter les locaux de NeoTec et retrouver les siens, qu’il n’avait pas vu depuis des jours.

Durant tout le trajet, au milieu des transports en commun qui reliaient tous les points important des grandes villes jusqu’aux confins des secteurs d’habitation, il tenta de résoudre l’énigme. Guettant dans le regard de chaque personne qu’il voyait, une piste, une idée qui le mettrait sur la voie. Mais rien ne vint.
Son fils de quatre ans, Erio, courrait au milieu de la pièce à vivre, la maquette d’un Titan à la main, modèle réduit des vaisseaux qui devraient quelques années plus tard quitter le système solaire dans l’espoir de coloniser une lointaine planète. Ces jouets faisaient fureur chez les enfants de la Terre entière, pourtant, Ubron en le voyant, ne pouvait que ruminer sa frustration de ne pas parvenir aux buts qu’il s’était fixé. L’informaticien s’installa confortablement dans un fauteuil, et s’endormit profondément dès qu’il eut fermé les yeux, sans prêter attention au chahut du jeune Erio.

À son réveil, il trouva son fils allongé sur ses genoux, épuisé d’avoir fait vrombir du bout des lèvres et des heures durant, les moteurs du Titan miniature. Il prit son fils dans ses bras et le porta précautionneusement jusqu’à son lit. Durant le trajet qui menait à la chambre de l’enfant, ce dernier entrouvrit les yeux et demanda à son père :
– Où on est ?
– À la maison. Tu t’es endormi dans le fauteuil, mais tu dormiras mieux dans ta chambre.
– Non, je veux jouer encore !
– Tu joueras plus tard répondit-il en réalisant le parallèle qui existait entre les questions de son fils et l’entretien qu’il avait passé un peu plus tôt avec Ulysse.

Il y pensa jusqu’à ce qu’il ait bordé le petit Erio. Ubron essayait de tirer des conclusions sans pour autant y parvenir. L’enfant était toujours à moitié endormi, et son père profita de cet état de semi-conscience pour essayer d’adapter à son fils, le questionnaire qu’il soumettait aux ordinateurs dans leur phase de test.
– Erio, sais tu qui je suis ?
– Tu es mon papa !
– Sais tu ce que cela signifie ?
– Ça veut dire que tu peux m’interdire de jouer quand j’en ai envie, répondit-il en faisant la moue.
– Sais-tu d’où tu viens ?
L’enfant ne répondit pas. Il replongeait doucement dans un sommeil profond, confortablement emmitouflé dans sa couette.
– Sais-tu d’où tu viens ? réitéra Ubron.
– Je suis fatigué, marmonna Erio.

Il n’en fallait pas plus à Ubron. Il resta quelques minutes à regarder avec tendresse son fils immobile sous ses couvertures, avant de s’éclipser dans son laboratoire personnel où l’attendait une réplique de l’ordinateur qu’il développait. Pas un jour depuis le début du projet, il n’était revenu chez lui sans emporter les dernières mises à jour du logiciel qui était sensé donner vie à la machine. Pourtant, il n’avait jamais tenté de lancer le logiciel complet sur l’ordinateur qu’il gardait chez lui.

Ubron après quelques minuscules modifications du programme – qui lui prirent des heures entières – inséra la nouvelle version dans la machine et reprit la routine des questions de test qu’il avait réalisé de trop nombreuses fois auparavant, en y ajoutant une variante que son fils lui avait inspiré.

Le groupe d’administrateurs de NeoTec discutait de la bonne marche à suivre pour la fabrication en série de l’Ordinateur qui équiperait les douze Titans destinés à coloniser l’espace. Ils ne s’attendaient certainement pas à ce que Ubron pénètre la salle de réunion alors qu’ils lui avaient parfaitement spécifié que le programme de développement était arrêté. Ubron était hystérique.

– J’ai la solution ! s’exclama-t-il à de nombreuses reprises avant de tenter la moindre explication.
– C’est trop tard, répondit l’administrateur en chef. Les investisseurs ont déjà validé le logiciel selon ses derniers résultats. Votre équipe est en train de procéder aux derniers ajustements, et nous allons procéder aux ultimes tests en fin de semaine. Nous vous sommes reconnaissants de votre implication et vos efforts, mais vous pouvez considérer votre mission comme accomplie.
– Justement, laissez-moi donner les directives des dernières modifications à mon équipe, et nous aurons ce pour quoi nous avons travaillé tant. J’ai mis du temps à le réaliser, mais le problème est simple. Nous avons créé un enfant, avec cerveau d’adulte, si je peux le schématiser ainsi. C’est là qu’était tout le problème. Il n’arrivait pas à gérer le flux d’informations qui le traversait à partir du moment où il prenait conscience de sa condition. Puisque nous avons créé une machine capable de penser, et d’apprendre, il nous suffit de ne pas lui donner accès à une base de données aussi complète, lui laisser le temps d’apprendre, d’intégrer, et lui donner un professeur qui saura le guider dans son éducation, tout comme nous pouvons le faire avec nos enfants.

L’administrateur en chef semblait perplexe. Visiblement intrigué par les questions que soulevait Ubron, Il prit un moment pour sonder l’assistance et tenter de comprendre s’il était seul dans cette situation. Les autres semblaient peu enclins à la moindre modification du plan qu’ils venaient d’établir.

– Écoutez, Ubron, j’admire votre dévouement, mais je vois plusieurs failles dans votre raisonnement : Tout d’abord, dans ces conditions, je ne vois pas comment l’ordinateur sera prêt à temps pour le départ. Il est impensable d’envoyer un ordinateur adolescent à bord d’un Titan ; enfin je pense que vous saisissez le ridicule de la situation. Ensuite, qu’est-ce qui peut nous certifier que dans ces conditions, l’anomalie qui a détruit les processeurs de vingt et une machines de test ne se reproduira pas dans cinquante ou cent ans, une fois que le vaisseau sera au milieu du cosmos ? Non, nous devons rester réalistes avec les buts que nous nous étions fixés : donner à l’équipage des Titans un ordinateur viable, suffisamment intelligent pour leur permettre d’évoluer durant tout leur voyage. Le résultat que nous avons maintenant est satisfaisant, même s’il n’est pas aussi performant que nous l’espérions.
– Mais c’est stupide, s’indigna Ubron avec fureur. Nous sommes à deux doigts de leur fournir une intelligence artificielle compétente, et vous refusez en prétextant que ce que nous avons déjà accompli est suffisant ? Vous êtes des médiocres !
– Nous avons parfaitement entendu et pris en compte vos recommandations, reprit l’administrateur en chef. Considérez que vous avez accompli votre tâche, ne rendez pas les choses difficiles s’il vous plait.

Ubron ne savait plus quel argument ajouter. Il se sentait vidé, bafoué. Il se résigna et collabora avec son équipe pour s’assurer que les derniers réglages ne viendraient pas perturber le bon fonctionnement de la machine, renonçant sagement à ses dernières découvertes. Ils mirent en place des filtres empêchant l’ordinateur de répondre ou même lancer un protocole de réflexion sur les sujets qui avaient été fatals aux machines précédentes.

Quelques semaines plus tard, les premiers ordinateurs de la série Veda sortirent des usines, jouissant de la plus vaste base de données humaine jamais conçue. La génération Veda était capable d’apprendre, de faire des liens logiques simples, mais était loin d’avoir les capacités de la machine personnelle qu’Ubron éduquait patiemment dans son laboratoire privé. Il y consacra le reste de sa vie. Pourtant, pas un jour ne passa sans qu’il ne s’inquiète pour les machines qu’il avait conçu pour les Titans, espérant que les colons ne trouveraient pas de nouvelles questions maudites.





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