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Les champignons hallucinogènes


Auteur : GRENET Ghislain

Style : Anticipation




Hiver 2018, le gouvernement vient d’interdire la commercialisation et la culture du tabac en France. Pour les accros de la cigarette, seuls les frontaliers assez riches et rusés peuvent se permettre de continuer de fumer loin des regards indiscrets mais gare à eux s’ils se font pincer car ils encourent une peine de 20 ans de prison et de 100 000 euros d’amende.

José est un homme retraité qui vit à Cerpobert dans une petite maison datant du 19e siècle et qui ne veut s’en séparer sous aucun prétexte car il a trouvé le moyen d’assouvir son péché de tabagisme en cultivant dans sa vieille cave en craie des champignons qui, pense t’il, remplaceront très bien le tabac car son grand-père ayant fait la guerre de 40, ne fumait que de ça. Le seul bémol fût qu’il se retrouva interné dans un asile car le pauvre homme était devenu fou :
« Où a t’il bien pu mettre son carnet noir ? » Se demande José en fouillant dans une vieille malle en osier dans son grenier.
Il retourne tout et :
« Ca y est ! Le voilà. »

Il redescend dans la cuisine et consulte le précieux manuscrit. Il lit :
« Aller dans le bois de Marsaillant jouxtant la route de Mirocourt et regarder sous un chêne au milieu des sapins, il y a une cavité naturelle qui regorge de ces champignons. Aller dans la cave et enterrer les têtes dans le tonneau rempli de terreau. »

Le gars a un sourire ravi. Il monte dans sa voiture avec un panier en osier et part pour sa cueillette miraculeuse. Arrivé sur place, quelle n’est pas sa surprise de voir des bûcherons en train d’abattre tous les arbres :
« Qu’est ce que vous faites ? Dit-il d’un air affolé.
- Le propriétaire nous a demandé de foutre tout en l’air car il veut cultiver la parcelle. »
N’écoutant que son courage, José décide de retrouver son arbre :
« Rentrez pas là dedans, vous allez vous faire tuer.
- Je m’en fous, je suis venu chercher quelque chose et je ne repartirais pas sans l’avoir trouvé.
- Faites ce que vous voulez ! Moi, je m’en bats les c… »
Il arrive juste au moment où l’arbre bicentenaire vient tout juste de tomber :
« Qu’est ce que vous foutez là ? Dit un bûcheron en colère.
- Foutez-moi la paix dit-il en regardant les racines.
- Je ne le répèterais pas cinquante fois : DEGAGEZ !
- C’est bon, j’y vais dit-il en finissant de remplir son panier.
- Qu’est ce que c’est que ces saloperies que vous ramassez ? Vous n’allez tout de même pas manger ces trucs là ? Dit-il sur un air dégoûté.
- Ca, c’est mon problème.
- Et bien bon courage et bonne chiasse dit-il en riant.
- Quel con ! » Dit José en partant. 

Arrivé chez lui, il se dirige vers la cave et commence ses plantations :
« Pourvu que ça marche car si je trouve le filon, je vais me faire des c… en or. » Se dit-il en se frottant les mains dans la cuisine. 

Un mois passe et toujours rien :
« Bordel de merde! Je ne me suis pourtant pas planté ? » Dit-il en grattant le dessus de la terre. 
Soudain, il voit poindre une tête de champignon toute rouge :
« Merde ! Je ne me souvenais pas que ce fût de cette couleur là ? » Dit-il extrêmement surpris. 

Au bout de quelques jours, l’heure de la cueillette a sonné. Il ramasse tous les champignons en prenant soin de conserver puis de replanter quelques spécimens. Il suit à la lettre les explications du dit carnet. Il prend un fil et une aiguille et transperce les pieds pour ensuite les pendre dans le garage afin de les faire sécher :
« Qu’est ce que j’ai foutu du hachoir à viande ? » Dit-il en fouillant dans tous les meubles de la maison. 
Après l’avoir retrouvé, il se met deux jours après à les écraser :
« Des feuilles de papier à cigarettes, où est ce que je vais en trouver ? »
Il va frapper chez son voisin :
- Tu pourrais me dépanner en feuilles à cigarettes ? Comme tu étais buraliste dans le temps !
- Tu as réussi à te procurer du tabac ?
- Oui et non ! Je t’expliquerais.
- Ah bon ? Attends, je dois avoir un carnet qui traîne dans le buffet de la salle à manger. »
Il revient quelques instants après avec le fameux papier :
« Tiens, c’est tout ce qui me reste.
- Ca ira, ne t’inquiète pas, si mon truc marche, je t’en donnerais.
- Ah ça ! Zéro. Je n’y toucherais plus jamais à cette saloperie.
- C’est toi qui vois. »

Il s’empresse de rentrer pour assouvir son envie. A la première goulée, il croit que ses poumons vont éclater :
« Nom de dieu ! Dit-il en toussant et en crachant, comment qu’il faisait le vieux pour fumer une vacherie pareille ? »
A la fin de cette cigarette, il se met à voir des choses étranges et croit même entendre ses parents lui dire :
« José ! Ne fumes pas ça, sinon tu vas finir aux fous comme ton grand-père.
- J’en ai rien à branler, dit il complètement drogué, je prends mon pied ; c’est le principal. »

Et c’est ainsi que, petit à petit, les effets de ces champignons le rendent un peu plus fou chaque jour :
« Tu devrais arrêter de fumer je ne sais quoi lui dit son voisin un jour.
- Vas te faire enc…, moi, Je fais ce que je veux. »
Le jour où il tombe en panne de papier, il pique une rage folle et part à grands pas chez son voisin armé d’un fusil de chasse et c’est en pointant son arme sur la porte qu’il est accueilli par son ex copain :
« Putain ! Tu vas pas me buter cette fois ci ?
- Donne-moi des feuilles !
- Où veux-tu que je t’en trouve ? Je ne vais pas en chier ?
- Tu te démerdes comme tu veux, mais si tu ne m’en donnes pas, je butte ta gonzesse dit-il en pointant rageusement sa femme.
- D’accord ! Je vais t’en trouver, mais arrête de viser ma femme.
- Au fait, dit José au type, si tu préviens les flics, je vous démonte la gueule à tous les deux. »
Après qu’il soit fourni, l’homme repart heureux comme un gosse avec un nouveau jouet :
« Tu vas appeler la police quand même dit la femme en colère.
- Non ! S’ils l’arrêtent, ils vont le sevrer. Je veux le voir crever, et ça, ce sera ma vengeance personnelle. »

C’est très amaigri qu’il apparaît à tous les gens qu’il côtoie très rarement sauf le postier qui lui apporte factures sur factures dont il ne règle jamais les quittances :
« Comment faites-vous pour vivre sans électricité ni chauffage ?
- Je me saoule la gueule. » Dit-il sur un ton hargneux. 
Ce sera devant sa porte que désormais il lui mettrait son courrier :
« Qu’est ce qui lui prend à ce con ? Je vais pas le bouffer. » Voyant son courrier distribué ainsi. 

La maison est à présent recouvert de ces champignons qui poussent entre les interstices des murs ; ce qui le pousse, la faim aidant, à les consommer. Ces « dit » champignons, du fait qu’ils sont à l’air libre, n’ont plus cette couleur rouge sang mais ressemblent à s’y méprendre à des ceps de Bordeaux. Au bout d’un mois, ils ont envahi le jardin :
« Dis donc José, Dit le fameux voisin, tu veux bien qu’on en cueille un peu ?
- Vas te faire foutre ! T’as qu’à faire comme moi ; te démerder. »
Sur ces bonnes paroles, il referme sa porte et va s’en fumer une petite.

Pendant une semaine, les voisins viennent toutes les nuits en cueillir pour en faire des soupes et autres omelettes. Un jour, ils invitent des amis bordelais à dîner et un des convives certifie que c’est bien des ceps et qu’il en prend un plein panier pour en faire pousser chez lui. La seule chose que personne ne sait c’est que la consommation excessive de ces champignons provoque une folie meurtrière et que ce « cher » voisin ainsi que ses amis vont l’apprendre à leurs dépends.

Une semaine après, les deux clans en viennent à se détester d’une telle force que c’est à coup de fusil de chasse que la famille de cinq personnes est abattue et José interné.
En un mois de temps, les champignons envahissent les chemins de vignes à tel point que le raisin s’en imprègne du goût pour le retransmettre au vin qui sera consommé dans les cinq prochaines années par des consommateurs qui sombreront à leur tour dans la folie.
En attendant, nous sommes en septembre et des vendangeurs venant des pays de l’est en profitent pour en cueillir avant de repartir. Ayant eu vent de cette pêche miraculeuse, un grossiste décide d’employer des clandestins pour approvisionner les restaurants et autres conserveries. Pendant ce temps, dans la belle ville de Cerpobert, tous les soirs, ça sent bon la soupe et la poudre.





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