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Aux armes


Auteur : PATTYN Fred

Style : Réflexion




Ils avaient repéré l’ennemi grâce aux guetteurs sur la montagne qui faisait face à la mer. Il y en avait toujours deux, de jour comme de nuit. Une longue tradition de méfiance, qui leur avait permis de résister à de nombreux envahisseurs à travers les siècles, et préserver ainsi leur fragile existence, loin de toute autre civilisation. D’autres guetteurs étaient également constamment en position sur l’autre montagne, celle qui surplombait la vallée.
Des bateaux inconnus, beaucoup de bateaux, pointaient à l’horizon et faisaient voile vers leur île. L’alerte avait été donnée rapidement, et l’organisation prévue pour ce cas de figure s’était mise en place. Ce n’était pas la première fois que la tribu était attaquée.
Au vu de la distance qui séparait les bateaux du rivage et des conditions climatiques, ils estimaient à une journée le temps qu’ils avaient pour préparer leur défense, et mettre tout le monde à l’abri.

Il fallait d’abord commencer par faire deux équipes. La première pour la défense en elle-même, la seconde pour tout le reste. Tout le monde connaissait son rôle, et tout le monde se mit au travail sans aucune hésitation.

La première équipe commença à activer les pièges dans un rayon de trois cents mètres autour du camp. Ils iraient plus loin si jamais ils en avaient le temps. Cela consistait notamment à changer les pieux destinés à transpercer l’ennemi sur son passage. Un pieu est d’autant plus efficace qu’il est fraîchement taillé. Il fallait également vider les trous dont le fond était tapissé de pointes, remplis par une végétation galopante ou par le cadavre de bêtes mortes, et les recouvrir de branchages et d’herbes. Eux-seuls connaissaient leurs emplacements, judicieusement choisis. Puis, ils disposèrent une immense barrière de ronces, d’une quarantaine de centimètres de hauteur. Pas assez haute pour arrêter l’ennemi, mais assez haute pour le faire hésiter, se redresser, et s’exposer ainsi à leurs flèches.
Une fois ce triple cordon mis en place, ils s’en allèrent s’occuper de leur stock de flèches et de lances, en s’assurant non seulement de leur nombre mais aussi de leur égale répartition autour du camp. Ils ne pouvaient pas prévoir de quel côté l’ennemi allait attaquer, même s’il était logique qu’il vienne du chemin de la mer. Chacun en disposerait assez pour tenir plusieurs heures. Tout ça grâce au travail régulier pendant les périodes calmes, où la principale activité, en dehors de la chasse, était de fabriquer des armes de défense.
Ensuite ils débroussaillèrent les tranchées qui faisaient le tour du village. Elles formaient deux cercles distants de trois mètres, et profonds d’environ un mètre cinquante. Elles existaient depuis longtemps, mais n’étaient pas entretenues régulièrement. Après tout, ils n’étaient pas en guerre, ils se devaient juste d’être prêts au cas où. Juste devant les tranchées, ils disposèrent des sacs de terre, bien serrés, pour se protéger des flèches et autres projectiles.

La seconde équipe rentra les moutons, les cochons et les vaches. C’était leur plus grand trésor. S’ils devaient gagner le combat mais se retrouver sans bêtes, ce serait la fin assurée, leur île n’étant pas bien grande. Puis, ils allèrent chercher de grandes réserves d’eau à la fontaine voisine, qui pouvait ne plus être accessible pendant la bataille. Enfin, ils réunirent au centre de quoi manger : des fruits et du pain, essentiellement.
Puis ils préparent les tenues de guerriers, que tout le monde arborait lors des grandes batailles.
Enfin, ils éteignirent tous les feux, qu’ils soient utilisés pour le chauffage ou pour la cuisine.

L’ennemi n’avait pas encore accosté. Le chef du village rassembla tout le monde, pour leur rappeler que leurs ancêtres avaient survécu à bien des attaques. Que l’esprit de tous les combattants morts au combat pour défendre leur civilisation se joindrait à eux lors de l’assaut.
Chacun revêtit ensuite le costume de combat, les jeunes comme les vieux, les femmes comme les hommes. Ce costume était très discret, afin de se confondre avec la terre rougeâtre et la végétation. Le seul signe de ralliement à la tribu était un maquillage blanc sur le visage, représentant un oiseau survolant un soleil.
Ils se mirent en place, prêts à faire face, une moitié avec des arcs et des flèches, une autre moitié avec des lances et des pierres aiguisées. Selon la tournure des évènements, ils pouvaient sortir des tranchées pour affronter l’adversaire à mains nues.
Ils étaient prêts, tous unis pour défendre corps et âmes leur territoire et leur civilisation. Les querelles internes étaient oubliées, même les plus profondes, dans une parfaite union sacrée.

Quand l’ennemi arriva à quelques centaines de mètres, il y eut un silence total. Même les animaux de la forêt se faisaient discrets. Ou étaient partis. Dans le camp, tout le monde était à son poste, sans bouger pour ne pas attirer l’attention, mais prêt à riposter à la moindre agression. Ce silence dura plus d’une heure. Aucun mouvement de part et d’autre.

Tout-à-coup, une puissance venue de nulle part les pulvérisa littéralement, dans un vacarme assourdissant et de grandes gerbes de feu et de terre. Les premières lignes furent broyées en quelques secondes, et il ne fallut pas plus d’une minute pour que le camp fût totalement détruit. Les rares survivants furent poursuivis un à un, et soit massacrés sur place, soit faits prisonniers pour servir d’esclaves.

***

Peu importe le nom de la tribu attaquée et le nom des assaillants. Ces faits se sont produits régulièrement, pendant toute l’histoire de l’humanité. A chaque fois qu’une civilisation plus avancée souhaitait prendre le contrôle d’une civilisation plus traditionnelle. Pour en occuper le territoire ou pour mettre la main sur ses richesses. Ou tout simplement par soif de conquête et de victoire.
D’un côté la foi de tout un peuple dans la défense de sa cause. De l’autre côté la puissance d’un armement et d’une stratégie militaire largement supérieure.

L’ironie de l’histoire, c’est que l’humanité garde souvent davantage en mémoire les peuples vaincus que les peuples conquérants. A titre d’exemple, les Mayas fascinent toujours autant de nos jours, alors que les conquistadors ont été oubliés. Il en est de même pour les Indiens d’Amérique.

Autre ironie de l’histoire, c’est certainement cette fin qui attend l’humanité toute entière, si un jour elle devait faire face à une attaque venue de l’espace. Nous la verrions venir, nous serions prêts avec nos avions, nos missiles ou nos tentatives de dialogue prônant l’accueil de nos amis extra-terrestres. Nous serions pulvérisés en quelques minutes, par des armes et des adversaires totalement inconnus.
Dans l’hypothèse bien entendu où nous aurions pu anticiper l’attaque…





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