Projet Félin - 2



Nouvelle écrite par Joseph OUAKNINE dans le style Fantastique



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J’adore les chats ! J’aime les câliner, les dorloter, me blottir contre eux et les entendre ronronner dans mes bras, au creux de mon épaule. Les yeux mi-clos, ils relèvent doucement la tête pour accompagner leur approbation quand mes mains glissent paresseusement sur leur fourrure si soyeuse et délicate.

Les chats ont une grâce à couper le souffle ! Quand ils marchent lentement, comme s’ils cheminaient sur des œufs, on dirait des fées en robe de chambre au paradis. Ils ont dans leur allure quelque chose de surnaturel, d’angélique et de divin, une classe indéniable ! Ils sont mignons à croquer, toutes races confondues ! Même les chats de gouttières, ceux dont les yeux sauvages, oblongs et brillants, sont aussi purs et lumineux qu’un diamant reflétant tout le bonheur de l’univers.

Leurs oreilles triangulaires tressautent à chaque souffle de vent sur leur moustache ; une poussière suffirait à les réveiller, mais, par leur nez humide et gracieux, on dirait qu’ils ont peur de respirer, peur de déranger leur monde, figés dans une attitude digne et fière, semblables à des anges sur les vitraux d’une cathédrale par un jour de printemps. Ils sont beaux comme des dieux, comme des sphinx ; les noirs comme les blancs, les angoras comme les siamois !

J’adore leur voix claire et chatoyante. Quand un chat miaule, on dirait une fée qui pleure et demande pardon pour tous les péchés de la terre ! Lorsqu’ils sont en chaleur et poussent des cris craintifs si poignants, on aurait envie de les cajoler, les consoler, les serrer très fort dans nos bras. Pourtant, ils ne montrent jamais leur peine, leurs tourments, leur émotion, par respect, par déférence, eu égard à la race humaine.

Il paraît que les chats noirs portent malheur… Mais bon sang, c’est archi-faux ! Il suffit de les regarder dans le fond des yeux pour se rendre compte qu’ils sont auréolés d’une puissance céleste. Ils promènent la bonne fortune sur leurs pattes de velours. C’est une bienséance du Tout Puissant de les avoir inventés !

Ce sont des muses, des nymphes, des lumières de l’olympe, des créatures sereines et pacifiques ! Ils sont dignes et tranquilles, se prélassent tout le temps comme des nénuphars sur un étang figé dans la glace, bâillent et s’étirent de leur colonne vertébrale souple et agile comme des toboggans accueillant des pétales de roses en guise de chérubins. Ils sont d’une propreté à toute épreuve, font leur toilette d’un bout à l’autre de la journée en se léchant leurs pattes, même s’il n’y a plus une poussière à aspirer.

Comme le disait si bien mémé Simone, ils miaulent discrètement leur déception lorsque la maîtresse de maison passe devant le réfrigérateur sans l’ouvrir. Ils ronronnent comme des bébés à l’aube de leur vie et viennent se frotter aux mollets des mères pour quémander le minimum vital. Une sardine suffirait à leur bonheur et ils remercieraient d’un mouvement de queue gracile et affable.

S’ils fouillent dans les poubelles, lapent le lait jusqu’à la dernière goutte de leur petite langue toute rose, c’est qu’ils n’ont pas le choix, se refusant à quémander ce qui ne leur est pas dû ! S’ils sont infidèles et lèchent l’arrière-train de leurs congénères sans distinction de parenté, c’est qu’ils n’ont jamais appris autre chose. Chez les chats, ils n’y a ni père ni de mère, il n’y a pas de sœur ni de frère, il y a des chats tout court ! C’est ainsi depuis la nuit des temps, mais ce n’est pas grave en soi.

J’aime les chats lorsqu’ils courbent le dos et se hérissent jusqu’aux babines avant de sauter sur les ignobles souris dont ils nous débarrassent d’un leste coup de griffes. Je les adore lorsqu’ils les dévorent d’une bouchée avant de se lécher gracieusement les moustaches ; on dirait qu’ils n’ont peur de rien. Pourtant, ils sont craintifs et sautent sur un mur ou sur une branche devant le moindre petit caniche, pour, de là-haut, attendre le retour au calme, essayant de faire comprendre au monde entier que rien ne sert de japper dans le vide.

Ils sont gentils, cajolent leurs petits avec une tendresse toute particulière. Leurs griffes qu’ils sortent à la moindre alerte, même devant un enfant ou un bébé, ne sont là que pour protéger leur progéniture, déjà qu’ils ne sont pas assez nombreux… S’ils en avaient la possibilité, ils n’hésiteraient pas à en faire des milliers pour bâtir un monde extraordinaire où il n’y aurait plus que des chats. Les chats pourraient être les maîtres du monde ; ils ont sept vies et peuvent renaître de leurs cendres, comme le Phénix !

Les chats, je les empaille. Attention, je ne les tue jamais ; Dieu m’en préserve ! Je ne fais que récolter leur corps sans vie à la SPA, chez les vétérinaires et autres lieux de dépôt des chats en fin de vie. Dans mon quartier, tout le monde sait que trouver un chat mort signifie me le rapporter !

Je connais un taxidermiste extraordinaire, juste derrière la place de l’Odéon : Au chat perché. Oh ! Il n’empaille pas que des chats, loin de là. Il est de réputation internationale, pour la qualité de son travail. Il empaille tout ; vous empaillerait même une baleine ou un éléphant, ce qu’il a du reste déjà fait pour des musées ! Mais il est vrai qu’avec moi, les chats lui donnent du travail…

Il ne faut pas être pressé, car on vient de partout pour ses services, de toute la France… que dis-je ? Du monde entier ! Des rois, des ducs, des comtesses, des hommes d’affaire, des hommes d’État parmi les plus connus de l’univers, viennent déposer chez lui leur animal de compagnie malheureusement décédé. On se bat pour réserver un créneau afin de naturaliser une créature fétiche. Nul ne peut recourir à ses services sans avoir fait patienter, au minimum un an ou deux, la dépouille de son animal de compagnie dans un congélateur ! Le tout Paris, le gratin de la haute société est client chez lui ! Certains n’hésitent pas à verser des arrhes longtemps à l’avance pour donner à celui qui fut leur compagnon le plus fidèle, une autre vie plus éternelle, et parfois pour des animaux incroyables, comme des serpents, des mygales ou des panthères.

— Vous avez fait un travail incroyable ! lui avait dit un jour une bourgeoise en caressant un animal dont je n’oserais pas dire ici le nom, on dirait qu’il est encore vivant…

Chez moi, j’expose mes chats partout. Cloués, vissés aux murs ou posés en vitrine et sur des étagères. Je les bichonne jour et nuit, les coiffe, les brique, les brosse, et pour certains, je vais jusqu’à les frictionner avec de la cire à moustache si nécessaire. Je polis leurs griffes, les fais briller avec de la laque.

J’ai créé un magnifique décor, représentant des scènes de la vie d’artiste de mes petits félins. Ils sont figés dans toutes les positions, prêts à sauter d’une étagère à l’autre, recroquevillés derrière un bougeoir, tapis dans l’ombre d’un vase de Chine, lapant du lait derrière une porte. J’en ai même un dans le réfrigérateur, celui-là même qui avait trouvé l’astuce pour l’ouvrir. Eh ! Il faut dire que certains chats sont particulièrement intelligents !

C’est vrai, je n’ai pas que des vrais chats ; j’ai aussi des photos de chats, des canevas, des statuettes d’une félinité extraordinaire, des bibelots à tête de félin. Vous dire que le postier connaît à l’avance le calendrier qu’il doit me réserver pour le jour de l’an serait inutile ! Même les pompiers feraient dix fois le tour de France pour toucher le royal pourboire que je mets à leur disposition lorsqu’ils m’apportent un calendrier revêtant le portrait de mes illustres félidés d’amours !

Mes assiettes, mes couverts, mes verres et même mes casseroles sont à l’effigie de mes adorables petits chatons. Les rideaux et les tissus du salon représentent ce qui se fait de mieux en termes de béatification du minet dans toute sa splendeur. Mes coussins sont des chats en peluche ! Mes plus belles couvertures sont faites en peau de matou ! J’ai même un manteau en fourrure de chat spécialement cousu pour mon épouse, malheureusement, je n’en ai jamais trouvé une qui puisse avoir la même passion… Pourtant, j’ai fait toutes les annonces ! L’avis aux amatrices fut lancé dans le monde entier… Je me serais presque travesti si j’avais trouvé l’âme sœur dans le clan des homosexuels !

Enfin, je suis trop vieux, désormais… De femmes, je n’en aurai plus. Ni des femmes, ni des enfants pour continuer l’œuvre pour laquelle j’ai donné toute ma vie…

Alors que je trépassais en regardant déjà d’un air nostalgique tous mes souvenirs, me disant qu’un saligaud, riant comme un malpropre, allait jeter tout cela à la poubelle et que mes pauvres chatons devraient sans doute finir à la fourrière, j’ai regardé d’un œil terne, les docteurs du SAMU faire un diagnostic des plus pessimistes.

Mes chats ronronnèrent une dernière fois à mes pieds, mais un vilain bonhomme, je n’aurais guère voulu vous avouer que c’était mon neveu, les a envoyés valdinguer d’un coup de savate :
— Ouste ! C’est infesté de chats malades ici ! Il faudra tout désinfecter ! Ça pue la pisse à cent lieues à la ronde ! Quelle horreur ! Comment a-t-il pu vivre dans un foutoir pareil ?
— Monsieur, expliqua un type en blouse blanche, nous devons emporter le corps de votre oncle à la morgue… Voulez-vous nous suivre ?

Sur le coup, je me suis demandé comment je pouvais entendre et voir si j’étais déjà mort, et puis j’ai compris… J’étais devenu, ou redevenu une âme en attendant la réincarnation. Des idées folles me sont alors passées par la tête :
« La réincarnation existe-t-elle vraiment ? Peut-on choisir ? »

Nul doute que j’aurais demandé à passer à l’état de chat, même si vous considérez que c’est une régression, malheureusement, le sort en a décidé autrement… Peut-être Dieu est-il un chat ! Qui sait ?

Lorsque je vois passer les touristes mal fagotés devant moi, transpirant jusqu’à la dernière goutte de leur sueur fétide avant de visiter les pyramides, j’ai envie de crier mon amertume. Oui, vous l’avez bien compris, je me suis réincarné dans le Sphinx de Gizeh, condamné à veiller sur Khephren. Je fais 57 mètres de long et 20 de haut ! Moi aussi je n’aurais jamais cru cela possible ! Peut-être les dieux des chats ont-ils voulu m’honorer, mais enfin, de la pierre, rendez-vous compte, moi qui avais l’habitude de vivre à cent à l’heure avec mes chats ! Tu parles d’un remerciement !

Je sais que je suis là pour très longtemps, alors, pensez à moi quand vous passerez devant… Même un simple regard, un clin d’œil, ça fait plaisir, et puis, si vous pouviez me caresser… du bout des doigts, du bout des yeux… j’adore ça !

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