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Une envie pressante


Auteur : NICOLAY Pierre

Style : Fantastique




Comme d'habitude, il passait de longues minutes à regarder les bouquins en tous genres de sa bibliothèque. Romans ne nécessitant pas de grandes réflexions sur son contenu… Non, trop long à son goût! Grilles de mots croisés coincées sous un bibelot qui brisaient la quasi-uniformité des livres de toutes tailles… Non, la position pour les faire ne serait pas adéquate ! Bandes dessinées… Ah tiens, ce n'est pas long et assez amusant pour le divertir pendant qu'il ferait son affaire ! Une bande dessinée dans les mains, il se dirigea donc vers les toilettes en sifflant un vieux tube et détachant un bouton de son pantalon…

L'acte de « lire aux chiottes » en faisant son affaire, terme grossier et honteux à avouer mais pratiqué par une grande partie de la population, était l'un des plus grands plaisirs qui marquait ses journées. Ayant fini son air de musique en entrant, il ferma la porte à clef derrière lui, histoire de ne pas être dérangé et surtout vu par un membre de sa famille. Après avoir baissé son pantalon, il se mit à l'aise sur la cuvette, ce qui lui prit un certain temps en vue de la froidure du contact entre le trône et ses fesses qui le crispait et l'empêchait de se « concentrer ».

Enfin confortablement installé, il ouvrit la bande dessinée qu'il avait stockée depuis longtemps dans sa bibliothèque et qu'il n'avait pas encore ouverte étant donné qu'il la gardait pour cette occasion. Il y vit un personnage lui ressemblant et assis sur un toilette en train de lire un livre. L'effet cocasse délivré par cette mise en abîme déclencha un petit rire chez le lecteur. Suite à quoi il tourna la page et vit un magnifique dessin en contre plongée qui le mit mal à l'aise. En effet, le personnage figurant sur le dessin ne faisait pas que lui ressembler un peu. Il lui ressemblait beaucoup. Trop même. Tout y était semblable, des chaussons confortables et affreusement laids aux chaussettes blanches remontées au plus haut qu'elles pouvaient en passant par le short maculé de tâches diverses et le tee-shirt à l'épaule décousue. La seule différence était marquée par le style graphique assez simpliste et l'air profondément débile du personnage.

Le lecteur, après cette sensation de malaise fugace et un petit regard dans la pièce rectangulaire qui ne dépassait pas les deux mètres carrés, acte qui lui permettait de se dire qu'il ne s'agissait que d'une pure coïncidence, tourne la page et se remit à l'ouvrage. Seulement aucune bulle ne figurait dans le récit. Uniquement un type qui semblait concentré dans son bouquin et accompagné d'onomatopées suggérant l'affaire que faisait le lecteur au moment même.

Quand il tournait les pages, le personnage tournait les pages. Ils avaient les mêmes gestes fugaces, la même façon de regarder un petit moment ailleurs ou de se concentrer. Alors les pages tournèrent plus vite, l'homme assis sur le toilette cherchait le moindre gag ou exclamation du personnage qui permettrait de lancer enfin l'histoire. Mais rien ne venait pour rompre cette monotonie tout comme rien ne venait chez celui qui lisait, ceci du au stress provoqué par la situation.

Il tira d'un geste vif et distrait sur le rouleau de papier toilette accroché à sa gauche tout en tournant une nouvelle page et cherchant avidement un changement. Qui survient au même instant : le personnage à l'air niais venait de tirer sur le papier. Soulagé, il tourna la page pour voir la suite. Sur les phylactères, on pouvait voir le rouleau de papier se vider sur le sol, lentement d'abord puis de plus en plus vite. Il se répandait devant l'homme assis, formant un tapis de papier rose de plus en plus dense tandis que le rouleau, délivrant une infinité de feuilles, tournait toujours plus vite. Le personnage principal de la bande dessinée se leva d'un coup et prononça ses premières paroles qui ne furent que des exclamations et injures. Il tambourina contre la porte qui ne s'ouvrait pas tout en gesticulant, s'énervant et s'écriant de plus belle. Enfin, une dernière onomatopée sous forme de « sprotch » marqua la fin de l'histoire. Elle était accompagnée d'un homme écrasé contre la porte par une myriade de feuilles de papier toilette, pantalon rabaissé et air encore plus stupide qu'auparavant.

C'est en relevant les yeux que le lecteur vit que le papier avait déjà atteint la hauteur de ses chevilles…





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