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Hors du temps 2


Auteur : DELAMARE Renaud

Style : Vécu




Je venais de débarquer lorsque, soudain, j’aperçus mon frère au loin qui sortait au même moment de sa voiture.
Je venais de passer deux mois de vacances dans les îles avec mon épouse.
Elle avait décidé de rester quelques jours supplémentaires dans sa famille avant de me rejoindre la semaine prochaine.

Nous nous trouvions à présent sur le tarmac, mon frère et moi. C’était un soir de septembre.
Le soleil rougeoyait à l’horizon. L’air chaud et sec me chauffait agréablement la surface de la peau. Il n’y avait quasiment personne autour de nous. Juste sur notre gauche, un employé de l’aéroport sur son chariot, chargé de bagages, qui s’éloignait.

Malgré les cinq mètres qui me séparaient de mon frère, je voyais bien son visage dépourvu d’expression. Il ne bougeait pas, les mains restant dans les poches.
Je finis par m’avancer. Le claquement de mes chaussures sur le bitume était le seul son qui rythmait ces retrouvailles.
Face à face, nous nous regardâmes un instant, puis mon frère me prit dans ses bras.

On s’y attendait. On s’y était préparé depuis trois ans.
Mais lorsque le jour arriva, quoique l’on pense, l’annonce fut brutale.
On réalisa, contre notre volonté, qu’un espoir, infime soit-il, se terrait quelque part dans notre esprit. Et cet espoir, enfin mis à jour, s’envola en un instant.

Nous retrouvâmes notre mère devant l’hôpital. Ensemble nous franchîmes les portiques et une odeur de chlore nous prit aussitôt au nez.
Des malades fumaient leur cigarette dans une salle fermée, sur notre gauche.
A droite, les lumières blafardes des distributeurs de boissons et de friandises attirèrent notre attention, instinctivement.

Dans l’ascenseur, notre mère nous regarda l’un et l’autre. Elle passa sa main sur nos joues et nous fit un sourire réconfortant. Les portes s’ouvrirent dans un terrible grincement. Le long couloir blanc était vide de monde. Les produits désinfectants étaient encore plus forts que ceux de l’entrée.

L’un de nous ouvrit lentement la grande porte couleur saumon de la chambre, faisant découvrir un corps allongé sur le lit blanc et immaculé.
Ma mère s’avança la première et embrassa le front de mon père, endormi.
Mon frère, à ma droite, ne bougea pas, fixant le corps blême sous les draps.

Ma mère me fit signe d’avancer.

Mes jambes avancèrent toutes seules vers mon père.
On aurait dit un enfant qui s’était assoupi. Je lui fis une bise sur son front chaud et mouillé.

Puis je sortis de la chambre. Lentement.

Ma mère me suivit et referma la porte, laissant mon frère seul un instant avec notre père.

Puis il sortit à son tour, peu de temps après. Le visage lisse et inexpressif.
Son regard fixait le sol. Il semblait être plongé dans ses pensées.

Ma mère s’inquiétait pour nous. Mais à cet instant, je ne ressentais rien.
Je n’avais aucun mot pour expliquer mes émotions.

Nous finîmes par partir.

La nuit qui suivit, je fis un drôle de rêve :
Mon père était assis sur une grosse pierre, à un carrefour, en rase campagne.
Il portait sa veste bleue ciel à carreaux et son pantalon noir.
Il regardait sur sa gauche, une main dans sa poche intérieure.
Il attendait. Immobile…

L’appel de ma mère en pleine nuit me fit l’effet d’une grosse claque.
Mais curieusement, je ne ressentis, sur le coup, aucune tristesse.
Aucun nœud à la gorge.
Cela faisait trois jours que mon père était dans le coma.
Mon rêve prit un sens à l’annonce de ma mère.

Le soleil jouait à cache-cache derrière les nuages. Nous arrivâmes au funérarium. Devant la porte, munie d’un digicode, un petit homme trapu vint nous accueillir.
Il nous accompagna silencieusement à une salle, en traversant un long couloir.

Sur une plaque en porcelaine accrochée sur la porte, était indiqué le nom de la salle :
« Les Mimosas »

L’intérieur sentait le bois de santal. Mais rien ne pouvait adoucir la scène qui se déroulait sous mes yeux.

Mon père était allongé sur une table drapée. Son visage, méconnaissable, était maquillé par des artifices. Son thorax était trop gonflé.

J’étais seul avec lui.

Je lus mon texte prévu pour la cérémonie. Puis sans prévenir, un sanglot jamais connu me submergea.
A moitié sonné par la violence des pleurs, je m’avançais en vacillant et glissais doucement mon texte dans l’encolure de sa veste.
Le froid glacial de son corps me choqua et me tétanisa un instant.

Puis, mon dernier regard se porta sur son visage sans expression mais enfin reposé.
En sortant, les yeux gonflés, ma mère, qui attendait avec mon frère dans la salle d’attente, me prit dans ses bras.

La nuit suivante, mon père me réapparut, assis sur sa grosse pierre. Il regardait toujours sur sa gauche. Il mit sa main dans l’encolure de sa veste bleu ciel et en sortit mon texte…





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