Un cimetière dans la brume



Nouvelle écrite par Renaud DELAMARE dans le style Epouvante



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« Comment savez-vous si la terre n’est pas l’enfer d’une autre planète ? » Aldous HUXLEY


Cela faisait cinq heures que la nuit était tombée sur le village auvergnat, situé à plus de quatre cents mètres d’altitude dans les montagnes du Massif Central.
Au loin, trois adolescents marchaient tranquillement. Ils profitaient du temps plutôt frais pour se promener, sans but précis. A quelques mètres devant eux, on avait l’impression que la route n’existait plus, que la brume l’avait dévorée. C’était une vision particulièrement étrange.

Arrivés devant le grand portail rouillé du cimetière, Michael s’arrêta brusquement et stoppa Sabrina, sa petite amie, en la prenant par le bras. Il la tira vers les marches en pierre. Elle poussa un petit cri de surprise mais se laissa emmener par son copain qui franchissait déjà l’entrée. Alexandre, le dernier du groupe, genre grand et mince, fronça les sourcils, poussa un soupir, puis les rejoignit calmement, les mains dans les poches.
Dans le cimetière, seules quelques croix en métal ou en pierre sortaient au-dessus de cet épais brouillard.
Michael contournait les tombes, pénétrant davantage dans ce dédale mortel. Il avait avec lui Sabrina et lui tenait fermement la main. Puis ils se cachèrent derrière une petite chapelle de recueillement. Mike plaqua sa copine contre le mur de la vieille bâtisse et l’embrassa, en lui caressant brutalement la poitrine par-dessous son gros pull rose. Elle grimaça et se retira de son étreinte bestiale. Puis elle commença à partir.
- Sabrina ! Qu’est-ce que tu fais ? lui cria-t-il.
Elle se retourna, furieuse, et dit :
- Tu es nul, Mike ! Tu es vraiment qu’un barbare !
- Mais qu’est-ce que je t’ai fait ? D’habitude, tu aimes ça !
- Abruti ! finit-elle.
Puis elle s’engagea dans l’allée principale, appelant au passage Alex qui lisait les inscriptions sur les pierres tombales.
- Viens Alex, on s’en va !
- D’accord, fit-il, tout simplement, en haussant les épaules.
Ensemble, ils quittèrent rapidement ce lieu morbide.
Mike murmurait quelques insultes et finit par descendre la petite pente de graviers.
Ses amis piétinaient sur place. Sabrina se réchauffait les mains en soufflant dessus. Alex grattait le sol bitumé de la route avec ses chaussures. Mike était à deux mètres du portail, le sourire aux lèvres. Il se vantait d’être resté le plus longtemps des trois dans le cimetière.
Puis, tout se passa au ralenti…
Mike poussa un battant de la grille et mit une jambe à l’extérieur. Quand il leva la tête pour dire une idiotie à Alex, il écarquilla les yeux, la bouche ouverte : il était revenu dans le cimetière, l’allée centrale lui faisant face !
Son premier réflexe fut de se retourner, espérant qu’il délirait, mais le portail était là, devant lui, les battants refermés. A travers les barreaux, il ne voyait plus ses amis.
Il fit à nouveau demi-tour et regarda les stèles les plus proches. Elles ressemblaient à d’énormes bêtes en pierre.
En marmonnant encore des insultes, il décida de pénétrer à nouveau dans ce labyrinthe sinistre. Son sourire avait disparu de son visage.
Ces masses de pierres et de marbres, enveloppées dans un manteau nuageux, faisaient froid dans le dos.
Des chiens aboyaient au loin. On aurait dit des hurlements de loups. Ce qui n’arrangeait rien à la situation que vivait Michael, en ce moment.
Arrivé à la première tombe, il ne trouva pas mieux que de lire l’épitaphe gravée en lettres d’or sur la pierre tombale. Il remarqua que la date de décès n’était pas inscrite. Etait-ce un oubli ou…mais il fut interrompu dans ses pensées par un souffle rauque provenant de derrière un caveau, situé à quelques pas de lui.
Mike demanda qui était là mais il n’eut que le silence en réponse.
Il ne savait plus quoi faire, vacillant sur ses jambes. Il regardait autour de lui.
Un long soupir, sortant de l’autre bout du cimetière, lui brisa le peu de courage qui lui restait.
- Allez ! C’est bon ! J’me casse d’ici ! se résigna-t-il à dire en retournant sur ses pas.
Mais il ne pouvait pas s’empêcher de regarder sans cesse derrière lui. Devant le portail, il empoigna la clenche et ouvrit la grille qui grinça horriblement.
Quelqu’un l’appela.
Il avait juste entrouvert un battant, il pouvait partir mais il se retourna pour voir qui l’appelait. Les tombes semblaient le regarder. Elles paraissaient même s’être rapprochées de lui.
- Michaeeel ? ! murmura une voix aiguë et chevrotante.
- Mais qui est là, bon sang ?
- Michaeeel ! Viens me voir, je t’en prie !
Au loin, quelque chose bougea et se cacha derrière une tombe.
- Qui est là ? Merde ! demanda-t-il d’une voix tremblante.
La chose se mit dans l’allée centrale. C’était une ombre tout en longueur et d’apparence humaine qui ne bougeait pas.
Mike pencha sa tête sur le côté et s’approcha de l’être.
- Alex ? ! C’est toi ?
- Viens Michael ! C’est ta mamie ! souffla l’ombre.
- Quoi ? Mais ma grand-mère est morte !
- Ne dis pas de bêtise…Viens voir mamie, je veux un gros câlin, continua-t-elle.
Elle avait un désagréable sifflement dans la voix.
- Tu me fais de la peine, mon petit Mike, continua-t-elle sur un ton triste.
Puis elle s’avança vers lui et il put enfin voir son visage : il était blême et cireux, les yeux, recouverts d’une pellicule blanchâtre, roulaient dans leur orbite et les joues, inexistantes, montraient une énorme mâchoire gluante.
Mike recula, épouvanté, la main devant la bouche.
- Mon tout petit ! persista-t-elle à dire en tendant ses bras violacés vers lui.
Elle était devant lui, touchant son visage de ses mains squelettiques.
- Nooon !!! hurla-t-il, arrêtez ça ! Si c’est une blague, arrêtez ! Je vous en supplie ! J’ai pissé dans mon pantalon ! C’est ce que vous vouliez, non !?
Mais d’autres voix s’élevèrent dans la nuit et se faisaient plus nombreuses. Mike essaya de courir, en vain. Il sentait qu’on le suivait. Mais il ne se retourna pas, cette fois-ci. Il ne vit pas les morts sortir lentement, les uns après les autres, de leur tombe, déployant difficilement leurs membres ankylosés, et se remettre à marcher après de nombreuses années d’immobilité.

Les habitants du cimetière finirent par être tous debout. Ils faisaient des gargouillis bizarres. Une désagréable odeur putride, résultant de leur décomposition avancée, sortait de leur bouche.
Unanimement, ils décidèrent de prendre en chasse le pauvre Mike. Celui-ci était arrivé au portail.
Il passa l’entrée.
Sur la route, au lieu de s’enfuir, il regarda si les morts-vivants osaient sortir de leur lieu de repos. Quelle fut sa surprise en les voyant franchir le portail, sans hésiter.
Ses jambes étaient tétanisées, il ne pouvait plus bouger.
- Oh, non…C’est pas vrai…Maman…Nooon !!!
Ils arrivaient sur lui, la bouche béante et décharnée. Ils le bousculèrent et se laissèrent tomber sur lui comme des pantins désarticulés.
Ils lui déchirèrent les vêtements avec furie puis, leur victime mise à nu, l’un d’eux s’attaqua à son abdomen, complètement excité.
D’autres croquaient férocement dans la chair de ses bras.
Ils finissaient par se battre sur le corps inerte de Mike pour un morceau de viande.
C’était une horreur. Une véritable boucherie…


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