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Je suis passée tout près de toi


Auteur : GERE Arno

Style : Scènes de vie




Comme toutes les autres personnes qui attendaient, l’homme avait les yeux fixés au loin, dans la direction où le TGV allait arriver dans un court moment. Avec la SNCF, sauf malchance exceptionnelle, le temps à venir n’est pas hypothétique mais se mesure pratiquement à la minute près. Il s’était donc posté un peu en avant de la butée du train, et de là, il ne pourrait pas manquer les voyageurs qui allaient se déverser sur le quai, même s’ils se pressaient en rang serré.
Ayant pris un peu d’avance, il pouvait donc se repasser le film de ces derniers jours et le choc de ses retrouvailles impromptues avec cette femme.

Elle avait repris contact avec une certaine facilité. La toile d’internet est capable de retisser des liens que l’on aurait pu croire définitivement distendus si elle n’avait existé. La recherche n’avait pris que quelques semaines.
Un laps de temps vraiment très court, comparativement à la durée de leur séparation.

Ils n’habitaient qu’à 300 kms l’un de l’autre. Après avoir correspondu par mail puis par téléphone, ils avaient donc convenu tout naturellement de se revoir.
Le souvenir de leur séparation était toujours aussi présent dans sa mémoire. Il restait extrêmement douloureux, même si avec le temps, la blessure avait fini par se cicatriser.

C’était cette femme qui dès les premiers jours de leur rencontre, lui avait juré que tous les soirs, jusqu’à la fin de sa vie, quelque soient les circonstances, où qu’il soit dans le monde au même moment, elle l’attendrait à un endroit connu de lui…
Et elle avait longtemps tenu parole, y compris à l’époque où pour son travail, il devait s’éloigner dans les départements voisins. Le lieu de rencontre se définissait alors à partir d’une carte routière. A l’heure convenue, ils se retrouvaient dans une chambre d’hôtel le plus souvent, puis repartaient le lendemain matin vers leurs occupations respectives.

Cette femme semblait conditionnée pour assurer son repos du guerrier, déployant une multitude d’attentions délicates dès qu’elle le retrouvait. Elle n’avait d’yeux que pour lui, il n’avait d’yeux que pour elle. Il lui répétait sans cesse que son visage était celui de la pureté et exprimait les choses mieux que ne le feraient des mots. Si l’amour avait un visage, ce ne pouvait être que le sien. Elle était, à n’en pas douter, la femme qui l’accompagnerait jusqu’au bout.
Sauf, qu’un jour, elle n’était pas venue au rendez vous, et pas davantage les jours suivants…

La seule information qu’il avait eue à l’époque, était qu’elle était toujours en vie à ce moment là. Elle lui avait en effet laissé un message sibyllin, selon lequel, leur relation n’était plus possible et elle lui en demandait pardon.
Comme ils n’avaient jamais habité ensemble, étaient l’un et l’autre en froid avec leurs familles respectives et n’avaient pas eu le temps, dévorés par leur passion exclusive, d’avoir des amis communs, il ne lui était resté comme piste de recherche que son employeur, un commerçant en chaussures. Celui ci lui avait déclaré qu’elle lui avait annoncé son départ en toute fin d’après midi, refusant de lui indiquer toute possibilité de la joindre.

Pendant des années par la suite, il était revenu inlassablement dans cette petite ville de l’ouest, passant des journées entières à sillonner les rues ou à dévisager les femmes aux terrasses des cafés, ou dans les grandes surfaces, dans l’espoir de la croiser.
Et c’est cet espoir qui allait se concrétiser enfin, d’ici 3 minutes environ, 31 ans après…

L’émotion qu’il ressentait en ce moment précis était double, tout à la fois revoir ce visage aimé et connaître enfin la clé de sa disparition subite. Il était incapable de dire quelle était son attente la plus forte de l’un ou l’autre de ces deux évènements.

Alors qu’au loin, le bruit caractéristique du TGV, enflait, la tension grandissait encore. Malgré le froid de cette mi saison, il sentait même une goutte de sueur perler à son front. Il fit le geste de tirer sur sa veste et d’aplatir ses cheveux que le vent chahutait, comme s’il allait passer un examen de passage.
Enfin les premiers passagers sortaient du train, les plus pressés sans doute puisqu’ils courraient tout de suite, c’étaient surtout des hommes. Ce n’était pas sur cette vague qu’il fallait se concentrer, ni peut être même sur la vague suivante, mais plus sûrement sur ceux qui allaient prendre tout leur temps pour quitter leur siège.

Il scrutait chaque visage de femme, surtout celles qui paraissaient hésitantes. Sans s’en rendre compte, il se surprit même à dévisager les plus jeunes qui n’avaient pourtant aucune chance d’être la femme attendue. Il fit un pas hésitant vers l’une d’elle, la bloquant dans sa progression mais elle le contourna en maugréant.

Le flot était beaucoup plus rapide que prévu. Il se tenait maintenant au milieu du quai et tournait la tête à droite et à gauche. Il se rappela brusquement qu’elle devait être proche de la soixantaine…Il devenait donc plus sélectif dans sa quête. Cela réduisait même beaucoup la recherche.
Les derniers voyageurs quittaient maintenant le train. C’était parmi eux qu’il allait la trouver.

Mais en un rien de temps, tout mouvement cessa. La longue cohorte en avait terminé avec sa marche en avant. Il se retrouva seul dans cette partie de la gare, presque hébété. Il n’avait croisé que des têtes anonymes. Il attendit encore de longues minutes avant de se décider à rebrousser chemin. Il était complètement incrédule, tout autant que le soir où, autrefois, il l’avait perdue.
Dans un sursaut de lucidité, il comprit enfin qu’il n’y avait plus aucune chance qu’il la revoit un jour…






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