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Le vélo bleu


Auteur : HESSE Rémi

Style : Scènes de vie




Alors que le repas commençait, que sa mère versait le potage fumant dans les assiettes des enfants, le petit rouquin se tourna vers son père .
- Dis Papa, pour mes huit ans, est-ce que j’aurai un vélo?
- On verra…
- Mais c’est dans un mois. Et dans un mois, c’est bientôt.
- Mange ta soupe, interrompit sa mère.
Le garnement baissa les, yeux, fit une grimace en voyant la couleur orangée du consommé. Résigné, il avala une cuillérée.
- Parce que Michel, il a eu un vélo et maintenant, il va à l’école en vélo.
- Combien de fois faudra-t-il te dire, qu’on se fiche des affaires des voisins? Râla la mère de famille en levant les yeux au ciel.
Le père intervint à son tour:
- Et puis on ne dit pas en vélo, mais à vélo. On se déplace à vélo, à cheval, à moto. Mais en voiture, en train, en camion. On emploi « en » lorsque l’on est à l’intérieur et « à » lorsque l’on est dessus… A trottinette… L’enfant écouta studieusement son père, tout en grattant son petit nez en trompette, il reprit:
- Et bien Michel, il va à l’école… A… vélo!
- On s’en fout ! Tu ne vas pas nous saouler toute la soirée avec ça! Tu manges et tu te tais! Tu as compris? Cria la mère.
Le garçon soupira et trempa sa cuillère dans l‘assiette.
- Et ne soupire pas! Tu vas prendre une gifle avant longtemps, c’est moi qui te le dis… Non mais c’est pas possible, un gosse pareil… La femme se leva, s’empara de la soupière et partie en direction de la cuisine. Bien qu’il n’aimât pas la soupe au potiron, le garçonnet s’efforça de finir son potage le plus rapidement possible, d’autant que les autres avaient terminé. Personne ne parlait et le raclement rapide da la cuillère sur le fond de l’assiette à soupe constituait le seul bruit ambiant. L’enfant dissimula une grimace de dégoût en avalant la dernière cuillérée et termina son repas sans se faire remarquer. Il aida spontanément à débarrasser la table. Vers neuf heures, lorsque sa mère cria:
- Allez, au lit les enfants.
Il monta sans un mot dans sa chambre et se coucha sans bruit.

Le lendemain, mardi soir, le garçon fut le premier à table. Dès que sa mère lui eut servit sa soupe, il mangea sans un mot, se brûlant la langue tant il était pressé. Les autres parlaient, l’odeur de poireau s’installait dans la pièce. Il était arrivé aux deux tiers de son assiettée de potage lorsqu’il s’adressa à son père :
- Au fait Papa, pour le vélo, t’as réfléchi ?
- Ah! Mais tu ne vas pas recommencer! intervint sa mère.
- Mais Michel, il a un vélo pour aller à l’école et moi…
- Silence! On se fout de ce que font les voisins! T’as compris? Tu manges et tu te tais!
Chaque soir de la semaine, le jeune garçon revint à la charge et chaque soir sa mère s’emporta. Il marqua une pose durant le week-end et le lundi.
Mais mardi soir, il ne put s’empêcher de reprendre le sujet qui lui tenait à cœur:
- Dis Papa, c’est dans juste un mois mon anniversaire… Tu peux me dire si je l’aurai le vélo?
- Non ! Tu nous fatigues, intervint sa mère. Non tu n’en auras pas et continue comme ça et tu n’auras rien du tout.
Appuyé sur la table, le visage dans ses mains, le garnement se mit à pleurnicher et, reniflant s’adressa à son père.
- Mais tous mes copains ont des vélos…
- Tes coudes! Combien de fois faudra-t-il te dire qu’on ne met pas ses coudes sur la table ? Et puis on ne réclame pas! Travaille à l’école, déjà après on verra, si tu mérites un cadeau ou pas, trancha sa mère. Anniversaire ou pas, un cadeau n’est pas un dû.
Le père de famille, désireux de calmer le débat, saisit la balle au bond.
- Tu auras un vélo quand tu seras le premier de ta classe.
- Mais le premier c’est pas possible!
- Pourquoi? Il n’y a pas de premier dans ta classe? demanda sa mère.
- Si, bien sûr qu’il y a un premier mais c’est Michel Carré, déjà l’année dernière, il était toujours premier.
- Et bien pas de vélo. Tu vois c’est très simple, s‘il y en un qui mérite un vélo, c‘est ton copain Carré… et maintenant, tu nous fiches la paix.
- Mais Carré, il en a déjà un! Il a un demi-course avec un dérailleur et un double plateau… Le père, soucieux de témoigner d’un peu de justice, intervint:
- Tu auras un vélo, si tu es dans les cinq premiers.
L’enfant était aux anges, dès la fin du repas, il se précipita sur son cartable et repassa ses leçons. Il se coucha sans faire d’histoires.
Le lendemain soir, dès son retour à la maison, il se consacra à ses leçons. Il révisa la table de 5, selon les instructions de l’instituteur. Puis lorsqu’il la sut par cœur, il commença à apprendre celle des 6, pour prendre de l‘avance. Six fois trois dix-huit, six fois quatre vingt quatre, six fois cinq… il reprit sa récitation: Maître Corbeau sur un arbre perché… Il la savait par cœur, sans la moindre hésitation. Il ouvrit son livre de grammaire: les mots féminins terminé par le son « Té » ou « Tié » ne prennent pas de E à la fin sauf la dictée, la portée…
- A table! cria sa mère.
Il rangea son cartable et se précipita à sa place.
- Dis papa, le vélo, il pourra être bleu? Parce qu’un vélo bleu, c’est drôlement mieux…
- N’oublie pas le marché pour avoir le vélo, il faut que tu sois dans les cinq premiers! La couleur, on verra ça quand tu l’auras mérité. Garde-toi de vendre la peau de l’ours…
- Oui, oui je sais… Tu sais le vélo de Michel, il a un dérailleur et trois vitesses…
- Mais tu vas nous foutre la paix avec Michel! lança sa mère. Tais-toi et mange ce qu’il y a dans ton assiette. Tu nous saoules avec ta nouvelle lubie. Tous les soirs tu perturbes le repas avec tes histoires de vélo; moi je n’ai jamais eu de vélo, je ne sais même pas en faire et je n’en suis pas morte.
Prudent, il n’insista pas.
A partir de ce jour, il consacra chaque minute disponible à apprendre ses leçons, à réviser.
La fin du mois approchait; la remise des carnets était prévue pour le samedi, le petit rouquin était confiant.
Mercredi, il était en classe, avait terminé son exercice; les mains croisées sur le pupitre, il attendait. Discrètement il montra son cahier à son voisin qui peinait. L’instituteur survint, le jeune garçon reçut une gifle et fut retenu le soir. Alors que les élèves qui restaient au cours du soir étaient en récréation, que les autres entraient chez eux, il resta en classe et dut résoudre un problème et faire un exercice de français. Il s’acquitta rapidement de cette tâche. L’instituteur le rejoignit, vérifia les exercices, puis le sermonna.
- Il est inadmissible d’encourager la tricherie! disait l’enseignant. Je ne peux admettre ça, surtout de la part d’un bon élève!
Tout intimidé, le garçon promit de ne plus recommencer. Le maître reprit la parole:
- Je viens de terminer les carnets, Comment penses-tu être classé?
- Je ne sais pas, je pense que Carré est le premier …
- Oui, c’est exact, mais toi?

- Moi, je ne sais pas, mais j’aimerais être dans les cinq premiers. Il hésita… Si je suis dans les cinq premiers, débita-t-il à toute vitesse, j’aurai un vélo! L’instituteur ménagea quelques secondes de suspens, sourire aux lèvres.
- Tu l’as le vélo! Tu es deuxième. Bon, maintenant tu peux rentrer chez toi, mais attention, si je te revois aider un élève à copier, non seulement il aura zéro, mais toi aussi! Et un zéro en conduite, ça n’est pas bon pour le classement.
L’élève ne se le fit pas répéter, il détala. Il renta chez lui en courant. Dès que son père rentra, il lui annonça la nouvelle:
- Papa, Papa, le vélo, le vélo… Je suis deuxième.
- C’est très bien, mais laisse moi le temps de rentrer.
De bonne grâce le jeune garçon laissa son père se déshabiller tranquillement et ne revint à la charge qu’une fois à table:
- Le vélo, tu me le ramènes quand?
- Mais fiche-nous la paix avec cette histoire de vélo à la fin, intervint sa mère.
- Mais vous m’avez dit que j’aurai un vélo si j’étais dans les cinq premiers, je suis deuxième…
- Tu es deuxième, c’est ce que tu dis, moi je n’ai pas vu le carnet. Tant que je n’ai pas vu le carnet, je ne connais pas ton classement.
- Tu ne me crois pas? Tu n’as pas confiance en moi?
- Tant que je n’ai pas vu le carnet, je ne connais pas ton classement, il faudra te le répéter combien de fois? Maintenant tu nous laisses manger en paix.
Le garnement ne répondit pas, il mangea en silence, de grosses larmes coulaient sur ses joues constellées de taches de rousseur.
Il ne parla plus ni de carnet, ni de vélo. Samedi soir, en rentrant, il posa son cartable dans un coin et attendit. Personne ne parla du carnet, dimanche il attendit vainement que l’un de ses parents l’interroge sur son classement.
Lundi, lorsque l’instituteur ramassa les carnets signés, il rendit le sien sans rien dire.

C’est au milieu de la semaine suivante qu’un soir à table son père s’inquiéta:
- Mais tu ne devais pas voir ton carnet de notes?
- Je l’ai eu samedi…
- Et bien montre le!
- Je l’ai rendu sans le faire signer.
- Et pourquoi ça, rugit la mère. Pourquoi ne nous l’as-tu pas montré? Evidemment tu avais menti en prétendant être bien classé!
Le garçon resta muet quelques secondes, ses yeux se remplirent de larmes.
- J’étais dernier, annonça-t-il dépité.
Il éclata en sanglots, ne prêta aucune attention au torrent de réprimandes qui lui venaient tant de son père que de sa mère. Après avoir reçu une paire de gifles, il alla se coucher sans manger.
Le lendemain à quatre heures et demi, sa mère l’attendait à la sortie de l’école. Elle insista pour rencontrer l’instituteur. Celui-ci les fit entrer dans la classe.
- Comment se fait-il que tu n’aies pas donné ton carnet? Interrogea l’enseignant.
Les yeux au sol, l’élève demeurait muet.
- Je t’ai fait confiance, je n’ai pas vérifié la signature. Je ne peux donc pas avoir confiance en toi… Je m’en souviendrai.
Il se tourna vers la mère, lui présenta le carnet ouvert:
- Je ne comprends pas Madame, voyez, il est très bien classé, il n’avait aucune raison de vous le dissimuler… C’est incompréhensible… Il m’avait même parlé de l’éventualité d’un vélo…
- Il l’aura! Trancha brusquement la mère de famille.
Elle signa rageusement le carnet et partit sans même prendre congé de l’enseignant. Le maître regarda médusé la femme s’éloigner.
Le jeune garçon la tête en l’air regardait son instituteur, ses yeux bleu interrogeaient l’adulte: « Dois-je rester, dois-je partir? » Le maître passa la main sur la chevelure du garçon, en aplatissant l’épi qui ornait le sommet du crâne.
Allez, rentre chez toi mon grand et n’hésite pas, si un jour tu as quelque chose à dire, si quelque chose ne va pas, viens m’en parler.





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