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Fais ce que doigt...


Auteur : GERE Arno

Style : Scènes de vie




En quittant mon hôtel en direction du métro Edgar Quinet, j’ai descendu la rue de la gaîté, en m’allongeant un peu, pour gagner du temps sans doute. J’aime bien cette rue, il y a beaucoup de choses à regarder, la tête et l’allure des gens ne laissent vraiment pas indifférents. En plus, on peut passer facilement d’un trottoir à l’autre. Faut dire que je ne suis pas trop pressé, c’est le jour de ma visite annuelle chez l’urologue…

Eh oui… depuis mon opération, ce spécialiste m’oblige à venir le voir régulièrement, tout ça pour répéter le même protocole, vérifier d’abord ma dernière analyse, qui se lit pourtant très facilement, et surtout pour me faire subir un outrage, que jamais auparavant, personne, je le jure, même une femme, n’avait osé m’infliger. Bien sûr, pour cela, il prend des gants, la marque de son éducation sans doute, mais je dois, à chaque fois, baisser culotte, ce qui, il faut bien l’avouer, n’est déjà pas une sinécure et tandis qu’il continue à me parler pour essayer de détourner mon attention, je ressens d’un coup, par derrière, une fulgurance, qui certes n’est pas mortelle, mais me procure à chaque fois un certain sentiment de malaise et de conduite inappropriée. Cela doit ressembler à ce que ressent une petite fille qui subit une inceste, tout en se disant, au même moment, qu’elle ne devra surtout rien en répéter à personne. Je dois m’essuyer ensuite furtivement pour que la vaseline ne laisse pas des taches irrémédiables sur mon pantalon ou ma chemise.

Nous nous quittons ensuite très rapidement, les sentiments, ce sera pour la prochaine fois. Mais il faut le comprendre, il a d’autres activités qui l’attendent (j’ai une idée très claire sur leur nature…) et je suis moi-même pressé, il faut bien l’avouer, de mettre de la distance entre lui et moi. Je me dois aussi de dire que pour ça, je dois en outre payer une somme rondelette, sur laquelle ne cracherait aucune péripatéticienne de province, et que la Sécu n’a même pas les moyens de me rembourser…

En plus, aujourd’hui, je n’ai pas beaucoup de temps à lui consacrer car je reprends mon avion en fin d’après midi. J’ai fait un calcul rapide, il est 13h30, j’ai rendez vous à 14h30 mais à chaque fois je poireaute au minimum 1 heure dans la grande salle d’attente de la clinique, et je dois être à Orly au plus tard à 17 heures. Tout ça n’autorise, ni les embouteillages, ni les retards des cars Air France, ni les grèves, ni les mouvements de foule. Cela va vraiment être sur le fil du rasoir, et je ne parle pas du reste…

Je me surprends à traîner le pas tandis que je me rapproche de la bouche du métro. Tiens, justement, une vitrine attire mon regard avec ses néons aux couleurs de violette et de rose, et ses invitations à la zénitude. C’est un salon de massage chinois, on ne peut en douter à entendre la musique qui s’en échappe. De jeunes femmes en tenue traditionnelle, souriantes et détendues, sont sur le seuil de la porte et attendent manifestement le promeneur. En passant devant l’une d’elles, je ne peux m’empêcher de m’arrêter, fasciné par la grâce de la main diaphane qu’elle me tend, et de ses longs doigts qui semblent d’une douceur extrême.

Je m’engouffre sans hésitation aucune, dans le salon, sans la moindre pensée non plus, en ce moment précis, pour l’homme qui m’attend de l’autre côté du périphérique… Je suis immédiatement pris en charge, entraîné dans un couloir étroit et une cabine qui l’est encore plus, puis débarrassé de mes vêtements en un rien de temps. Je me permets même de demander si je dois enlever le slip, ce qu’on m’autorise comme allant de soi. Je suis maintenant allongé sur le dos, la masseuse chinoise est penchée sur moi, le haut de ses cuisses touche ma tête, et ses mains entament tout un ballet de caresses sur ma peau détendue qui n’attendait que ça. Je comprends seulement alors que je n’irai pas, pour une fois, rendre visite, même courtoise, à mon urologue… Je préfère, sans conteste, les doigts de la jeune chinoise à ses gros doigts à lui… Avec elle, je peux même fermer les yeux sans crainte, et imaginer, malgré que je lui tourne le dos, qu’elle me sourit. Les minutes s’égrènent sans que je ne m’en rende compte et je serais prêt à prier pour que cela s’éternise, encore plus lorsqu’elle m’invite à me retourner… Je peux alors vérifier qu’elle a bien le sourire aux lèvres et même des yeux qui pétillent, et donc me replonger avec délice dans mon demi-sommeil. Elle me parle maintenant d’une voix douce, son œil est devenu malicieux, et je ne m’étonne même pas de comprendre parfaitement le chinois. Je lui donne mon accord par un sourire et ses mains peuvent désormais se poser sur la seule zone qui jusqu’alors était restée en friche…

Elle a réussi à me réveiller complètement et je ne lui en veux pourtant pas car je peux comme celà la contempler, sûrement d’un air béat… Elle est parfaitement concentrée et toute appliquée dans ses mouvements de va et vient, infiniment doux et d’une variété que je n’aurais jamais imaginé. J’ai de la compassion pour les éjaculateurs précoces qui n’ont pas idée de ce que peut donner un tel bonheur qui dure... Comment, dans ces conditions, pourraient- ils se préoccuper du développement durable ?

Lorsqu’enfin l’apaisement est venu, elle a la délicatesse de reprendre un massage du corps tout entier et de terminer par le crâne et le visage. Quand vient le moment où je dois partir, elle est surprise de me voir prendre sa main dans la mienne et de porter ses doigts à ma bouche. Mais comment lui expliquer mon histoire d’urologue ? D’ailleurs, pourquoi vouloir toujours tout expliquer puisque nous nous sourions dans la plus totale complicité, que n’altère même pas notre séparation imminente et définitive ?





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