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Frères de poudre


Auteur : Everclay

Style : Drame




Peu à peu le ciel bleu de la journée avait laissé place à la nuit, des étoiles scintillaient, la chaleur était étouffante. C'était ce que devait penser Franck assis sur le trottoir dans une rue déserte du haut d'Annonay. Il grilla une cigarette, puis deux, puis trois, Franck s'impatientait. Seuls quelques phares de voiture venaient secouer l'obscurité totale de cette vieille rue.
Une demi-heure qu'il attendait son client et toujours rien. Pourtant celui-ci n'était jamais en retard. Encore cinq minutes et je me tire, pensa alors Franck. Cheveux coiffés en brosse, la bouche fine, et son allure grande et frêle lui donnait l'air d'un ange. Mais non, Franck faisait partie de la petite pègre d'Annonay, il était un de ces dealers qui traînaient et déambulaient pour vaporiser de leur poudre blanche les « blancos » comme les surnommait Franck. Trois ans qu'il approvisionnait les cités d'Annonay, trois ans qu'il cachait tout à sa famille, trois ans de vie en solitaire, trois ans de vie gâchée, pensait tristement Franck en écrasant son mégot sous le pied. Avec les cinq cents « boules » que le blanco va me filer j'acheterai un superbe cadeau à Fred, après tout demain mon cadet a quinze ans, se rassura Franck.

Onze heures du soir, un petit corps rondouillard s'infiltra dans la rue obscure. Franck l'interpella :
— Eh, Craky c'est toi ? Les deux hommes ne se distinguèrent pas.
— Putain, qu'est-ce que tu foutais ?
— Rien, ou presque, ma meuf ne me lâchait pas, dit d'une voix rauque le blanco.
— Ah ! je comprends. Ecoute, les gonzesses, tu n'as qu'à les baiser et les laisser sur le bas-côté, ça t'éviterait bien des ennuis.
— Je sais, mais celle-là, elle me lâche pas. Bon, trêve de discussion, t'as la blanche ?
— Ouais, t'as le fric ?

Les deux hommes échangèrent les paquets. Cinq mois qu'ils marchandaient ensemble, mais aucun n'avait vu le visage de l'autre, il valait mieux, dans ce milieu. Souvent les clients ont des visages surprenants, très surprenants.

— Oh, Craky tu es toujours enroué comme un pépé.
— Ouais, ça me fait chier...

Les deux hommes se donnèrent un prochain rendez-vous et se séparèrent. Chacun regagnant sa vie, oubliant qu'ils se connaissaient.
Arrivé chez lui, Franck plaça l'argent sous le matelas dans sa chambre. Ensuite, il se dirigea vers la cuisine, ouvrit une bonne bière et, persuadé que tout le monde dormait dans la maison, visionna un film pornographique. Assis sur le divan, il buvait tranquillement sa bière, la chaleur de l'été faisait couler de grosses gouttes de sueur sur son torse nu. Soudain la porte d'entrée claqua doucement, Franck se retourna rapidement.

— Qu'est-ce que tu fous là, cadet ? Tu devrais être couché ! dit Franck en regardant sa montre.
— En tout cas je vois que toi tu ne l'es pas, dit le cadet en jetant un oeil malin sur la télévision.
— C'est pas de ton âge, s'énerva Franck en éteignant brutalement le poste.
— Ne dis pas à maman que je suis passé par la fenêtre, elle va me tuer.
— Ok, tiens cadet, viens t'assoir, on va discuter, ça fait un moment que le grand frère n'a pas parlé à son cadet.
— Non, il est tard, demain, dit fred, gêné.
— Assied-toi, je vais te chercher une bière.

A cette phrase magique, le gamin s'assit, heureux à l'avance de savourer une bière.
Les deux frères décapsulèrent ensemble leur canette. La complicité d'autrefois était revenue, Fred sourit, il avait retrouvé son grand frère. Depuis trois ans que leur père était mort, les deux frère s'étaient éloignés, Franck ne cessant de se disputer avec sa mère, s'était écarté de la maison et ne rentrait que pour les repas. Fred avait été là près de sa mère pour la soutenir, pour l'aider, il essayait même quelquefois de protéger son frère, mais en vain.

— Les filles, ça marche ? demanda Franck.
— Comme ci comme ça.
— Et l'école, tu passes en quatrième ?
— C'était il y a trois ans que j'étais en quatrième, maintenant je suis en seconde.
— Super, mon cadet, balbutia Franck, honteux de sa gaffe.
— J'ai fini ma bière, je vais me coucher.
— Attends, dit Franck, retenant son frère par l'épaule. Tu sais, je n'ai peut-être pas assuré ces trois dernières années, je me suis pas occupé de toi, ni de maman, mais j'avais mes raisons.
— Drôles de raisons, ironisa Fred.

Franck continua comme s'il n'avait pas entendu.
— Mais ça va changer maintenant, je vais chercher du travail, je vais m'occuper de toi. Le visage pâle de Fred s'illuminait peu à peu par un sourire. Demain, jour de tes quinze ans, tu auras un nouveau frère.

Les deux frères se serrèrent l'un contre l'autre, Fred laissa échapper une larme, tandis que Franck le tenait fort.
Les deux frères se couchèrent, et depuis trois ans Franck n'avait pas dormi aussi bien.
Le lendemain matin, Franck se leva de bonne heure, salua sa mère, et partit en ville acheter le cadeau de son frère.
Hésitant sur le cadeau à choisir, Franck se décida pour une superbe montre. Quand il rentra à la maison, Fred n'était toujours pas levé, profitant jusqu'au bout des vacances qui s'achevaient. Le gâteau au chocolat posé sur la table de la cuisine parfumait toute la maison.
— Ca ne devrait pas tarder à le réveiller, dit Franck en regardant sa mère.

Sa mère se retourna, délaissant les courgettes, elle adressa à son fils un magnifique sourire, si nouveau, si oublié pour Franck. Franck savait maintenant que Craky, hier, avait été son dernier client.
Il était presque midi, quand Franck alla réveiller son frère cadet. Il tapa à la porte, mais sans succès, il tourna la poignée délicatement d'une main, tenant dans l'autre le cadeau. Sa mère, juste derrière, avançait à petits pas.
Soudain, un cri horrible retentit dans la maison, un cri aigu, le cri d'une mère qui voyait son fils mort allongés sur son lit. Le visage pâle, la manche droite retroussée, une seringue posée sur la moquette, les yeux fixes, les bras tendus, la bouche ouverte, Fred était mort. Franck resta figé, immobile, cherchant réponse à des questions impossibles, il se retourna vers sa mère. Les deux regards se croisèrent, mais il n'y avait plus la vie.





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