Une épreuve



Nouvelle écrite par Benoît HOCHFELDER dans le style Parodie



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Marc est un homme politique au sens noble du terme. Son travail de parlementaire est efficace. Il se bat pour obtenir des crédits, monte au créneau pour défendre les projets de sa circonscription Marseillaise. Dès que possible, il est au contact de la population. Homme de terrain mais aussi de réseaux, il est influent. Lors du dernier remaniement ministériel, le Président de la République lui a proposé le Secrétaire d'état à l'écologie. Sitôt nommé Marc a placé ses proches collaborateurs aux postes clef. Fort d'un important savoir dans les énergies renouvelables il connait bien tous équipements actuels. Ainsi les panneaux photovoltaïques, éoliennes et pompes à chaleur n'ont aucun secret pour lui. Son avis est écouté et respecté. Il regrette juste de ne pas avoir son mot à dire sur les aides fiscales, ce domaine étant réservé à son confrère de l'économie et des finances. Il suit à la lettre la feuille de route du président de la république, et apparaît comme parfaitement à la hauteur de sa fonction.

Il n'a pas pris goût aux ors de la république et passe ses rares moments de temps libre à Marseille. Lorsque il revient sur ses terres électorales il aime retrouver ses repères que sont une auberge, une librairie et quelques amis triés sur le volet.

Ce matin même, il est invité à un petit déjeuner à l'Élysée. Lors de ce court tête à tête Le Président - habituellement avare de compliments - l'a félicité pour sa gestion des dossiers et lui a dit «toi au moins, tu n'a pas choppé le melon».

Vers 9h30, en traversant le parc de l 'Élysée pour regagner son ministère, il remet son blackberry en marche. Son directeur de cabinet a laissé un message et lui demande de le rappeler rapidement. Ce dernier est très inquiet car une presse alternative a publié ce matin sur son site internet un article mettant Marc en cause dans une affaire de détournement de fonds publics.

Selon le début de cet article, Marc aurait, il y a quatre ans, favorisé l'embauche de Laura - une de ses ex-assistantes parlementaire - dans l'agence de communication chargée des campagnes électorales de Marc. Le journaliste met clairement en évidence que cette société s'occupe actuellement de la communication du ministère et qu'elle reçu tous les budgets pour l'année. Laura est aujourd'hui directrice de l'agence, avec de conséquentes rémunérations à la clef. Il n'hésite pas à dire que cette agence, par l'intermédiaire de Laura, reverse d'importantes sommes à Marc .

La suite de l'article est beaucoup moins limpide. Ainsi toute une construction assez extravagante sous-entend des prises de participations financières de Marc dans cette société. Non sans adresse, mais avec beaucoup de perfidie, le journaliste insinue que Marc et Laura entretiennent des liens privés.

Cette scabreuse nouvelle est une vraie claque. Marc regagne en courant son ministère. Le directeur de cabinet a un air de circonstance et lui annonce que déjà une enquête préliminaire est ouverte. Ça veut dire qu'une enquête de police est en cours et que le Procureur va décider des suites à donner à l'affaire.

Peu de chances qu'il classe «sans suites» le dossier. Il risque au contraire de décider de nommer un juge d'instruction et ce dernier risque de signifier à Marc une mise en examen. Et la consigne appelée «jurisprudence Balladur» qui fait que «Tout ministre mis en examen doit démissionner» risque d'être applicable immédiatement.

Pris dans la tourmente, Marc se réfugie dans ce qui est son repère, le rassure et qu'il maitrise : son travail. Il assure les rendez-vous les plus urgents.

La réception de mails de soutien, ainsi que l'augmentation des «demandes d'amis» sur le réseau social «Facebook» le réconforte. Mais une question revient sans cesse dans sa tête : qui a eu intérêt à informer la presse, à organiser cette fuite? Est-t-il visé personnellement ou est-t-il une victime collatérale d'un règlement de compte visant Laura?

Il est face à un dilemme : répondre à la calomnie favorise sa propagation, ne rien dire peut lui donner du crédit. De plus il lui est difficile de prendre conseil auprès de son agence de communication...

Vers 12h30, il sort pour déjeuner dans une brasserie à proximité du ministère.
Il veut prendre un moment pour appeler sa femme et l'informer directement de cette parution. Sitôt sorti, il est assailli par une meute de journalistes affamés d'information, à la traque du moindre geste, de la moindre déclaration.

Marc cherche à passer au milieu des photographes. Il s'en suit une bousculade.
Irrité, il vocifère «ça vous excite» devant les téléobjectifs braqués sur lui, et retourne vers son ministère afin d'avoir un peu de répit jusqu'à ce soir. Malheureusement sa première erreur dans le dossier est faite. Cette phrase - qui prise au sens étymologique est tout à fait exacte - ne peut que le desservir.

Dès lors la machine médiatique s'emballe et les médias traditionnels prennent le relais du site internet. La polémique enfle tout au long de l'après midi. Les grandes chaines se disputent sa présence au journal télévisé de 20h00, et les émissions politiques de radio ne parlent plus que de l'éventuelle démission. Le fond de l'affaire n'intéresse pas grand monde, tout ce qui compte c'est de savoir si un membre du gouvernement va tomber ou non. Bien sur quelques ténors de l'opposition en rajoutent et exultent à l'idée que le gouvernement soit affaibli.

En fin d'après midi le président de la république et le premier ministre publient un communiqué. Ils soutiennent Marc face à la tempête médiatique qu'il subit.

Il faut montrer qu'aucun média ne peut avoir la tête d'un ministre. En revanche, ils sont beaucoup plus réservés sur les conséquences des poursuites judiciaires. Ils conseillent vivement à Marc, en pareille hypothèse, «de se consacrer entièrement et intégralement à sa défense». L'exécutif est donc très clair : si le juge d'instruction s'en mêle, Marc doit démissionner. En revanche, ils comptent bien sur lui pour mater la rébellion médiatique.

Le soir au journal télévisé de 20h00, Marc est plus combatif que jamais. Il fait intelligemment remarquer que ce sont les mêmes qui l'ont mis en difficulté ce matin qui l'invitent ce soir à se défendre. Il soulève le paradoxe avec beaucoup de finesse. Il s'emporte sur la fin de l'entretien en parlant de «corrida», de «chasse à courre» et conclut en disant haut et fort qu'il ne quittera ses fonctions «que par la seule force du droit». Au même moment, on apprend par une dépêche de France presse que Laura est entendue en ce moment même par les enquêteurs. Ce sont sans doute ses déclarations qui entraineront des suites judiciaires.
Sitôt sorti des studios de télé, Marc regagne rapidement son domicile Parisien ou sa femme l'a rejoint.

Plus vraiment naïf il sait qu'il y a souvent ce qui est, et ce qui semble être. Et il a l'impression qu'on l'utilise pour discréditer et user les journalistes. En effet, cette affaire l'oblige à les affronter, lui qui au contraire en a souvent fait des alliés. Si l'affaire est enterrée, les médias dans leur ensemble perdront en crédibilité. Si au contraire elle prospère, les journalistes passeront pour des traitres et des lâches. Ils n'en sortiront pas grandis, quelque soit le cas de figure.

Le lendemain matin, Marc arrive très tôt , vers 6h00 à son bureau.
Fataliste, il se dit que c'est peut être sa dernière journée en ces lieux alors autant en profiter. Il regarde avec une attention inhabituelle, le parc, les arbres, les décorations, tout cet entourage auquel il n'avait jusqu'à présent pas porté vraiment attention. Les premières infos indiquent que Laura aurait admis durant ses auditions l'existence «d'enveloppes» données directement à Marc.

Vers 11h00, le greffe du tribunal contacte Marc. Un juge d'instruction est nommé et souhaite le voir dès 14h00 pour lui signifier sa mise en examen.

La messe est dite : Marc doit démissionner. Il rédige un communiqué qu'il lira à sa sortie du tribunal. Il quitte très vite le ministère au volant de sa 607 et va au tribunal. Durant le trajet, il n'arrive pas à assimiler la réalité, il est dans le déni. De plus, le manque de sommeil lui donne l'impression d'être dans un cauchemar, mais il est - hélas - bien réveillé.

Au tribunal le Magistrat lui indique très courtoisement les charges pesant sur lui :
- Le juge : Monsieur le secrétaire d'état, je vous signifie votre mise en examen pour détournement de fonds publics.
- Marc : Monsieur le juge, je suis étranger à toutes ces accusations.
- Le juge : le refrain m'est connu, un «classique» du genre si j'ose dire. Pouvez-vous cependant étayer vos propos, j'instruis à charge et à décharge et je prends en compte tout élément pouvant être utile à la manifestation de la vérité.
- Marc : je vous répète que je n'ai pas touché le moindre centime, même s'il est vrai que j'ai imprudemment attribué tous les budgets du ministère à cette agence.
- Le juge : l'instruction nous le dira, pour le moment, je n'ai en effet pas de preuve formelle de ces transactions, juste des aveux.
- Marc : Je connais bien Laura, et en effet je n'exclus pas qu'elle ai fini par avouer n'importe quoi sous la pression psychologique, voire physique.
- Le juge : ce que vous dites est grave, mais je vais moi-même auditionner Laura, on verra si elle maintient ses déclarations.
- Marc : ce n'est pas quelqu'un d'inconsistant, et je vous le répète, cette rocambolesque histoire est inventée de toutes pièces.
Après un bref échange de formalités, Marc repart du tribunal.

Cette fois-ci c'est fini. Son passage dans les plus hautes sphères de la république n'aura duré guère plus de 100 jours. Il s'est arrêté sur une rumeur et des aveux. Il charge son directeur de cabinet de communiquer sa démission. Il regagne directement Marseille au volant d'une discrète voiture de location. Quelques amis proches lui téléphonent, lui proposent de venir. Unanimement ils ne croient pas en sa culpabilité, ni aux diverses assertions.

Alors que la nuit tombe, France-info annonce que Laura a bien fait l'objet de pressions, qu'elle a craqué suite à une audition musclée. Le dossier est bien vide et il s'agit bien d'une manipulation. Aussitôt le Juge informe Marc de la levée de sa mise en examen.

Au même moment, son téléphone indique un double appel du président.
Tout va si vite en politique

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