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Désiré


Auteur : BENINI Didier

Style : Réflexion




Désiré s'en fut comme il s'en vint. Seul et dans une boite.
C'en est une à chaussures qui berça ses premiers cauchemars de prématuré déficient tandis que les médecins confiants ne lui prédisaient pas un grand avenir.
Malheureusement l'enfant grandit. Ou plutôt il augmenta, en désordre mais il augmenta et conserva de sa boite à chaussures un fond malodorant.
Mauvais départ constatèrent les praticiens confondus.
Déboutés ses parents ne purent qu'accueillir l'enfant qui rejoignit son Home comme d'autres leur niche, et ce fut un arbre que son père dépité mit en terre ce jour là, un saule pleureur promis à de grands chagrins.
Lisette la maman versa la première des larmes d'amertume en examinant ce qu'elle ne pouvait admettre chair de sa chair. Qu'ignorait-elle donc de ses entrailles qui puisse engendrer un tel avorton ? quel sang noirci de quel tourment suintait en ses veines à rosir ainsi les traits de l'enfant, qui reflétait maintenant son sourire grimaçant dans les yeux noirs de sa mère.
Désiré compris rapidement qu'il ne l'était pas et concentra ses forces et son attention à s'effacer, disparaître, ne plus devenir puisqu'il était trop tard pour ne pas être. Dès lors et de façon naturelle, presque animale, il se bâtit autour de lui, à son plus près, collé à son épiderme, sous ses pores.
Tapi à l'intérieur de ses orbites, il observait le monde comme au travers d'une vitre épaisse et ne percevait d'autres sons que les battements sourds de son cœur, qui précipitait en ses veines les flots saccadés d'un sang riche d'une Vie qui lui imposait maintenant son édification.
Cernées en ses chairs se déchaînaient les forces brutales de la croissance qui étire nos os, dilate nos organes et ride nos grimaces. Comme autant de soleils éruptifs de leurs flammes ces terribles courants d'énergies réchauffaient son âme, excitaient son esprit fécond et nourrissaient en lui mille histoires des hommes, sauf la sienne.
Electrisées ses lèvres babillaient sans mots de toutes ces vies qu'il parait de paysages idylliques, endimanchait de tablées en bordée et travestissait d'intrigues amoureuses.
L'insupportable restait pour lui la douleur qui semblait ronger Lisette et dont il se devinait être l'esquille.
Sa mère, sa pauvre mère ne cessait de se lamenter d'une nouvelle malédiction, d'un autre coup porté. Campée sur ses jambes elle projetait loin ses maux à qui voulait l'entendre.
Pas un jour sans plainte, pas un ciel sans nuage, pas un plus sans un moins, pas un oui sans mais.
En nuées, ses mots sans voyelle fuyaient sa bouche comme des chauve-souris désertent leur grotte sans lumière.
Pourtant cette femme pour qui tout semblait avoir été mieux 'avant' était belle maintenant, aimée maintenant, maman maintenant !
Désiré l'avait compris, ces temps passés étaient ceux où il n'était pas.
Or un matin moins supportable que les autres, résolu à changer le cours des choses et délivré par la décision qu'il venait de prendre, le magicien des destinées qu'il se supposait être, puisa au plus profond de ses bouillons neuronaux une autre vie pleine d'amour et de miel, une vie mieux que celle d'avant ! à vivre maintenant ! ensemble ! et en un tourbillon de lumière d'une nature inconnue des hommes la projeta comme une lame dans le corps de Lisette !
La magie avait opéré !
Enfin libérée de ses afflictions elle paraissait vivre des moments de félicité et son visage apaisé, sans ride se reflétait maintenant dans le regard amoureux du nabot.
Candide heureux Désiré ignorait alors que les hommes ne peuvent vivre d'autre vie que la leur, celle qui se conjugue au présent et qui leur appartient de nourrir d'un miel le plus doux.





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