Le pied



Nouvelle écrite par Didier BENINI dans le style Réflexion



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Il était une fois, très loin de chez toi, au pays du DODO, un grand lit, un immense lit où le sommeil régnait dans le plus grand des silence seulement troublé par quelques bruits, petits ou gros, qui rappelaient à chacun que la vie veillait, ronflante et rassurante.
Les draps finement tissés accueillaient dans une vague douce et légère chaque nouveau venu. Une caresse appuyée, un frélement à peine ressenti suffisait à cet écrin pour suggérer au fatigué l'un des nombreux rêves qui l'accompagnerait dans son sommeil.
Rapidement et sans retenue, il suffisait alors de se laisser porter, emporter jusqu'à rêver la vie.

Pourtant une nuit, venu du plus profond des draps bleus froissés, un événement allait changer la marche tranquille du monde.
En effet, alors qu'il dormait à orteils fermés, un pied droit, incommodé par une odeur qu'il ne connaissait pas, réveilla un de ses doigts, le plus gros, et l'envoya sur sa gauche voir un peu de quel pied moite pouvait exhaler une telle puanteur.
Il n'en crut pas son ongle. Ce pied gauche, à sa gauche, n'était pas le sien. Il s'étira encore, ouvrit grand ses orteils, il devait se rendre à l'évidence, il s'agissait d'un P.N.I. (pied non identifié).
Vivement, d'un coup rageur il réveilla l'intrus.
Ohé ! fit celui-ci. Arrèèète de déconner j'ai sommeil. Et sans autre attention lui tourna le talon.
Son fort accent ne laissait aucun doute sur ses origines, il s'agissait évidemment d'un pied noir. Mais qu'importait sa couleur, il occupait une place qui n'était pas la sienne.
Il avait piqué l'endroit du pied gauche.

Convaincu de son bon droit, le pied du même nom pressa ce va-nu-pieds de bien vouloir décliner son identité et de préciser sans attendre les motifs de sa présence en lieu et place de son compagnon au parfum si délicat.
Maintenant bien réveillé, l'intrus se redressa et au pied levé lui conta son histoire. Il aurait appartenu à un pirate et parcouru avec lui toutes les mers de Chine, franchi le Cap Horn et marché sur l'eau au pays de Judée.
Usé par cette vie d'errance le flibustier aurait perdu son pied marin et rangé des affaires il aurait trouvé chaussure à son pied, celui qui lui restait, sur une île au large des Antilles.
Orphelin et sans pied à terre, ce pied marin avait longtemps erré. Il était arrivé à pied par la Chine, seul, à cloche pied, et alors qu'à nouveau il s'apprétait à dormir à la belle étoile, il fut attiré par les lumiéres des ampoules d'un groupe de marcheurs qu'il suivit jusqu'ici.
Sans mentir on l'accueillit avec beaucoup de gentillesse.
Sans chi-chi il s'installa sur le premier piédestal disponible afin d'y soulager son corps quand un pied-bot, pied au plancher, l'en chassa sans ménagement.
Dans quel guépier s'était il fourré ?

Tout occupé qu'il était à prendre les mesures qui s'imposaient, un pied à coulisses avait assisté à la scéne et héla l'infortuné qui le rejoint d'un bon.
"c'est pas le pied" se plaint ce dernier.
"t'en fais pas" répondit le métré "il est pas méchant, il s'est sérement levé du mauvais pied et toutes ces ampoules allumées l'empéchent de dormir".
Au pied du mur il reprit sa course à pied en quête d'un chausse-pied où se reposer.
De longues heures lui furent nécessaires pour arriver au pied du lit. Au bout du rouleau, le pied plat, il s'endormit.
Mais quel repos que fut le sien, ces événements l'avaient profondément troublés et ses orteils se tendaient et se reléchaient au rythme des cauchemars qui peuplaient son sommeil". Il s'imaginait sur le pied de guerre, devoir affronter toute une armée d'extra pédestres. Ces drôles de tout petits pieds avaient au bout des orteils une sorte de capote ou cagoulette qu'ils retiraient vivement devant un ennemi resté scotché devant l'horreur du durillon qui lui apparaissait brusquement. Quelle vision !
Ces casse pieds suintaient et l'espace palmé qui séparait leurs doigts aux ongles rognés regorgeait de "persil" fétide.
Ces visions apocalyptiques le projetèrent hors du rêve, et cependant que la douceur des draps bleus froissés réchauffait ses orteils tremblants, un doux parfum vint caresser ses sens.
A n'en pas douter il s'agissait là d'un pied de biche, le parfum était trop fleuri, trop subtil pour qu'il puisse s'agir d'un pied de grue.
Quel pied ! mais quel pied !

Tout en finesse. Sa peau, d'une pâleur lactée, lui donnait l'impression d'étre translucide. Chaque orteil se détachait des autres avec élégance et semblait unique. La premiére phalange était si fine qu'elle en paraissait fragile et pourtant soutenait sans mal et avec gréce le bol de chair sur lequel s'étendait un ongle raz aux bords arrondis. Au risque de paraétre pied de cochon il risquait un oeil entre chacun d'eux pour y découvrir la courbe de peau qui les liaient les uns aux autres.
Les mots lui manquaient, il perdait pied devant un tel pied. Il lui fallait mettre les pieds dans le plat.
En bon pied marin qu'il était il recouvra rapidement ses esprits et fit part à la belle de sa surprise de trouver en ce lieu un tel pied de poule, superbe de pied en cape.
Ensemble ils formaient une belle paire et par discrétion je n'évoquerai pas dans ce récit ce qui fut, nous l'imaginons, leur pied.

Malheureusement, au petit matin la belle avait disparue et cette absence le plongeait dans la dure réalité de sa vie d'errance.
Petit peton il avait rêvé de parcourir le monde d'un pied sur l'autre et parce qu'un SINBAD de pacotille avait mis pied é terre, il claudiquait maladroitement en quête d'un havre où poser sa plante.
Voilé comment, auprés de ce pied droit, trouvant la place inoccupée, il envisagea sa mise à pied.
Touché par le récit et la malléole en émoi, le bon droit jura de l'épauler jusqu'à la corne.
Depuis ce jour ils parcourent ensemble ce grand lit de la tête au pied, à la recherche de celui qui, par infortune, se serait levé du pied gauche.
Aux derniéres nouvelles on les a surpris, à pas feutrés, tenter de faire une sortie afin d'obtenir un coup de main. Mais ceci est une autre histoire.

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