Mort de rire



Nouvelle écrite par Didier BENINI dans le style Réflexion



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LUMIERE (atténuée)

D’un côté de la scène un cercueil, de l’autre une urne funéraire sur un tabouret.
Le cercueil s’entrouvre et se referme plusieurs fois timidement.

Voix off féminine après quelques soupirs d’exaspération :
- Ecoutez, ouvrez ou fermez mais je vous en prie cessez cette valse hésitation !

Le cercueil se referme sèchement.

Off :
- Me suis déjà toute consumée dans un souffle, je ne voudrais pas en plus me répandre dans un courant d’air !

Le couvercle s’ouvre complètement.
Un personnage s’assied, d’énormes bouchons dans les narines. Puis d’une voix nasillarde, limite compréhensible.

Personnage :
- Quelqu’un me parle ?

Off :
- Oui moi…. Dans l’urne.

Personnage voix nasillarde :
- oh ! excusez moi, je ne vous avais pas vu.

Off :
- pardon ?
- je disais… (se ravisant et ôtant les bouchons de ses narines) voilà ça devrait être mieux comme ça… je disais que je ne vous avais pas remarqué.
- je vous remercie ça fait toujours plaisir.
- je vous en prie ne m’en voulez pas, tout cela est tellement nouveau pour moi.
- Laissez tomber, ça ne fait rien.

(un moment)
personnage :
- vous êtes là depuis longtemps ?

Off :
- pas aussi longtemps que l’éternité mais ça fait déjà un bail, oui.
J’vous ai vu arriver.
- ah bon ?
- oui. C’était très touchant.
- Touchant ?
- Oui, le côté solennel, les fleurs, les ultimes effusions, les épanchements post-mortem…
enfin tout ce qui ne sert plus à rien mais qui fait qu’on regrette de devoir s’en aller.
- Y’avait tout ça et je n’ai rien vu ?!
- Normal vous ne faisiez encore que passer. En quelque sorte entre le départ et l’arrivée, dans le tunnel quoi.
Mais c’était pas mal, ouais pas mal. Vous savez j’ai fait l’ouverture ici et depuis j’en ai vu défiler. Ah ça oui alors. J’ai appris à les reconnaître moi les amants et les maîtresses éplorés, les maris et femmes cocufiés et aussi les enfants déshérités.
- ah bon et y avait qui pour moi?
- comment voulez vous que je le sache, je ne les connais pas moi.
- Suis je bête. Pardonnez moi, je n’ai plus toute ma tête.
- En tout cas la dame d’hier paraissait très en colère.
- La dame d’hier ?
- Oui une grande dame brune avec un beau manteau de fourrure et des bijoux qui brillaient mille fois plus que ces fichus cierges à un sou.
- Un visage ovale ? De grands yeux noirs et une démarche chaloupée comme Ava GARDNER dans ‘l’ange perdu’. ??
- Les anges c’est plus tard ! et encore si vous avez été sage. Je vous l’ai dit ça fait un bail que je suis là et je n’ai pas eu le plaisir de connaître cette Ava GARDNER.
En tout cas la dame d’hier avait plutôt la démarche de quelqu’un qui venait là pour tourner les talons, si vous voyez ce que je veux dire.
- j’ai bien peur de voir.
- une amie peut-être ? oh, mais pardonnez moi je suis sûrement indiscrète.
- je vous en prie, ça ne fait rien. Oh ! si cela était encore possible je crois que je rougirais.
- Rassurez vous cela ne vous arrivera plus !
- En fait il s’agit là d’une amie, d’une amie très proche, hum ! nous…, enfin elle envisageait, elle attendait que je divorce d’avec ma femme pour peut-être finir nos jours ensemble.
J’allais en parler, vraiment j’allais le faire mais j’avais très peur de la réaction de Josette ma femme. C’est d’ailleurs certainement cette peur qui m’a emporté si prématurément.
Vous comprenez on s’emporte on s’emporte et puis ….
- On clapote !!
- je l’aurais exprimé autrement mais c’est cela… on clapote. De toute façon Mildred, ma maîtr…, mon amie était plus intéressée qu’amoureuse. Ainsi la seule rotondité qu’elle m’autorisait était bien celle de mon portefeuille !
- Ah ! Je comprends mieux.
- Pardon ?
- Je dis je comprends mieux maintenant qu’elle ait enfoui sa main sous votre veste comme pour vous fouiller !
- Elle a fait ça !!??
- Oui mais ça devait être pour y chercher un ultime billet que l’on aurait oublié au fond d’une de vos poches... J’ai craint d’abord un quelconque rite contre nature et j’en étais toute retournée, un vrai sablier dites donc !
- Ah ! la salope !
- Et furieuse elle vous a pincé avant de s’en aller !
- Ah ! la salope ! Ça devrait m’attrister et en fait je crois que je m’en fout ! (rire) ah !ah ! elle a fouillé ma veste ! la conne ! elle m’a pincé ! ah !ah ! j’aurai voulu être là ! ah !ah !eh ! j’aurai voulu être là !
- Ah ! oui ! j’aurai voulu être là ! mais vous y étiez !
(rires) ah ! ah ! vous me faites rire ! vous êtes un marrant vous ! j’en suis toute mélangée !
- je ne savais comment m’en débarrasser, eh bien c’est fait ! et Hop ! Et là elle viendra pas me chercher !
C’est malheureux qu’il lui faille LA NUIT pour m’apparaître au grand jour !!

(un temps)…

Et vous même comment se fait-il que soyez encore là ? Aucune brise douce pour disperser vos fragments, aucun océan suffisamment tempétueux pour dissiper vos humeurs ?
- Que le vent m’emporte ! Pensez vous, c’est plus simple.
- Ah bon ?
- Oui, en fait j’ai été échangée !
- Echangée ?!
- Victime d’un fossoyeur ivre mort et qui s’est trompé.
- Non !
- Si. Et c’est une urne vide que l’on mis en terre alors que moi je fais pot de chambre, hé, hé ! pot de chambre !! de chambre froide ! hé, hé !
Remarquez je ne me plains pas, plutôt que de broyer du noir sur un coin de cheminée je suis bien mieux ici à faire la causette aux passants trépassés. Y ne sont pas tous marrants mais ils vont mieux, ils ne sont plus malades !
- Mais savez vous que vous brillez encore. Si, si, je distingue au milieu de vos cendres quelques scories d’un éclat particulier.
- C’est parce que je me suis faite incinéré avec mes bijoux ! moi aussi j’intéressais.
Mais je m ‘en lasse maintenant. Je trouve le temps long. D’une pincée l’autre je compte mes grains et j’en trouve toujours de nouveaux ! c’est marrant ça !
- si j’osais !
- pardon ?
- je dis, si j’osais ?
- et bien quoi ?
- Qui sait ce que la mort nous réserve ! tant pis j’ose !
VOULEZ VOUS COUCHER AVEC MOI ?!
- pardon ?!
- oui ! là, maintenant voulez vous vous répandre auprès de moi ?! dites oui et je vous enlève !
- vous feriez ça ?! j’en ai rêvé toute ma mort !

Le personnage se lève (haut de costume, caleçon et grandes chaussettes), s’empare de l’urne et se couche à nouveau.

- Oui ! Et puis avec le temps nous mélangerons nos cendres ! Saurez vous m’attendre ?
- oh ! oui ! emportez moi ! refroidissez moi ! La mort vous va si bien !
- A deux l’éternité n’est plus qu’un demi sommeil !
- Oh ! mais que vous êtes raide !


NOIR.

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