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A vif - Chapitre 1 : inspiration norvégienne


Auteur : PARENT Jean-Louis (tondeur de mouton)

Style : Aventure




Je suis tondeur. Mais non, ce n’est pas une passion, c’est un boulot que je fais le mieux possible et fais en sorte de satisfaire les clients et les tondeurs qui m’aident sur les gros troupeaux de la Crau, ce qui n’est pas une mince affaire. Ma passion, c’est les montagnes mais plus pour garder les troupeaux, je l’ai fait mais maintenant ça me gonfle, ou alors que quelques jours, exceptionnellement si besoin est. Ce que j’aime, c’est les randos, les paysages, les difficultés liées au relief. Ouais, c’est naze et à quoi ça sert ? me demandent les éleveurs. Ca fait du bien, à la tête surtout. On ne peut pas tricher, pas de mauvaise foi, c’est la montagne et moi. Et on sait. Je l’ai fait, j’ai eu des difficultés, mais le soir je suis au bout de l’étape.

Le soir nous sommes tous au même niveau, certains s’en sont bien sortis, d’autres ont eu plus de mal mais le soir on a tous fait le même parcours. Au départ personne ne se connaît mais il n’y a aucune hésitation, on est tous solidaires. Des granules d’arnica pour les uns, des pansements pour les pieds pour les autres, on ne se connaît pas mais on s’aide, même si, comme à la tonte, les choses vont souvent dans le même sens, aucune importance.

Ben quoi les randos, à quoi ça sert ? La tonte ce n’est pas vraiment créatif non plus.

Donc cet été, Chamonix direction Zermatt, et en zigzag en plus ! Un grand classique, balade glacière, quand tout va bien.

Nuitée au refuge du C.A.F. du Tour, petit village après Chamonix, au crépuscule, baboum, orage sur la Suisse mais pas de pluie, pas d’éclairs, et tous nous regardons la chute d’une étoile filante vers le pays Helvète (la Suisse quoi).

Un guide péruvien de l’association des guides de montagne du Pérouse signe et détourne la tête. Il dit que chez lui on interdit aux enfants de regarder les étoiles filantes, on raconte que ceux qui les ont vues sans implorer la protection du seigneur sont devenus fous.

Un Allemand dit que chez lui, on n’y prête pas attention. Chez moi, en France, quand on en voit une, on doit faire un vœu en souhaitant qu’il se réalise. Sur ce, nous montons nous coucher en pensant aux dires des uns et des autres, c’est marrant les croyances suivant les pays.

Départ 7 heures, l’équipe du guide péruvien nous précède. Ce guide travailler à longueur d’année pour une agence suisse qui a la main mise, parait-il, sur le trekking au Pérou. Ce gars, Raoul Marquès, parle français, anglais, allemand, une tronche pour moi ! Je sus un peu plus tard qu’il parlait aussi espagnol, mais oui, au Pérou, la langue officielle, c’est… l’espagnol.

Nous, les Nîmois du C.A.F., leur emboîtons le pas. Au refuge de Jean Blanc nous chaussons les crampons et tout le bazar, baudrier, corde et piolet en main, grimpons le glacier jusqu’au col, déneigé, avec les crampons les gros rochers sont un vrai calvaire à franchir. Le col du Tour et vue sur le glacier de Trient, vaste étendue plate, deux cents mètres de glace d’épaisseur. Un petit détour pour jeter un petit coup d’œil sur le glacier de Saliéna, immense en contre bas et même inquiétant vu d’ici.

La rando se poursuit, petite halte au refuge de Trient, très beau, accueil sympa. Puis fin du glacier, on se déséquipe, et arrivée au refuge d’Oray et son petit lac. Le gardien pas franc du collier, pas de pain, non il n’y en a plus, bon demain ce sera petit déj aux biscottes. Joli dortoir, on s’endort comme des masses. Debout, le réveil d’Eric a sonné. Jean, Joëlle et moi, les yeux mi-clos, gagnons le réfectoire déjà plein. Ici ce ne sont que des grimpeurs, les voies sont verticales et exposées plein sud, il faut arriver en haut avant les fortes chaleurs, trop tard, c’est l’enfer. Surprise, du pain, rassis, je pense qu’il était là hier soir… Ah, le radin.

On file direction Champeix, saluant le bouquetin en fer. Champeix, je connais déjà, le sucre me manque, je prends un coca en attendant le bus qui nous fera traverser la vallée, ses villages, le goudron, pas d’intérêt. Arrivée au barrage de Mauvoisin les Allemands filent à fond, nous on a le temps et contemplons la nature.

Des cascades d’eau jaillissent des galeries creusées par l’homme pour alimenter le lac artificiel. Ils ont creusé la montagne, allant chercher l’eau d’on ne sait où, comment ont-ils imaginé le tracé de ces tunnels ?

A droite un chemin désespérément rectiligne qui conduit facilement au refuge de Chanrion, mais nous empruntons celui de gauche, plus long, qui nous obligera à monter bien haut pour redescendre vers le refuge. Plus long, plus haut, mais plus beau. Un vrai chemin de Montagne, sans 4x4.

Nous croisons des randonneurs à la journée, des enfants qui pleurnichent, fatigués, le matin ils sont comme des chiens fous et le soir épuisés, ils voudraient se coucher là tout de suite et ne plus bouger. Rien n’y fait, ni les encouragements ni les promesses ni les menaces, et puis de guerre lasse ils repartent un peu, un temps, et seul le coucher de soleil, proche, les motive et les encourage. La nuit va arriver, et la nuit, dehors, c’est inquiétant.

Entre deux rochers, je la trouvais, seule, couverte de poussière d’étoile (même que ça pique pas les yeux). Elle n’étais peut-être pas la plus belle mais pour moi elle l’était, je la savais ni romantique ni sentimentale, le pied bien ancré dans la terre. Les edelweiss sont ainsi, fortes, résistantes aux éléments. Je la cueillis délicatement et l’emportais.

Au refuge de Chanrion, un drôle de mec, un Américain, était là à la recherche de l’étoile filante tombée quelques jours avant.

C’était un descendant de sioux Lakota, mais moderne, avec G.P.S. et antenne satellite. Son nom, vous n’allez pas me croire, TEOTWAWKI, c’est dingue, pour un féru d’informatique en plus. Vous avez remarqué, non, et bien c’est l’acrostiche de the end of the worlds as we know it, qui se traduit par « le bug de l’an 2000 ».

Les sioux Lakota cherchent depuis toujours les météorites pour se mettre au défi ! On les appelle les chasseurs de tonnerre. Quelques jours auparavant l’orage avait grondé, sans pluie, et nous avions vu une étoile filante tomber du côté suisse. La police des States leur a depuis belle lurette interdit cette pratique qui s’apparente à un véritable suicide tant l’épreuve est terrible, soit disant.

Je pensais ah le « naze », avec son attirail c’est pas demain qu’il va trouver son caillou, qui avait d’ailleurs explosé en touchant le sol !

La nuit venue, sous la couette car on refuge on nous fournit des couettes, à l’aide de ma lampe frontale Peltz je regardais ma fleur. Elle avait une coupure dans le centre, sans doute un coup de dent d’une marmotte inexpérimentée.

Je mis ma langue entre ses étamines et léchais le pistil, son nectar était un ravissement pour l’esprit, et dans un cri puissant et tendre à la fois elle se transforma en la plus merveilleuse des fées, la nature se déchaîna, des bourrasques de vent secouèrent longuement le refuge, la toiture amarrée à l’aide de câbles fût malgré tout secouée violemment, les vaches toutes proches se mirent à meugler comme perdues et du village pourtant lointain montèrent les aboiements des chiens. Elle était tombée du ciel et avait pris l’apparence d’une edelweiss, la fleur de l’éternelle jeunesse, même cueillie elle ne se fane pas et reste aussi belle qu’au premier jour. Ma fée était magnifique, même sa coupure sur le nez ne ternissait en rien sa beauté.

Cette transformation me surprit et me ravit, et soudain je pensais à la recherche du descendant des Sioux Lakota…

Au petit matin, 4H30 ! Pire qu’au boulot, levé pour l’étape suivante qui nous mènera à la cabane des Dix.

Ma fée était redevenue une fleur !

Et c’est reparti, accompagné du groupe de Bourg Saint Maurice. Chemin faisant nous voyons un groupe de bouquetins, rien que des mâles. A cette époque de l’année ils se séparent des femelles et vivent en célibataires de tout âge. En contrebas un glacier superbe passe mais, vu d’ici, de petits lacs d’un bleu turquoise, peut-être le glacier de Chanrion, je ne me souviens plus. Non, c’est le glacier de Bernay. Encore une petite grimpée et nous atteignons le glacier de Grete, vaste étendue plane, le soleil déjà chaud fait briller la glace d’un blanc immaculé.

Nous nous équipons et nous encordons, les crevasses cachées, nous ne sommes pas à l’abri d’une chute qui transformerait la ballade en drame.

Les crampons pénètrent la glace en un bruit de meringue qui crisse sous les dents, j’adore. Un autre groupe, à la tête duquel un guide des Pyrénées, mais qui ne travaille que dans les Alpes, nous double.

Au loin à notre droite, des cordées descendent d’un glacier assez fracturé. Ces gens-là, que nous croisons dans ce secteur du glacier de Grete, parcourent un itinéraire totalement différent du nôtre.

La traversée se termine, nous nous arrêtons pour casser la croûte, manger, toujours manger. L’exercice et le froid nous creusent.

Je vire tout, baudrier, corde, crampons, godasses, ça pèse au bout des jambes, et revêt mes chaussures légères, oh que c’est bon, je me sens aérien. Je préfère le poids dans le sac qu’aux pieds et les chaussures raides font souffrir les genoux.

Durant notre repas plusieurs cordées nous dépassent, au loin la cordée de Bourg Saint Maurice arrivera d’ici une demi-heure. Le refuge est en vue, on n’est pas pressé de repartir. Tiens, Sandrine et les chasseurs, ils sont où ? Malheureusement ils sont passés, on ne les a pas vus. On décolle, aïe aïe aïe, la glace de nouveau, vite les crampons.

Puis le sol redevient minéral et bientôt la cabane des Dix et sa douche extérieure, heureusement c’est grand soleil et 12° (2928 m) ! Super repas, le patron un peu rude mais réglo et sympa malgré tout. C’est les 100 ans du refuge. Demain grosse étape : montée de la pigne d’Arolla, 3796 m et arrivée au refuges des Vignettes. Il fait jour encore mais on monte dormir.

La nuit venue, ma fée réapparaît, magnifique toujours, dans la nuit elle me dit que c’est la dernière fois que je la vois, son ami Cyrius l’attend et elle l’aime. Je lui dis « va vers lui et vivez heureux », je la serre contre moi et l’embrasse, j’adore. Sa peau est d’une douceur bien mieux que le velours, ses seins petits, tout tendres, deux petits grains de beauté sur le droit, adorables. Son ventre, j’y enfonce mon visage et voudrais toujours y rester.

Je lui caresse le corps, les pieds, c’est mieux que de faire l’amour me dit-elle. On s’endort, on est bien, je m’éloigne un peu pour la laisser dormir, sa main me cherche.

Le matin, 4H15, elle a à nouveau disparu, je ne la verrai plus, je suis triste et heureux, pour moi, pour elle, pour eux. Ce Cyrius a beaucoup de chance. Il doit la rejoindre, ils vont vivre ensemble.

Au déjeuner, on part avec les lampes frontales, il fait nuit noire. La pigne d’Arolla me paraissait terrible de loin, finalement, ça va pas mal mais ça monte pas mal…

Point de vue superbe, pas un arbre pour arrêter le regard, on est à 3800 mètres…

Et descente en direction du refuge des Vignettes, 3158 m, le vide devant, derrière le plus doux des refuges. Quand on arrive peu de monde occupe encore les lieux mais j’imagine déjà demain matin pour se préparer… Ca va être la cohue, le sas est tout en longueur, il aurait fallu au moins un mètre de plus en largeur mais ils ne pouvaient sans doute pas gagner davantage sur le vide. Malgré tout, très beau refuge ; l’accueil de première classe. Numéro un au hit parade des refuges. Fin de journée, assoupissement ; tout le monde y va de ses conseils, je fais le con bien sûr mais quand je touche le sol de mes mains, jambes tendues, ça crie à l’imposture et je suis obligé de distribuer des bonbons Batna pour rétablir le calme.

Il y a des livres que des randonneurs ont laissés, en ayant terminé la lecture, des livres allemands, anglais, la vie de Michel Debré (en français), deux livres chinois tout petits riquiqui… Guerre et paix ! Oui les deux volumes, en chinois, 100 grammes !

Et évidemment le Chamonix-Zermatt en autrichien mais les photos restent les mêmes !

La douche chaude, super sauf que c’est en panne et le gardien est désolé ! La seule douche chaude de la rando, dommage.

Repas copieux, bien. Pas plus cher qu’à Chanrion, dix fois mieux.

Au dortoir du bois toujours, deux étages neufs. Cette fois-ci nous dormons en bas, finalement c’est plus commode. Je m’endors en pensant à ma fée, triste, mais elle va retrouver l’homme qu’elle aime, Cyrius, c’est normal, je n’étais là que pour la réchauffer un peu.

Dans la nuit sans bruit elle me rejoint, sans un mot. Je suis étonné mais je ne dis rien, la serrant dans mes bras : « elle a perdu Cyrius ». Je la rassure, il t’aime, il te retrouvera, il viendra à toi. Elle sourit, elle s’endort, câline.

Levé 5h, petit-déjeuner copieux. Premier pas dans la glace, direct, les lampes frontales dessinent l’itinéraire sur des kilomètres, elles diffusent leur faisceau dans la nuit comme des points sur des i. Le jour se lève anéantissant leurs efforts rendus anémiques et anecdotiques devant le rayonnement de l’astre solaire.

Nous franchissons un glacier très fracturé, très crevassé, c’est un peu du sport mais c’est bien, ça change un peu du blanc neigeux. Ici c’est la glace pure, translucide, si on glisse on se râpe la gueule et ça fait mal comme un mur crépi. Même avec des crampons, à la descente c’est pas évident. Sur notre droite nous apercevons le refuge (hutte en suisse allemand) des bouquetins, refuge non gardé, nous l’ignorons et parcourons une véritable mer de glace en direction du plan Bertonne. L’eau coule en surface, parfois on trouve un moulin où l’eau s’engouffre en creusant la glace pour poursuivre sa route sous le glacier.

Plan Bertonne, balade alpestre au milieu des moutons épars, ici les troupeaux sont en liberté et les bêtes s’éparpillent énormément. La pluie nous arrive au galop, nous abrégeons notre repas du midi mais quoi qu’il en soit nous serons mouillés avant d’être à l’abri. La pluie cesse aussi vite qu’elle est apparue, le soleil revient et le refuge de Bertonne est en vue, sur son piton rocheux. Construction surprenante, architecture contemporaine qu’on s’attendrait plus à rencontrer en ville.

L’ultime montée nous crève, les derniers mètres sont parcourus par un vent très violent, soudainement c’est l’accalmie, à l’abri des rochers. L’échelle nous séparant de la cabane me hantait les jours précédents mais sur place c’est nettement moins impressionnant que celle de la Mer de Glace en haut du petit train du Montenvers. Bertonne, les chiottes horribles, là c’est la catastrophe, je ne sais pas quel est le problème mais ça « chlingue » à mort. Et pas d’eau, pas de salle de bain, l’odeur reste dans le pif…

Les dortoirs, par contre, clean, le notre est en demi-cercle et les couchages en rapport étroit aux pieds, large aux épaules, ça va, ça passe, mais il faudrait dormir que sur le dos, seulement je préfère être sur le côté, en chien de fusil, ça coince un peu et mon voisin rugbyman n’est pas vraiment convivial.

Ici, il y a deux services pour le repas, c’est pas un problème. Les guides officiels, comme tous les soirs, aident à la vaisselle, pour la plupart, c’est sympa.

Demain Schönbiel et la fin des glaciers. Je pense à ma fée, elle ne peut s’éloigner des glaciers, elle a du retourner vers son amoureux. Seulement, la nuit venue elle me rejoint à nouveau. Qu’est-ce que je dois penser ? J’imagine des choses, je rêve un peu. Je m’endors dans ses bras, le dortoir est endormi, cette nuit les ronfleurs s’en donnent à gorge déployée.

Dehors il neige, mais je n’ai pas froid, je suis bien et ma fée dort contre moi, je la regarde dans la nuit et devine sa beauté, elle sent bon la vanille. J’ai toujours peur de lui tirer les cheveux qui se répandent sur tout le lit tant ils sont longs.

Schönbiel, que nous réserve l’avenir ?

Départ à la frontale, descente des échelles, oh doucement, moi je démarre doucement, on est pas à deux minutes près.

La neige craque sous les pieds, une bonne couche est tombée. Au lever du jour la montagne est propre et silencieuse.

Les choucas nous suivent un moment, ce sont les seuls animaux qui occupent ce territoire toute l’année à 2500-3000 mètres environ. La composition de leur sang les empêche de geler l’hiver. Ils volent dans la vallée pour se nourrir et remontent en altitude.

Schönbiel, montée à la tête blanche, 3724 m, malheureusement dans le brouillard. Jean a l’altimètre et nous savons ainsi ce qu’il reste à monter. Seulement nous ne verrons aucun paysage, la vue sur l’Italie, niet !

Dernière descente glacière, on prend son temps et le soleil est revenu, c’est magnifique. Nous voyons de près le Cervin qui nous sert de repère depuis le début, bientôt tous les kilomètres sont parcourus, nous allons passer derrière et verrons sa face sud.

Un groupe nous double, à fond, que nous rejoignons sur la moraine. Nous quittons l’équipement pour la dernière fois, baudrier, corde, crampons. Soudain ma fée apparaît, invisible aux yeux de tous et vocifère « j’ai perdu mon ami Cyrius, c’est ta faute, disparais car tu n’es rien ! ». Sur ce elle se transforme en mante religieuse et se précipite sur moi. Je recule, surpris, mais un moulin s’ouvre sous mes pas. Je tombe dans une citerne d’eau glacée, je ne trouve pas la surface, mon piolet, bleu clair, n’est pas visible dans l’eau au milieu de la glace. Les parois lisses ne fournissent aucune prise, mes grosses chaussures ne me permettent aucun déplacement dans la masse de l’eau. Je coule encore. Le temps semble une éternité, je n’ai pas le courage de lutter, des milliers de questions envahissent mon esprit. J’ai froid, très froid. Je touche une forme, le piolet. Je le saisis mais le manche, trop long, ne me permet pas de planter la tête dans la paroi. En plus, sans force, sans volonté, mon corps s’abandonne. La corde rouge de Jean me caresse le visage, je la saisis, mollement, elle me tire vers le soleil et la vie.

Le guide péruvien Raoul Mendés m’enserre de sa corde, il est descendu jusqu’à l’eau. Son groupe nous suivait et à leur arrivée, encore équipé, découvrant le drame, il était le seul à pouvoir descendre dans le trou.

L’air libre, le soleil, nu sur un rocher je reprends vie. Je suis séché et rhabillé. La force me revient, mais le moral est au plus bas, qu’est-ce qui s’est passé ? Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? Pourquoi ça ?

Mais je repars, debout, le sac sur le dos.

Schönbiel hutte, le refuge est déjà plein.

Une jeune femme est dans l’entrée, elle soigne ses pieds, elle est démonstratrice pour les produits Avon parait-il. Elle me dit : « j’ai la peau fragile, j’ai une peau de bébé, j’ai des pieds de fée ». Des pieds de fée ? Mais déjà Sandrine et les chasseurs s’approchent, elle s’éloigne, nous ne la reverrons plus. Jean était là aussi, silencieux.

Raoul Mendés m’invite chez lui au Pérou, et il me dit « toi, à 6000, des feuilles de coca, tu n’en as pas besoin ». J’explique mon invraisemblable histoire de fée, il nous raconte : Il s’appelait Cédrone, n’y a-t-il pas des Smith et des Giovanni en France. Gaucho en Patagonie, il l’avait trouvée à sa cabane, un soir. Elle venait de nulle part, ses chevaux s’étaient enfuis deux jours auparavant, le cheval de bât et le cheval de monte. Elle avait trouvé la cabane avec une carte et une boussole. Il lui restait bien peu de choses, le cheval de bât ayant semé le paquetage dans sa fuite, quelques objets et linge qu’elle avait retrouvés pris dans les broussailles battues par le vent du sud violent et continu à cette époque de l’année.

Il lui avait offert l’hospitalité, celle des gens qui n’ont rien et qui donnent tout par devoir aux inconnus de passage. Le gaucho est ainsi et n’attend rien en retour. Elle avait accepté le maté, le pain rassis, un bout de viande froide, sans doute du mouton. Il lui céda son lit et s’endormit sur une peau de mouton à la laine épaisse d’un gros mâle coriendal qu’il avait dans son troupeau à une époque, désormais seuls demeuraient les mérinos à la laine plus fine et plus chère.

Elle resta là quelques temps, aidant à l’extensia, elle était bonne cavalière et connaissait les bêtes, triait les agneaux, castrait les mâles et rassemblait les troupeaux car la tonte approchait et les tondeurs n’allaient pas tarder à débarquer, dès qu’ils auraient fini le troupeau précédent. Le contremaître serait averti par la radio.

Le marchand ambulant vint faire le ravitaillement, les tondeurs sont nourris essentiellement de viande de mouton, tous les jours, tous les jours, bonjour l’équilibre alimentaire.

Cédrone acheta du chocolat qu’il offrit à la femme qu’il aimait de plus en plus, elle aimait beaucoup le chocolat au lait, et aussi commençait à imaginer l’avenir sous un autre angle.

Après tout elle était là avec lui, supportait tout ou presque. Elle était très susceptible, il fallait bien faire attention à ne pas la fâcher, mais il s’adaptait tant il pensait à elle et il l’admirait. Il y a quelques semaines Cédrone et elle avaient uni leurs solitudes. Il n’était pas allé en ville depuis quatre ans et les femmes sont rares dans la pampa, alors… S’aimant en cachette des autres. Dans le silence de la nuit elle le rejoignit, elle parlait, lui l’écoutait. Elle lui disait ses voyages de par le monde, avec ses parents puis seule, ses rencontres, sa vie. Elle lui expliqua l’amour qu’elle avait pour son père et sa mère, sans pouvoir leur dire, car c’est ainsi, chez elle ils ne parlaient pas de ça et elle le regrettait.

Cédrone était surpris, en Argentine dans les familles ils se parlent librement et s’aiment au grand jour heureux de leur bonheur.

Elle parlait de lui aussi, sa cabane rudimentaire, son travail incessant, son isolement, sa solitude. Qui persisterait dans ces conditions, quelle femme pourrait vivre sa vie ? Il écoutait et acceptait ses remarques mais c’était sa vie. La Patagonie est une sorcière qui vous prend dans ses bras et jamais ne vous lâche.

Il lui avait offert un béret qu’il avait en réserve, héritage des bergers basques qui étaient venus « faire fortune » à une époque pas si ancienne et qui s’en étaient retournés pas toujours très riches. Certains avaient tout abandonné au vent qui démantelait désormais les bâtiments, jumeaux des villes fantômes des westerns.

Les basques s’en étaient allés, les bérets seuls persistaient.

Les tondeurs étaient en route, vite il fallait ramener les bêtes au hangar de tonte, seul bâtiment agricole de la ferme.

Les gauchos parcouraient l’extensia du matin au soir, rassemblant les milliers de brebis aux toisons blanches.

Le groupe électrogène frémit et la laine coupée, triée, conditionnée s’entasse.

Tous les soirs les sacs s’accumulaient, attendant le camion qui emporterait la récolte de l’année. Un tondeur espagnol venu en renfort avait apporté un fromage de chez lui, genre « vacherin », mou, presque liquide sous la croûte.

C’était pas mauvais mais dans la nuit elle se plaignit du ventre, malade, elle voulut sortir pour laisser Cédrone dormir. Le lendemain le travail se prolongeait et il devait partir très loin pour rapprocher des brebis encore, mais il la garda près de lui, il l’aimait pour les bons moments et pour les autres aussi. Elle alternait les instants de fièvre et d’hypothermie, les vomissements suivaient à lui arracher les tripes. Il ne savait que faire et était triste de sa souffrance. Ce fromage qui avait voyagé en était sans doute la cause mais il pensa que vingt ans auparavant son amie du moment avait vécu un moment semblable et il se souvenait.

Le matin il prit son cheval et la laissa dans cet état-là, épuisée, le ventre douloureux, seule. Il se sentait coupable de partir mais que dire, que faire !

Toute la journée il pensa à elle, à lui, à eux, chevauchant comme un robot, effectuant le boulot machinalement, sans goût.

Le soir, loin de tout, il aurait du dormir avec les bêtes mais il creva son cheval pour regagner sa cabane, où elle était. Dans la nuit il la retrouva. Elle lui dit « pourquoi es-tu rentré alors que tu travailles loin plusieurs jours ? ». Il lui dit son inquiétude dans un demi sanglot. Lui si sûr, réservé, se faisait du souci pour elle et son courage lui donnait de la force.

Le jour d’après très tôt il reprit le chemin, sa tâche l’attendait, la tonte se poursuivait et il ne fallait pas que les tondeurs manquent de brebis, surtout pas. Le troupeau rendu à la ferme, sans attendre il se devait de rejoindre Marilou, car c’est ainsi qu’elle se nommait. Ses parents l’avaient ainsi baptisée car ils aimaient Polnareff et l’avaient conçue l’année de cette chanson. Ce n’était pas sa meilleure chanson mais le prénom leur plut.

Le cheval que le contremaître lui avait confié était à l’attache mais Marilou semblait ne pas être là. Après un moment, il appela aux alentours mais dut se rendre à l’évidence, elle s’en était allée, ses quelques affaires ne se trouvaient plus dans la malle, elle était partie !

Il faisait nuit noire et le tonnerre grondait, comme à la veille de leur rencontre…

Vers où chercher et depuis quand était-elle partie ? Oui partie, pourquoi, c’était normal, mais les mots qu’elle lui avait dit, qui lui avaient réchauffé le cœur et attendri l’esprit ? Elle l’avait invité chez elle, là-bas, très loin en France, lui qui était là dans un tel dénuement. Il avait choisi cette vie, la liberté, les grands espaces. Libre, mais oui, il n’avait rien. Travaillant pour un grand patron, un chanteur français ou un tricoteur italien, il n’en savait rien. Il faisait le travail sans même s’en soucier, mais maintenant tout lui paraissait dérisoire, ridicule même.

Le malheureux en perdit la raison, il lui avait donné son cœur, elle lui prit son âme. On l’appelait la gaucha no caballero, elle se fit tatouer son ombre dans le creux de ses reins. « Son ombre », oui, car là-bas, l’homme et le cheval ne font qu’un. Les jours de l’homme étaient désormais comptés, un condor le survolait désormais du matin au soir, en attendant l’issue.

Il s’appelait Cédrone, toujours à rire, à raconter des blagues, chantant, sifflant toujours, désormais on l’appela Silence, Silensio.

Sans savoir ce qu’elle était devenue, la vie lui parut insupportable. Personne ne l’avait vue, le marchand ambulant n’en avait jamais connu la trace et personne ne trouva jamais les chevaux qui lui échappèrent les quelques semaines précédentes !?

En Uruguay on la nomme maté car elle laisse toujours un goût amer dans la bouche.

Les Anglais appellent l’edelweiss Rose Marie.

L’histoire des Lakotas commençaient à s’expliquer… et l’interdiction des autorités américaines aussi. Les survivants en étaient endurcis mais combien y en avait-il ?

Une Québécoise, de service au refuge de Schönbiel, très terre à terre, me dit sa surprise : « chez nous au Québec on a un tchum de cœur, mais ça n’empêche pas d’avoir un tchum, un copain avec qui on aime faire des câlins mais sans vouloir vivre avec. Le tchum de cœur, c’est pour la vie, pour l’amour, avoir des enfants. L’autre, c’est parce qu’on aime passer du temps avec, mais un jour on se quitte bons amis, pourquoi accuser l’autre, c’est de la niaiserie. Elle pensait à son amoureux et toutes les nuits elle te retrouvait pour à la fin te détruire. Dans ce cas-là c’est de la démence, même si on ne sait pas comment pensent les fées venues sur terre dans le tonnerre. Le tonnerre, c’est pas bien sympathique ».

Oui, accuser l’autre de ses propres erreurs permet de se libérer l’esprit. L’autre, l’amoureux, étant devenu un pourri, on peut plus facilement l’oublier et vivre sans lui. Mais c’est injuste. Quand on ne veut pas communiquer ou quand on ne peut pas ou qu’on ne sait pas communiquer, c’est une méthode mais elle est injuste et ignoble. Les deux en souffrent. Quand on ne sait pas dire stop, il est impossible de dire « je te prie de m’excuser », la vie en devient insupportable. Moi je sais dire cela, mais je parle à un mur, c’est pour cela que j’ai écris cette histoire sortie entièrement de mon imagination.

Un petit gars venu d’Asie s’approcha, s’assit en tailleur sur le banc devant nous. Ce n’est pas une femme comme nous l’entendons, chez moi, en Birmanie, on l’appelle Vinyan, esprit errant qui se matérialise toujours en femme, amante. Toujours pour mettre les hommes à l’épreuve, jamais les plus fragiles mais à la fin ils souffrent comme des enfants quand ils le peuvent encore. A l’époque de la Rome antique, de telles femmes, superbes, existaient, elles avaient sur l’épaule droite le dessin d’un papillon. Les Romains imaginaient que l’âme des hommes quittait le corps par la bouche, prenant l’apparence d’un papillon. Ces femmes étaient redoutées mais la recherche de la bravoure semblait bien plus valeureuse aux légionnaires que leur propre vie. Dans mon pays, le seul remède aux hommes en perdition est le branding, ils sont suspendus à l’aide de crochets plantés dans la peau. Ensuite ils sont tatoués sur une grande partie du corps, l’arrière des cuisses, les coudes, l’intérieur des biceps, le crâne et d’autres endroits bien plus sensibles encore. Cela agit comme un exutoire pour ceux qui tiennent encore à la vie. La plupart se jettent dans les fosses des chiens Akita, plus félins que canins, pensant sauver leur âme qu’ils ont en fait déjà perdue. Ces chiens, très joueurs, agissent comme les chats avec les souris, de longues heures d’agonie mortifient les suppliciés mais vivre est plus douloureux encore.

Le coucher de soleil illuminait le Cervin d’une couleur flamboyante, irréelle. Toute la nuit le vent souffle avec force. Malgré tout, le linge restait humide, le matin rien n’avait séché ! Il faudra trimballer les fringues mouillées, donc lourd.

La descente vers Zermatt interminable mais le génépi pullule le long du chemin. Jean et Eric font provision. Heureusement le village de Zmut nous attire, architecture caractéristique d’une époque très ancienne et que l’on retrouve dans divers endroits du monde, sur des continents différents alors qu’il n’y avait pas moyen de communiquer en ce temps-là, Zmut a 500 ans !

Mais les pyramides des Aztèques étaient-elles connues des Egyptiens ?

A différents points du monde, les êtres humains inventent les mêmes outils, les mêmes armes, les mêmes constructions. Aux mêmes problèmes les hommes trouvent les mêmes solutions, bienfaisantes ou non, sans jamais se concerter.

Zermatt, la ville sans voiture, calèches, véhicules électriques et vélos sont les seuls moyens de transport, après une semaine de glacier cela parait même normal. Un seul camion, celui des poubelles, choquant.

La Suisse et ses magasins… de luxe, les montres, les fringues, le chocolat suisse, de quoi ramener à la maison pour faire plaisir. Ici, pas de baraques à frites, point de hot dog, mais des petits pains fourrés au gruyère fondu. Près de la gare, le groupe de l’U.C.P.A. nous aborde, me questionnant sur mon sauvetage, les nouvelles vont vite en montagne !

Karine, l’accompagnatrice, m’encourage de quelques mots. Ils poursuivent leur rando pour deux jours sur les Monts Roses, Castor et Pollux. J’ai envie de les suivre mais je reste avec mon groupe, je me sens en forme mais c’est plus raisonnable. Nous rejoignons Chamonix par le train, les paysages sont jolis, la nature est resplendissante, mais pour moi tout

est… gris. Est-ce que j’ai gardé la vie et perdu le sens des couleurs ? Gris, il ne manque que trois couleurs, le jaune des fleurs, le bleu du ciel, le rouge du sang qui coule dans mes veines. Avec ces trois couleurs j’aurai toutes les couleurs de la vie qui me reste à vivre et du monde qui me reste à découvrir.

Les couleurs des gens qui m’aiment, que j’aime et ceux qu’il me reste à rencontrer.

Le jaune du miel si doux sur la langue, le bleu de la mer, immense.

Le rouge des flammes de l’enfer qui n’a pas voulu de moi, rouge comme l’ibis qui vole, libre dans le ciel. Etrangement la lave en fusion des volcans est rouge et jaune en même temps et grise sur fond de ciel bleu une fois refroidie.

Il me faut trouver un volcan parmi la glace.

Nous sommes le 11 août, tiens j’ai eu cet accident le jour de mes cinquante balais.

Dans deux jours nous gravirons le Mont Blanc du Tacul. Mais pour l’heure, en touriste tranquille, je vais faire un tour aux aiguilles rouges. Je passerai au refuge du lac blanc, les gens y sont très sympas. Je porte une poignée de sel pour les chamois qui en sont friands, comme tous les herbivores des montagnes. Cela leur manque et ils s’apprivoisent facilement grâce à ce qui pour eux est une friandise mais aussi un besoin que ne couvre pas la nature en ces lieux. Je dépose le sel, les chamois ce soir en feront leurs délices.

Pour l’heure, l’hélico fait le ravitaillement, les grosses bouteilles de gaz sont échangées, montées les pleines, descendues les vides. L’hélicoptère étant le seul moyen de transport, surtout pour ce genre de colis.

Mont Blanc du Tacul, départ vers midi pour rejoindre le refuge du goûter ainsi demain matin lever 4h pour l’ascension finale avant le lever du soleil. Nous y retrouverons des amis, le groupe de l’U.C.P.A., ils ont déjà soupé et s’en vont dormir. La montagne, manger, dormir, marcher. La tonte en Crau, tondre, manger, dormir, pas le temps pour le reste. Heureusement qu’en montagne on se nourrit l’esprit, on se charge d’images et de sensations.

Nouvelle nuit sans sommeil, depuis ce fameux jour, mais la fatigue m’est devenue étrangère, un bref assoupissement désormais satisfait les exigences. Auparavant il me fallait sept heures de sommeil mais dix me convenaient bien mieux. Ce fut un temps, actuellement les nuits sans sommeil sont la règle. J’entends le remue-ménage des préparatifs, Karine est près de moi, il fait très froid, la glace a craqué toute la nuit, je suis tellement bien, je ne bouge pas. Elle me retient contre elle, chacun dans son duvet, mais je sens sa chaleur et ça apaise mes angoisses. Elle doit avoir la peau aussi douce que ma fée mais je ne la toucherai pas.

Eric m’appelle, je dois me lever, on est à la bourre. Les Allemands sont déjà partis alors qu’ils devaient nous suivre. Karine me retient, elle a vu une étoile filante dans la nuit sans lune, et le ciel a encore grondé. Je n’ai rien vu, rien entendu, j’ai du m’assoupir un plus qu’à l’ordinaire, un instant, rien qu’un instant.

Merci Karine mais mes amis sont partis, je dois les rejoindre. Je pars et cours à perdre haleine, crampons aux pieds, la glace fait un bruit de polystyrènes que l’on frotte l’un contre l’autre. Ca pète en haut, chute de sérac, je gueule, mes amis s’arrêtent net, l’avalanche les prend en bordure. Déjà les gens du refuge, alertés par Karine, accourent. Nous avons eu de la chance mais les Allemands sont emportés corps et biens, aucun survivant, la montagne les a pris à notre place ! Août 2008, déjà 100 morts dans les Alpes.

La malédiction de l’étoile filante a encore frappé, mais hélas des innocents en ont payé le prix. Désormais je suis à l’abri des dangers de la montagne. Je suis allé aux 7 Laux, au Rocher Blanc, où mon cousin s’est tué. Je suis monté jusqu’en haut et il m’a assuré de sa protection. Il est parmi les génies bienfaisants, le sourire aux lèvres, le regard rassurant, il m’accompagnera désormais. Je ne risquerai plus jamais rien.

Mais je vais acheter quelques broches à glace de plus et je suis en pourparler avec la société Simond à Chamonix pour concevoir un piolet à manche modulable.

Il ne me reste plus qu’à trouver ce volcan qui me rendra le sens des couleurs. Où est-il ? En Islande ou au … Japon ?

En attendant c’est l’automne et je reprends les semailles et la tonte des agneaux.

Ce printemps Damien monte en grade et me remplace à la tête de l’équipe, y’a pas de raison de s’en faire, il a la tête bien sur les épaules. Il est gaucher et efficace, lui.


Toute ressemblance avec des évènements ou des personnes ayant réellement existé ou existant est tout à fait fortuite.

Surtout ne négligez pas l’importance d’un bonjour.



Le Japon m’attire, le pays des traditions et des légendes médiévales s’impose à moi.

12 heures d’avion, 9 heures de décalage horaire. Le paysage est magnifique, les couleurs de l’automne font penser à la Norvège au mois d’octobre, me précise mon ami Koki qui m’accompagne. Les dames en kimono se pressent aux temples, brûlent des bâtons d’encens et présentent leurs offrandes que les bonzes disposeront autour des autels à destination des ancêtres qui accompagnent les défunts vers l’au-delà. Comme partout les crocs envahissent les trottoirs et ici ont supplanté les tongs parmi les baskets. Mais contrairement à la Norvège où quasiment aucun oiseau ne laisse deviner leur présence, excepté quelques mouettes, ici les pépiements et sifflements sont bien présents. Les petits oiseaux animent le ciel de leurs vols discontinus et permanents. Le Mont Fuji domine la région et est vénéré comme un dieu, il enserre toute l’histoire de l’humanité, son sommet enneigé éclatant sur un ciel… bleu sans doute, incomparable, lumineux et puissant, aucun nuage ne perturbe le regard. C’est fascinant, je ne peux détourner les yeux mais un vieil homme me sort de ma réserve ou plutôt de mon espérance.

Il est Tonji Talami, 113 ans, doyen de l’humanité. Koki me traduit ses paroles. Koki, que j’ai rencontré à Chamonix est résident permanent en France. Tous les Japonais souhaitent un jour découvrir le Mont Blanc. Lui ne veut plus le quitter, est devenu guide de haute montagne.

Je connais ta quête, dit-il d’une voix sûre. Mais pour purifier ton esprit il te faut purifier ton corps. Tu ne peux fouler ainsi de tes pieds le Mont Fuji. Ce n’est pas une montagne, c’est la mémoire des hommes, de la terre et de l’univers. Il contient tout le passé, le futur et l’espérance des hommes. Je le salue humblement et Koki m’emmène au sanctuaire du mont sacré.

Je suis pris en charge par plusieurs jeunes femmes, minces, les cheveux très sombres, leurs tenues d’un autre âge sont réellement grises, me précise Koki, elles sont sobres et magnifiques, très amples et diaphanes.

Après une séance de sauna très, très chaud, je suis épilé de la tête aux… pieds. C’est très douloureux, très. Je suis poilu, partout, et je souffre pas mal. Massée, ma peau est décapée à l’extrême à l’aide d’onguents aux odeurs inconnues, très agréables.

Vêtu d’un kimono fin, gris clair (blanc soi-disant), je sue de tous les pores de la peau. C’est l’automne, le vent très froid, mais la chaleur pour moi est pratiquement intenable. Je vois dans le parc des enfants jouer, courir, fortement couverts, mais pour moi c’est une journée tropicale.

Les jeunes femmes me servent du thé délicieux, brûlant, qui me semble tiède, des crudités magnifiquement préparées et présentées. Mis en bouche ces mets me fondent sur la langue, c’est étonnant. La pièce est envahie par les fragrances de fleurs simples et très belles, des fleurs de jasmin.

Je suis épuisé, je m’endors sur un grande quantité de coussins, le tatami m’écorcherait le corps tant il est mis à vif.

Dans quelques jours l’expédition sommitale, déjà sur les rails, nourrit tous mes espoirs. Les équipements nous sont déjà fournis par le temple du mont sacré, entièrement. Manifestement l’accès en est très ritualisé.

Les moines bénissent le barda que nous emporterons bientôt. Pour l’heure nous devons prendre des forces, aucun aliment n’est autorisé durant la montée. On doit arriver en haut complètement dans les vapes et redescendre. Je comprends qu’il faut une grande motivation pour réussir.

Ai-je fait autant de mal pour supporter tout ça ?

Je suis au régime sumo, 7 vrais repas par jour, impossible de tout manger, je vous l’assure. La seule différence est que mon menu est plus riche en protéines, les sumos devant accumuler de la graisse, moi non. Donc pour moi pâtes au blé dur et eux se délectent de pâtes faites à base de farine de riz, le tout accompagné à l’avenant. Ce soir en ville le groupe de percussions Stomp assure l’affiche, pour une fois que j’étais en mesure de comprendre le spectacle, ne parlant ni japonais ni anglais, je suis confiné au temple. Les jeunes femmes, cette fois-ci vêtues de kimonos comportant un énorme nœud dans le dos, aux motifs très variés, très colorés d’après Koki, merci de la précision. L’une d’elles a le dessin d’un papillon Isabelle de France, brodé dans le dos, ce doit être magnifique en couleur.

Etonnant, car ce papillon est totalement inconnu ici.





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