Mr Petit



Nouvelle écrite par Pierre ERNOULT dans le style Parodie



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M. Petit est comptable dans une fabrique de la grande banlieue parisienne. Il habite dans un HLM, non loin de son lieu de travail. Jusqu'à une date récente, son immeuble se situait au pied d'un pré à vaches. Depuis quelques mois, il regarde avec intérêt chaque matin et chaque soir, de sa fenêtre, la construction d'un ensemble immobilier de maisons individuelles clos par un mur. Certes, il regrette les vaches, mais cette immense étendue verte ponctuée ici et là de quelques bovins l'ennuyait. Cette campagne jusqu'alors épargnée lui paraissait sans vie. Il espérait que cette nouvelle concentration de population allait permettre l'ouverture de quelques magasins qui manquaient singulièrement dans le quartier, dont un bar tabac.

Chaque jour, M. Petit note l'évolution de la construction qui est maintenant en phase finale, et la compare avec le panneau publicitaire du constructeur placé à l'entrée du nouveau domaine. Souvent, Mme Petit vient le rejoindre à la fenêtre. Elle pose alors sa tête pleine de rêve sur l'épaule de son mari et caresse son ventre qui s'est déjà bien arrondi. Les Petit ont déjà deux filles et en attendent une troisième. Bientôt ils devront prendre la première grande décision de leur vie de couple. Leur F3 devient trop juste pour cette famille qui s'accroît. Leur immeuble possède bien quelques F4 ou F5, mais ils sont déjà occupés par des marocains qui travaillent dans la même usine. M. Petit les connaît bien et entretient des relations de bons voisinages avec eux, n'hésitant pas à leur rendre ou à leur demander un service à l'occasion. Ces familles ne projettent pas de partir et M. Petit doit donc trouver une autre solution.

Le programme immobilier qui se bâtit le tente. Installée à proximité du HLM et de son travail, sa famille ne se sentirait pas trop dépaysée. Ils avaient bien le droit aussi de posséder une maison à eux. De plus, ils le savent, un gardien surveillera les entrées et sorties des propriétaires. Cette sécurité est d'habitude réservée aux lotissements luxueux. M. Petit est comptable, pourquoi vivrait-il dans le même immeuble ques des ouvriers ?

M. Petit s'est renseigné, le plus modeste des pavillons, un cinq pièces, est juste dans ses moyens. M. Petit est économe et possède déjà un pourcentage non négligeable, approchant le quart du prix total de la construction. Le remboursement mensuel sur quinze ans reste élevé, mais possible si la famille fait attention à ses dépenses. Les seuls loisirs de la famille sont la télévision et une petite chaîne HIFI achetés à l'hypermarché de la ville voisine. M. Petit a payé comptant parce que le crédit coûte cher. M. Petit attend pour la fin de l'année une augmentation promise depuis des années. Avec ces quelques pourcents supplémentaires, ils pourraient s'offrir quelques nouveaux loisirs. Ils seraient simples bien sûr, mais ce ne sont pas les plus coûteux qui rendent les plus heureux.

Les comptes ont été faits et refaits, M. Petit est prêt à signer, d'autant plus que le constructeur le presse. Ce dernier à fait les calculs avec lui. Voyant les qualités d'économie de M. Petit, il lui a assuré qu'il n'aurait aucune difficulté à rembourser le prêt bancaire. Le constructeur s'occuperait des formalités dans l'intérêt de son client. Il se portait en quelque sorte garant auprès de l'établissement financier du bien fondé de la transaction.

Un seul obstacle fait encore hésiter M. et Mme Petit. L'événement et la somme mise en jeu sont trop importants pour décider seuls, sans conseil. Il a été décidé d'aller consulter une voyante pour s'assurer que le ciel portait leur projet. M. Petit irait à Paris voir Mme Irma – voyances en tout genre – tarot et boule de cristal – retour d'affection garanti, dont il tenait une publicité de son magazine télé. Le rendez-vous est pris pour le samedi suivant. M. Petit n'a pas discuté les honoraires qui s'élèvent à la somme de 500 F.

Dans le cabinet sombre aux lourdes tentures de velours rouge, M. Petit se sent à l'aise. La pièce lui semble être exactement ce qu'il a imaginé qu'elle pourrait être. Mme Irma l'écoute attentivement, lui demande de placer ses mains autour du socle de la boule en contact avec la base de celle-ci et lui dit qu'elle voit. Mme Irma voit une grande dépense pour cette fin d'année. M. Petit en conclue que l'affaire sera faite. Elle voit de grandes recettes pour l'année suivante, une en tout début d'année, puis une plus importante encore deux mois après. Mme Irma voit aussi des recettes mensuelles d'origine extra professionnelles représentant une bonne partie de son salaire actuel. Elles lui seraient versées au moins jusqu'à l'année suivante. Mme Irma ne voit pas l'origine de ces fonds, mais lui conseille de jouer au Loto les chiffres qu'elle a préparés pour lui. Elle lui recommande de placer ses gains afin d'obtenir une rémunération mensuelle.

Rentré chez lui, M. Petit annonce la bonne nouvelle à sa femme qui était restée à la maison garder les filles. Enceinte de huit mois, elle ne peut plus prendre le train pour Paris, ça l'aurait trop fatiguée. L'affaire est faite la semaine suivante. M. Petit tique bien devant des dépenses imprévues dont on ne lui avait pas parlé précédemment, frais d'actes notariés non inclus dans la vente, salaire du gardien payé au prorata des surfaces acquises, augmentation de la taxe d'habitation, etc. Ces sommes, qui s'élèvent à un supplément supérieur à 1000 F par mois, ne remettent pas en question sa décision. Il est sûr d'obtenir prochainement une masse financière suffisante pour assurer son aisance financière. M. Petit, tout à la joie de sa nouvelle demeure décide même d'acquérir du mobilier neuf, l'ancien ne pouvait plus convenir. Il s'endette encore un peu plus, mais si peu, son bonheur familial vaut toutes les peines.

Lorsque le 1er décembre son patron le fait demander, M. Petit se réjouit. Certainement M. Legrand va le féliciter pour la naissance de sa troisième fille, ainsi que pour l'acquisition de sa nouvelle demeure. Son patron est au courant puisque son accord pour un prêt complémentaire à faible intérêt est acquis. Ce sera l'occasion à M. Legrand d'étendre les largesses promises, peut être même d'effacer une légère dette. M. Legrand l'accueille avec un grand sourire réconfortant. Il félicite M. Petit pour les longues années qu'il a consacré à l'entreprise, modeste pierre parmi les pierres, il a contribué, dans la mesure de ses possibilités, à soutenir les fondements de l'usine. Malheureusement, la fabrique de rivets métalliques pour entreprises de construction, dont M. Legrand a la charge, a connu au long des années les aléas de la crise du bâtiment et de la concurrence toujours plus rude. Aujourd'hui la société évolue malgré les embûches qui tombent quand on s'y attend le moins, ainsi cette nouvelle récente : le non-renouvellement de contrat avec la première entreprise du bâtiment de France. Mais, M. Legrand saura se battre pour retrouver ses parts de marchés. En attendant, il doit se séparer d'une dizaine de collaborateurs dont M. Petit. Pour le remercier à sa juste valeur, il joindra au solde de tout compte qui lui sera donné le 2 janvier, une petite somme qui lui permettra de compléter le manque à gagner pendant les trois premiers mois suivant leur séparation. Il lui faudra néanmoins pour toucher ce petit pactole travailler avec acharnement durant son dernier mois dans l'entreprise pour laisser les comptes nets.

M. Petit arrive chez lui en sueur. Il regarde sa nouvelle maison dans laquelle il aimait tant rentrer jusqu'à ce jour. Il annonce la nouvelle à sa femme, elle se met à pleurer à gros sanglots. Les Petit refont leurs comptes, ils ne peuvent plus rester chez eux, ils n'en ont plus les moyens. Le constructeur ne peut pas les aider, sa garantie auprès de la banque était toute morale. Il leur conseille d'ailleurs au nom de cette morale de vendre rapidement afin de rembourser leur dette. La revente s'avère difficile, il existe encore de très nombreuses maisons invendues dans le lotissement. M. Petit devra abandonner tout le mobilier pour séduire le client. Informée de ces déboires, la Mairie accepte de lui rendre son ancien appartement dans la cité HLM. Elle l'avait conservée libre le temps de le rénover. Bien sûr le loyer en serait augmenté d'autant, mais il reste compatible avec les allocations de M. Petit. La Mairie accepte même d'avancer le loyer le temps d'attendre la vente du pavillon. Deux mois plus tard, M. Petit vend son pavillon. Il doit consentir un fort rabais pour attirer un client dont le choix s'était dévolu sur une habitation neuve.

M. Petit, durant ces loisirs forcés, pense beaucoup à cette catastrophe. Son angoisse monte avec les jours. Il vit des lendemains incertains et prend conscience d'avoir perdu en peu de temps des années d'économie car, de ces dernières, il ne reste plus rien. Il lui faut repartir de zéro. M. Petit pense souvent à Mme Irma. Il la hait, la rend responsable de ses malheurs pour avoir si peu vu son avenir. Et pourtant, quand il y réfléchit Tout ce qu'elle avait prédit est arrivé. La grosse dépense pour la maison, le revenu du solde de tout compte en début d'année, la grosse somme provenant de la vente de la maison qui est déjà partie dans son remboursement. Enfin, les revenus extra professionnels proviennent des allocations chômage. Le Loto n'était qu'un conseil, Mme Irma avait bien dit qu'elle ne voyait pas la source de ces rentrées. M. Petit avait simplement mal interprété ses prédictions.

L'avenir semble trop sombre à M. Petit. Son angoisse est trop forte. Il a besoin d'y voir clair. C'est décidé, il retournera voir Mme Irma.

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