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De la Lumière à la Lumière


Auteur : FOURNIER Danièle

Style : Drame




Un cri. Des pleurs angoissés et insistants. Joris vient de faire son entrée dans notre monde. Sa maman, en sueur, épuisée, mais le visage rayonnant de bonheur, regarde émerveillée, ce petit bout d'homme que le médecin pose sur son ventre.

L'aube commence à poindre. Sylvie se dit que pour Joris c’est aussi le début de l'aube, sa première minute sur notre terre. Pour elle, c’est un miracle qui s’est produit… Ce petit être, ce bébé qu’elle a porté bien au chaud pendant neuf mois, en sécurité ; cet enfant désiré, espéré, elle lui a parlé tout le temps de sa grossesse, l'a appelé de nombreux petits noms doux, l'a bercé, rassuré et, le moment venu, tous les deux, dans une communion parfaite, se sont aidés : maman souffrait à chaque contraction ; c'était une souffrance douce sachant bien qu’au bout, la délivrance serait là, qu'elle allait recevoir le plus beau des cadeaux, un enfant, son enfant… Elle suivait les conseils de son médecin, impatiente de donner la vie. Elle serrait les dents à chaque nouvelle vague de plus en plus rapprochée, de plus en plus forte. Bébé, lui, suivait ce tunnel sombre, hors de la poche qui le protégeait, se demandant combien de temps allait durer ce voyage et ce qu'il allait découvrir ? Il se frayait un passage de toutes ses faibles forces, quand tout à coup une grande douleur le saisit, un grand froid le surprit et il poussa un hurlement, pour mieux respirer ? Par peur de l’Inconnu ? Pour dire bonjour à tous ceux présents qui l’accueillaient et surtout sa maman dont il reconnut la voix douce, chaleureuse mais un peu inquiète : « Tout va bien ? Il ne lui manque rien » ? Que voulait-elle qu'il lui manque ? Elle l'avait tellement chouchouté tous ces longs mois, tellement préservé, pourquoi cette peur ? Lorsqu'il fut sur son ventre, il respira avec délice son odeur, frissonna de joie sous ses caresses ; il aurait bien aimé lui dire tant de choses, qu'il était heureux d'être son petit garçon, qu'il l’aimait déjà très fort, et qu'il lui disait un grand merci d'être sa maman chérie. Mais déjà une infirmière le reprenait, le lavait, le frottait, l'habillait. Une douce chaleur l'envahit et lorsqu'elle le coucha dans le berceau près du lit de maman, il s'endormit, apaisé. Il avait besoin de récupérer…

… Un coup discret frappe à la porte, celle-ci s’ouvre et laisse apparaître un bel homme aux yeux verts, tenant à la main un magnifique bouquet de roses rouges. Il avance timidement dans la chambre, ses yeux brillants de bonheur fixés sur la jeune femme qui lui tend les bras : « Jérôme » !
­- Ma chérie, ma toute belle Sylvie, comme j’aurais être aimé près de toi, te soutenir, t’encourager. A la minute où j’ai su que les contactions avaient commencé, j’ai sauté dans la voiture, j’ai roulé toute la nuit et espérais être là pour accueillir notre enfant ?
-Je le sais mon amour. Tout le temps de l’accouchement, j’ai pensé à toi, je disais ton prénom mentalement ».

Jérôme se penche sur le berceau et regarde ce petit être si fragile encore, tellement vulnérable, son fils, leur fils : Il caresse tendrement avec mille précautions son front, ses petites mains si jolies… « Des mains de pianiste » dit-il à sa femme. Elle éclate d’un rire joyeux, moqueur : « Tu tires déjà des plans sur la comète ?
- Sais-tu, je n’en reviens pas que c’est nous, avec notre chair et notre sang et surtout avec notre amour si puissant, que nous avons fabriqué notre bébé. Cette vie, c’est une nouvelle aube qui se lève, c’est une personne à part entière avec son caractère, ses qualités et ses défauts. Puisse sa vie être riche de promesses bénéfiques ! Puisse-t-il grandir avec sagesse, intelligence du cœur et joies lumineuses ».

Et Jérôme dépose doucement sa main sur la tête de son fils en une bénédiction muette et fervente. Sylvie a les yeux remplis de larmes, elle tend la main à son mari, lui sourit affectueusement. Jérôme approche une chaise près du lit, s’assoit et prend dans sa main celle de sa femme . Un courant passe entre eux. Ils n’ont plus besoin de paroles. Ils se sentent en parfaite communion. Un grand moment s’écoule et Jérôme se rend compte que Sylvie s’est assoupie, rassurée, confiante. Il reste près d’elle sans faire le moindre mouvement, se contentant de porter son regard sur elle, puis sur le berceau. Il est bien…

La porte s’ouvre brusquement et la puériculture rentre un sourire bienveillant aux lèvres :
… « Allons, il est temps de changer ce petit bout et de lui donner sa première tétée ». Et avec habileté, elle soulève Joris et passe dans la pièce à côté. Elle l’étend sur la table à langer et avec dextérité et douceur, elle le lave, lui met des couches propres tout en lui parlant à mi-voix. Bébé gigote, heureux de se sentir propre et en même temps, mécontent qu’on est dérangé ses rêves, il commence à pleurer d’une voix forte et coléreuse.
« Allons, allons, on a faim ? On revendique déjà. Tu vas d’abord faire connaissance avec ton papa ».

Et Jérôme un peu effrayé mais très ému, reçoit dans ses bras son petit garçon. Il le dévore des yeux, il a peur de faire un mouvement. Il se sent maladroit, s’il allait le laisser tomber, est-ce qu’il ne le serre pas trop fort ? Il semble si minuscule, si fragile ? Sylvie qui s’est bien sûr réveillée, regarde fièrement ce tableau, son cœur bat plus vite ; elle a devant elle, les deux hommes qu’elle aime le plus au monde. Joris semble plus confiant que son papa car ses pleurs ont cessé et il tient très fort un des doigts de Jérôme…


… C’est la fête. Toute la famille est à la maison autour de Sylvie et du nouveau-né. Par-ci, par-là, des paquets sont ouverts, des vêtements, des bijoux, des peluches. Papa sert à boire à tout le monde aidé de sa belle-mère rayonnante qui offre gâteaux et dragées. Mais celle dont le regard attire, c’est Maminou, assise bien droite dans son fauteuil, ses cheveux blancs relevés en un beau chignon. Elle semble régner sur tout le clan et ses yeux rieurs contemplent le petit Joris dans les bras de sa maman, son arrière-petit-fils, le fils de sa Sylvie adorée !

Tout à coup, elle pousse un faible cri qui se perd dans le brouhaha et sa tête tombe sur sa poitrine. Mais Sylvie l’a vue. Elle dépose l’enfant dans son berceau et se précipite vers sa grand’mère, ameutant la famille. Un silence épais surgit, changeant subitement l’ambiance de la pièce. Une voix s’élève : « J’appelle le médecin ». Maminou est transportée dans une chambre où on l’installe confortablement dans le lit. Elle ouvre les yeux et regarde tous ceux qu’elle aime, grands et petits, leur sourit faiblement. Elle demande d’une toute petite voix à sa fille, à Sylvie et son mari de se rapprocher. Les autres se retirent et referment discrètement la porte.
« Maminou, ce n’est rien, le médecin va arriver, tu vas aller mieux ». La voix de Sylvie tremble en disant ces mots, pour se rassurer, conjurer le mauvais sort…
« Chut, ma chérie. Je n’ai plus beaucoup de temps. Ne sois pas triste. Aujourd’hui, c’est le plus beau jour de ma vie. Tu m’as donné un grand bonheur en m’offrant ce robuste arrière-petit-fils. A quatre-vingt dix-huit ans, ma vie a été bien remplie, avec ses joies et ses aléas. Il faut bien que je vous quitte. Il y a plusieurs années que mon crépuscule a commencé et le destin m’a privilégiée en me permettant d’être encore là aujourd’hui ; j’ai pu bénir Joris qui est entré dans ta vie. C’est dans l’ordre des choses : il est l’aube et je suis le crépuscule. Il arrive, je pars. Ne pleurez pas, au premier cri que l’on pousse en venant au monde, on meurt déjà un peu. Je vous aime tous ».

Et Maminou s’endort doucement pour un sommeil sans retour. Son visage est détendu, serein. Un léger sourire flotte sur ses lèvres.

Des pleurs rageurs retentissent dans le salon. Joris se fait entendre, réclame, insiste. Sylvie essuyant son visage ruisselant de larmes, sort tristement de la chambre et prend son fils dans ses bras.

« La vie continue », dit-elle aux membres de la famille qui ont compris que l’aïeule, abandonnant le crépuscule, s’en est allée vers la Lumière.





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