Thanatos menace la Terre



Nouvelle écrite par Pierre ERNOULT dans le style Science-fiction



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Chapitre 1 : Vol 42 S pour Base spatiale

Bud Weiser restait les yeux fixés sur le panneau d'affichage. Il attendait qu'on lui indique la porte d'embarquement du vol 42 S. Son visage se crispait sous l'inquiétude et ses mains se nouaient et se dénouaient de nervosité. Lassé de patienter, il interpella un homme placé un pas derrière lui. Ce dernier venait juste de consulter ce même panneau.
- Pardon, monsieur, je cherche le vol 42 S et je ne le trouve pas ; d'après mon horaire, il devrait se placer entre le 25 et le 38.

Dès que le mot 42 S fut prononcé, l'autre ouvrit grand les yeux.
- Il y a un vol 42 S aujourd'hui ? Je suis sûr que Thanatos fait des siennes. Vous y allez pour ça, n'est-ce pas ?
- Oui, heu ! Enfin, non, je ne peux rien vous dire, c'est classé confidentiel sécurité Je ne sais même pas si j'aurais dû vous dire cela.
L'homme eut un sourire jovial ; c'était un bon petit gros plein de vie.
- Ne vous inquiétez pas, je suis un homme discret. Je ne suis pas technicien de l'espace pour rien. Pour moi, c'est évident, ce bout de caillou ne peut que retomber sur Terre un jour ou l'autre. Simplement, j'espère que ma maison ne le prendra pas dans la figure, elle peut m'être encore utile. Moi, je ne crains rien, je pars pour trois mois là-haut, sur la base 38 justement.
- Vous savez qui peut me renseigner sur le vol 42 S ?
- Moi. Je connais tout ici. La base spatiale 42 est un satellite militaire ; ses départs ne sont jamais indiqués sur ces panneaux réservés aux vols civils. S signifie spécial et je peux vous dire que s'il y a un vol spécial sur la base 42 c'est qu'il va y avoir du grabuge avec Thanatos.
- Comment savez-vous tout cela ?
- C'est simple, 42 est la dernière des bases. C'est la plus grande, la seule que l'on voit à l'œil nu en plein jour. Depuis quelques jours, elle se rapproche de Thanatos. N'importe quel gosse peut le voir en regardant le ciel. Je peux vous dire que sur 38 je serai aux premières loges.

Au même moment, une voix féminine diffusée par haut-parleur annonça ce message : "Monsieur Weiser est prié de se rendre porte n°3. Monsieur Bud Weiser est prié de se rendre à la porte n°3. Merci."
- J'allais vous le dire. Salut et bonne chance ; vous avez une veine de tous les diables, la 42 est la plus moderne, vous vous sentirez comme sur le plancher des vaches, alors que moi je devrai boire au biberon, à mon âge.

Déjà Bud Weiser s'éloignait et ne l'écoutait plus. Il se sentait déjà suffisamment angoissé. Il ne souhaitait pas recevoir de détails sur la vie menée dans une base spatiale qui ne le concernait pas.
- M. Weiser ? Bonjour, je suis Kathleen Cooper, lieutenant dans l'armée de l'ONU. J'ai la mission de vous conduire à bon port sur la Base 42. Nous prendrons un Spacejet. C'est un court-courrier de l'espace ; il est petit, huit places seulement, mais très rapide. Notre vol ne durera que trois heures. Suivez-moi, nous allons prendre un petit train souterrain. Nous devons rejoindre la partie militaire de Cap Canaveral ; elle est située à 2 miles à l'ouest.
- Comment vole un Spacejet ? demanda Bud Weiser très inquiet.
- Rassurez-vous, ça part comme un avion. Vous ressentirez une forte accélération qui vous clouera sur votre siège. Un masque à oxygène obligatoire vous assurera une aide respiratoire. Le Spacejet se redressera pratiquement dès le décollage. Vous aurez alors l'impression d'être allongé sur votre siège. C'est une sensation étrange qui disparaîtra graduellement à mesure que l'attraction terrestre se fera moins sentir. Vous flotterez alors ; c'est pourquoi votre ceinture de sécurité restera électroniquement enclenchée. Bien sûr, en cas de nécessité physiologique, vous aurez la possibilité de rejoindre les toilettes. Nous arrivons à la porte d'embarquement ; suivez-moi.

Le Spacejet était vraiment étroit, pensa Bud Weiser, et les hublots minuscules : la paume de la main suffisait à en recouvrir un entièrement. Il ne partait pas en première classe passer des vacances à Hawaii, mais il prenait pour la première fois un vol pour la banlieue terrestre. L'œil vissé sur le hublot, il regardait ce qu'il y avait à voir. La nuit étoilée lui semblait nette comme en plein désert, mais il regrettait de ne pouvoir apercevoir que deux ou trois étoiles à la fois. La Terre demeura invisible. Seule une rotation du Spacejet lui permit de voir un étonnant lever de soleil sur le bord d'un arc de cercle noir. Le soleil se trouva alors face au hublot et l'aveugla.

Bud Weiser se retourna vers Kathleen Cooper. Elle occupait le siège situé à sa droite, de l'autre côté d'un couloir. Ce dernier était si étroit qu'il fallait marcher de côté, comme un crabe, si l'on désirait l'emprunter pour aller rejoindre les toilettes.
- Il n'y a que des militaires sur ce vol, remarqua Bud. Y a-t-il souvent des civils sur la Base 42 ?
- Non, je crois que vous serez le troisième civil à y être monté après le Président de l'ONU et le vice-président de l'Europe Unie. Mais, vous le savez, la Base 42 appartient à toutes les armées du monde, elle n'a rien à cacher. Elle est simplement un centre opérationnel : la visiter pour un civil semblerait fastidieux.
- Vous n'avez donc pas trouvé un militaire qui puisse me remplacer ?
- Aucune armée n'a de bon géologue spécialiste des météorites ; aujourd'hui, nous en avons besoin d'un. Rassurez-vous, vous n'aurez qu'un rôle de conseil, nous tenons en main toutes les cartes des opérations. Voici un dossier sur Thanatos. Je ne vous oblige pas à l'étudier dès maintenant, ce voyage est trop éprouvant pour vous. Consultez-le néanmoins, il vous faudra le connaître par cœur pour demain midi, heure universelle.


Chapitre 2 : Thanatos

Il y a sept mois, des astronomes faisaient une découverte extraordinaire. Des nuées de météorites interstellaires de grande taille entraient dans le système solaire. Elles coupaient littéralement celui-ci, et leur parcours, aussi spectaculaire qu'il soit, n'avait a priori rien d'inquiétant. Malheureusement, entre Mars et Jupiter, celles-ci entraient en collision avec un amas d'astéroïdes bien connus, probables restes d'une planète défunte. Le choc frontal fut redoutable ; de nombreux aérolithes déséquilibrés subirent l'attraction du Soleil et se mirent à foncer droit sur lui.

La Terre se trouvait sur leur trajectoire. L'avancée relativement lente à l'échelle cosmique des météorites laissait craindre une possible collision dans les trois mois suivants. Aucun pouvoir, que ce fût l'ONU, l'Europe Unie, les États-Unis ou la Russie, ne put réagir aussi rapidement. Une seule fusée contenant des charges nucléaires fut montée sur la base spatiale de Kourou. Les nombreuses incertitudes sur son utilisation et ses résultats ne permirent pas de la lancer.

Le monde s'effrayait au fur et à mesure que les aérolithes devenaient visibles dans le ciel. Les astronomes ne comptèrent pas moins de 18 météorites d'une taille supérieure à 500 mètres de long, 56 entre 10 et 500 mètres et enfin plusieurs milliers inférieurs à 10 mètres. Le plus grand, dans la tête du groupe, faisait 24 km de long. Dix-huit jours avant la période d'impact présumée, les météores se voyaient en plein jour comme des points lumineux, et la nuit comme des formes oblongues argentées.

Les précisions des astronomes de tous les continents indiquèrent que le gros de la troupe des aérolithes passerait devant la Terre, en un point situé à trois journées de circonvolutions. Si celle-ci avait eu trois jours d'avance, elle aurait été littéralement pulvérisée. La Terre ne subirait donc que les assauts des météorites retardataires de taille plus faible. Dix jours avant l'impact, ces derniers étaient dénombrés. Seuls trois de grandes tailles et terriblement destructeurs pouvaient entrer en collision avec notre globe.

Ils furent baptisés Hadès, dieu grec de la mort (487 mètres de long, 180 de large), Thanatos, la mort en grec (1 564 mètres de long, 943 de large), et Orcus, la mort en latin, le plus gros (3 023 mètres de long, 1 245 de large). Orcus à lui seul pouvait supprimer toute vie sur Terre.

Le jour dit, un spectacle inouï illumina la Terre. Ceux qui ne croyaient pas en Dieu et ne passaient pas leur temps à prier dans les églises, regardaient le ciel. La lune était entourée de dizaines de consœurs aux formes tordues et hideuses. Il semblait qu'elle se reflétait dans une multitude d'éclats de miroirs brisées et déformés.

Hadès tomba dans l'océan Indien et créa un raz de marée de cinq mètres de haut qui ravagea les côtes de l'Afrique et de l'Inde, tuant des centaines de milliers de leurs riverains. Sa chute au fond de l'océan se fit par un à-coup perceptible par tous les sismographes mais sans réel danger pour la planète.

Orcus passa entre la Lune et la Terre. Très près de la Lune, en un point où la force d'attraction respective des deux planètes s'annihile. Orcus ne dévia que de quelques degrés et quitta rapidement l'orbite terrestre pour plonger sur Mercure.

Thanatos passa plus près de la Terre et subit son attraction. Il ralentit et opta pour une orbite légèrement elliptique autour des deux tropiques. Il semblait qu'il avait trouvé là un nouvel équilibre.

Il fut dénombré plus de cinq mille météorites de plus de 50 kgs chacun tombés sur la Terre. Le plus spectaculaire pesait 45 tonnes et tomba pendant la nuit sur des gratte-ciel de bureaux de Manhattan à New York. Le premier immeuble fut décapité sur sept étages. Le second perdit quatre étages à mi-hauteur : jugé dangereux, il sera démoli. La pierre s'affala en fin de parcours sur un immeuble de huit étages qui s'écroula sous son poids et disparut sous un profond cratère. On ne releva que 54 victimes, précisa la mairie.

Cette nuit-là, un feu d'artifice illumina le ciel des heures durant.

Aujourd'hui, Thanatos montrait de très graves signes de fatigue. Son entrée sur la Terre n'était plus qu'une question de dizaines d'heures. La base spatiale 42 était entièrement occupée par le problème Thanatos.


Chapitre 3 : La base 42

Les huit passagers arrivèrent à bon port à l'heure dite. Ils durent attendre une demi-heure pour que le sas atteigne son étanchéité optimum et que l'équilibrage des pressions entre le Spacejet et la base soit réalisé.

Dès l'entrée Bud Weiser fut déçu : il pénétrait dans une minuscule pièce blanche avec pour seul comité d'accueil un vague poster représentant un chalet dans la montagne suisse.
- Je vous l'avais dit, la Base 42 est uniquement fonctionnelle, précisa le lieutenant Cooper. Il y a peu de choses inutiles ici et relativement peu d'espace. Je me permets de vous donner quelques détails techniques. La base possède une circonférence de 500 mètres environ. Nous sommes ici sur le pont supérieur et intérieur de la base. Il est réservé aux espaces de vie. Le pont extérieur en-dessous de nous, comporte uniquement les espaces de travail. Le boyau circulaire à dix mètres de large. Vous verrez la base reprend à peu près les études d'habitacle réalisées pour le Bœing 787.
- Comment avez-vous recréé l'attraction terrestre ? À l'aéroport un technicien de la base 38 m'a dit qu'il serait obligé de boire au biberon.
- La Base 38 est de forme lenticulaire, elle est bien trop petite pour générer une force. En faisant tourner la Base 42 sur elle-même nous atteignons une masse théorique comparable aux cinq sixièmes de celle de la Terre. C'est suffisant pour marcher convenablement, vous vous sentirez juste plus léger. Évitez les gestes brusques ; d'ailleurs, évitez tous les mouvements rapides, vous vous y habituerez vite.

Bud Weiser et Kathleen Cooper remontaient un couloir en forte déclivité ascendante. Pourtant, il lui semblait marcher sur une surface parfaitement plane. Le lieutenant Cooper s'aperçut de son interrogation.
- Nous marchons la tête vers le centre de la base. Notre base ne fait que 160 mètres de diamètre, c'est pourquoi vos yeux vous donnent l'impression que nous ne faisons que monter alors que vos pieds, plus terre à terre si je puis dire, avancent sur un plancher qui leur semble plat.

Bud Weiser et sa compagne empruntèrent un escalier de coursive qui les mena au pont inférieur. Le même couloir blanc, étroit, poursuivait un chemin identique, sans fin autour de la base. Bientôt, le lieutenant Cooper ouvrit une porte.
- Nous voici dans la salle des opérations stratégiques, dit-elle.

La salle était suffisamment longue pour que l'un de ses bouts disparaisse sous le plafond incurvé. Quelques dizaines d'officiers étaient assis à de très nombreux postes de commande. Un général, reconnaissable à ses épaulettes galonnées, se leva de sa table de contrôle pour accueillir le géologue.
- M. Weiser, enchanté, je suis le général Thompson. Nous allons avoir besoin de vos services. Nous dynamiterons Thanatos avant deux jours, sinon nous allons la recevoir de plein front. Il peut en résulter une catastrophe comme celle qui fut responsable de la disparition des dinosaures il y a 65 millions d'années. Mais, aujourd'hui, c'est l'homme qui règne sur la Terre, ce serait dommage qu'il disparaisse. Nous avons calculé que l'effet de la collision serait l'équivalent de 500 000 charges nucléaires conventionnelles : impressionnant non ? Il y a de quoi obscurcir la Terre pendant des dizaines d'années.
- Etes-vous sûrs de réussir ?
- Nous ne sommes sûrs de rien. Nous avons un bon plan et nous avons le temps de l'appliquer. Ça devrait réussir à nous rassurer.
- À combien de kilomètres sommes-nous de Thanatos ?
- À 180, lorsque nous aurons terminé notre phase d'approche, d'ici, le général consulta sa montre, d'ici quinze heures, nous serons à un kilomètre. Vous allez avoir beaucoup de travail ; mieux vaudrait que vous alliez vous reposer dès maintenant. Il reste dix heures avant qu'il ne soit midi ; nous aurons besoin de vous à ce moment-là. Je vous laisse aux bons soins du lieutenant : vous avez beaucoup de chance d'être en sa compagnie.

Le général lança un coup d'il au lieutenant qui rougit sous l'effet du compliment.
- Avant de vous montrer votre chambre, je voudrais vous faire visiter le vaisseau, proposa le lieutenant à son invité, cela vous intéresserait-il ?
- Bien sûr, avec joie !
- Nous avons autre chose que des couloirs sans fin. En fait, la partie opposée du vaisseau comporte une salle de relaxation ouverte sur toute la largeur du pont. Une autre possède une verrière offrant une vue splendide sur l'ensemble de la base. Nous allons prendre un ascenseur qui nous mènera de l'autre côté. Cela nous évitera de marcher sur 250 mètres d'un long, étroit et ennuyeux couloir.

L'ascenseur de la forme d'un hémicycle comportait 5 places. Ses passagers devaient poser leurs chaussures sous des sangles à rétraction automatique et attacher une ceinture accrochée à la paroi de l'ascenseur.
- À mesure que nous allons monter, nous allons perdre le bénéfice de la force centrifuge. Nous serons en apesanteur, c'est pourquoi nous devons nous attacher, précisa le lieutenant. Elle lui montra comment s'accrocher.

L'ascenseur commença à glisser dans le boyau à une vitesse toujours plus grande mais de moins en moins perceptible. Il devait franchir les 80 mètres qui le séparaient du cœur de la base en quelques secondes. Bud Weiser ne sentit pas l'arrêt de la cabine. Celle-ci s'ouvrit par le plafond sur une pièce sphérique.
- C'est ici que se rejoignent les quatre branches de la base. Regardez-moi et suivez mes mouvements.

Le lieutenant se détacha et s'extirpa de la cabine grâce à des poignées. Elle se hissa sans peine dans la salle sphérique et pivota sur elle-même. Elle entra ensuite dans l'ascenseur d'en face en tout point similaire au premier.

Bud Weiser, mi-inquiet, mi-passionné, suivit les conseils de son guide, mais un geste un peu brusque l'expédia tête la première directement de la cabine à l'autre. Kathleen dut le saisir à la taille et le renvoyer tout doucement dans la sphère centrale.
- Accrochez-vous à l'une des poignées et faites demi-tour sur vous-même. Je vous aiderai ensuite à me rejoindre.

Après quelques mouvements flottants, Bud rejoignit le lieutenant Cooper et s'attacha de nouveau.
- Nous recommençons notre trajet en mouvement inverse. Dans cette sphère, il y a les arrivées des couloirs techniques et quatre bouches pour les ascenseurs. Ils fonctionnent en deux groupes de deux. Les ascenseurs opposés montent en même temps afin d'accélérer la traversée. Il est strictement interdit d'en utiliser un latéral à celui qu'on a pris. Il arrive parfois que les quatre ascenseurs arrivent au même moment : il faut alors s'arranger entre personnes civilisées pour traverser le centre.
- Si je comprends bien, à partir du centre, où que nous allons, nous descendons.
- Bravo, vous avez parfaitement compris. Nous arrivons ; ces ascenseurs font l'équivalent de 28 étages en 12 secondes.

L'ascenseur ouvrit ses portes sur une belle salle de gymnastique où la plupart du personnel au repos bronzait sous des solariums.
- Tous les exercices se font sur machines guidées, vous en comprendrez facilement la raison. Aucun poids ne doit se balader.
- Vous avez même une mini-piscine ?
- Oui, elle est construite dans une boule transparente de trois mètres de diamètre. Elle offre juste de quoi barboter. Allons dans la pièce suivante, c'est la salle à manger privée du général, c'est le restaurant le plus romantique qu'il vous sera jamais donné de voir.

La pièce bien éclairée était superbe. Les tables étaient plaquées en bois naturel, les nappes épaisses en coton blanc et les couverts en argent dressés sur support aimanté. La salle possédait une chaleur qu'on ne retrouvait nulle part ailleurs sur le vaisseau. Plus extraordinaire encore, le restaurant offrait un toit transparent où le dîner aux chandelles se passait sous les étoiles.
- Mon Dieu, que c'est impressionnant ! dit Bud Weiser admiratif.

Le lieutenant éteignit les lumières pour mieux faire ressortir le ciel étoilé.
Devant s'étendait l'ensemble de la structure de la base, dans un ciel noir d'encre où les étoiles semblaient tourner lentement autour de la base.
- Regardez, là sur la droite, c'est Thanatos, le soleil l'éclaire de nouveau.

Le lieutenant pointait du doigt un petit caillou qui lui aussi participait à la superbe farandole lumineuse. Malgré sa forme nettement visible, il semblait à Bud bien petit pour être la cause de tant de soucis. Mais à mesure qu'il le regardait, il prenait conscience de son propre rôle dans la sauvegarde de la planète, de sa flore, de sa faune et de son humanité. Les muscles de sa mâchoire se serrèrent et au bout d'une minute lui firent mal.
- Je crois que je vais aller me reposer maintenant, dit-il. Auriez-vous un calmant pour moi ?


Chapitre 4 : La destruction de Thanatos

Bud Weiser se réveilla en sursaut, transpirant à grosses gouttes. Il avait fait un mauvais rêve : une énorme locomotive noire fonçait droit sur lui. Son cœur se mit à battre encore plus fort lorsqu'il réalisa qu'il n'était pas chez lui mais dans une petite cabine blanche. Il mit quelques secondes avant de réaliser où il était. Une sonnerie stridente résonnait à son oreille. Elle était très certainement à l'origine de son cauchemar.

La sonnerie cessa ; elle fut remplacée par une voix provenant d'un haut-parleur placé à une dizaine de centimètres au-dessus de son oreiller.
- Bonjour, M. Weiser, ici le général Thompson ; j'espère que vous avez bien dormi. Nous sommes désolés de vous réveiller si brusquement, mais nous avons besoin de vous dans vingt minutes au centre de contrôle. Le lieutenant Cooper viendra vous prendre. Vous avez une douche dans le sas situé à la tête de votre lit, merci d'économiser l'eau. Le café vous sera servi chez nous, ne tardez pas.

Le haut-parleur cessa de grésiller. Une bonne douche lui semblait indispensable. Il n'avait pas beaucoup de temps, mais il préférait cela. Il voulait éviter que son esprit vagabonde vers des pensées remplies d'angoisse.

Il finissait de se raser lorsqu'on frappa à la porte.
- J'arrive, répondit-il, vous pouvez entrer, je suis prêt dans trente secondes.
Le lieutenant Cooper entra dans le même uniforme que la veille ; elle semblait épuisée.
- Bonjour, nous sommes arrivés à notre but. Thanatos est tout prêt. Nos appareils de télémesures ont affiné leurs calculs et confirmé une faille dans la masse de Thanatos. Il pèse le tiers de son poids supposé, nous avons besoin de vos éclaircissements.
- Un tiers de sa masse ? C'est intéressant, allons-y, je vous suis.
- Le général souhaite que vous voyiez Thanatos de visu avant d'entrer dans la salle de contrôle. Attention, nous n'en sommes qu'à huit cents mètres, vous aurez un choc.

Bud Weiser suivit le lieutenant Kathleen Cooper jusqu'à la salle de restaurant. Cette pièce semblait être le meilleur poste d'observation. Elle était plongée dans une pénombre laissant uniquement les lumières de l'espace la pénétrer. Lorsque Bud Weiser entra, il ne vit rien d'autre, au travers de l'immense baie, que des étoiles scintillantes.

Soudain, il manqua de tomber pris d'un accès de faiblesse créé par une forte émotion. Thanatos venait d'apparaître sur la gauche et défilait à grande allure. L'astéroïde remplit en un instant tout l'espace délimité par le toit de verre. Il apparaissait tel un monstre à la gueule ouverte, prêt à dévorer tout ce qui l'entoure. Bud Weiser s'assit à une table et s'excusa pour cet étourdissement.
- Je vous avais dit que cela vous ferait un drôle d'effet. Pour tout vous dire, je ne me sens pas vraiment rassurée non plus.
C'était vrai, Kathleen Cooper était pâle.
- Nous sommes en position stable par rapport à Thanatos, mais n'oubliez pas que notre base continue à tourner sur elle-même. En fait, les spationautes que nous enverrons sur le météore n'auront pas cette impression de tournis en le rejoignant.
- Oui, répondit Bud Weiser, cette impression de vitesse m'a coupé le sens de l'orientation. J'ai cru soudain ne plus savoir où était le sol.
- Je rallume la pièce, cela nous aidera à nous y retrouver. De toute façon, nous devons rejoindre le poste central. Thanatos augmente sa vitesse régulièrement et dans quelques heures nous ne pourrons plus le suivre.

Une fois dans le couloir, Bud Weiser ne se sentit pas parfaitement assuré sur ses pieds. Il lui semblait suivre Kathleen Cooper d'une démarche toute mécanique.
Le général Thompson salua les deux nouveaux arrivants d'un grand sourire.
- Alors, vous préférez Thanatos ou les montagnes russes ? Ca secoue, hein !

Le général semblait calme, mais l'était-il vraiment ? se demanda Bud Weiser. L'entière responsabilité des opérations lui incombait et il ne pouvait pas se permettre de flancher, ni même de révéler une quelconque émotion. Il montra un des écrans aux nouveaux venus. Thanatos y paraissait étonnamment immobile.
- Voilà Thanatos éclairé par nos projecteurs. Nous avons sur le bord extérieur de la base une navette exostationnaire sur laquelle est montée une batterie d'appareils dont des caméras. Elle compense le mouvement de la base. Elle tourne sans cesse sur des rails et reste en permanence en contact visuel avec Thanatos.

Le général sortit de sa poche un coupon de tissu noir.
- Nos spationautes vont partir entourer Thanatos de Téflar. C'est un nouveau tissu composite qui résiste à tout arrachage même provenant d'une explosion de très forte puissance. Nous avons à bord des milliers de kilomètres de bande de ce tissu. Nous avons aussi des machines capables de la mailler à vive allure. L'habillage en bandes maillées de Thanatos devra laisser passer des morceaux d'astéroïdes suffisamment petits pour qu'ils soient détruits par l'atmosphère terrestre. Après ce travail, nous minerons le monstre pour qu'il explose quelques minutes avant qu'il n'entre dans l'atmosphère terrestre.
- Pourquoi à ce moment précis, s'étonna Bud Weiser ?
- La banlieue terrestre est vitale pour l'humanité, la Terre n'est plus autosuffisante. Nous ne pouvons pas nous permettre d'avoir des débris d'astéroïdes tournant en permanence autour de nos bases. La Terre nous servira de poubelle. La fenêtre de destruction sera très courte. Il faut détruire Thanatos avant qu'il n'atteigne les premières couches de l'atmosphère, ou nous allons générer un trou dans celles-ci. Il en résulterait une catastrophe géologique encore plus grave que la collision du météorite lui-même. Nous devons aussi éviter de le faire exploser avant d'être sûrs que tous les débris sont bien aspirés par la Terre et détruits avant d'avoir atteint le sol. C'est pourquoi nous avons besoin de vous.
- Qu'attendez-vous de moi exactement ?
- À partir de nos informations, vous devez nous expliquer les aberrations massiques de Thanatos afin de placer les charges de la puissance voulue là où il le faut. Il nous faut aussi connaître la densité des roches pour définir la taille du maillage nécessaire à l'habillage de Thanatos en tissu de Téflar.
- Je crois avoir une idée sur la composition de Thanatos. Ce n'est pas une météorite comme Hadès ou Orcus, d'origine stellaire, mais un de ces météores solaires faisant partie du groupe situé entre Mars et Jupiter. Donnez-moi vos calculs.

Le général Thompson lui tendit un long listing informatique rempli de tableaux et de lignes de chiffres. Bud Weiser le consulta avidement. Peu à peu ses yeux s'éclairaient de lueurs de joie. Il avait oublié toutes ses appréhensions pour redevenir le géologue spécialisé dans les astéroïdes qu'il était. Il avait tout compris et les chiffres qui défilaient sous ses yeux prenaient tout leur sens.
- Cette gigantesque pierre a été expulsée d'un volcan sur la planète défunte. Elle est composée d'une fine plaque de rochers riches en fer et d'épaisses couches de lave. Cette lave est enduite d'un plaquage de silicium manganique qui rend Thanatos opaque. Nous avons retrouvé une pierre du même type en Sibérie.

Bud Weiser relut consciencieusement toutes les données qui lui avaient été fournies et déclara :
- Vous devez réduire en cailloux gros comme le poing la partie actuellement visible de Thanatos qui est un rocher ferrique. La partie extérieure peut laisser échapper des morceaux de plus de 500 kgs sans problème : ils seront détruits sans coup férir.
- Bravo, je donne l'ordre de créer un maillage serré de dix centimètres sur la face visible et de cinquante centimètres sur l'autre. Nous sommes dans les temps, nous pouvons le faire.

Le général se retourna vers Bud Weiser.
- Nos machines vont très vite, mais jamais elles n'auraient pu produire en temps voulu un volume de tissu en mailles très serrées suffisant pour recouvrir Thanatos dans son ensemble. Maintenant, étudions ensemble la puissance des charges à placer.

Sur Terre, l'affolement était général. Thanatos prenait une vitesse inquiétante et grossissait à vue d'il. Il semblait devenir une fronde qui à chaque instant prend plus de puissance pour frapper son coup mortel. Ses moindres détails étaient visibles. Les traces d'astéroïdes qui lui grêlaient affreusement la surface étaient des signes de mort. Thanatos apparaissait à l'horizon pour disparaître quelques minutes après de l'autre côté. Ce circuit se continuait sans cesse, heure après heure, dans une course de plus en plus erratique. Le bolide commençait à tourner sur lui-même, annonçant sa chute imminente. Pas une cave, pas un souterrain, pas une grotte, pas une mine de sel ou de charbon ne voyait son sol foulé par des hommes et des animaux domestiques terrorisés. Dans les savanes et les forêts, prédateurs et proies unissaient leurs hurlements dans un vain appel à une force supérieure.

- Maintenant.

Sous l'ordre du général, Thanatos explosa dans une lumière aveuglante.
- Faites vos rapports, hurla le général à ses hommes.
- Bases 5, 12, 17 et 34 détruites. Elles ne comportent aucun personnel, répondit l'un à toute vitesse.
- Le filet en Téflar a bien résisté, nous ne comptons actuellement qu'une demi-douzaine de déchirures bénignes, répondit en écho un autre.

Les nouvelles étaient annoncées sans cesse, sans ordre d'importance, à mesure qu'elles étaient connues. Bus Weiser ressentit une forte douleur à la mâchoire lorsqu'il apprit la destruction de la Base 38. Il se rappelait les paroles de l'homme qu'il avait rencontré à Cap Canaveral. "Sur 38, je serai aux premières loges." Au bout d'une demi-heure, les informations se firent plus sporadiques. Les nouvelles en provenance de la Terre étaient plutôt bonnes. Thanatos fit le moins de dégâts possible.
- Les hommes sur Terre auront vécu une aventure extraordinaire, déclara le général. Et ce n'est pas fini ; des échos de sons, des marées se feront sentir sur plusieurs mois en tournant autour de la terre comme cela est arrivé pour le Krakatoa. La Terre se couvrira de cendres au passage des vents pendant quelques années. Voilà qui sera intéressant pour les météorologues et les géologues, dit-il en se retournant vers Bud Weiser. - Thanatos vient de faire découvrir l'espace à l'humanité entière en quelques heures, ajouta-t-il. Je suis sûr que ce jour sera à l'origine de la naissance d'une philosophie aussi importante que celles qui sont nées de l'avènement de Bouddha, de Jésus-Christ ou de Mahomet. Aujourd'hui est un grand jour pour l'homme.

Plus pragmatique, Bud Weiser pensa qu'il venait de perdre un beau sujet d'étude.

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