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Don Bosco


Auteur : SEYLLER Sandrine

Style : Conte




Shiva était un petit Indien qui vivait sur l'île de Trinidad. Cette île est située au nord-est du Vénézuela. Ses ancêtres étaient venus d'Inde vers 1850 pour travailler dans les plantations. A l'époque l'économie de l'île était presque entièrement basée sur la production sucrière. Mais depuis les choses avaient bien changé : on avait découvert d'importantes réserves de gaz naturel et aussi du pétrole. L'économie de l'île reposait donc maintenant en grande partie là dessus. Mais pour Shiva, tout ça ne signifiait pas grand-chose. Shiva habitait dans le nord de l'île, dans une région boisée et peu habitée. Ses parents étaient morts alors qu'il n'avait que trois ans. C'est sa grand-mère qui l'avait élevé. Mais maintenant, à douze ans, il était seul, ou presque, car vivait avec lui Don Bosco. Don Bosco était un âne, son âne, et il y tenait comme à la prunelle de ses yeux. Il y tenait parce que c'était la seule chose qu'on lui ait jamais donnée, cadeau d'un vieil homme à un enfant, cadeau d'un vieil homme sur son lit de mort. Mais aujourd'hui Don Bosco n'allait pas bien. Don Bosco avait l'air anémié. En plus Don Bosco avait une plaie à l'oreille et une autre sur le flanc gauche. Oh ! pas des grosses plaies, de petites plaies même, mais qui signifiaient quand même que cette nuit un animal sauvage avait attaqué Don Bosco. Shiva nettoya les plaies avec un peu d'eau. En lui lissant le pelage il remarqua que Don Bosco avait encore une autre petite plaie au-dessus d'un sabot arrière. Il la nettoya délicatement. Shiva se demanda quel animal sauvage avait bien pu attaquer son âne. Et surtout ce qu'il n'arrivait pas à comprendre c'est comment ça se fait qu'il n'ait pas entendu son âne se débattre et braire. Shiva tenait beaucoup à son âne parce que c'était un cadeau du vieil homme mourant, mais peut-être encore plus parce que c'était son gagne-pain. Shiva effectuait avec son âne tous les travaux qu'on voulait bien lui demander. Il lui faisait porter de lourdes charges sur des terrains accidentés. En ce moment il travaillait pour le compte d'un riche fermier. Il allait tous les jours à la carrière chercher de grosses pierres qu'il déchargeait ensuite chez le fermier. Mais aujourd'hui il hésitait à faire travailler Don Bosco. Son âne était blessé et ce n'était peut-être pas prudent. Il s'assit sur une grosse pierre et se mit à réfléchir. Mais si je n'y vais pas, mon employeur risque de prendre quelqu'un d'autre ! Il se leva alors, détacha la longe de son âne et partit en direction de la carrière.

La journée se passa sans encombre. Shiva avait juste un peu moins chargé Don Bosco qu'à l'habitude. La journée s'était même si bien passée que le soir Shiva en avait presque entièrement oublié les tourments du matin. A la nuit Shiva attacha Don Bosco à son piquet habituel et s'en alla dormir. Le lendemain, quand il se réveilla, il pensa que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais quelle ne fut pas sa stupeur en découvrant que Don Bosco avait encore été attaqué. Du moins c'est ce qu'il crut tout d'abord, car Don Bosco avait des taches de sang en plusieurs endroits. Mais en y regardant de plus près il se rendit vite compte que ce n'étaient que les blessures de la veille qui s'étaient réouvertes. Bizarre quand même ! Comment se fait-il que les plaies se soient réouvertes pendant la nuit ? Il alla chercher un seau d'eau, et à l'aide d'un chiffon nettoya à nouveau Don Bosco. Puis comme la veille, il alla travailler. La journée se passa à nouveau sans problème. Don Bosco avait juste l'air un peu plus fatigué que d'habitude. Le soir il l'attacha à son pieu, et fit une petite prière pour que les plaies ne se réouvrent pas durant la nuit. Mais le lendemain matin, les plaies étaient à nouveau réouvertes. En nettoyant Don Bosco, il découvrit même une nouvelle plaie au niveau de l'encolure. Celle-là elle n'y était pas hier ! se dit Shiva. Ou alors c'est son collier qui lui a fait ça ? Il sentait bien qu'en accusant le collier il avait là une réponse facile, mais aucune autre explication ne lui venait. Il caressa la tête de son âne : Allez ! parle-moi Don Bosco, dis-moi ce qui t'arrive ! Mais l'âne ne fit que fermer un oeil pour chasser une mouche. La journée se déroula à nouveau sans problème, sauf que Don Bosco était de plus en plus fatigué, et que Shiva ne remplissait plus entièrement les sacoches de pierres. Les journées passaient, et les forces de Don Bosco allaient en s'amenuisant. Shiva pensait que son âne était malade et qu'il finirait par guérir. Mais cela faisait bien une dizaine de jours que ça durait, et Don Bosco ne guérissait pas. Bien au contraire il perdait de plus en plus de forces, et Shiva avait bien remarqué que l'âne avait maigri. Un soir, Don Bosco était si fatigué, que Shiva eut l'idée de faire dormir son âne dans sa petite maison, et lui dehors. Il sortit le matelas et le mit juste devant la porte. Puis il fit rentrer l'âne dans l'unique pièce de sa maison. Une pièce d'environ trois mètres sur trois, avec des murs en pisé et un toit en tôle ondulée. Sur l'un des murs il y avait un poster de Ganesh, le dieu à tête d'éléphant. Ganesh te protégera ! lui dit Shiva. Puis il s'endormit dehors sur son matelas. Le lendemain matin, à peine réveillé, il alla voir Don Bosco. Aussitôt un sourire se dessina sur son visage. Don Bosco n'était rouge nulle part, aucune trace de sang. Shiva embrassa Don Bosco sur les naseaux et lui caressa longuement la tête. Puis il remercia Ganesh d'avoir protégé Don Bosco. La nuit suivante il dormit encore dehors, laissant à son âne sa petite maison. Au réveil il s'empressa à nouveau d'aller voir Don Bosco. Et une nouvelle fois un grand sourire illumina son visage. Il joignit les mains et remercia Ganesh. Il dormit ainsi dehors pendant une semaine, jusqu'à ce que son âne fût guéri, jusqu'à ce qu'il eût retrouvé ses forces.

Mais à peine Don Bosco redormit-il dehors que les taches de sang réapparurent. Shiva se mit à pleurer, ne comprenant vraiment pas ce qui se passait. Quelqu'un m'a jeté un sort ? se demanda-t-il. Tous les matins il lavait Don Bosco, nettoyant consciencieusement les endroits où le pelage était taché de sang, mais chaque matin les taches étaient à nouveau là aux mêmes endroits, et les forces de Don Bosco recommençaient à diminuer. Un soir, n'y tenant plus de voir son âne dépérir, il se dit qu'il allait monter la garde toute la nuit auprès de lui. Il prit son petit banc en bois et s'assit à côté de Don Bosco. Il attendit une heure, deux heures, mais rien ne se passait. Et puis il dut s'endormir car il se réveilla soudain pour voir que l'aube pointait. Le pelage de Don Bosco était à nouveau maculé de sang. Shiva sentit une immense tristesse l'envahir, un profond sentiment d'impuissance. Mais comment est-ce possible ? J'ai dormi toute la nuit à côté de toi Don Bosco, et je n'ai absolument rien entendu. Allez, dis-moi ce qui t'arrive Don Bosco ? Et les larmes de Shiva coulèrent sur le museau de son âne. Il était désespéré.

La nuit suivante il se jura de ne pas dormir. Pour cela il n'avait absolument rien mangé de la journée. La faim le tiraillait et il espérait bien qu'elle le tiendrait éveillé toute la nuit. A chaque fois que sa tête tombait sur ses épaules il réagissait en se pinçant ou en se donnant un coup de pied. Il était fermement décidé à ne pas se laisser gagner par le sommeil. Mais les pierres qu'il avait chargées et déchargées durant la journée finirent par vaincre sa résistance et il s'assoupit. Un hululement le réveilla en pleine nuit. Il ouvrit les yeux et comprit qu'il s'était encore endormi. Il secoua la tête pour se réveiller. Il lui sembla que quelque chose bougeait derrière son âne. Comme il faisait nuit noire il se mit à avoir peur. Il regarda le ciel : de gros nuages dissimulaient complètement la lune. Il avança à tâtons dans le noir. Il y a quelqu'un ? demanda-t-il pour se rassurer. Mais il n'eut pour toute réponse que le hululement du hibou. Il fit le tour de son âne, mais il ne vit rien. J'ai dû rêver ! se dit-il. Comme il lui avait semblé que c'est par terre que ça bougeait, il s'agenouilla derrière son âne pour regarder le sol. Il ne vit rien. Puis soudain, en touchant Don Bosco il sentit du sang. Il y a quelqu'un ! cria-t-il. Il sentit son sang se glacer. Ses jambes se mirent à trembler. Au secours ! cria-t-il. Mais il savait très bien qu'il n'avait aucune chance d'être entendu. La première habitation était à plus de deux cents mètres. Il tremblait comme une feuille morte. Il n'osait plus avancer. Une peur panique s'était emparée de lui. Il se mit à penser au diable et à s'imaginer toutes sortes de monstres maléfiques. Il pensa à une punition divine. Dans une vie antérieure j'ai dû faire quelque chose de mal ! Sa main était toute tachée de sang et il ne savait pas quoi faire. Il était paralysé... Au bout d'un moment il retrouva une respiration à peu près normale, ainsi que l'usage de ses jambes. Il détacha son âne et voulut le faire entrer à l'intérieur de la pièce. Mais l'âne ne voulait pas bouger. Il avait dû sentir la peur de l'enfant et refusait d'obéir. Dans le noir Shiva ne pouvait retrouver sa badine et n'avait rien pour le faire avancer. Hue Don Bosco ! Hue ! cria-t-il. Il y eut un écho lointain qui fit frissonner l'enfant. Shiva n'aimait pas le noir, surtout le noir total où on ne voyait rien. Finalement il réattacha Don Bosco à son piquet. Il savait que quand il ne voulait pas obéir il n'arrivait à rien. Shiva plaça le petit banc en travers de la porte. Comme ça il était sûr qu'on ne pourrait pas le surprendre par derrière. Dans le noir il avait quand même réussi à retrouver son couteau sur une étagère. Il le serra fort. Il sentait la lame s'enfoncer dans la paume de sa main. Cette sensation lui redonna un peu de force. Il avait de quoi se défendre. Il avait beau réfléchir, il ne comprenait pas ce qui se passait. Il pensa soudain à Gopala, l'autre enfant qui travaillait avec lui. Gopala avait aussi un âne et faisait le même travail que lui. Mais le frère de Gopala, Mani, lui n'avait pas de travail. Et il se demanda soudain si Gopala et Mani ne seraient pas en train de tuer son âne avec des aiguilles. Cette idée lui semblait absurde, mais il se dit que ça pourrait quand même bien être ça. Gopala ! Mani ! Salauds ! cria-t-il dans le noir, en pensant que si c'étaient eux ils prendraient peut-être peur et s'enfuiraient. La nuit avançait et Shiva savait maintenant qu'il ne dormirait plus. Avec la lame de son couteau il s'amusa à gratter son banc et de temps à autre la lame pénétrait dans le bois et un mince copeau giclait. Dès qu'un bruit se faisait entendre il cessait aussitôt de bouger et tentait de le localiser. Don Bosco remuait légèrement une patte arrière, celle qui saignait. Shiva ne se leva pas, mais remarqua que les nuages qui dissimulaient la lune étaient moins épais. Tout à l'heure, dans le noir, il ne distinguait même pas les formes de son âne, mais maintenant il les voyait correctement. Une chauve-souris passa au-dessus de sa tête. Elle s'éloigna. Puis il la vit revenir et se poser sur le dos de Don Bosco, et aussitôt s'envoler à nouveau pour se poser quelques mètres plus loin. Shiva regarda, intrigué, la chauve-souris. Il la vit courir sur le sol et se diriger vers Don Bosco. Elle s'arrêta juste derrière son sabot, puis se mit à renifler. Shiva vit que la petite chauve-souris avait sorti sa langue et qu'elle léchait le poil de Don Bosco. Et soudain il la vit ouvrir sa bouche et mordre. Ensuite il la vit boire le sang qui coulait. C'est incroyable ! se dit Shiva. C'est ces bestioles-là qui boivent le sang de Don Bosco ! Et il se précipita pour l'attraper, mais elle s'envola aussitôt. Shiva cria longtemps pour qu'elle ne revienne pas, puis il se tut. Crier lui avait fait du bien, il avait évacué sa peur, sa haine. Il se sentait maintenant apaisé. Au moins il savait qu'il ne s'agissait pas de démons, ni de Gopala et Mani. Il était soulagé. Mais il n'en était pas pour autant débarrassé de ces buveuses de sang. Oui, comment allait-il faire pour s'en débarrasser ?

Le lendemain il se fabriqua une grande épuisette avec un vieux manche à balai et du fil de fer qu'il tressa en forme de cercle. Pour faire la poche de son épuisette il dut sacrifier son unique rideau. L'épuisette une fois terminée il se dit qu'elle ne serait pas facile à manier. Il l'avait faite un peu trop grande. Je pourrais presque attraper Don Bosco avec ! se dit-il en riant. La nuit venue il commença à faire le guet. Il n'eut pas longtemps à attendre. Moins d'une heure après la tombée de la nuit une première chauve-souris apparut. Il se précipita pour l'attraper mais la manqua complètement. Une demi-heure plus tard il en vit une autre. Il la laissa survoler Don Bosco, puis se poser à terre. Il tenta de l'attraper au moment où elle n'était plus qu'à quelques centimètres de l'âne. Mais il tapa dans Don Bosco qui fit une ruade. Les sabots de l'âne frôlèrent dangereusement sa tête, et il dut s'estimer heureux de n'être pas blessé. Il décida alors de changer de tactique. Comme il avait remarqué que les chauves-souris survolaient toujours Don Bosco avant de se poser à terre quelques mètres plus loin, il se blottit contre l'âne et guetta. Dès qu'il vit une chauve-souris approcher, il leva d'un seul coup son épuisette en pensant qu'elle irait au fond, mais l'animal freina net et évita l'épuisette. C'est le diable ces bestioles ! pensa Shiva. Il n'arrivait pas à comprendre comment la chauve-souris avait pu freiner d'un seul coup pour éviter l'épuisette. N'importe quel oiseau aurait fini au fond. Une autre chauve-souris revint encore, mais Shiva ne réussit pas davantage à l'attraper. Finalement Shiva abandonna et alla se coucher. Quand il se réveilla le lendemain matin, l'âne avait été mordu en quatre endroits et des petites taches de sang entouraient les morsures. Des larmes coulèrent des yeux de l'enfant.

-Aujourd'hui je ne vais pas travailler ! déclara Shiva. Je vais aller à Arouca et essayer de trouver quelqu'un qui me dise ce que je dois faire ! Arouca était la ville la plus proche, située à une dizaine de kilomètres. Shiva y conduisit son âne et alla voir un vétérinaire. Celui-ci lui dit que c'étaient des desmodus ou vampires roux qui attaquaient son âne, et que s'il ne parvenait pas à s'en débarrasser, son âne risquait de mourir, qu'ils le videraient de son sang. Le vétérinaire lui donna un petit flacon contenant de la strychnine et lui dit d'en mettre quelques gouttes sur chaque plaie. C'était un poison mortel pour les chauves-souris, mais qui serait inoffensif pour son âne. Comme les chauves-souris revenaient toujours boire le sang aux mêmes endroits elles s'empoisonneraient. Pourquoi Don Bosco ne sent jamais rien ? demanda Shiva. Parce que la salive des vampires contient un léger anesthésiant. Et leur morsure est minuscule. Ils n'ont pas besoin de mordre profond, ils sentent les vaisseaux qui affleurent la peau. Et en plus, une seule morsure leur suffit car leur salive contient un anticoagulant, un produit qui fait que le sang ne s'arrête jamais de couler ! Shiva écoutait le vétérinaire, à la fois émerveillé et terrorisé devant les prouesses de cet animal. Et vous êtes sûr que ce qu'il y a dans ce petit flacon va suffire à les tuer tous ? demanda Shiva. Oui ! lui répondit le vétérinaire, à moins que bien sûr ils ne soient très nombreux ! Shiva remercia longuement le vétérinaire, car celui-ci avait bien compris que l'enfant ne possédait pas d'argent et ne lui en avait pas demandé, ni pour la consultation ni pour le petit flacon de strychnine.
Le soir même Shiva déposa quelques gouttes de strychnine sur chacune des plaies. Le lendemain en voyant les taches de sang aux endroits même où il avait déposé la strychnine, Shiva comprit que le piège avait marché. Plusieurs chauves-souris devaient être mortes en ce moment. Dans les jours qui suivirent il renouvela plusieurs fois l'opération. Mais au bout d'une dizaine de jours, constatant que les taches de sang étaient toujours là, il commença à douter de l'efficacité du produit. En plus Don Bosco avait encore maigri. Pour savoir si le produit est efficace, il faudrait que je sache où vivent ces bestioles ! se dit Shiva. Il se rappela que le vétérinaire lui avait dit que le poison mettait un certain temps avant d'agir. Oui, il faudrait que je trouve où vivent ces bestioles ! se répéta Shiva. Il lui revint alors en mémoire qu'il y avait non loin d'ici à l'intérieur de la forêt une grande grotte. Il n'était jamais entré à l'intérieur, mais il se rappelait que l'écho de sa voix laissait deviner qu'elle devait être très grande. Il se confectionna une torche et s'y rendit. Dès l'entrée il sentit une forte odeur d'ammoniac qui provenait des fientes accumulées sur le sol. Il enflamma sa torche et pénétra plus à l'intérieur. Il ressentit bientôt une certaine joie en découvrant quelques cadavres de vampires roux sur le sol. Il en compta cinq, cinq qui n'étaient pas morts depuis très longtemps. Mais en relevant sa torche pour éclairer le plafond son sourire se figea : partout des chauves-souris pendaient, il y en avait bien au moins une centaine, toute une colonie. Fou de douleur et de rage il lança sa torche dans leur direction. Effrayées quelques-unes s'envolèrent et se mirent à voler en tous sens dans la grotte. Shiva sortit en courant. Il rentra chez lui complètement effondré. Combien de temps Don Bosco allait-il pouvoir tenir ? Il avait déjà perdu pas mal de sang. Shiva regarda le petit flacon de strychnine. Il en avait déjà utilisé presque la moitié. Impuissant il ne pouvait pourtant pas se résoudre à abandonner son âne aux vampires. Que deviendrait-il sans Don Bosco ? Faire dormir son âne à l'intérieur et lui dehors ? Il y avait bien pensé, mais les nuits devenaient de plus en plus fraîches. Et puis, surtout, maintenant qu'il savait qu'il y avait ces bêtes dehors, il avait peur ! Une nuit il avait fait un cauchemar. Il avait rêvé que les chauves-souris étaient entrées par en dessous la porte et s'étaient jetées sur lui pour sucer son sang. Mais lui ne bougeait pas, ne criait pas au secours, ne se débattait même pas, car il ne les sentait pas. Et ce cauchemar était devenu une sorte d'angoisse perpétuelle car il avait toujours peur qu'il se réalise, que les chauves-souris viennent le vider de son sang pendant son sommeil. Alors, dormir dehors, non ! il avait trop peur.

Le lendemain il retourna à Arouca voir le vétérinaire. Il n'emmena pas Don Bosco. Ce n'était pas la peine, le vétérinaire savait ce qu'il avait. Le vétérinaire le reçut gentiment, mais malheureusement il ne put guère le réconforter. Le vétérinaire lui suggéra de construire une cabane en planches dont il boucherait tous les orifices. Shiva lui promit d'essayer. Mais avec quoi ? il n'avait ni matériau ni outils. Le vétérinaire n'avait pourtant pas été méchant, il lui avait même donné un autre flacon de strychnine. Shiva savait néanmoins que c'était le dernier, que le vétérinaire ne lui en redonnerait plus. Il se mit donc à construire une cabane. Au lieu de planches il utiliserait des branches, et au lieu de clouer il utiliserait de la ficelle. Mais la plupart des branches étaient toute tordues, et sa cabane prenait une piètre allure. Enfin, il se débrouilla quand même, et attacha ensemble des sacs plastiques pour faire une toiture. Malheureusement sa cabane était si mal construite que dès la première nuit Don Bosco fut à nouveau mordu. Les nuits suivantes il tenta de calfeutrer les ouvertures avec de la boue séchée, mais rien n'y fit, les chauves-souris trouvaient toujours un endroit par où passer. Shiva ne savait plus que faire.

Un matin, alors que Don Bosco n'était plus que l'ombre de lui-même, Shiva vit passer devant chez lui un vieil ermite avec sa vache. Il le connaissait pour l'avoir vu quelquefois au marché. Oh ! il n'y venait pas souvent, rarement même, puisque le vieil ermite se nourrissait exclusivement du lait de sa vache. Le vieil homme vivait seul, quelque part au pied d'une montagne qu'on disait sacrée. On disait encore que le vieil homme était un sage et qu'il connaissait une foule innombrable de choses. Shiva se dit alors qu'il irait le voir, et dès le lendemain il s'y rendit avec son âne qui n'avait plus que la peau sur les os. Il n'y avait pas beaucoup de montagnes dans les environs, et encore moins de montagne sacrée, si bien que Shiva n'eut guère de mal à le trouver. Shiva trouva le vieil homme en train de méditer, assis en lotus, et il n'osa pas le déranger. Il regardait les cheveux tressés de l'homme qui descendaient jusqu'au sol, lorsque ce dernier le vit et lui fit signe d'approcher. Shiva lui montra son âne et lui raconta tout ce qu'il avait déjà entrepris pour essayer de le sauver. Je sais ce qu'il faut faire ! lui répondit le vieil homme. J'ai eu le même problème avec ma vache il y a quelques années ! Le visage de Shiva s'éclaira d'un immense sourire. Le vieil homme se leva. Laisse ton âne là et suis-moi ! dit-il à l'enfant. L'enfant attacha son âne à un arbre et suivit le vieil homme jusqu'à la forêt. Regarde cet arbre, celui-là ! Grimpe et ramène-moi un des fruits ! Shiva grimpa aussitôt à l'arbre et fit tomber un des fruits. C'était un gros fruit vert très dur. Le vieil homme le cassa sur une pierre. La partie centrale du fruit était gélatineuse et gluante comme de la colle. Donne-moi ton petit flacon de strychnine ! dit-il à Shiva. Shiva le lui tendit, et le vieil homme en versa le contenu dans le fruit. Puis il mélangea soigneusement avec un bâton. Voilà, avec ça tu pourras tuer toutes les chauves-souris ! lui dit-il. Maintenant il te suffit d'en attraper quelques-unes vivantes et de leur badigeonner ça sur le dos. Mais attention, j'ai bien dit vivantes. Il faut que tu en attrapes quelques-unes sans leur faire de mal, tu enduis alors la fourrure de leur dos avec le produit, et tu les relâches. Mais attention à ne pas leur mettre de colle sur les ailes, il faut qu'elles puissent voler normalement. Elles retourneront alors dans leur grotte pour se nettoyer, et là leurs congénères s'empresseront de venir les aider. Elles les lécheront et s'empoisonneront à leur tour. Et bientôt toute la colonie sera contaminée. Mais comment vais-je faire pour en attraper plusieurs vivantes ? demanda Shiva. Ecoute mon enfant, si moi à mon âge j'ai réussi à le faire, alors toi aussi tu dois pouvoir, non ? Oui fit Shiva de la tête. Moi, j'avais entouré ma vache avec un filet, poursuivit le vieil homme, mais ton épuisette me paraît bien suffisante. Allez va maintenant, et n'oublie pas de revenir me voir pour me dire si tu as réussi. Et si tu n'as pas assez de poison, ce n'est pas la peine d'aller voir le vétérinaire, je t'en fabriquerai moi-même avec des plantes de la forêt. Shiva remercia le vieil homme, alla dénouer la longe de Don Bosco et rentra chez lui.

Cette nuit-là il ne dormit pas beaucoup, il la passa à courir après les chauves-souris en donnant des coups d'épuisette en tous sens, mais sans succès. La nuit suivante il confectionna un piège. Sous le grand cercle de son épuisette il plaça une coupelle contenant du sang. Et il se posta à quelque distance. Une chauve-souris s'approcha bientôt. Dès qu'elle fut sous l'épuisette il tira d'un coup sec sur la ficelle qu'il avait dans la main. La chauve-souris était prisonnière, le piège avait marché. Il la dégagea délicatement de la poche, et avec un petit bâton lui badigeonna le dos avec la colle empoisonnée, puis il la relâcha et la regarda s'envoler. Une heure plus tard son piège fonctionna à nouveau et il enduisit de colle la fourrure d'une autre chauve-souris.

Dès le lendemain matin, à peine levé, il courut jusqu'à la grotte. Le piège avait marché : il y avait des cadavres partout. Le sol en était jonché. Shiva se rappela alors que le vieil homme lui avait demandé de brûler les cadavres pour que d'autres animaux ne viennent pas à leur tour s'empoisonner en les mangeant. Ce jour-là il en brûla trente-cinq, et presque autant les jours suivants. En moins d'une semaine toute la colonie de vampires fut décimée, et bientôt Don Bosco retrouva toutes ses forces.





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