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La mort des tourterelles


Auteur : SEYLLER Sandrine

Style : Scènes de vie




Cette vocation toute nouvelle à devenir écrivain allait-elle me transformer, allait-elle faire de moi un être meilleur ? Je ne m’aimais pas, je ne m’étais jamais aimé. Parviendrai-je un jour à m’aimer ? Adolescent, j’avais souvent eu l’impression que sommeillait en moi un criminel, et que sans ma couardise, j’aurais pu tuer mon père.

Par une belle journée d’été, un mercredi après-midi, alors que je devais avoir treize ou quatorze ans, je me rappelais très bien avoir tué les tourterelles de ma sœur. C’était un acte purement gratuit. Elle ne m’avait absolument rien fait. Nul esprit de vengeance donc. Les tourterelles étaient deux. Elles occupaient une grande cage, située juste au-dessus de la niche du chien, juste sous le grand sapin. Leur cage était en fait un ancien clapier, fabriqué par mon père, mais il y avait maintenant déjà plusieurs années que nous n’élevions plus de lapins. Les pleurs de ma sœur à chaque lapin tué, et la comédie qui s’ensuivait à chaque fois pour les manger, avaient eu raison de l’élevage. Je m’étais approché calmement de la cage. Les tourterelles roucoulaient tranquillement, elles étaient habituées à ma présence. Elles n’avaient nulle raison d’être effrayées. Jusqu’à aujourd’hui, je ne leur avais jamais fait le moindre mal. Et jusqu’à il y a seulement une demi-heure, j’ignorais moi-même que j’allais les tuer. Ce n’est que par hasard, en ouvrant un placard de la cuisine, et en voyant la bombe insecticide, que soudain l’idée avait germé dans mon esprit. Je levai le bras à hauteur de la cage, et orientai le diffuseur dans la direction des tourterelles. Dire que j’ai eu une seconde d’hésitation avant d’appuyer serait faux, car dès l’instant que l’idée avait jailli dans mon cerveau, et que celui-ci l’avait acceptée et jugée réalisable, un état intérieur de surexcitation extrême guidait tous mes pas. Dès lors, il ne m’était plus possible de faire marche arrière. D’une pression de l’index, je libérai le gaz insecticide et en vaporisai les tourterelles jusqu’à ce qu’elles en soient mouillées. Elles réagirent à peine. Elles battirent juste un peu des ailes au premier contact avec le produit, puis très vite se recroquevillèrent comme elles le faisaient par temps de pluie.

J’étais presque un peu déçu par si peu de réaction, alors que si, à l’inverse, elles s’étaient affolées dans leur cage, j’eusse certainement moi aussi cédé à la panique. Vu leur peu de réaction apparente, j’eus même des doutes que le gaz ait produit sur elles quelque effet ; mais au bout d’un quart d’heure environ, elles tombèrent l’une après l’autre de leur perchoir. Elles étaient raides mortes. Personne ne sut jamais que c’était moi qui les avais tuées. Tout juste trouva-t-on bizarre qu’elles soient mortes toutes les deux le même jour.





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