Un héros ordinaire



Nouvelle écrite par Christian BOSCUS dans le style Réflexion



Vous aimez cette nouvelle ? Partagez-là !
image3

Un de nos partenaires

SOLUTION - TRADUCTION
Traduction professionnelle
Pour tout type de projet

Il leur avait dit en haut de la montagne : « Regardez les oiseaux du ciel : ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n'ont ni cellier ni grenier, et Dieu le Père les nourrit. Combien plus valez-vous que les oiseaux ! »
Ils n’avaient pas compris.

Pour tous ces mots étranges, simples et profonds, pour l’amour donné, partagé, pour le pain rompu et distribué, pour mille étrangetés, simples pour lui, ils le clouent sur la croix comme un vulgaire brigand. Bien sûr, ce n’est pas eux. Ce sont les autres, mais il n’y a personne pour le défendre. Il est abandonné de tous. Son sang ruisselle sur l’herbe humide. Dans la nuit noire et profonde, il a froid. Son corps nu habille l’horizon de la verticalité de l’humain dans toute sa divinité.

Elle est à genoux dans la boue vomie par l’indifférence et la peur. Ses yeux sont des lumières posées sur les siens pour qu’il ne sombre pas dans le néant. Elle sait l’essentiel : il faut le faire tenir jusqu’au petit matin. Il doit rester en vie. Ses frères lui ont donné la plante qui garde en vie. Il doit rester conscient sinon il mourra !
Son esprit s’envole par-delà la souffrance qui déchire sa chair. Il la revoit venir vers lui dans la splendeur du matin, belle comme un champ de coquelicots arrosés de soleil. Il l’entend lui souffler ses paraboles avec la tendresse du vent dans les hautes branches.
A l’heure propice, elle s’approche de lui, balayant les gardes de sa puissance féminine. Ils s’écartent pour la laisser passer. Elle s’agenouille et lui soutient les pieds. Elle les pousse vers le ciel comme la terre soutient l’arbre éternel de la connaissance.
Il sent son amour monter par ses orteils meurtris, laver ses plaies, panser son âme qui s’effrite. Il sent la vie, sa vie, emplir la sienne, le peu qu’il lui reste encore.
Elle l’emplit de son énergie féminine comme l’eau d’une source miraculeuse gonfle une outre tarie.
Il veut la contempler mais les forces lui manquent pour simplement tourner la tête.
Alors elle se met à chanter dans la nuit noire le chant Araméen de la fleur de vie.
Il écoute ses paroles. En lui, la force pour atteindre le petit jour revient emplir ses veines asséchées.
Sa voix s’imprègne dans sa chair comme une nourriture.
Il sent la vie raviver son cœur à-demi éteint par tout le sang qu’il a perdu quand ils lui ouvrirent le flanc pour s’assurer de sa mort.
Au petit matin, les gardes le descendent de la croix. Il semble mort. Ils le croient mais la vie bouillonne encore au plus profond de lui comme dans un volcan du cœur de la terre.
Ils le posent sur la pierre froide.

Ils l’ont cru mort ; d’autres l’ont cru ressuscité et ils en ont fait un Dieu pour avoir un prétexte à leur peu de foi. Bien sûr qu’il l’est, au même titre que toutes choses, que le lys dans les champs, que l’oiseau dans le vent, mais il savait : chacun est une manifestation de l’Esprit divin, une cellule de ce Corps éternel inexplicable. Chacun est un Rêve de Dieu ! Ils n’ont pas compris. Comment le pouvaient-ils sans avoir traversé eux-mêmes la souffrance ? Pour celui qui a franchi la mort de son vivant, point n’est besoin d’aucun appui, d’aucune canne pour avancer sur le sentier abrupt de la connaissance de l’Être. La « reliance » est dans chaque espace du quotidien et il n’est nul besoin d’une récompense ou d’une punition pour exister. La vie même est le but et le Royaume des Cieux n’est pas ailleurs que dans l’instant présent où séjourne l’éternité des mondes.
S’il avait été Dieu, souffrir autant qu’il a souffert aurait été de la rigolade face aux douleurs d’un cancéreux, d’un écorché vif par les bombes, d’un enfant torturé. C’est bien par le fait d’être un homme et d’avoir survécu à ces tortures, à toutes ces trahisons, à ces humiliations que sa mémoire perdure. Lui, le simple, le tout amour, n’aurait pas aimé de son vivant qu’on le déifia. En tant qu’homme, il est l’exemple à suivre.

Ils l’ont cru mort mais il a survécu grâce à l’amour de ma mère. Cet homme unique et cette femme exceptionnelle sont mes parents.
Bientôt je vais naître sur le chemin des vivants. Les miens attendent ma venue. Nous sommes en France, au cœur d’un monastère où ils ont aménagé une pièce pour m’accueillir. Il y a peu d’humains et pourtant la pièce où je vais entrer dans le monde est pleine de vivants. Il y a l’hirondelle Tolérance, l’écureuil Pardon, la loutre Compassionne, la fourmi Miséricorde, le rossignol Louange, la cigale Abondance, l’épervier Espérancio, la biche Constance, l’âne Perspicacité, la vache Simplicité et bien d’autres.
Tout à coup, ma mère accueille les premières contractions. Je suis en train de courir dans son ventre pour trouver la sortie. Mon père bien aimé essaye de me calmer mais il n’y parvient pas, même avec un miracle car je suis avide de vie. Alors de nombreux oiseaux viennent se poser sur le rebord de la fenêtre et chantent. Lorsque j’entends cette mélodie, je me centre, je m’harmonise et je prends le chemin du grand jour.
En jaillissant au monde, je vois des ombres lumineuses danser dans l’espace feutré d’un nouveau jour naissant. J’entends des chants de toute beauté et j’étire mes narines endormies. « Tiens, ça sent la ménagerie, me dis-je en mon petto. » Mon père coupe le cordon qui me retient à ma mère avec les dents et au lieu de me poser sur les draps de satin blanc cousus par ma mère, il me jette en l’air et s’en va embrasser sa belle. Curieusement je n’ai pas peur de choir dans le vide. Les oiseaux venus assister à ma naissance, voyant cela, se précipitent et m’attrapent avec leurs petites pattes. Je vole quelques instants dans l’immensité inconnue de l’abbaye et délicatement, les petits oiseaux du ciel, ceux-là même que mon père connait bien, ceux qui ne sèment ni ne moissonnent, me reposent dans les bras accueillants de ma mère avec la douceur de la plume.

Depuis, je n’aime pas les prises de becs. Il m’arrive de voler dans les plumes de certains mais je ne leur veux pas de mal. Tout cela m’a traumatisé. Partout où je passe je ne peux pas m’empêcher de faire des miracles. Heureusement, j’ai hérité de la discrétion de ma mère, sinon on m’aurait déjà crucifié cent fois. Je fais des miracles simples. Tiens, hier, j’ai guéri un écrivain de sa peur panique de la page blanche. Comment j’ai fait ? Très simplement ! Je lui ai cassé un œuf dans les mains et je lui ai demandé de séparer le blanc du jaune. Il n’a pas pu. Vois-tu, lui ai-je dit, le blanc c’est ce qui est autour de tout, c’est le vide, l’incertain et le jaune, c’est le possible, l’infini de tous les possibles. Il n’a pas très bien compris mais il a tellement eu peur que je lui en casse un autre ailleurs qu’il a repris sa plume. Cet oiseau rare s’est remis à pondre de l’incertitude jaillissant de son âme sur une feuille jaunie par le temps.
Partout où je passe, je fabrique des petits bonheurs. J’ai guéri il y a quelques jours un aveugle qui refusait de voir la vérité en face. L’autre fois, c’était un sourd qui entendait des voix. Je pourrais faire des miracles plus importants. Je pourrais sauver l’humanité qui semble courir à sa perte mais je me contente de ralentir sa barbarie. Comment ? En faisant voir à tous ceux que je rencontre l’abondance du vivant. J’apprends à ceux qui croisent ma route qu’à chaque jour suffit sa peine et que cela ne sert à rien de s’inquiéter car le lendemain s’inquiétera de lui-même.

image1

Lecture aléatoire

Envie de flâner au fil des pages et de découvrir des récits, des histoires et des personnages au hasard, c'est par ici.



Merci à nos partenaires

Les partenaires qui soutiennent Nouvelles-Persos nous permettent d'y consacrer du temps, et donc de gérer le site dans l'intérêt des auteurs et des lecteurs.
Merci à eux.

Actualités

Mises en ligne, news, infos...


Statistiques

Nouvelle-Persos

Une nouvelle est une oeuvre littéraire proche du roman, mais qui s'en distingue par sa brièveté, le petit nombre de personnages, la concentration et l'intensité de l'action, le caractère insolite des évènements contés.