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L'anniversaire de Marguerite


Auteur : HESSE Rémi

Style : Drame




Marguerite avait douze ans, juste douze ans ce jour là. Son anniversaire ne sera pas fêté, pas de cadeau, pas de gâteau, pas de bougie. Elle n'en ressentait aucune amertume, Marguerite avait bon caractère, il lui en fallait plus que ça pour la perturber. Philosophe, elle se contentait de déclarer:
On ne fête pas l'anniversaire d'une vache!

Après la traite, du matin, Hector le fermier la mena dans un petit pré, en face de la cour principale de la ferme.
Petit, mais bien agréable ce pré ; Marguerite s'y plaisait bien, elle en faisait le tour, en suivant la haie d'aubépines, humait avec délectation le parfum des chèvrefeuilles qui se mêlaient aux arbustes. L'herbe était grasse, le terrain relativement mou sans être détrempé. Marguerite se réjouissait de l’arpenter, si elle avait eu quelques années de moins, elle se serait laisser aller à trotter. Mais l'arthrose était venue avec l'âge... Elle se contentait de marcher, s'arrêtait, mangeait quelques brins du délicieux trèfle qui poussait ici, reprenait son errance. Attirée par les pépiements d'un pinson dans la haie, elle découvrit une femelle, sur le bord de son nid plein d'oisillons tout juste éclos. Attendrie par ce spectacle elle murmura:
Si je n'étais pas vache, je crois que j'aurais le sourire...
Mais elle se reprit bien vite. Une vache bien élevée ne sourit pas.
Allons, allons un peu de tenue ma vieille! se sermonna-t-elle.
Elle débordait de reconnaissance envers le père Hector : Ce petit pré à l'herbe drue, parsemée de trèfle délicieux, avec ses senteurs de chèvrefeuille, c'était pour son anniversaire, elle l'avait bien compris. Il n'était pas expansif Hector, c'était un taiseux. Marguerite le connaissait bien, elle avait appris à l'apprécier et à l'aimer. Il n'avait rien dit mais… il avait pensé à elle... Brave homme!
Merci Hector!

Vers dix heures, un camion rouge dont la partie haute du fourgon était à claire-voie, se gara le long de la clôture.
Quel curieux camion, observa Marguerite, qui s'y connaissait bien en matière de poids lourds.
Elle en en avait tant vu, depuis le pré qui bordait la route. Son rêve secret, depuis toujours, était de voir passer des trains. Hélas, la voie ferrée la plus proche se situait à plus de vingt cinq kilomètres de cette ferme qu'elle n'avait jamais quitté depuis sa naissance. Ah les trains... ça doit être passionnant! Elle se rappelait un vieux bœuf qui avait voyagé et qui parlait toujours de TGV! Non, les TGV elle n'y croyait pas! Le vieux bœuf devait vouloir épater les génisses... Il se croyait encore taureau, l'imbécile.
Marguerite contemplait avec attention l'étrange camion: le chauffeur venait de quitter la cabine. Le petit bonhomme chauve, rond, aux jambes courtes et arquées, à la tête ronde comme un ballon, au ventre rond, au nez rond, donnait l'impression de rouler. Quel contraste avec Hector qui s'avançait, Hector très grand, mince comme un fil, un peu voûté, le visage aux oreilles décollées tout en longueur, au nez en bec d'aigle. Comme toujours, il marchait à grandes enjambées, battant l'air de ses deux bras trop longs. Le petit gros prit la parole avec forces gestes. Il tapait sur l'épaule d'Hector, lequel l'écoutait sans broncher, son éternelle gitane maïs se consumant lentement au coin de ses lèvres. Les hommes se serrèrent la main, échangèrent des billets. Discrète, Marguerite se détourna: Les histoires d'argent …
Elle se rendit dans l'angle opposé du terrain, renifla les fleurs d'un églantier au dessus duquel voletaient trois papillons blancs. Le chauffeur mit en place un long pan incliné à l'arrière de la bétaillère, tandis que le fermier étalait de la paille à l'intérieur. Les deux hommes vinrent chercher la vache et la conduisirent dans le camion où ils l'attachèrent solidement. Marguerite, ravie, couvait son maître d'un regard langoureux. Un voyage... Un voyage, pour son anniversaire! Il lui offrait un voyage!
Quel brave homme! Une crème d'éleveur, vous en connaissez beaucoup vous des fermiers qui offre un voyage à une vache de leur troupeau pour son anniversaire ?

Les réflexions de Marguerite furent interrompues par le démarrage du camion. Le véhicule emprunta une petite route sinueuse. Secouée, ballottée, Marguerite n'appréciait guère, ça lui donnait la nausée. Puis le camion bifurqua vers la route nationale. Alors là, quel plaisir! La vache écoutait avec délectation le murmure du vent, profitait de la vue, admirait le paysage vallonné. Quel sentiment de légèreté dans ce camion qui filait comme le vent! Soudain son attention se fixa sur le lointain: non, elle ne rêvait pas, il s'agissait bien d'un train! Un vrai train! Quelle belle journée, merci, merci, monsieur Hector. Quel bel anniversaire!

Le camion ralentit, pénétra dans une cour pavée. Un panneau à l'entrée indiquait: abattoir départemental.
J'aurais dû apprendre à lire lorsque que j'étais plus jeune... Qu'importe, j'ai la chance d'avoir un bon maître et j'en suis heureuse.
Marguerite descendit du camion le cœur chargé de gratitude pour Hector. A l'avant du véhicule, Hector comptait ses billets en murmurant:
Une vache a deux sous produits: le lait et la viande, aujourd'hui ma vieille ce sera la viande!





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