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La mémoire du divin


Auteur : SEYLLER Sandrine

Style : Réflexion




A la suite d’un accident de la route, je suis devenu amnésique. Je suis resté deux mois à l’hôpital, puis quatre mois en maison de repos. Quand je suis rentré chez moi, rien n’avait changé. Tout était comme avant. C’est du moins l’impression que j’avais. Tout me semblait vaguement familier. Rien ne me choquait. Les tableaux accrochés aux murs semblaient correspondre à peu près à mes goûts. Je reconnus immédiatement un cerf dans une clairière, et je dus m’asseoir. C’était le tableau qui était dans la chambre de mes parents. Il était juste au-dessus du lit. J’en avais hérité après leur mort. La mémoire revenait par lambeaux.

Dans les semaines qui suivirent, je repris petit à petit possession des lieux. Je feuilletai les livres, parcourus la collection de VHS et de DVD. De temps en temps, j’en regardais un. Je revis L’homme sans passé de Kaurismäki. Je l’avais déjà vu en décembre 2003 : c’était noté dans le dictionnaire des films de Jean Tulard, et je reconnaissais bien mon écriture. Pourtant, à l’écran, je ne reconnus rien. Je ne réussis pas non plus à m’identifier au personnage, qui ne retrouve son identité qu’à la fin du film. Je savais qui j’étais, et j’habitais dans mon appartement. Du moins, c’est ce que je croyais.

Un jour, je reçus un coup de fil de mon éditeur qui voulait savoir si j’étais encore capable d’écrire. Je n’en savais rien. Mais la réponse était par trop évidente. Comment écrire sans mémoire ? Je me lançai néanmoins un défi, et me mis à relire tout ce que j’avais pu écrire, pour me familiariser avec ma propre écriture. Je descendis à la cave, et en remontai plusieurs cartons. Il y avait là des textes qui remontaient à mon enfance. J’avais tout gardé ! Je relus avec amusement une composition française faite en classe de sixième. Je possédais une tortue qui s’appelait Caroline, et pendant les vacances, je l’avais confiée à un voisin. Mais à mon retour, quelle tristesse ! Celui-ci l’avait perdue. Moralité : il ne faut jamais prêter sa tortue. Dans une autre rédaction, faite à peu près au même âge, je décrivais une scène où j’avais surpris deux personnes en train de faire l’amour dans le petit bois de Charbonnière. Le professeur de français, sans doute assez pudibond, avait barré l’expression « faire l’amour » pour la remplacer par « s’aimer ». Toutes ces scènes me revenaient en mémoire. Je me rappelais très bien les avoir vécues. Une autre scène de ma petite enfance me revint. Je devais avoir sept ou huit ans, et l’instituteur nous donnait une leçon de géographie. Soudain, l’un des œillets par lesquels la carte était suspendue au tableau, se déchira. L’instituteur essaya de le réparer, mais n’y parvint pas. Il alla alors voir le directeur, mais celui-ci ne trouva pas davantage de solution. Sans carte, pas de leçon de géographie. C’est alors que je levai le doigt, et demandai si nous ne pourrions pas utiliser un aimant pour faire tenir la carte. Personne n’y avait pensé. Cela marcha, et la leçon de géographie put reprendre.

Au fur et à mesure que je lisais, les souvenirs remontaient à la surface, et ma mémoire se recomposait. Bientôt, les contours de mon enfance et de mon adolescence me donnèrent une image assez nette du jeune homme que j’avais dû être. Vers vingt ans, je vis soudain mon écriture évoluer, mon style acquérir une certaine préciosité, comme si j’avais voulu que tous les mots du dictionnaire entrassent dans mes écrits. De plus, une certaine dose de fiction mêlée à des éléments autobiographiques, faisait que j’avais de plus en plus de mal à démêler le réel de l’imaginaire, à savoir ce que je n’avais vécu qu’en imagination. Toutefois, rien ne me posait vraiment problème dans mon écriture, et je remontais lentement le cours de ma vie. J’avais bien remarqué que, plus je m’éloignais de mon enfance, et plus ma mémoire était difficile à recomposer. Les dernières années de ma vie étaient même presque vierges de tout souvenir. Quelques mois avant l’accident, j’avais même fait un voyage en Inde, dont il ne semblait pourtant rien me rester. Juste un album de photographies où j’apparaissais devant les monuments les plus célèbres : le Fort Rouge à Delhi, le Taj Mahal à Agra, les ghâts de Bénarès. Sur la photo faite à Bénarès, on apercevait au loin les bûchers funéraires. Etait-ce vraiment possible que ce soit moi ? J’avais assisté à des crémations en Inde, et rien, absolument rien, ne remontait à ma conscience. Je sortis une grosse loupe ronde de son étui, et scrutai les moindres détails de la photo. Je m’attardai sur les ombres. Je voulais être bien sûr qu’il ne s’agissait pas d’un montage. Qui, d’ailleurs, avait fait la photo ? Etais-je parti seul, ou accompagné ? De minces indices me faisaient penser que j’avais dû partir avec un groupe. En effet, des touristes occidentaux apparaissaient sur plusieurs photos.
– Mais les lieux touristiques fourmillent toujours de touristes occidentaux ! me dis-je.
Je cherchais alors parmi les visages une récurrence, mais n’en trouvai pas.

Un petit carnet de voyage auquel je n’avais pas prêté attention, attira subitement mon regard. Quelques croquis d’oiseaux fleurissaient les pages. Je n’avais jamais été un très bon dessinateur : tout juste pouvait-on reconnaître, ici la silhouette d’un milan, là celle d’un aigle. Les noms de plusieurs grandes villes étaient inscrits avec la date et heure d’arrivée. Bombay. 1er novembre. Arrivé à 9h15. Puis juste en-dessous : 3 novembre. Visite des grottes d’Ajanta. Une main tremblante avait ajouté le mot « prodigieux ». Etait-ce le choc de l’émotion qui avait produit cette écriture tremblée, une sorte de syndrome de Stendhal ? Cette hypothèse me séduisait, mais par la suite, en constatant que d’autres pages portaient cette même écriture tremblée, je dus me raviser. La réponse était on ne peut plus simple : j’avais dû écrire pendant que nous roulions.

Au bout d’environ six semaines, à raison de quatre à six heures par jour, j’avais parcouru plusieurs milliers de pages : soit toute ma vie d’écrivain. Je me sentais beaucoup plus fort. Beaucoup d’événements importants étaient remontés à ma mémoire, même si, comme je l’ai déjà dit, les dernières années de ma vie restaient impénétrables. Toutefois, il restait un cahier que j’avais volontairement laissé de côté. Ce cahier avait quelque chose de mystérieux pour moi, car je ne m’y reconnaissais pas vraiment. C’étaient bien mes mots, ma façon d’écrire, mais le contenu m’échappait. En somme, c’était un peu comme si je ne comprenais pas ce que j’avais voulu dire. Pour vous donner un exemple, voici un poème de ce cahier :

Éclosion

Quand on voit dans le nid, une coquille qui se brise,
c’est pour un oiseau la vie qui commence.
Mais quand c’est le verbe qui bouge, qu’on le sent, qu’il est là,
alors soudain, pareillement c’est l’éclosion.
L’œuf de la langue se brise,
et les ailes de la pensée,
dans un élan sublime,
aussitôt vers les cieux majestueusement se déploient.


Je trouvais ce poème très beau, mais sans vraiment le comprendre. Au cours des vingt dernières années, mon écriture avait évolué, changeant même parfois radicalement de forme, mais toujours je m’y reconnaissais. A chaque fois, je savais que c’était moi. Alors que dans ce cahier, c’était moi et quelque chose d’autre. Il y avait dans ce cahier quelque chose en plus que je ne parvenais pas à saisir. Sans trop savoir pourquoi, il me semblait que la réponse se trouvait en Inde. Dès lors, ce fut comme une idée fixe, il fallait que je retourne là-bas. J’avais l’intuition qu’il s’était passé quelque chose en Inde, quelque chose qui avait modifié mon être en profondeur. J’avais aussi l’impression que si je ne me laissais pas guider par mon intuition, je ne pourrais peut-être jamais plus écrire. Pourtant, je n’avais aucune certitude quant à la date de rédaction de ce cahier, aucun témoignage concret qui me prouvât de manière irréfutable que je l’avais bien écrit après mon retour. Seulement une intuition...

Je me mis à lire tous les livres qu’il y avait sur l’Inde dans l’appartement. Et il y en avait beaucoup. Je commençai par lire le beau poème de Jayadeva qui chante les amours de Radha et Krishna. Je lus ensuite le Ramayan de Tulsi-Das, puis La naissance de Kumara, ainsi que Sakuntala de Kalidasa. Je me plongeai dans les Prolégomènes au Vedanta de Sankara, traduits par Louis Renou, puis dans La doctrine morale et métaphysique de Ramanuja, traduite et annotée par Olivier Lacombe. Je ne savais pas ce que je cherchais, mais je cherchais, nuit et jour. Je ne poussai la porte d’aucune bibliothèque, car j’avais l’intuition que ce que je cherchais se trouvait tout près de moi, à portée de main, au creux d’un livre. Je lus avec avidité La vie de Ramakrishna de Romain Rolland, puis Ramakrishna et la vitalité de l’hindouisme de Solange Lemaître. Soudain, je m’arrêtai. J’avais déjà lu ce livre. Oui, j’étais presque sûr de l’avoir déjà lu. Une étrange familiarité sourdait de ces pages. Et quand je vis la photographie du grand temple-jardin de Dakshineswar, au bord du Gange, je compris qu’il fallait que je retourne là-bas. J’étais déjà allé à Dakshineswar. Oui, j’étais presque sûr d’être déjà allé à Dakshineswar, et que c’était là-bas qu’il s’était passé quelque chose.

Dès la semaine suivante, je pris un billet d’avion pour Calcutta, et m’envolai. Ce n’est qu’une fois parti que je mesurai tout ce que ma démarche avait d’irréfléchi. Tout s’était joué sur des suppositions, aucune certitude. N’étais-je pas un peu fou ?
– Mais à quoi bon regretter ? me dis-je. Maintenant, ça ne sert plus à rien. Il fallait y penser avant !
Et je repris le livre sur Ramakrishna à la page où je l’avais quitté : « ...Il le faut, ordonna Totapuri avec autorité. Tu le dois ajouta-t-il. Puis jetant un regard autour de lui et ayant aperçu un morceau de verre, il le prit et enfonça la pointe entre les sourcils de son chêla, en criant : Concentre ton esprit sur cette pointe. Ramakrishna obéit. Il raconta ensuite que dès que la forme de la Mère Divine lui était apparue à nouveau, se servant de sa pensée comme d’un glaive, il avait fendu l’image en deux. Cette dernière barrière une fois tombée, son esprit s’était élevé au-delà du plan des phénomènes et il s’était perdu en nirvikalpa-samâdhi. Il resta ainsi pendant trois jours... » Je dus interrompre ma lecture : les hôtesses de la British Airways commençaient à apporter les plateaux-repas. Tandis que je mangeais, une phrase que j’avais écrite dans le cahier me revint en mémoire : Nul rêve au plus grand seuil car la pensée est une. Mais était-ce bien de moi ? Cette pensée n’était-elle pas plutôt de Ramakrishna ? Car on reconnaissait bien là toute la subtilité d’une pensée non-dualiste. Que dire alors du reste du cahier ? Son contenu ne serait-il que plagiat ? Cette hypothèse me glaça d’effroi, car cela voudrait dire que je m’étais trompé, qu’il ne s’était rien passé à Dakshineswar. Que faisais-je alors dans cet avion ?

Je fus réveillé par la voix d’une hôtesse qui demandait aux passagers de bien vouloir regagner leurs places et attacher leurs ceintures. Nous allions bientôt atterrir. La température au sol était de 23°C. Heureusement, il ne faisait pas trop chaud. Mais il n’était que 7h30 du matin. Je mis tout de suite ma montre à l’heure locale. Le malaise de la veille ne s’était pas dissipé. Je me demandai vraiment ce que je faisais là. L’avion amorça la descente. Depuis mon siège je ne pouvais rien voir. Je fermai alors les yeux jusqu’à l’atterrissage.

Je pris tout de suite un taxi pour Dakshineswar. J’avais réservé une chambre d’hôtel tout près du Vivekananda Setu, le vieux pont qui enjambe la Hooghly. Installé confortablement dans le taxi, je n’avais pas vu surgir un enfant qui courait pieds nus entre les voitures. Il se tenait là, devant la portière, un seau autour du cou, attendant que je lui donne quelques pièces. Je ne bougeai pas, et vis horrifié, quand l’enfant recula un peu, qu’il n’avait pas de bras. L’enfant avait disparu aussi vite qu’il était apparu, mais cette vision me hanta pendant tout le trajet. Moins d’une demi-heure plus tard, le taxi me déposait devant l’hôtel.

Dès le lendemain matin, je me rendis à pieds au grand temple de Dakshineswar. La veille, je n’avais rien fait. J’étais resté pratiquement toute la journée allongé, à regarder tourner les pales du gros ventilateur d’époque coloniale qui m’empêchait de dormir. J’étais juste descendu vers 5h boire un lassi à la rose, et j’étais aussitôt remonté. Ce matin, en revanche, après une bonne nuit de sommeil, je me sentais frais et dispos, et marchais d’un bon pas. L’artère qui menait à l’entrée principale du temple était bordée d’échoppes de toutes sortes, et déjà pleine de monde, malgré l’heure matinale. Je m’arrêtai un instant pour regarder les deux svastikas qui surmontaient l’arche principale du portail d’entrée. Je me dirigeai maintenant vers le grand temple de Kali. Je sentis brusquement ma respiration s’accélérer, et mon cœur taper dans ma poitrine. Allais-je recouvrer la mémoire ? Allais-je enfin comprendre ce qui m’avait poussé ici ? Mais le choc tant attendu ne vint pas : Kali la Noire restait muette. Je la regardais danser sur le corps étendu de Çiva, son époux. Je regardais son collier de têtes humaines, et son bras destructeur qui tenait l’épée. Mais tout ça me semblait vide. Je me demandais vraiment ce que je faisais ici. Je me rendis dans la chambre où Ramakrishna avait vécu, dans le prolongement des petits temples de Çiva. Puis j’allai voir le Panchavati, ce lieu à l’origine solitaire et sauvage, au nord des temples, où Ramakrishna se retirait pour méditer. Il y restait parfois des nuits entières. La petite hutte de boue avait été reconstruite en briques. Plus loin encore, l’arbre vilva, qui s’ajoutait à la liste déjà longue des arbres sacrés. C’était aussi un des lieux de méditation préférés de Ramakrishna. Je restai assis plusieurs heures au bord de l’eau, près du ghât principal, à regarder les Indiens accomplir le bain rituel. Le lendemain je ne revins pas. Ni le surlendemain. J’étais resté plongé dans la lecture de Sankara. Mais je sentais que je devenais fou, je tournais en rond. Il fallait que je sorte. Dès l’aube du jour suivant, je me rendis au temple. Il venait juste d’ouvrir. Les allées étaient désertes. Un homme balayait la grande cour, un peu plus loin un brahmane effectuait la puja. Dans la véranda située au nord-est de la chambre de Ramakrishna, un homme était en méditation. Le livre de Sankara m’échappa des mains, ce qui le fit se retourner. Immédiatement, il se releva et vint vers moi, avec un grand sourire. Il joignit les mains, et s’inclina devant moi. Il comprit très vite que je ne le reconnaissais pas.
– Me, Totapuri ! me dit-il.
Je faisais des efforts désespérés pour le reconnaître, pour déchirer les voiles de l’amnésie. Mais rien n’y faisait, je ne le reconnaissais pas. Je lui expliquai que j’étais devenu amnésique à la suite d’un grave accident de la circulation. Nous discutâmes ainsi, pendant environ dix minutes, en anglais. Je lui expliquai que j’étais revenu à Dakshineswar, parce que j’avais eu l’intuition d’avoir vécu ici quelque chose d’important. Je lui montrai le livre de Sankara, et lui dis que depuis trois jours je n’étais pas sorti, je lisais nuit et jour. Il me dit alors qu’il avait quelque chose pour moi, et me demanda de l’attendre ici, qu’il n’en avait pas pour longtemps. Une demi-heure plus tard, il n’était toujours pas revenu. Le temple commençait à se remplir, et le silence peu à peu laissait place à toutes sortes de bruits. Au bout d’une heure, je commençai à me demander si cela avait encore un sens de l’attendre. Que pouvait-il donc bien avoir à me donner de si important ? L’idée me vint qu’il pourrait même peut-être s’agir d’un charlatan qui voulait profiter de ma crédulité. N’était-il pas allé chercher quelque objet pour me le vendre ? Et ce nom « Totapuri », comme par hasard celui du guru de Ramakrishna ! Si vraiment il m’avait reconnu, n’aurais-je pas dû moi aussi le reconnaître ? Enfin, il arriva. Il tenait sous le bras droit un paquet.
– C’est à vous ! me dit-il.
Mon anglais n’étant pas très sûr, le sien non plus d’ailleurs, je pensai l’avoir mal compris. Le paquet n’était pas très lourd. La forme me faisait penser à un livre. Il était soigneusement emballé dans du papier journal. Je le défis. En voyant la couverture, j’eus un choc : Être et Temps par Martin Heidegger. L’ouvrage était couvert d’annotations, et c’était mon écriture ! Je sentis mes jambes flageoler, et dus m’appuyer quelques instants contre le mur. Totapuri me regarda en souriant.
– Tous les matins je viens ici pour méditer, dès l’ouverture, avant qu’il n’y ait trop de monde. Si vous voulez me voir, je serai donc là !
Je le remerciai en joignant les mains et m’inclinai.

A peine rentré dans ma chambre d’hôtel, je me mis à parcourir les notes qui remplissaient les marges. Il y en avait sur presque toutes les pages. Et brusquement ça s’arrêtait, à la page 320. Après il n’y avait plus rien. Que s’était-il donc passé à la page 320 ? Pourquoi cet arrêt subit ? Je me mis à relire le livre en tenant compte des notes. C’était une lecture difficile qui demandait une grande concentration. Il me fallut plusieurs jours rien que pour me familiariser avec le vocabulaire. Plus j’avançais dans la lecture de l’ouvrage, et plus j’avais l’impression qu’il se passait quelque chose en moi. Et c’est bien ce que reflétaient mes notes. Plus je m’enfonçais dans le cœur de l’ouvrage, et plus je prenais conscience d’être enfermé à l’intérieur du langage. Heidegger m’avait amené à cette conscience que l’homme est toujours prisonnier à l’intérieur du langage. Je tournais comme un dément à l’intérieur du langage. Je sentais que j’allais devenir fou. C’est à ce moment que je pris la décision de retourner voir Totapuri. Il me fit asseoir en tailleur et me demanda de me concentrer le plus fortement possible sur ces murs que je voulais briser.
– Maintenant que tu as atteint à cette conscience, il te faut briser le mur du langage ! me dit-il. Concentre-toi sur un point et transperce le mur du langage !
A ce moment, Totapuri se retourna et ramassa à terre un tesson de bouteille qu’il m’enfonça entre les sourcils.
– Concentre ton esprit sur cette pointe ! me dit-il.
Un choc immense se produisit en moi, et je vis apparaître une forme immense... Et là je compris tout : je compris le point qui remplit tout de Pascal, l’Un de Sankara, ou encore le Tao de Lao-tseu. Je compris que sous des appellations différentes, c’était toujours la même chose qui était désignée. Je compris aussi pourquoi le contenu du cahier m’avait paru si mystérieux, pourquoi j’avais même douté en être vraiment l’auteur : j’avais perdu la mémoire du divin.





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