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L'aigle et le hérisson


Auteur : SEYLLER Sandrine

Style : Fable




Alors que la famine sévissait, et que tous les animaux de la contrée eurent bientôt disparus, un aigle qui n'avait rien mangé depuis bientôt plus de trois jours, aperçut sur le sol un hérisson qui courait.
Aussitôt il descendit vers lui, se voyant déjà tenir dans ses serres une proie bien facile. Mais c'était sans compter sur la ruse du hérisson, car à peine celui-ci eut-il perçu l'ombre du maître, que déjà il s'était mis en boule. Et les serres de l'aigle n'évitèrent que de justesse les redoutables piquants !
L'oiseau se posa alors quelques mètres plus loin, et revint tranquillement en marchant, vers ce qu'il considérait encore comme son futur déjeuner. Mais le hérisson ne bougeait pas, et lui ne voyait pas comment entamer sa proie.
Un jeu de patience commença, où ni les serres ni le bec de l'aigle, mais ni non plus les redoutables piquants du hérisson n'étaient plus d'utilité. Seul le temps comptait ! Et l'un et l'autre semblaient en avoir autant ! L'un était bien décidé à ne pas se laisser mourir de faim, et l'autre à ne pas servir de déjeuner. Pour tous les deux il s'agissait d'une question de vie ou de mort. Le hérisson ne bougeait toujours pas, alors que l'aigle sans cesse tournait autour de lui.
Mais d'un seul coup, n'y pouvant plus, l'aigle donna un coup de bec dans l'animal. On entendit le hérisson couiner. Mais l'aigle paya sa folle audace bien plus sévèrement encore : un piquant du hérisson était planté dans son oeil droit. Fou furieux l'aigle tenta alors de l'attaquer de toutes parts. Mais le hérisson était invincible comme un diable. D'un seul coup l'aigle vit néanmoins qu'il pouvait le faire rouler. Et il se mit à le pousser du bec. Et il le poussa, le poussa, jusqu'à n'avoir plus de force. Mais le hérisson restait invincible.
C'est alors que l'aigle aperçut, plus très loin, une immense faille dans le sol. Il roula le hérisson jusqu'au bord de celle-ci. Mais bien vite il se rendit compte que la faille était trop étroite, qu'il ne pourrait jamais y descendre. Il ne savait que faire. Mais soudain, ressentant à nouveau le piquant du hérisson qui lui déchirait l'oeil, comme si celui-ci s'était encore un peu plus profondément enfoncé, alors ivre de douleur il donna un coup de bec dans l'animal et le projeta dans le trou sans fond de la faille. Celle-ci était en effet si profonde qu'on n'entendit jamais choir le hérisson.
L'aigle prit alors son envol, en maître meurtri, à la recherche d'une autre proie. Il monta très haut dans le ciel. Son regard n'avait rien perdu de son acuité, il voyait toujours de très loin tout ce qui se passait sur le sol, mais il ne voyait plus que d'un oeil, et l'autre ou bien ne tarderait pas à pourrir ou peut-être se cicatriserait. Mais pour l'heure, cela faisait maintenant plus de trois jours qu'il n'avait rien avalé, et cela devenait urgent qu'il se rassasie, sinon c'est la faim qui aurait sa peau !
Et soudain, apercevant quelque chose qui marchait sur le sol, il commença à descendre et d'un seul coup fondit sur sa proie. On entendit des hurlements, mais l'aigle était déjà dessus… Et bientôt, à grands coups de bec, il commença à en arracher des lambeaux, et à se repaître à satiété.





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