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Le trône


Auteur : MOYSAN Choupie

Style : Scènes de vie




Assise sur ce trône de bois dans la moiteur de cet espace confiné, ma tête bourdonnait de mille insectes. Ce n'est pourtant pas ma couronne qui la compressait, ma tête.

Dans cette étuve, je respirais à petits coups en prenant le moins d'air possible à chaque goulée. De même mes deux jambes étaient posées là comme deux colonnes de temple antique, désespérément lourdes. A la suite de ces piliers, à angle droit, mes pieds surélevés sur une estrade étroite n'étaient que des bourgeons terminaux turgescents, prêts à éclater. J'étais là comme vissée sur mon socle, pour un règne sans fin.

Non loin de mon point de vue dominant, casqués de gris, des sujets se déplaçaient comme à la parade. Nulle guerre à l'horizon, seulement un combat avec moi-même. Car comme l'on sait, il est plus aisé de manœuvrer les autres que de domestiquer ses peurs. Ma main droite posée sur le bois n'avait qu'à se tendre pour saisir des coupures de journaux mis à ma disposition. Elles étaient enfilées sur une tige métallique ainsi que des tickets de consommation au Grand Café. Je me gardais bien d'en saisir une, de crainte, par cette chaleur, la dilution de l'imprimerie sur ma peau. Avachie sur moi-même, incapable de prendre une décision, je laissai aller les choses. Elles y allèrent à leur vitesse, à leur moment sans que je n'intervienne en aucune façon. Un son mat me fit sursauter et me libéra de ma torpeur. Allégée de ce trop plein, je levais les yeux vers le plafond. Dans l'angle gauche, une araignée noire me narguait pire, ricanait de me voir sur mon séant, tétanisée à sa vue. Sans compter les arthropodes qui crissaient sur le bois autour de moi me tenant à leur merci. Dans les plis du rideau qui dissimulait l'oeilleton de la porte, j'avais bien remarqué un lépidoptère grisâtre, je l'observais pas très fière, lui intimant l'ordre mentalement de ne pas s'envoler, que faisait-il dans ces lieux ? Non, ne croyez pas que j'étais atteinte de Délirium Tremens, mais c'est sûr à ce moment de mon existence "l'infiniment petit", volant ou rampant me tétanisait. C'est pourquoi le moment de franchir cette porte, cette antre sombre où tout grouillait, je le retardais le plus possible. En moi, quelque chose tremblait comme de l'eau dans un verre, puis gargouillait impérativement. J'étais contrainte pour un court instant de refouler ma "frousse" pour succomber à un impératif organique et me propulser sur le trône, sans tenir compte de cet environnement qui s'agitait sur le sol, dans l'air, au plafond et sur les murs !

Il faut bien se rendre compte que dans les années 1950, les maisons pour l'été n'étaient pas équipées de commodités, plus souvent appelées "Tinettes", situées généralement situées dans le fond du jardin. Elles étaient constituées de parpaings blanchis et recouvertes par un toit ondulé en fibrociment. La porte de planches disjointes portait les stigmates d'une peinture blanche, propre à stimuler l'imaginaire de l'enfant. Cette porte qui fermait par un loquet, éveillait des envies de voyages par sa géographie mouvementée aussi bien qu'une mappemonde de classe. Une fois sortie de ce cabinet particulier qui convoquait chaque jour l'enfant à se construire son imaginaire fait d'attractions et de répulsions, ce modeste édicule s'érigeait comme monument fondateur au-dessus d'un nuage d'hortensias bleus, insolent de fraîcheur !





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