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Notre voisin


Auteur : CHANSON Thierry

Style : Scènes de vie




Notre voisin s’appelle l’étron. On n’a jamais pu l’appeler autrement, tant il nous répugne. Il est petit, gras et laid. Il habite dans un cabanon au pied de notre immeuble. Cabanon est un terme avilissant, mais que je suis heureux d’employer, car l’heure de la vengeance a sonné. Entendons-nous bien : je ne vais pas sortir de mon appartement pour aller frapper à sa porte, et lui casser la figure dès qu’il ouvrira. J’en suis bien incapable. Un paquet d’adjectifs qualificatifs m’en empêche : peureux, lâche, dégonflé, couille molle… Je suis un cérébral et pas un hercule de foire. L’étron joue des poings, et moi des mots. Il aime la violence alors qu’elle me fait peur. Il terrorise tous les copropriétaires de l’immeuble, et moi en premier. Plusieurs ont déjà déménagé à cause de lui. Les Fernandez et les Thébault. Les Thébault, officiellement parce qu’ils ne pouvaient pas avoir d’enfant, et qu’ils voulaient adopter, mais que dans le neuf-trois ils étaient sûrs d’avoir un Arabe ou un Noir. Ils ont alors préféré sacrifier toutes les économies et s’endetter pour acheter à Fontainebleau et avoir un Blanc. Les Fernandez, je les comprends. Mr Fernandez ne pouvait plus supporter les humiliations que lui faisait subir l’étron. Une fois l’étron lui a dit que s’il ne ramassait pas immédiatement la merde de son caniche qui traînait dans la cour, il allait lui faire bouffer. Mr Fernandez s’est senti mal, tout son corps s’est mis à trembler. Il faut dire qu’il avait la maladie de Parkinson, et ne devait plus peser qu’une cinquantaine de kilos pour environ 1m75. C’était vraiment révoltant de voir Mr Fernandez se faire humilier ainsi. Il faut vraiment être abject pour s’en prendre à une personne malade. Mais justement, l’étron est abject. Il s’en prend toujours aux faibles, et plus particulièrement aux femmes. Un jour, devant la porte cochère de notre immeuble, une jeune femme s’était garée pour faire traverser sa mère handicapée.

– Vous restez pas là, c’est interdit ! lui a immédiatement dit l’étron.
– J’en ai pour une minute, j’aide juste ma mère à traverser la rue et à monter les étages. Je suis de retour dans deux minutes ! Soyez gentil, il n’y a de la place nulle part !
Je croyais alors que l’étron allait quand même lui laisser deux minutes pour l’aider à traverser sa mère, mais au contraire, il sortit un trousseau de clefs de sa poche et lui dit que si elle ne dégageait pas immédiatement d’ici avec sa bagnole il lui rayait.

Moi, je vous l’ai dit, je suis lâche. Je n’ai toujours fait qu’observer l’étron de ma fenêtre, bien caché derrière les rideaux, pour être sûr qu’on ne me voit pas. Autant lui, l’étron, se montre et fait du bruit, autant je me cache et suis silencieux. Nous sommes diamétralement opposés. Et pourtant quelque chose nous rapproche, notre marginalité, nous sommes tous deux des exclus : nous ne travaillons pas ni l’un ni l’autre. Autant lui le revendique haut et fort, autant moi je me tais et me cache. Je veux devenir écrivain.





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