Une saine horreur de la violence



Nouvelle écrite par Thierry CHANSON dans le style Réflexion



Vous aimez cette nouvelle ? Partagez-là !
image3

Un de nos partenaires

MULTI PANDA
Création de sites internet
Site vitrine ou site sur mesure

Une saine horreur de la violence. Alors pourquoi avoir choisi ce métier ? Je regardais les vers qui grouillaient dans le cadavre en putréfaction. Depuis combien de temps était-il là ? J'aurais eu envie de crier pour me libérer, pour me vider de toute cette boue qui peu à peu m'emplissait. Avec tous les reportages que j'avais faits, j'avais l'impression d'être devenu moi-même le réceptacle de toutes les saloperies du genre humain. Mais depuis quelques temps la coupe était pleine; depuis quelques temps mon cerveau n'absorbait plus. J'avais cessé de regarder les informations à la télé, je ne supportais plus d'entendre toujours ce qui ne va pas. Je zappais alors sur n'importe quelle chaîne du câble, et regardais des reportages touristiques sur des îles paradisiaques. Je me sentais complètement idiot en regardant de tels trucs, mais ça me faisait du bien. Moi, qui avait toujours été un journaliste très terre à terre, très soucieux de coller au plus près de la réalité, j'avais maintenant l'impression que cette réalité me revenait en pleine gueule comme un boomerang, et me démolissait complètement. "Ce qui ne tue pas rend plus fort" disait Nietzsche. J'avais longtemps cru que c'était vrai, mais maintenant j'en doutais. La résistance humaine à des limites et l'on finit par devenir fou. Chalamov disait dans les Récits de la Kolyma que les chevaux tombaient avant les hommes, leur pensée leur permettait de résister plus longtemps que les chevaux à l'enfer du goulag. Cette observation de Chalamov a quelque chose d'extraordinaire, mais néanmoins, Chalamov m'a définitivement convaincu que la phrase de Nietzsche était fausse. On ne se relève pas de tout !

J'avais l'impression que toute ma vie de journaliste n'avait été au fond qu'une approche de la réalité, une tentative éperdue de fusion. J'avais épousé la réalité comme d'autres entrent en religion. J'étais persuadé que l'acceptation de la réalité quelle qu'elle soit était le blindage le plus puissant pour l'âme humaine. Et voilà que soudain je vacillais, je perdais pieds, je n'arrivais plus à accepter ce que mes yeux m'imposaient. Depuis environ six mois que j'étais sur l'affaire de ce tueur en série, mes convictions en avaient pris un sacré coup. J'avais toujours été contre la peine de mort; eh bien il m'arrivait maintenant de rêver que j'actionnais moi-même le couperet de la guillotine. J'étais une sorte de juge suprême au-dessus des lois. J'étais celui qui savait.

-Hé ! tu viens. On ne va pas passer la nuit ici.
-Va, je te rejoins dans la voiture. Encore un ou deux clichés et j'arrive.

image1

Lecture aléatoire

Envie de flâner au fil des pages et de découvrir des récits, des histoires et des personnages au hasard, c'est par ici.



Merci à nos partenaires

Les partenaires qui soutiennent Nouvelles-Persos nous permettent d'y consacrer du temps, et donc de gérer le site dans l'intérêt des auteurs et des lecteurs.
Merci à eux.

Actualités

Mises en ligne, news, infos...


Statistiques

Nouvelle-Persos

Une nouvelle est une oeuvre littéraire proche du roman, mais qui s'en distingue par sa brièveté, le petit nombre de personnages, la concentration et l'intensité de l'action, le caractère insolite des évènements contés.