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Intrusion


Auteur : HOCHFELDER Benoït

Style : Scènes de vie




Les armoires sont pleines, pleines de désordre. Elles permettent de faire cohabiter dans la plus parfaite discrétion des objets souvent peu esthétiques. L'armoire en pin installée dans la chambre de Carole et Jérôme remplit cette vocation. En ce soir de printemps, Jérôme débarrasse une étagère de l'armoire afin de libérer de la place. Un robot multifonction va directement à la poubelle, de même qu'un livre intitulé "les révolutionnaires de salon''. A l'inverse, un petit radio réveil va reprendre du service. Après réglage sur une station locale ce dernier fonctionne parfaitement. Il est 20h00. L'unique haut-parleur débite le flash d'information régional.

Le premier titre est édifiant : un restaurateur du deuxième arrondissement de Marseille vient d'être mis en examen pour "recel d'images à caractère pédophile". Il est toutefois laissé en liberté sous contrôle judiciaire .Jérôme et sa femme sont stupéfaits. Ils connaissent Jean-marc Clément depuis plusieurs années et ces accusations leurs paraissent surréalistes. N'envisageant pas une seule seconde que ce restaurateur soit coupable de tels faits, ils se demandent pourquoi il est pris dans un tel tourbillon judiciaire. Vu sous cet angle, un racontar un peu trop pris au sérieux par le parquet peut conduire à cette situation. Cette piste est sérieusement envisagée par Carole et son mari car depuis quelques temps Jean-marc rencontre beaucoup de difficultés. Ainsi il y a environ un mois, son restaurant a fait l'objet d'un article au vitriol dans un guide gastronomique local. Décrit comme «ringard au niveau de la cuisine», ce restaurant aurait selon ce guide un personnel «grossier, incompétent et débordé», des toilettes «régulièrement hors service» et une décoration «datant de la guerre de 1914». Suite à cette publication les inspections administratives se sont succédées à un rythme soutenu et certains des fournisseurs ont exigé brutalement l'intégralité de leurs encours. De toute évidence, ce climat délétaire est favorable à l'éclosion d'une affaire comme celle dans laquelle Jean-marc est empêtré.

Sitôt le repas fini, Jérôme téléphone à Jean-marc. C'est la moindre des choses vis à vis d'un ami qui se trouve en pareille situation.Le restaurateur raconte d'un ton monocorde ce qu'il a subi : «il y a deux jours, au petit matin, des policiers sont venus à mon domicile m'expliquant avoir relevé un important téléchargement de photos douteuses sur ma ligne internet. A leur demande je leur ai confié mon ordinateur. Malheureusement, il y avait bien une douzaine de photos on ne peut plus explicites installées sur le disque dur. Cette scabreuse découverte m'a aussitôt valu d'être embarqué sans aucune urbanité et placé en garde à vue pendant vingt quatre heures.
Interrogé longuement sur l'origine de ces photos, je n'ai pas pu en expliquer la provenance J'ai simplement dit qu'elles étaient installées à mon insu. De leur coté les enquêteurs m'ont affirmé que ces photos ont étés envoyées par e-mail avec pièce jointe, et qu'à l'ouverture de cette pièce jointe, elles se sont automatiquement installées sur le disque dur. Les policiers m'ont dit qu'avec une bonne sécurité informatique, ce type d'attaque aurait été plus difficile ; et que j'étais au moins coupable de négligence en n'ayant pas protégé mon ordinateur contre les intrusions liées à l'utilisation d'internet.»

Sur ces paroles, Jérôme propose à Jean-marc de passer prendre un verre. Bien qu'harassé il accepte cette entrevue avec plaisir. Une demi-heure plus tard il est là. Jean-marc s'installe dans le canapé et boit un whisky ''cul sec''. Ses premiers mots sont on ne peut plus clairs «merci Jérôme, merci Carole,vous êtes les seuls à avoir eu une réaction d'honneur» «personne ne m'a appelle, personne n'est venu me voir, je dois alors être présumé coupable». Jean-marc apparaît très atteint par la réaction de ses proches, ou plutôt par l'absence de réaction de ceux-ci. Après un deuxième verre, il n'hésite pas à dire : «il y a un certain nombre de personnes qui me connaissent, connaissent mon ménage et ne se manifestent pas. Vu la médiatisation de cette affaire, ils ne peuvent pas dire qu'ils ne savent pas. J'en déduis, peut-être hâtivement, qu'ils doivent donc croire un minimum à ces accusations. En tout cas, à part vous deux, personne n'a balayé cette histoire d'un revers de main». Carole lui conseille de ne pas s'isoler les jours prochains, de recevoir et de soulever lui-même le sujet afin de voir les réactions des uns et des autres.

Jérôme avance qu'il n'est pas surpris par cette lâcheté. Il constate que les ennuis judiciaires font fuir l'entourage, un peu comme si ce dernier craignait d'être lui aussi impliqué dans le dossier.Jean-marc en vient aux conséquences de cette affaire. Il dit : «Les répercussions seront terribles. Ce complot va mettre ma société en difficulté, voire en faillite et je risque même une peine de prison pour des faits que je n'ai pas commis. En plus dans les jours qui viennent, je vais avoir à convaincre des gens de justice plus enclins à croire en la culpabilité de quelqu'un qu'en son innocence. Quand aux expéditeurs ils ne risquent rien du tout, puisque ils ont envoyé le courrier électronique d'un cyber-café très fréquenté».

Il conclut par une laconique mais lucide affirmation : «quel cynisme!». Complètement abattus par ce récit,Jérôme et Carole essaient tant bien que mal de rester positifs devant Jean-marc. Vu que l'essentiel a été dit, la suite de la conversation devient beaucoup plus plate jusqu'à s'enliser dans des banalités. L'heure avancée et les digestifs successifs rendent les propos de plus en plus espacés et imprécis. Vers minuit, Jean-marc prend congé. Jérôme et Carole en sont maintenant certains : leur ami a bien fait l'objet d'un complot. Il est empêtré dans une salle affaire que les services de Police et de Justice auront bien du mal à démêler.

Au volant de sa 407, Jean-marc traverse Marseille assez calmement. Sur la corniche Kennedy, il croise une voiture de la patrouille de nuit qui fait aussitôt demi-tour et le suit à distance. Une fois à son domicile,il hésite à se resservir un autre verre, mais ne cède pas à la tentation .Il souhaite parler avec sa femme, mais cette dernière s'est recluse dans le lit, a le faciés figé et tient un discours confus. Constatant les dégâts, Jean-marc dit à haute voix «demain il fera jour» et éteint la lumière.

Le lendemain matin, il se réveille tôt, vers 5h30. Sa première pensée se connecte avec cette sinistre affaire. Réveil spontané on ne peut plus désagréable. Les palpitations le sortent brutalement d'un sommeil agité. Ses idées sont toutefois précises et ordonnées : cette rocambolesque affaire est le moyen le plus sûr pour l'anéantir à titre personnel et professionnel. Il est obligé de constater que sont désormais en jeu sa liberté, son honneur, son ménage et son patrimoine professionnel et privé.

Disposé à tenir tète à cette infâme calomnie ; il se lève d'un pas décidé, va chercher du café dans la cuisine, revient avec et réveille doucement sa femme. Habituellement splendide, son visage est disloqué par la souffrance. Elle n'arrive même pas à avaler un peu de café. Elle ne comprend toujours pas comment cette intrusion informatique a pu se produire. Moins combative que son mari, elle veut quitter au plus vite cette ville. Jean-marc lui fait entrevoir que partir reviendrait à offrir à ses détracteurs ce qu'ils recherchent et que c'est illusoire puisque son contrôle judiciaire lui interdit de quitter le département. Elle semble perdue et dépassée. Elle ne comprend pas que la justice recherche plus la preuve de la culpabilité de Jean-marc que les auteurs des faits. Il cherche à la réconforter et constate que c'est peut-être encore plus difficile pour elle de supporter cette situation que pour lui .

Malgré une courte nuit, Jean-marc doit retourner à son restaurant. Après deux heures d'embouteillages consécutifs à une manifestation de lycéens et d'étudiants, il arrive à son restaurant. Il lève le rideau métallique, entre et écoute le répondeur qui ne contient que des messages de journalistes. Ces derniers veulent à tout prix le joindre.
Pas pressé de leur répondre il laisse le répondeur branché. Peu après, ses trois employés arrivent ensemble. Ils ont l'air très gênés, presque surpris de le voir ici.De manière inhabituelle, le cuisinier, le second et la responsable de salle se précipitent à leur poste de travail. Ce zèle fait sourire jean-marc, mais il constate une fois de plus qu'il provoque une réaction de fuite. Ainsi en deux jours, le cuisinier, qui passait au moins un quart d'heure le matin à lui détailler ses recettes est devenu autiste. La responsable de salle, habituellement fascinée par son regard fait aujourd'hui tout pour l'éviter. Quand au second de cuisine il a un air emprunté et combat la tentation de quitter subitement les lieux en alignant cigarette sur cigarette.

Machinalement, Jean-marc va se faire un expresso et s'installe à une table qui donne sur la rue. Il remarque une voiture en stationnement. A l'intérieur il y a un homme qui tape sur le clavier d'un ordinateur portable .Instinctivement, il fait le rapprochement entre cette curieuse présence et le programme malveillant qui s'est propagé par sa messagerie électronique .Il appelle immédiatement le commissariat de police. Le brigadier chargé de son dossier arrive rapidement. Entre temps, la voiture est partie, mais Jean-marc a relevé l'immatriculation. Après examen de quelques fichiers informatique, le brigadier constateune récente intrusion sur le réseau internet de Jean-Marc. Le pirate informatique vient de se connecter sur le réseau sans fil (ou wi-fi) du restaurant et a surfé sur plusieurs sites pédophiles. Le policier passe immédiatement un coup de fil au parquet. Informé de ces faits nouveaux le procureur va demander la fin des poursuites pénales à l'encontre de Jean-marc et ordonne la recherche de la voiture du pirate informatique. Sitôt le téléphone raccroché, le brigadier conseille à Jean-Marc de faire sécuriser son internet sans-fil «afin de ne pas laisser sa ligne internet à la porté de tout le quartier»

Il y a plus important dans l'immédiat . Profiter du simple bonheur d'être redevenu un homme comme les autres





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