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Retour de l'au-delà


Auteur : COOS Laurent

Style : Humour




Il fut inexorablement attiré par cette lumière, encore lointaine, mais qui se faisait de plus en plus brillante, de plus en plus intense. Le tunnel ressemblait à un énorme entonnoir et, à mesure qu'il avançait, ses parois s'élargissaient et les ténèbres se dissipaient.
Il se retrouva d'un seul coup plongé dans un univers où régnait une lumière d'une beauté et d'une intensité extrêmes, et une sensation de paix et de calme parfait l'habita soudain. On aurait dit que, dans cet univers spirituel, le temps et la matière n'existaient plus. Imprégné de cette lumière d'amour absolu, inconditionnel, il avait l'impression de faire à présent partie de ce tout.
Mais ce moment de béatitude fut de courte durée, car quelque chose l'arracha instantanément à sa quiétude. Pourquoi avait-il été séparé si brutalement des personnes qu'il aimait le plus au monde ?
Dès lors, un sentiment d'injustice et de colère s'empara de tout son être.
- Mon Dieu, pourquoi m'avez-vous arraché si vite à ma famille ?
La lumière lui répondit. Non pas en paroles, mais par un mystérieux langage télépathique, comme si cette forme suprême pouvait lire directement dans ses pensées.
- Parce que c'était ton heure, mon petit John !
- C'est pas vrai, mon Dieu dites-moi que je rêve ! Je n'ai que quarante-deux ans !
- Malheureusement, telle était ta destinée.
- Oh non ! Je vous en prie, j'aimerais tellement revoir ma famille… Accordez-moi au moins cette faveur !

L'esprit créateur qui l'entourait semblait à la fois impressionné et amusé devant une telle détermination, tout en faisant preuve d'une grande bienveillance.
- Très bien, si tel est ton désir…

John se sentit brusquement glisser dans un gouffre très profond qui l'entraînait dans un tourbillon de lumière, et il se retrouva quelques instants plus tard en train de survoler sa maison.
« Mon Dieu, c'est fantastique, je vole ! »

Malgré son goût prononcé pour les sports aériens, jamais il n'aurait cru pouvoir un jour voler dans les airs de cette façon, séparé de son corps physique. C'était enivrant et effrayant à la fois. Il fit le tour de sa villa et entra par la fenêtre de la chambre à coucher qui était restée entrouverte. Il parcourut rapidement toutes les pièces, voltigeant par-dessus les meubles, mais il semblait que la maison était déserte. En arrivant dans la cuisine, il vit une tasse de café qui traînait encore sur la table et le journal du jour était ouvert à la page nécrologique. C'est alors qu'il vit avec horreur son propre avis de décès et son enterrement avait lieu en ce moment même.

John Kleton, décédé le 5 février 2008 à l'âge de 42 ans, suite à un tragique accident. Les obsèques auront lieu à 14h00 précises au cimetière Saint-Antoine de Courteley.

Il voulut hurler ou passer sa colère sur quelque chose, mais, bien évidemment, il en fut incapable. Il sortit à nouveau de la maison et fendit les airs en direction du cimetière, situé à un peu moins d'un kilomètre de chez lui. Lorsqu'il arriva sur les lieux, la cérémonie touchait à sa fin et quelques personnes étaient agglutinées autour d'un trou fraîchement creusé. Jessica, sa femme, se tenait tout au bord de la tombe, un bouquet de fleurs à la main, le corps parcouru de sanglots. John s'approcha d'elle avec une envie folle de la serrer dans ses bras.
« Allons, ne pleure pas ma chérie, je ne suis pas vraiment mort… Je suis là ! »
Puis il tourna autour du petit groupe et constata que ses enfants n'assistaient pas à la cérémonie.
« Ils sont probablement chez les voisins. » se dit-il avec soulagement.
Il remarqua soudain que Loris Peterson, le responsable de sa mort, assistait lui aussi à ses funérailles, bien qu'il se tînt un peu en retrait des autres. Le gros bonhomme coiffé d'une casquette, et qui portait toujours ses habits de chantier, avait les yeux rouges et paraissait complètement effondré. Un sentiment de haine s'empara aussitôt de John. Si seulement il pouvait lui casser la figure !
« Il n'a même pas eu la décence d'enlever son bleu de travail pour venir à mon enterrement ! »

La cérémonie terminée, le petit groupe se dispersa et Jessica fut raccompagnée en voiture par Yannick, son frère cadet. Arrivés à la maison, elle prépara deux tasses de café et Yannick prit place à la petite table de la cuisine, juste en face d'elle. Ils marquèrent un long silence, jusqu'au moment où celui-ci déclara :
- C'est vraiment trop bête, comme accident ! Cela s'est joué à quelques secondes près… Si le bloc de béton ne s'était pas décroché de la grue au moment où ton mari passait sur le chantier, il serait encore là aujourd'hui !
Jessica étouffa un sanglot.
- Arrête, je t'en prie ! Nous ne pouvons de toute façon rien y changer.
- En tout cas, John était le meilleur ingénieur en génie civil de la région ! C'était aussi un homme de terrain qui n'hésitait pas à se déplacer pour régler un problème.
« C'est bien vrai, ça ! » s'enorgueillit John qui suivait de très près leur conversation.
- Oui, eh bien il aurait mieux fait de rester à son bureau !
- Quand penses-tu dire la vérité aux enfants ? questionna Yannick.
« Quoi, tu ne leur as rien dit ? » s'étonna John.
Jessica enfouit son visage entre ses mains.
- Je ne sais pas… Je n'en ai pas la force, pour le moment.
- Il le faudra, pourtant. C'est encore plus difficile de leur cacher la vérité.
- Je sais, mais…
Au même moment, le carillon de la porte d'entrée retentit.
- Tiens, justement, les voilà !

Après avoir essuyé ses larmes, Jessica se dirigea vers le hall d'entrée pour accueillir ses enfants et les serra à tour de rôle dans ses bras.
John assista impuissant à la scène, en proie à un profond désarroi. Il se dit subitement qu'il aurait préféré qu'il n'y ait rien du tout après la mort, le néant, plutôt que d'être confronté à un tel supplice. Comme il aurait aimé, lui aussi, les embrasser une dernière fois !
- Dis, Maman, c'est quand que Papa rentre à la maison ? demanda Devis.
- Oh, tu sais, Papa a dû s'absenter pour un long voyage.

Du haut de ses sept ans, Devis fixa sa mère d'un air incrédule. Avec ses yeux bleus et ses cheveux châtain, c'était le portrait tout craché de son père. Il avait aussi hérité de son caractère bien trempé, tandis que Lyse, sa petite sœur, possédait la nature espiègle de sa mère.
- Il avait promis qu'il nous emmènerait faire du pédalo sur le lac ! s'exclama Lyse en faisant la moue.
- Le pédalo, c'est pas pour les filles ! répliqua Devis, en faisant une grimace à sa petite sœur.
- Ni pour les garçons à qui il manque une dent ! rétorqua la fillette.
Devis se jeta sur sa cadette et lui tira les cheveux. Elle se mit aussitôt à pleurer. Il détestait que l'on fasse allusion à sa dent de devant qui s'était cassée lorsqu'il était tombé à vélo. Sa mère, qui avait les nerfs à bout, se mit immédiatement en colère.
- Allons, les enfants, ça suffit ! Allez immédiatement dans votre chambre !

Penauds, les deux enfants montèrent les escaliers menant à l'étage en soupirant, tandis que Yannick emprisonna sa sœur dans ses bras. Jessica était une petite rousse au corps délicat, et son visage était d'une extrême pâleur. Pour couronner le tout, ses yeux cernés trahissaient deux longues nuits sans sommeil, passées à feuilleter les albums photos en se remémorant les agréables moments vécus en famille.
- Tu es sûre que ça ira ? demanda Yannick en la fixant droit dans les yeux.
- Oui, je pense. Si John était là, il voudrait que je me montre forte ! Mais je crois que je vais aller me reposer un peu.
- Excellente idée ! En tout cas, n'hésite pas à m'appeler si tu as besoin de quoi que ce soit ! déclara le jeune homme en se dirigeant vers la porte.
- Promis.
Dès que son frère eut tourné les talons, Jessica monta directement dans sa chambre et se laissa tomber sur le lit. D'une main tremblante, elle voulut saisir le cadre avec la photo de son mari qui trônait sur la table de nuit, mais il lui glissa des mains et tomba sur le parquet.
- Merde ! s'écria-t-elle.

Lorsqu'elle le ramassa, elle vit avec effroi que le verre qui protégeait la photo était cassé. John assista à la scène, médusé.
« Bon sang, tu es toujours aussi maladroite ! Ma mort ne te suffit pas, il faut en plus que tu m'arranges le portrait ! »

John, tourbillonna autour d'elle avec colère en essayant de toucher son visage. C'est à ce moment-là que quelque chose d'incroyable se produisit : d'un revers de la main, elle esquissa un geste comme si elle voulait le chasser.
« Mon Dieu, elle a ressenti ma présence ! C'est formidable ! » pensa John. « J'ai la faculté d'entrer en contact avec les vivants ! »

Dès lors, il continua ses assauts de plus belle.
Sa femme se mit à courir dans la pièce en fouettant l'air avec ses mains, jusqu'au moment où elle s'empara d'un magazine qui traînait sur la commode. John essaya de communiquer avec elle par télépathie, mais sans succès. Puis, d'un geste vif, elle brandit le journal devant elle et John prit conscience une seconde trop tard de la réalité. Un claquement sec retentit et il fut à nouveau projeté dans le long tunnel de lumière, mais cette fois-ci sans espoir de retour.

Au même moment, Lyse entra dans la chambre de sa mère, alarmée par ce remue-ménage.
- Que se passe-t-il, Maman ? demanda-t-elle, paniquée.

Sa mère reposa le magazine sur la table de nuit, juste à côté du portrait de son mari, et esquissa un petit sourire. Le premier de la journée.
- Rien, mon ange ! Je viens juste de tuer cette sale mouche qui n'arrêtait pas de me tourner autour !

Puis elle enlaça sa fille, tout en fixant la grosse tache noire dégoulinant du mur. Une vague de nostalgie l'envahit à nouveau, car elle se rappela subitement que son mari détestait les mouches. Il la taquinait d'ailleurs souvent en lui disant :
« Tu es tellement maladroite que tu es incapable de tuer une mouche du premier coup ! »

S'il l'avait vue aujourd'hui, nul doute qu'il aurait été très fier d'elle !





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