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La méditation de l'acteur


Auteur : BAKKAR Amel

Style : Scènes de vie




Vous aviez toujours rêvé d'être là et vous y étiez.
La maquilleuse était venue faire les derniers raccords. On avait demandé le silence sur le plateau. Jacques, le metteur en scène avait souhaité que la scène du viol se déroule dans la chambre. Laura était habillée de blanc. Elle portait une robe de lin que sa mère lui avait offerte à son anniversaire.

Vous ? Vous étiez dans l'attente. Cela faisait deux mois que vous l'aviez rencontré au restaurant " l'île aux fleurs " : un bar-restaurant du quartier.
De son regard de braise, elle avait su vous séduire sans un mot. Des étincelles s'étaient installées dans vos yeux pour briser le silence et pouvoir vous offrir une ouverture vers la parole.

C'était magique. Vous vous en souvenez, comme si c'était hier. Le seul hic dans l'histoire, c'est que vous ne supportiez plus ce désir inassouvi. Elle vous faisait attendre, encore et encore :
- Écoutes John ! Je ne suis pas une fille facile. Je ne peux pas faire l'amour avec toi. On se connaît à peine.

Elle vous laissait là, tout penaud, suspendu à cette dernière phrase qui vous enrageait. Comme un chien, vous attendiez qu'elle vous offre un jour les plaisirs de sa chair. Un jour de solitude vous fit boire et aujourd'hui vous décidez que vous la visiterez.

- Tom, dit le metteur en scène
- Oui, répondez-vous
- J'ai oublié de te dire : tu tourneras entièrement nu. Ton personnage a perdu le contrôle. Caché dans l'armoire, il attendra patiemment la venue de Laura... Pour la violer.
- Y a pas de problème Pascal. Je suis comédien. Et un comédien épouse la peau de son personnage, les yeux fermés. Quand je joue c'est toujours moi qui vais au personnage et non le personnage qui vient à moi.

Peu de temps après, le plateau se libère et on entend Action...

On est lundi soir. Le film est fini. Seul le filage reste à faire. Vous avez reçu vos cachets. Pour revenir à la réalité, vous proposez à Magali de prendre un verre. Elle accepte volontiers et en profite pour vous présenter son mari : Edouard.
Il est 20 heures. Les techniciens sont déjà partis en voiture. Seuls restent les comédiens qui se quittent sur le quai d'une gare. Vous en faites partie. Vous partagez les derniers aux revoirs. Puis chacun reprend son chemin, oublié le temps d'un tournage.

Mardin matin, le réveil sonne. Il est 07 heures. Anna dort encore. J'avais oublié qu'elle était aussi belle. Ma femme m'avait manqué. Ma maîtresse et confidente qu'elle est, aussi. Je suis arrivé à 04 heures par le train de nuit. Ça fait trois heures que je vois mon ange dormir.
Maintenant que j'ai cumulé plusieurs cachets, j'ai les moyens de lui offrir ce qu'elle souhaite : Un bébé. Elle en désire un plus que tout au monde et moi aussi.
Anna est la seule personne qui a cru en moi avant que je devienne une Star du Cinéma.


***

Mes années de galère ? Ce n'est pas si loin que ça !
Il y a deux ans, comme un couloir impénétrable et inhabité, je me sentais seul et entouré à la fois. J'étais vide et libre comme l'air. Je baignais dans ces contradictions depuis que j'avais choisi ma vocation.
Je faisais partie des pieds nickelés de la société. J'étais de ceux qui n'entrent pas dans les cases de l'administration. Au fur et à mesure que le temps passait, le gouvernement nous coupait les vivres pour exterminer les individus de notre espèce. Seulement les gens comme nous font tourner le cinéma. Sans nous la détente n'existerait pas.

Le marginal, c'était moi : Tom Enchélo, russe d'origine et français d'adoption.
Artiste de profession, je fais partie aujourd'hui de l'élite des acteurs, des banckables comme on dit dans le métier. Si un réalisateur veut vendre son film, il me paie grassement pour le rôle attribué que j'ai accepté de jouer. Aujourd'hui j'ai ma place. Mais, je n'oublierai jamais les années de galère avant d'en arriver là.

Sept ans. J'avais mis sept longues années pour me construire, me blinder, me protéger, m'entraîner de pièces en pièces, de rôle en rôle. Puis, un jour une lueur d'espoir traversa mon esprit : celle de prendre mon courage à deux mains et d'aller rencontrer le meilleur agent de Paris, Monsieur Blinéo.

C'était l'année dernière et j'étais encore timide. J'avais peur d'être maladroit alors je m'étais dit que le mieux serait de connaître son itinéraire, afin de l'aborder dans un moment de tranquillité. Et au bout d'une semaine, enfin, j'avais réussi à me retrouver devant lui. Il faisait chaud. Les parisiens étaient sortis en tongues pour profiter des rayons de soleil qui passaient par là.
Je m'en souviens comme si c'était hier.

Il était assis là, derrière son journal et devant son café. J'étais à un mètre de lui, habillé en bleu des pieds à la tête. Anna, mon amie, avait insisté pour que je porte cette couleur. Elle disait qu'en portant des couleurs claires, on touchait l'inconscient dynamique de la personne en face de soi. M. BLINEO interpréterait déjà, sans échange, que j'étais quelqu'un de dynamique et ce malgré ma timidité.
Alors, j'avais suivi ses conseils pour mettre tous les atouts de mon côté.

Curriculum vitae à la main, j'avais hésité un long moment à rentrer dans ce café du XVIe arrondissement. Comme je me disais toujours qu'on naît de lumière et qu'on finira poussière, il était temps pour moi que je provoque les rencontres pour avancer. Je n'aurai pas de regrets ainsi.
En rentrant dans le bar, il remarqua ma présence. Nos regards s'échangèrent et un sourire vint confirmer le cocon que nous avions formé.

Je m'étais présenté et lui avait dit :
- Bonjour, Monsieur Blinéo. Je suis comédien. Avez-vous quelques minutes à m'accorder ?

Il m'avait fit signe de la tête que je pouvais venir m'installer à ses côtés.
Avec ma sincérité et ma timidité, je lui avais tracé pendant une heure mon parcours de comédien. J'avais besoin d'un agent et d'un coatch pour me prendre en main et me guider.
Il fut touche par ma présentation, ma personnalité vraie. Et c'était rare dans le métier. Il garda mon CV et promis de me rappeler après ses vacances dans une semaine.

C'était un homme très sollicité alors sept jours d'attente c'était bien.
J'ai vécu l'enfer toute la semaine suivante. J'ai fait des cauchemars à répétition où je le voyais me dire non. Et puis Anna m'annonçant qu'elle me quittait. Elle abandonnait la vie commune pour trouver la stabilité avec quelqu'un d'autre. Travailler avec lui ? C'était une porte ouverte vers un bonheur sans galère et une demande en mariage.

La semaine fut longue, les nuits très courtes. Le vendredi suivant, vers 10 heures, le téléphone sonna. J'étais encore dans mon lit. Pensant que c'était Anna, j'avais dit en prenant le combiné :
- Bonjour, ma chérie

À l'autre bout du fil, c'était une voix d'homme. La voix, c'était celle de Monsieur Blinéo en personne. Il m'appelait pour me demander si j'étais disponible dans les 15 jours à venir. Il avait besoin d'un comédien pour un tournage. Il m'offrait la chance de ma vie avant même de m'avoir vu jouer.
Je devais préparer mes bagages et me présenter vendredi prochain à son bureau avec mon passeport à jour. J'étais dans un état second. Je n'en croyais pas mes yeux.

Au long de toutes mes expériences ratées, dieu m'avait offert la patience pour me construire. Ce jour-là, il me récompensait par ce miracle.
J'avais appelé Anna pour lui annoncer la bonne nouvelle. Elle m'avait dit :
- Je suis fier de toi Chéri. Maintenant, il te faudra mettre de l'argent de côté pour ne pas revivre les moments de galère.
Elle avait raison.

Peu de temps après, M. Blinéo devenait mes rails et moi le train. Grâce à lui, j'ai pu me faire connaître. C'est allé vite. Ma carrière a explosé sans que je prenne le temps de m'arrêter.
Des soirées mondaines j'en faisais beaucoup. Maintenant ? Je préfère m'effacer petit à petit de cette bulle de star pour laisser une part de mystère à ma personnalité. Les gens me reconnaissent dans la rue. Ça fait plaisir, je l'avoue. Je n'ai pas du tout la grosse tête. Et je nourris quotidiennement ma modestie. Peut-être qu'un jour, je pourrai comme le dit M. Blinéo devenir le James Steward du siècle.


***

Il est 08 heures. J'ai eu le temps de préparer le petit-déjeuner et l'ai déposé à ses pieds. Elle se réveille. J'ai la bague dans ma poche.
En baillant, je relève la tête et tombe sur une phrase que j'ai découpée et collée au-dessus du lit. Juste un bout de phrase qui dit : " ...Hommes et Femmes n'y sont que des acteurs. Ils ont leurs sorties et leurs entrées. Et chacun dans sa vie a plusieurs rôles à jouer " de William Shakespeare.

Ma petite femme m'en avait voulu de couper le début de la phrase. Je lui avais répondu que ce qui est valable pour le théâtre l'est aussi pour le cinéma.
Pour elle, j'étais un original. Moi, je suis un icarien du cinéma et un "Bourvil " de la vie. Mes rôles au cinéma, je les ai. Je m'éclate dès que je peux quand je suis sous les feux des projecteurs. Mais, je garde le plus important en tête. Pour garder mon pied dans la réalité, je construis mon bonheur sur une seule entrée : celle que je partage avec elle.





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