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La cohabitation innocente


Auteur : BAKKAR Amel

Style : Drame




Dans la salle de bains d'une chambre d'hôtel, le corps déchiqueté de la Duchesse Wintélor gisait dans la baignoire ensanglantée.
C'était Conchetta, la femme de ménage, qui avait prévenu la police. Une odeur nauséabonde commençait à se répandre devant la porte.
Elle s'était inquiétée de voir cet homme resté aussi longtemps enfermé, refusant les changements de draps et tout contact de l'extérieur.

- Je vous dis que je ne suis pas Sarki Linski !
Je m'appelle Sam LIMA.
- Enfin, Monsieur ! On vous arrête avec cette carte d'identité à votre nom. Vous avez arraché la photo pour semer le doute, n'est-ce pas ?!
- Non, non. Je vous assure que ce n'est pas moi. Je n'ai jamais vu cette carte
- Et cette arme dans vos mains ? On l'a inventé peut être ?!
Ecoutez. Si vous avouez le crime, le juge fermera les yeux sur quelques mois de prison.
- Ce n'est pas moi. C'est un complot, je vous dit !

Les gendarmes l'avaient interrogé pendant 48 heures. À ses côtés, on avait retrouvé une peluche d'enfant et une valise pleine de billets. C'était un super magot. L'inspecteur avait voulu savoir ce qui s'était passé. L'homme, visiblement amnésique, ne se souvenait de rien.
Le commissariat marseillais avait prévenu le mari. Sa femme avait disparu depuis une semaine. Il avait reçu un appel anonyme lui demandant de laisser une somme de 10 000 euros dans une usine désaffectée, pour pouvoir la récupérer.
Le mal au corps, il se rendit à la morgue pour vérifier si c'était bien elle.

Arrivé au poste, le Duc de Wintélor s'aperçu très vite que la moitié des billets manquait. Ils n'avaient pas pu disparaître comme ça dans la nature. L'homme avait oublié. Le monde soupçonnait un complice caché.


***

Dans le train qui l'amenait à Marseille, Sam observait à travers la vitre le paysage kaléidoscopique qui s'offrait à lui.
Pendant sa contemplation, un homme du même âge était venu s'installer à ses côtés.
Il portait un long manteau d'hermines, un chapeau noir et son pif était aussi long que celui de Pinocchio. Son visage était sombre et il n'avait pas d'odeur. Sam en fut surpris car tout le monde avait une odeur entre celle du déodorant, du parfum et la sueur de fin de journée.
Ce personnage ressemblait étrangement au diable incarné. Il s'appelait Sarki Linski. Il était roux, couleur poil-de-carotte et ivre comme jamais.
Il lui avait dit :
- Bonjour, Monsieur. Auriez-vous l'obligeance de m'écouter quelques instants ? j'ai besoin de votre aide et vous avez besoin de moi.
Sorti de nulle, il était convaincu qu'ils se connaissaient bien. Sam lui répondit :
- Vous faites erreur, Monsieur. On ne se connaît pas.
Mais l'homme ne voulait rien entendre :
- Si, si. Je vous suis depuis longtemps. Je vous ai observé. Je sais que vous êtes Sam Lima, que vous êtes venu en ville pour chercher du travail. Si vous voulez vraiment réussir, il va falloir m'écouter maintenant.

Sarki avait quitté la campagne aussi. Il y a dix ans de cela, il avait débarqué à Paris, sans un sou. De galères en mauvaises rencontres, il s'était rendu compte que seuls les riches pouvaient réussir. Alors, il bascula très vite du mauvais côté.
Il organisait des kidnappings et demandait des rançons. Pour survivre, il était plus facile de vivre sur le dos des riches. Il lui montra la liste des plus grandes fortunes de la région, leurs numéros de téléphone et leurs itinéraires journaliers.
Sarki était le cerveau, il cherchait maintenant les bras pour l'aider.

Sam sentit un tiraillement grandir en lui. Comment un individu pouvait se renverser l'âme pour vivre ? Quels progrès la nature humaine avait faits ?
Il refusa sa proposition et changea de place pour en être débarrassé.
Il s'était retrouvé assis à côté d'un homme vêtu de blanc. Cette âme pleine étais plongée dans une thèse sur " Lysines et Lytiques " de Julien Obel. C'était sans doute un professeur ou un biologiste confirmé.

À midi, le train s'arrêta. Les techniciens alimentèrent la machine pendant que les voyageurs profitaient de la verdure ou allaient déjeuner au restaurant qui se trouvait quatre wagons plus loin. C'était vendredi. Le chef cuistot proposait systématiquement du poisson frais.
Aujourd'hui, c'était du germon frit accompagné de pommes dauphines.
Pour ceux qui n'avaient pas le temps, il avait préparé des sandwiches au saumon fumé. Ce fut un régal. Sam s'offrait avec les quelques sous en poche un repas de luxe. Il mangeait pour la première fois du poisson.

Puis la tombée de la nuit arriva. Le train prit congés à Marseille. Sam avait une chance inouïe. Le premier hôtel où il se présenta avait plusieurs chambres de libres. Couché dans son lit, le marchand de sable vint s'installer avec lui pour entreprendre un long voyage au pays des songes.


***

Tout le monde le considérait comme un homme mûr. À 10 ans, il avait perdu ses parents lors d'un accident de voiture. D'une rousseur extrême, d'une gentillesse débordante, il était le préféré du village.
Étant le plus jeune, il rendait souvent visite aux anciennes générations pour proposer ses services. Le samedi matin, tout le monde pouvait compter sur lui pour les courses et le ménage. L'ange roux s'appelait Sam LIMA.

Au début, quand on le rencontrait on avait l'impression de voir une âme fragile capable de tuer tellement il avait souffert. Puis de discussion en discussion, on s'apercevait très vite que derrière le masque, deux personnalités cohabitaient : le petit garçon qu'il était, déchiré par la douleur et l'homme fort qu'il devenait.

Un jour, il décida de quitter son petit patelin pour découvrir la ville. Il avait 18 ans. Il voulait devenir infirmier parce qu'il avait vu des gens mourir de maladies non soignées. Tous ses amis lui avaient dit que c'était une vie difficile qui l'attendait, et l'encourageaient à rester dans les bois à l'abri de toute violence urbaine. Lui, obstiné, n'avait rien voulu entendre.

Sam avait choisi Marseille pour son charme cosmopolite et sa mer bleue.
Il ne voulait pas être encombré, alors il avait pris le strict nécessaire qui se résumait à trois chemises, deux pantalons et un cahier de notes pour la route.
Pour occuper sa faim, sa Tante Olga Elmeyeur lui avait fait des biscuits aux chocolats.


***

Dans un asile psychiatrique du XIIe arrondissement, un homme d'une trentaine d 'années se laisse mourir dans un fauteuil en osier.
Il s'est renfermé sur lui-même. Seul un objet le ramène à la vie de temps en temps : son cahier de notes. Chaque jour que Dieu lui offre, il écrit :
Je ne suis pas Sarki Linski. Je suis Sam LIMA et je n'ai pas tué cette femme.

Cette phrase était écrite plusieurs fois sans rature.

Il était entré un 12 janvier 2003. Le 12 janvier 2004, on le retrouva dans son lit poignardé en plein cœur d'un couteau dont on ne trouva jamais la provenance.

À la main, il tenait un papier chiffonné destiné à l'infirmier qui s'occupait de lui :

Thierry,
Je n'aurais jamais dû quitter les bois.
La ville a réveillé en moi des douleurs endormies.
Ils m'avaient prévenu Il m'avait prévenu pourtant. Je n'ai pas voulu les écouter.
J'ai fait un rêve hier soir. Icarien, je m'envolais pour partir rejoindre mon village natal. Au fond d'une enclave, derrière l'église, j'avais trouvé une peluche remplie de billets.
J'étais un homme riche.
Peut-être qu'un jour, comme toi,
je serais aimé comme infirmier.
Je ne sais plus qui je suis.
Je m'en vais..





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