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Autopsie de l'autre


Auteur : BAKKAR Amel

Style : Drame




Je ne sais plus exactement dans quelles conditions je suis partie, mais je suis bel et bien partie.
De mes bijoux d'ancêtres, aux photos souvenirs jusqu'à la cuisine qui était encore le seul endroit où la création m'était possible, j'ai tout laissé.
J'ai cédé toutes ses années accumulées, tous ses comptes bancaires bien garnis qui ne demandaient qu'à profiter du temps qui leur restaient.
J'ai tout quitté, tout donné, tout délaissé.

Tout droit venu d'une planète qui m'était inconnu, UmoBong est venu me chercher.
UmoBong appartient à cette peuplade avancée qui n'a pas besoin de penser pour agir. Il vient d'une communauté qui d'un claquement de doigt traverse des années lumières d'espace temps pour visiter nos civilisations.
Pour venir, il a choisi une de leur création intemporelle appelée générateur de temps ou plus communément connu chez nous comme « soucoupe volante ». Tout le monde connaît leur invention source d'inspirations pour de nombreux écrivains, réalisateurs, dessinateurs ou scientifiques.

C'était un 25 juin 2012 à 05h55. Un jour précis pour une heure précise.
Il s'était porté volontaire comme ceux qui se portent volontaire pour expérimenter la vie... un volontaire bien choisi que je pouvais observer comme une gourmandise, prête à tout dévorée. Des volontaires comme lui ? J'en ai connu plus d'un, en particulier mon meilleur ami qui a préféré le parachute à ses amis. Un jour, en pleine évasion, il en a payé le prix.

Ma mère, elle aussi, était une adepte du volontarisme. Elle donnait de sa personne, de son temps, distribuant sourires, bribes d'espoirs à souhait pour aider ses visages qu'elle ne connaissait pas. Elle donnait son cœur à des corps en transit. Elle donnait ses mots à des ombres, à des organes à fleur de peau.

Mon frère s'est lui aussi ouvert aux autres. Il a sacrifié sa propre personne pour aller dans la peau de l'autre, dans la peau de celui qu'il voulait être l'espace d'un instant. Un texte, un visage, une image, la caméra et hop le voilà se lançant corps et âme dans une nouvelle vie pour quelques jours ou quelques heures …le temps de figer son autre dans l'objectif.

Et, il y a eu Stéphanie Stendhal ma conseillère financière, Guy Cartouche mon meilleur ami spécialisé dans les redressements judiciaires, Laurent Wolf mon compagnon de vie et policier et Guy mon fils. Tous ont choisi d'être quelqu'un d'autre jusqu'au jour où l'image qu'ils reflétaient dans la glace ne leur plaisait plus. Rongés par la vie, ils ont fini par abandonner leur façade et apprendre à être eux-mêmes.

Moi ? J'ai passé ma vie à avoir peur de l'autre, des autres. J'ai passé mes journées à autopsier tous les mots, tous les souffles, tous les gestes, tous les regards, toutes les démarches qui se dessinent dans la rue. Je ne voulais surtout pas prendre le masque de l'autre, celui qu'on demande de porter en société.

Un tort, me disaient certains: « tu ne comprends pas que la vie c'est toi, c'est lui, c'est moi et que nos vies passent leur temps à se chercher dans le mensonge, l'envie et la vérité... »

J'ai lutté. J'ai résisté. Et, j'ai fini par me fermer comme une huître, comme une forteresse blindée à plein nez. Je me suis vu mourir à petit feu. Je n'avais plus personne, plus aucun ami autour de moi. Je me suis mis le feu toute seule, et, il s'est répandu aussi vite qu'un éclair.

Le feu ? Ne m'en parlez pas ! Mon père en a fait sa passion.
Enfant, disait-il, je m'amusais souvent à dompter le feu, parce que les autres en avaient peur, parce que les autres craignaient ses étincelles qui en une fraction de seconde dévastaient tout. Il a fini par faire la une des journaux avec une médaille de l'honneur qu'il n'a jamais eu l'occasion de porter.

Depuis cette fâcheuse journée, chaque année, le 28 juillet on évoque sur la grande place St Charles son courage, toutes ses grandes actions et toutes ses familles nombreuses qui auraient pu finir définitivement englouties.

Et toi, papa ? Que serais tu devenu si tu n'avais pas passé toute ta vie à te chercher dans le regard de l'autre ?
Et moi, qui serais je, si je n'avais pas vécu tout çà ?

Je ne serais peut être pas liée à ce fauteuil roulant, aujourd'hui.
Mathilde ne me dirais pas tous les jours que je peux progresser si je ne passais pas mon temps à dépenser le peu d'énergie qui me reste. Mathilde ne me dirait pas que si je continue de faire la course avec mes vieux camarades, elle sera contrainte et forcé d'en référer au médecin chef, parce que les fauteuils roulants çà coûte cher...
Mathilde ne me dirait pas qu'elle en a assez. Mathilde ne serait pas Mathilde et ce serait tant mieux pour moi !

Eh, bien maintenant elle n'aura plus ce plaisir, parce qu'UmoBong est là.
Il me regarde. Ses yeux lagon bleu m'emportent en moins d'une seconde dans un cyclone de bonheur réveillant toutes mes envies, toutes mes folies comme un premier baiser au petit matin.
Il me voit, il sait qui je suis. Il me tend la main.
Un sourire aux lèvres, l'air serein, il propose que je ferme les yeux. Il dit que ce sera plus facile pour moi.

Il dit qu'il est venu me soulager, qu'il sait que je vais enfin devenir une autre, que mon autre m'attend déjà et qu'elle a hâte de me connaître. Chouette, j'aurais bientôt une nouvelle conscience et une nouvelle âme.
Je vais croiser des ondes radios imperceptibles à l'œil nu, entendre les vents orphelins, voir toutes ses vies sans attaches et tous ses corps éteints qui ont leur place dans l'autre monde. Comme d'autres, je vais voir des choses que les autres ne voient pas. Comme d'autres, je vais murmurer à l'oreille de celles et ceux qui suivent mon chemin, les visiter pour nourrir leur curiosité.

Je vais retrouver l'âme que j'étais au tout début, à la naissance. Le parfum de la fragilité et de la pureté se souviendront et reviendront.

Je vais retrouver ma famille et oublier tout ce que j'ai vécu ici bas. Au fil du temps, je verrais des choses, j'apprendrais des choses.
Au fil du temps, j'attendrais toujours que quelqu'un m'attende quelque part. Jusqu'au jour où Umo Bong sera au rendez-vous.

Et, UmoBong est là. Il m'attend.
- « On y va ? , me dit-il
- C'est l'heure ? !
- Oui, Anna. C'est l'heure. »

Son générateur de temps s'active. Les portes s'ouvrent. Main dans la main, on franchit l'entrée. Les portes de l'ascenseur se referment et moi avec.





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