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La ligne de chute


Auteur : COVIN Grégory

Style : Science-fiction




    Hoertslein se matérialisa lentement devant l’éco-consistoire. Le silence qui s’établit alors lui rappela cet instant précieux et si étrange de son entrée dans la chambre de ses parents, en pleine nuit, quand il était enfant. Un terrible cauchemar l’avait tiré du sommeil, et il avait déambulé dans les couloirs de la maison comme une âme en peine, se cognant aux murs, à la recherche de la chaleur de ses pairs. L’heure n’avait alors plus aucune importance, tout comme le sentiment d’interdit. Il cherchait juste des bras aimants, des mots doux et un baiser. Mais il n’avait trouvé qu’un silence obsédant qui l’avait stoppé dans son élan. A quelque mètres du lit des deux adultes, il s’était senti comme un petit animal épié par un monstre gigantesque. Si, quelques années plus tard, il allait comprendre qu’il avait surpris ses parents en plein acte sexuel, il s’était rendu compte, ce jour-là, qu’il était seul dans l’univers, et qu’il ne pouvait avoir une confiance absolue en qui que ce soit.
    Lentement, Hoertslein leva une main devant lui et fut surpris de constater qu’une cage de verre, totalement invisible à l’œil, l’empêchait d’avancer ou de reculer. Il était pris au piège. Il manqua d’air l’espace d’un instant, et frappa la vitre. Ce contact envoya une information à un ordinateur qui ronronnait non loin, et une voix féminine bien que totalement informatisée vint briser le silence.


Matérialisation réussie. Consolidarisation cellulaire en cours. Veuillez patienter.
    Hoertslein réalisa qu’il ne savait pas ce qu’il faisait là. Qu’il n’avait pas de nom à donner à cet endroit mais surtout que son dernier souvenir était son flirt avec Natacha, une roumaine experte en sciences cosmiques appliquées. Elle était plus grande que lui, et c’est elle qui avait enfoncée sa langue dans sa bouche, quand qu’il l’avait embrassée. Puis une série de flashs vint ouvrir plusieurs portes mnésiques. Obtention de diplômes, mort de son chien et de ses parents. Une vive tristesse l’envahit, un abandon de l’envie de vivre alors qu’il se savait le dernier de sa lignée. Avant qu’un désir ardent ne vienne balayer sa peine. Le projet de toute une vie. Une fenêtre mémorielle s’ouvrit sur un heureux mariage, et Hoertslein se découvrit une épouse souriante de petite taille, tenant un verre de champagne en petite tenue. Quel obsédé je fais !, pensa-t-il, alors que ces souvenirs affluaient, toujours teintés d’érotisme ; parce que des moments simples et facilement reconductibles. Puis il comprit que ce qui l’obnubilait vraiment ne concernait pas sa vie privée mais un projet professionnel de grande envergure. Démentiel, était le terme le plus approprié, alors qu’il le découvrait par à-coups, les chapitres psychiques le concernant se déverrouillant dans le désordre. Il était question de se déplacer à grande vitesse – bien que l’on était loin de celle recherchée, à savoir la vitesse lumière accordant un transfert quasi instantané – et d’apparaître dans un lieu sans s’être déplacé.
    - La transcellularisation ! cracha-t-il presque.
Le déplacement de cellules vivantes d’un point A vers un point B sans relier ces derniers d’un quelconque moyen de transition. Hoertslein citait ses propres mots. Progressivement, sa mémoire lui revenait, se reconstituant maintenant que son corps s’était unifié dans la cage d’arrivée. Le terme précis concernant cette ligne de chute lui était encore inconnu, mais il savait que dans quelques instants ce lieu n’aurait plus de secret pour lui.
L’éco-consistoire s’illumina, accueillant son nouvel hôte par un feu d’artifices de diodes colorées et d’écrans d’ordinateurs s’allumant à tour de rôle. L’un d’eux présentait Hoertslein dans sa bulle, par l’intermédiaire d’une caméra que l’homme ne parvenait pas à distinguer. Il s’observa attentivement, constatant qu’il n’était pas l’homme qui persistait dans ces souvenirs. Des pans de sa mémoire lui faisaient encore défaut, et une dizaine d’années au moins séparaient la réalité de ses souvenirs. Il renifla bruyamment, gêné et sans doute vexé de se voir d’une certaine manière enlaidi de la sorte. Puis son attention se concentra sur un point rouge devant lui, qui grossissait à vue d’œil. Cela ressemblait à une lumière clignotante, comme pouvait l’être un signal d’alarme ou l’égrenage d’un compte à rebours. Sa régularité la faisait pulser comme un cœur, donnant cette sensation étrange qu’elle s’accélérait chaque seconde un peu plus, attisant un danger imminent. Une machine volante cyclopéenne dotée d’un long bras mécanique extensible surgit alors devant sa cage, recouvrant sa surface d’un enduis ensanglanté qui s’évanouissait aussitôt dans les ténèbres au gré de la vive lueur qui émanait de son iris.

Bonjour, professeur, fit la chose.
Hoertlsein reconnut la voix féminine qui l’avait d’une certaine manière accueilli, mais ne répondit pas avant d’avoir recouvré son calme. Il se sentait en cet instant comme un rat de laboratoire, incapable de comprendre quels était les buts du jeu qu’on lui présentait, et surtout quel allait être son sort, qu’il remporte la partie ou qu’il la perde.
- Où je suis ? demanda Hoertslein.

Dans la station de recherche des transports à grandes vitesses de la Géante Rouge, répondit la voix. Plus précisément, vous vous tenez en face de l’éco-consistoire. 
L’être humain ne répondit pas. Il puisa dans ses souvenirs une définition de ce lexique inconnu mais ne découvrit qu’une absence de sens.
    - Qu’est-ce que l’éco-consistoire ? voulut savoir Hoertslein.
La chose donna l’impression de réfléchir, de par un léger silence avant d’énoncer sa réponse, comme si elle ne comprenait le besoin d’énoncer une telle question.
    Ici se trouvent répertoriées les informations génétiques et physiologiques de vos expériences, de l’arborescence des brins d’ADN de l’homme à la surface épidermique de la peau. L’écologie de la consistance complète de l’histoire d’un individu. Ou d’une entité, si l’on se réfère à vos premiers sujets. Par réduction sémantique : éco-consistoire.
    - Mes premiers sujets… qui étaient ? demanda l’homme.
    L’entité portant le nom de numéro 1 était une table, professeur.
Il y eut comme un déclic dans la psyché d’Hoerslein, qui se vit alors soulever un meuble pour lequel il avait associé le poids comme étant celui d’un animal de bonne taille – qui était la prochaine étape de l’expérience, faire transiter quelque chose de vivant – et le poser sur un cercle qui ressemblait fortement à celui sur lequel il se tenait. Il pouvait entrevoir les fils qui couraient sous sa surface, et la chaleur qu’il expulsait commençait à le faire doucement danser sur sa place. Une fois de plus, il eut la sensation de manquer d’air, et poussa du bout des doigts la vitre qui le cernait de toute part. Sans obtenir la moindre réaction.
    - Je veux sortir ! ordonna alors Hoerslein.
    Quand le moment sera venu, répondit la chose, imperturbable.
Tel un lion en cage, Hoerslein fit quelques pas sur sa gauche, puis sur sa droite, observant cet environnement hostile avec une certaine forme de sauvagerie. Il palpa ses poches, cherchant quoi que ce soit, un simple trousseau de clefs, pour s’attaquer à la vitre. Même s’il se doutait que c’était peine perdue. Mais il ne pouvait rester là sans rien faire. A attendre comme un condamné.
    - Je veux parler à quelqu’un qui s’occupe du complexe. Tout de suite ! fit-il, à bout de patience.
    Nous sommes en phase de relation, professeur.
    - Je veux parler d’un être humain, bon sang !
Il y eut un blanc, une fois encore. Plus long que le précédent.
    Alors vous êtes seul, professeur. Il n’y a que vous, ici.
Hoerslein hoqueta, plus surpris que véritablement horrifié de découvrir que nul être de chair et de sang ne lui viendrait en aide.
    - Comment ce complexe a-t-il pu voir le jour sans la main de l’homme ? demanda-t-il.
La chose donna l’impression de se lasser de cette conversation. Elle déambula devant la courroie, inondant l’intérieur de son regard de feu, avant de s’élancer dans les ténèbres. Comme s’amusant à les faire fuir. Son bras extensible s’était déplié, exposant des fuseaux de tiges ayant la finesse d’une seringue, et de ce qui ressemblait parfois à des baguettes magiques, pétillant d’une énergie dont la source semblait ailleurs.
    - Tu vas me répondre, oui ?
    La sonde a été envoyée, avec tout le matériel de construction, les pièces de rechange en nombre suffisant, et une mémoire artificielle en circuit fermé et sauvegardée sur plusieurs modules de survie, en vitesse proluminique. C’est à dire aussi proche que cela peut l’être de la vitesse lumière. Vitesse qui ne peut être supportée par l’espèce humaine, quel que soit ses moyens de protection à cet égard, ses cellules se désagrégeant au taux de 0,0002 microns seconde, et ce de façon exponentielle. Nous avons atterri sur la Géante Route seize ans plus tard, et aussitôt entamé la construction de la Ligne de chute. Afin de procéder aux tests. Par l’intermédiaire des améliorations que vous portiez au projet, la transcellulariation a été affinée et l’éco-consistoire établi.
    - Y a-t-il déjà eu des êtres humains qui ont mis un pied dans ce complexe, une fois celui-ci construit ? le questionna Hoerslein.
Vous êtres le premier, professeur.
- Si je comprends bien, j’ai fait construire une machine qui m’a dématiérialisé, et qui m’a fait apparaître ici. A des milliers d’années lumière de ce que l’on peut appeler ma Ligne de départ – ce terme lui était revenu en mémoire, il lui plaisait car il était loin des termes complexes et inutilement abscons avec lesquels les scientifiques aimaient jouer. Et je suis mon premier sujet humain d’expérience.
Cela me semble être le cas, professeur.
Hoerslein se mouilla les lèvres.
    - Et donc je peux repartir comme je suis venu.
    Cela serait difficile, professeur.
    - Et pourquoi donc, je te prie ?
La machine s’approcha de lui, son bras mécanique caressant sa cage comme s’il s’agissait d’un œuf fragile qu’elle surveillait avec plus d’attention qu’il n’en nécessitait vraiment.
    Parce que je vais devoir découvrir, comme tous les éléments qui ont transité dans la machine, ce qui a disparu pendant l’instant qui a vu vos cellules exploser et se déconstruire, et celui qui les a vu se consolider de nouveau. Vous n’êtes plus entier, professeur, mais je vais tenter de combler les vides…





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