nouvelles persos
nouvelles persos


Partagez cette nouvelle sur Facebook


La porte de Lorianne


Auteur : BAKKAR Amel

Style : Scènes de vie




Elle est là, la porte de l'Orient, celle qui me fait rêver et qui soulage à la fois.
J'en rêve depuis toujours. Dans les moments de solitude, je m'imagine héritière de ce royaume, entourée de servantes et d'hommes passant leur temps à me satisfaire entre gourmandise orientale et luxure charnelle.

Aujourd'hui, le trousseau de clés à la main, je vais enfin pouvoir passer de l'autre côté et en profiter. Tout ça, grâce à elle qui a eu la bonté de me prêter sa demeure, le temps pour moi d'ouvrir cette nouvelle parenthèse.

Cette envie d'évasion ?! Elle m'est venue, il y a un mois...et dieu sait que j'en avais bien besoin.


***

Tout a basculé un soir de décembre.
Il fait froid. Assise au fond du jardin, je viens de me resservir un verre de Gamet. Derrière moi, le monde continue de tourner pendant que je m'égare. Quelques minutes s'écoulent avant qu'une silhouette apparaisse et me fasse sursauter…
- Y a quelqu'un ? Qui c'est ?!
- Lorianne, c'est moi : Marine. …Je peux ?
- Tu m'as fait peur, Marine. Oui, viens.
- Qu'est ce que tu fais toute seule dans le noir… ?
- J'en peux plus ..
- Tu pleures ?! qu'est ce qu'il y a ?
- T'en veut une ?
- Je veux bien, c'est gentil…mais j'ai pas de feu
- Attends.. Tiens, il me reste quelques allumettes
- C'est Ritchy ? c'est ça ?!
- Je n'en peux plus de ses mensonges
- Ses mensonges ?!
- Oui. Regardes ce que j'ai trouvé dans notre chambre
- C'est quoi ?!
- Des papiers qui traînaient. Au début, je pensais que c'était le début d'un roman ou d'une nouvelle…..Mais, tiens…lis, tu comprendras.

Marine déplie hâtivement un tas de feuilles froissées et reconnaît l'écriture de son frère Ritchy.
" C'est un samedi de novembre. Il fait froid et la nuit vient juste de tomber. Hésitante, elle reste quelques minutes devant le bistrot qui fait l'angle, à faire des allers-retours répétitifs comme si elle voulait s'assurer, se rassurer que personne ne l'a suivi jusqu'à maintenant.
Cachée derrière son imper et son chapeau noir, elle traverse lentement la rue, s'arrêtant au moindre bruit, la main droite prête à sortir une arme si l'utilité le demande. Dix minutes…dix longues minutes s'écoulent avant qu'elle n'atteigne le numéro 58 de la rue traversière, une des rues les plus visitées en journée qui devient déserte la nuit tombée.
Je l'imagine espion ou détective, à un détail prêt… un accessoire qui manque immanquablement : le parapluie, l'outil lourdement conseillé en filature… une arme d'appoint utilisée en cas de légitime défense.
Quelques minutes plus tard, le vent se lève laissant deviner l'odeur de son parfum : élixir de muscat et de menthe poivrée qui m'aiguille. C'est bien un homme.
Qui est-il ? pourquoi redoute-il tant d'être surpris ?!
Tant de questions restant sans réponse jusqu'au moment où, devant l'hôtel, un homme distingué d'une quarantaine d'années vient l'accueillir.
L'homme effleure son visage comme pour lui dire bonjour…. un bonjour qui me semble bien déplacé vu les circonstances. Avant d'entrer dans le hall, il ôte son chapeau bien trempé, libérant de longues boucles dorées. Il se retourne. Elle attire les regards comme la lumière attire les papillons. ..
Mon dieu, qu'elle est belle ! "

Intriguée, Marine demande des explications…
- Je ne comprends pas…..
- Ton frère a passé ses soirées de libre à surveiller une ombre qui est devenue en quelques jours sa muse, sa maîtresse si tu préfères…
- Enfin, Lorianne ! Tu vis avec un écrivain, ce n'est peut-être tout simplement que le début d'un roman.. Demandes lui des explications. C'est sans doute un malentendu… Tu t'imagines quand même pas...
- Au début, je pensais que c'était ça jusqu'à hier soir. Hier, il a reçu un appel pendant qu'il était sous la douche. Quand j'ai vu que c'était un prénom que ne connaissais pas, j'ai écouté le message laissé sur le répondeur. Une femme le remerciait pour le cadeau qu'il lui avait offert la veille, une merveille qui mettait bien en valeur ses cheveux blonds. Elle attendait sa confirmation pour qu'il se décommande aujourd'hui et passe la nuit avec elle...
- C'est absurde cette histoire ! Tu lui en as parlé ?
- Non. Comme tous les hommes, il fait semblant que tout va bien. Quand je pense qu'il n'arrêtait pas de me parler de confiance ! que notre amour était plus important que tout…. ! Je ne me sens pas capable de faire face à tout ça. Je crois que le mieux c'est de le quitter.
- Mon frère t'aime, y n'a pas de doute là-dessus. Essaye de voir ce qui ne va pas. Comme beaucoup d'hommes, il a sans doute envie que vous partagiez certains fantasmes. Qui sait ?!
- Tu remets ça ? On en a déjà parlé. Les trucs à plusieurs, c'est vraiment pas ma tasse de thé …
- Essayes, tu verras bien. Regardes Antonin et moi, on le vit bien. Finalement quand on y pense, c'est toujours à cause d'aventures conjugales que les couples se séparent la plupart du temps… .Pour moi, la fidélité c'est accepter l'autre tout en étant avec, et faire bloc… .Le reste, je ne devrais pas te le dire dans ses circonstances, mais c'est du superflu.
- Tu as toujours ta villa à Marrakech, Marine ?
- Oui.
- Tu peux me prêter les clefs quelques jours ?
- Oui…Tu veux changer d'air, toi. Ça te fera du bien.
- Y a du monde ?
- Non, tu seras tranquille. Pour faire le point y a rien de plus calme, une villa au milieu de nulle part
- Marine ?
- Quoi ?!
- Pas un mot à Ritchy
- Promis.


***

À la villa D'orient, Marrakech---- 19 h - heure locale, la porte s'ouvre et un homme sportif d'une trentaine d'années apparaît
- Bonjour. Je suppose que vous êtes Lorianne ? la belle sœur de Marine, c'est ça ?
- Oui.
- Je suis de passage. Elle m'a demandé de préparer votre arrivée. J'ai aéré la maison et enlevé tous les draps qui prenaient la poussière. Elle est top.
- Ah ? Elle ne m'en a pas parlé
- J'ai un peu de retard. Je devais passer à 17 heures, c'est pour ça. Si vous avez besoin de quelque chose, n'hésitez pas. J'habite juste à côté
- Merci
- Au fait, je m'appelle Dan. Dan Lambri
- Merci Dan
- Vous voyez la rue tout au bout sur la droite ? Ben, je suis là… Passez me voir, si le cœur vous en dit. J'ai un restaurant sur la place qui s'appelle " chez Issa… "
- D'accord. Si j'ai un petit creux dans les alentours….j'y penserais
- N'hésitez pas, je vous ferais goûter le couscous royal, le vrai de vrai des marocains. C'est Fatima, une amie de la famille qui prépare les menus de la semaine, une vraie fée… .Bon, je suppose que vous êtes fatiguée et que vous n'avez qu'une hâte…..vous poser ?
- C'est exact. Je vais me rafraîchir et me coucher.
- Eh bien, bonne nuit.
- Merci
- J'oubliais : bonne année et plein de bonnes choses
- Oui, c'est vrai. Bonne année, Dan et merci encore…

Quel bel homme ce Dan ! Dommage qu'il soit parti aussi vite, laissant derrière lui la porte de l'entrée grande ouverte et l'odeur sensuelle d'un homme sensible et charmeur à vous couper le souffle… Au point où j'en ai oublié quelques secondes que j'étais mariée.

La première chose que je fis en rentrant c'est de me déchausser pour sentir la fraîcheur des dalles en mosaïques qui habillaient le sol.
Marine et Antonin avaient construit cette pure merveille, il y a vingt ans.
Une grande fontaine trônait au beau milieu de l'entrée laissant refléter à travers le bassin d'eau les derniers rayons du soleil qui s'y projetaient. Chaque pièce avait ses rideaux, carrelage et meubles associées… Comme s'ils avaient voulu qu'à l'intérieur de leur villa, chaque identité est sa place tout en étant un ensemble.

À peine eu le temps de visiter le premier étage que le téléphone retentit. Au début, je pensais que c'était une erreur car personne n'était censé être là au mois de janvier. Puis, la sonnerie retentit de plus belle comme pour me dire qu'il me fallait descendre, traverser tout le patio pour aller récupérer le combiné qui se trouvait près de la porte.
C'était sans doute un appel pour Dan… un de ses employés qui attendait son retour.
- Oui ? - Salam Saïda, je vous passe un appel en PCV de France
- Merci
- Allo ? Lorianne ?
- Oui, c'est qui ?
- Marine
- Tu m'as fait peur. Je me demandais qui appelait à cette heure ci…
- Ça va ? tu as fait bon voyage ?
- Oui, merci. Je viens de croiser un ami à toi
- T'as vu Dan ?! Je l'ai appelé ce matin et je lui ai demandé de préparer la maison avant ton arrivée. Il est mimi..hein ?!
- Je n'en doute pas…Il m'a proposé de passer dans son resto.
- Eh bien ! À peine descendue de l'avion et déjà du succès !
- Bon, t'es venue pour te ressourcer et te changer les idées alors j'espère que tu vas sortir et en profiter.
- On verra
- On ne verra rien du tout. Ton garde du corps se chargera de ton bien-être. Bon je te laisse parce que ça coûte cher le PCV. Bon séjour au pays des Milles et Une nuit, miss.
- Merci, marine. Et merci pour le bouquet de roses que tu as fait livré à l'entrée. Elles sont belles.
- De rien ma grande… Mais pour les roses, c'est pas moi. "

Voilà, ma belle sœur est aussi rapide que l'éclair. Elle donne autant de chaleur que de rapidité dans ses actes faisant en sorte que tout le monde autour d'elle aille bien. Qui a bien pu déposer ce joli bouquet. Sûrement pas Dan, sinon il m'en aurait touché un mot… À moins que…


***

15 jours plus tard

À la terrasse d'un café de l'aéroport Charles De Gaulle, Lorianne attend son mari tout en dégustant son café et quelques croissants.
- Bonjour, chérie.
Ritchy m'embrasse tendrement comme si nous venions de nous rencontrer
- Ça fait longtemps que tu es là ?
- Dix minutes
- Désolé, j'ai mis du temps pour trouver une place libre. Tu m'as manqué, ma lolette. Alors ton séminaire, c'était bien passé ?
- On avait un programme bien chargé
- C'est pour ça que tu m'as appelé une fois par semaine… Je m'en doutais
- Oui
- Je te trouve changée…
- Oui, le bronzage me donne bonne mine
- Non, non... y a quelque chose de différent, c'est comme si…
- Comme si quoi ?!
- Comme si je retrouvais une autre femme. Tu es rayonnante
- Ah ?! je t'aurais manqué à ce point là
- Ben oui, évidemment. Je suis devenu fou … Surtout la semaine dernière. J'ai failli appeler ton boulot pour avoir l'adresse de ton hôtel et débarquer… . Je t'aurais sorti le grand jeu, et puis on aurait passé le week-end dans la villa de ma soeurette…
L'espace d'un instant, j'ai paniqué. J'espère qu'il n'a pas osé faire ça…
- T'inquiètes pas. Je ne l'aurais pas fait… T'étais dans ton cadre professionnel… Et comme tu dis le travail c'est le travail. Eh, Merde….
- Qu'y a-t-il ?
- Des pervenches. La voiture. Vite. Je me suis garé en double file. On y va ?
- Je finis mon café et on y va.
- Donne, je prends ta valise, j'y vais et je t'attends devant. À tout de suite.
- Ça va aller. J'ai eu le temps de faire du sport, là-bas. Je me suis musclé les bras. Vas y, j'arrive.
- T' es vraiment bizarre ma lolotte.
- J'arrive.

Quelques minutes plus tard, dans la voiture.
- Dis- moi, ta sœur et Antonin seront là ce week-end ?
- Oui, je crois
- J'aimerais les inviter à dîner samedi soir. Tu seras là samedi soir ?
- Ce samedi ? mais tu viens juste d'arriver. Je pensais qu'on passerait le week-end...
- Ensemble ? On est ensemble, là. Alors, samedi…C'est ok ?. Tu seras là, ritch ? dis-moi, tu seras là ?
- Ouais, je serais là… Qu'est ce qu'il y a, Loriane ? Pourquoi Ritch, avant tu m'appelais chéri ?
- Ritch, je trouve que c'est mignon. Je trouve que ça te va bien, même. Tu ne trouves pas ? Et puis au diable les habitudes. Alors pour ta sœur et Antonin, on dit samedi 19 heures ?
- Samedi soir 19 heures
- J'appellerais Marine demain, alors. Au fait j'ai pris une journée
- Quand ?
- Demain
- Ça te dit qu'on passe la journée ensemble ?
- J'ai rendez-vous chez l'esthéticienne le matin et l'après-midi chez le coiffeur. Et puis faut que je pense à m'acheter un téléphone portable aussi
- Je pensais que tu étais contre
- Quoi ? le téléphone portable…
- Non. Dépenser de l'argent sur des soins que tu peux faire toi-même.
- Y a que les imbéciles qui ne changent pas. Et puis se faire bichonner, y a rien de mieux dans la vie d'une femme


***

Deux jours plus tard, dans le jardin après un dîner bien arrosé Marine me rejoint près du lac
- Ça te va super bien
- Merci. J'en avais marre du châtain clair. Ça me donnait mauvaise mine. Le roux avec mes yeux bleus me donne un visage plus vivant… ! Enfin, c'est ce que dit le coiffeur
- Tu me donnes envie de changer. C'est vrai, après tout, les Italiennes sont toujours brunes.
- Oui, essaye. Je te donnerais l'adresse de mon coiffeur visagiste. Il est vraiment bien.
- Alors ?
- Alors, quoi ?
- Tes vacances ? Racontes….
- C'était bien
- Tu es sortie ?
- Ben, oui
- Tu as visité ?
- Oui
- Tu as revu Dan ?
- Oui
- Enfin Loriane raconte…
- J'ai profité comme tu me l'as conseillé. Ses vacances m'ont fait énormément de bien, Marine
- C'est quoi ce mystère ?
- Quel mystère ?
- T'en dit pas plus sur tes vacances ?
- Ben, que te dire de plus ? j'ai fait le point…
- Alors ?
- J'ai pensé à ce que tu m'as dit avant de partir. Et puis j'ai fait une belle rencontre
- Un homme ?
- Oui
- Tu as eu une aventure ? C'est ça ?!
- Mieux que ça…J'ai rencontré quelqu'un qui m'a beaucoup appris sur moi, sur les hommes… un sage du désert

Marine se demande qui est cet homme qui avec ses paroles bénéfiques a pu en quelques jours me transformer …
Puis voyant que je ne souhaite pas en dire plus…
- Et pour Ricthy, t'as pris une décision ?
- J'ai prévu de lui parler ce soir. Je lui dirais que je suis au courant de son aventure… Je lui demanderai comment il conçoit notre couple ? et après je verrai.
- Il a la trouille en ce moment
- Ah, bon ?!
- Il te trouve bien mystérieuse depuis ton retour. Tout à l'heure, dans la cuisine, il n'a pas arrêté de me poser des questions. Il voulait savoir si j'étais au courant de quelque chose.
Il se demande si tu as rencontré quelqu'un, coquette et distante comme tu es. Pourquoi tu ris ?
- Je devrais voyager plus souvent
- Il tient à toi, ça se voit. Comment tu vois votre avenir après cette coupure ?
- Soit on s'accorde, soit chacun continue son chemin
- Tu l'aimes toujours ?
- Oui……Je l'aime toujours





nouvelles persos lecture aleatoire
lecture aléatoire




Multipanda - Infoquizz - Refina - Solution Piscines - Solutions Banque - Yaca-Sudoku -