Les jardins de Versailles en chantier



Nouvelle écrite par Christophe BAILLAT dans le style Vécu



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C’est l’été, les mille quatre cent végétaux en caisse ont franchi la porte monumentale de l’orangerie pour rivaliser, côté jardin, avec la floraison liquide, ces jeux d’eau voulus par Le Nôtre. Ils ont quitté la fraîcheur des pierres pour en retrouver une autre, ruisselante. Le Nôtre n’a pas laissé de plan mais le Service des jardins dispose heureusement des inventaires dressés postérieurement, notamment par Chaufourier en 1720. Le Bosquet des trois fontaines, créé en 1679 tire son nom de trois bassins répartis sur trois terrasses reliées par un ensemble de cascades de rocaille. Bassin rond en bas, cascade centrale et bassin octogonal en haut.

Ici, l’art topiaire et fontainier est porté à son point culminant. Un parement en meulières taillées habille les murs de soutènement. Dans les allées, les escaliers sont engazonnés. Au centre du Bosquet, les effets d’eau sont autant visuels que sonores. La sonorité agréable est rendue par l’eau qui arrive à 1,5 bars sur les pierres et par les fontainiers qui, trois siècles après les frères Francini, attachent ces dentelles de pierre à un fil de cuivre et fixent les fils sur une structure inox.

Sur la plus haute terrasse du Bosquet des trois fontaines, devant un berceau de treillage, le responsable d’Hydroconcept rentre dans sa coquille, une vraie coquille en plomb réalisée par la fondation Coubertin à Saint-Rémy-lès-Chevreuse. L’architecte en chef des Monuments historiques qui passe, appareil photo en bandoulière, aperçoit-il la flamme du chalumeau dans la Saint-Jacques ? A l’intérieur, on nettoie la vanne en bronze et le tube en plomb, une canalisation de 300 millimètres de diamètre. Ici, les ouvriers se réconcilient avec le métier en travaillant toutes ces matières d’autrefois selon les techniques anciennes. Les vannes d’origine ont été refondues, nettoyées et étamées pour faire de nouveaux assemblages en plomb et bronze. On soigne l’esthétique des ajustages : les soudures sont en plomb et en étain.

J’ai déjà vu ce chantier mais aujourd’hui, accompagné de Jean-Pierre Paséri et Patrice Colas (Eurovia), je le regarde autrement, attentif aux techniques et aux matières, à ce bassin en rond armé de 72 ajutages, à ces concrétions naturelles de silice qui ornent les bassins, à ces rampes d’eau qui se croisent et forment un monument d’eau vivant, chatoyant sous le soleil.

Jésus Guerra, conducteur de travaux, me sert de guide. Le domaine national de Versailles est un peu le sien. Il en connaît le sol et le sous-sol qui abrite tous les organes d’approvisionnement et de répartition de l’eau. Les routes d’accès au chantier du Pavillon de la Lanterne ? c’est lui. La galerie technique sous le tapis vert, cette perspective en verdure depuis le Bassin d’Apollon ? c’est lui. Personne ne soupçonne que sous ce moelleux tapis passent les réseaux des assainisseurs et des électriciens. Rien ne lui échappe, pas même le prix des clous dorés qui marquent les emplacements des stationnements en épis au Petit Trianon : 45,80 € pour chaque clou en bronze poli de 10 centimètres de diamètre, fourniture et main d’œuvre. On en compte 328 sur l’allée des deux Trianon Est.

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